Sylvain Taillandier sur la route du Hockey Franco

Crédit illustration : Sylvain Taillandier
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Depuis quelques semaines, le petit monde du hockey français frémit à chaque fois que l’on évoque Hockey Franco, un projet un peu fou lancé par Sylvain Taillandier, journaliste sportif à La Nouvelle République du Centre-Ouest, spécialiste des Remparts de Tours et observateur reconnu de la discipline. Son idée : partir, pendant un mois, sur les routes de France, à la rencontre des gens (joueurs, dirigeants, arbitres, bénévoles, supporters) qui font le hockey hexagonal. Financé en à peine quinze jours grâce à une campagne de crowdfunding lancée sur Ulule, campagne qui se poursuit jusqu’au 2 juillet, le Hockey Franco deviendra une réalité en septembre. Et Sylvain, lui, en prépare déjà une seconde édition.

D’où vient l’idée du Tour de France du hockey ?
Sylvain Taillandier : « Je suis parti du constat que font tous les passionnés. En France, la couverture médiatique du hockey sur glace est très faible. Et quand elle existe, elle n’est pas d’une grande qualité. On a le sentiment que c’est un sport qui passe après les autres. À partir de là, je me suis dit que je pouvais faire quelque chose. Apporter ma petite pierre à l’édifice, avec mon savoir-faire et mes compétences de journaliste professionnel. »

Et apporter ta pierre à l’édifice, ça veut dire quoi ?
« Je veux partir sur le terrain, aller à la rencontre de ceux qui font le hockey sur glace français. Recueillir les témoignages des acteurs de cette discipline. Et par là, montrer toute la richesse et la diversité de ce sport en France. Dans mon activité quotidienne de journaliste, je n’ai ni le temps ni le luxe de pouvoir lancer des sujets comme celui-ci. Je me suis dit, du coup, que la seule solution, c’était de prendre un mois de vacances, et de partir sur la route. »

Photo Loïc Cousin/Slap’On Graphie

Selon toi, comment expliquer le manque de médiatisation du hockey français ?
« C’est une bonne question. Les raisons sont sans doute multiples. D’abord, ce n’est pas un sport que l’on pratique à l’école, qui n’est pas culturellement implanté en France. Le parc des patinoires est insuffisant. Finalement, le grand public ne le connait que par de petits extraits vidéos. Qui n’ont longtemps montré que des bagarres. La seule chose qui en transparait, c’est le côté un peu bourrin du hockey. À côté de ça, on a des clubs qui ne sont pas compétitifs sur le plan européen. On a une équipe de France qui obtient de bons résultats, mais qui n’est pas non plus au top niveau mondial. Elle n’est plus aux Jeux olympiques depuis 2002. Alors que les JO sont justement le seul moyen pour les sports de glace de taper à la fenêtre. On manque de figure de proue depuis Cristobal Huet. Même si avec Pierre-Édouard Bellemare, ça bouge un peu, il n’y a pas de locomotives pour tirer tout le monde vers le haut. »

Quand as-tu commencé à préparer ton tour de France ?
« Vraiment sérieusement, depuis le début de l’année. L’idée, elle, a germé dans un contexte un peu plus général. Le championnat du monde à Paris a beaucoup compté. J’ai pu rencontrer beaucoup de monde. Le groupe privé que j’administre sur Facebook a pris de l’ampleur. Tout ça permet de discuter, d’échanger. Et ça donne envie de voir plus loin. »

Comment as-tu choisi les étapes du tour ?
« D’abord, je voulais avoir une vraie diversité géographique, faire un vrai tour de France, en passant par les grands creusets du hockey français. Ensuite, il a fallu combiner tout ça avec la diversité des invités. Je vais rencontrer des joueurs, des supporters, des arbitres, des dirigeants, des kinésithérapeutes, des chefs matériel… Des hommes et des femmes. Et enfin, il fallait que ce soit techniquement faisable. Je ne pense pas avoir oublié de foyers du hockey français. Même si laisser de côté des villes comme Brest ou Dunkerque, c’est un vrai crève-cœur. »

Crédit illustration : Sylvain Taillandier

 

Tu pars donc du 2 septembre au 5 octobre…
« Au départ, je pensais y aller seul. Utiliser deux ou trois caméras fixes. Mais à force d’en parler avec mon épouse, j’ai fini par comprendre que c’était trop risqué. Du coup, madame va m’accompagner. Elle va gérer tout le côté logistique, ce qui va me permettre de me concentrer sur le contenu. J’ai aussi reçu beaucoup de propositions du monde du hockey. Dont celle de Frédéric Figon-Gage, un ancien joueur du Mont-Blanc et de Lyon qui évolue maintenant à Roanne. Il est diplômé d’une école de cinéma. Il a des compétences en montage, cadrage et réalisation, une expertise technique, que je n’ai pas. On a discuté, le courant est super bien passé. Aujourd’hui, il fait partie de l’aventure. »

Pour financer ton projet, tu as lancé une campagne de financement participatif sur Ulule. L’objectif a été atteint très rapidement…
« Ulule, c’est un drôle de phénomène. Je trouvais l’objectif de départ, atteindre 10 000 euros, déjà très ambitieux. Je pensais y arriver avec 1 000 donateurs à 10 euros. Et ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Les contreparties les plus chères sont parties les premières ! Que ma famille, mes amis, me soutiennent, je m’y attendais. Mais j’ai un donateur que je n’ai jamais rencontré, je ne sais absolument pas qui il est, il a donné 500 euros ! C’est un véritable engagement. Et moi, ça me touche. Je trouve ça bluffant. »

 

Cette campagne Ulule, est-ce que tu l’as préparée très en amont ?
« Au départ, je ne savais pas trop comment faire. J’ai travaillé le côté communication avec Nini Calimoutou, une photographe et graphiste assez connue dans le milieu du hockey. J’ai aussi pris conseil auprès d’un ancien joueur de Tours, Thomas Sychterz, qui est aujourd’hui employé par Ulule à Montréal. Il m’a dit, par exemple, de prévoir dès le départ de nouvelles contreparties et des paliers supplémentaires, au cas où. Je vois aujourd’hui que c’était plutôt une bonne idée. »

 

Les premiers invités de Hockey Franco

Luc ChauvelGrégory TarleChristophe VilleLuciano Basile
Aurélien LégerAnthony MortasPierre PousseSébastien Oprandi
Guy FournierVincent BachetDamien FleuryJonathan Zwikel
Marc-André ThinelSophie RoguezJacques RebohNicolas Leborgne
Pierre DehaenAnthony PerchatWilly LibertOlivier Dimet
Xavier DaramyPatrice PourtanelPhilippe BozonStéphan Tartari
Dorian AuzouJean-Claude SozziCharlie DoylePatrick Sawyerr
Charlotte GirardJustine CrousyIhab AyedMatthieu Merlin
Philippe BertrandJonathan ParedesLéa ParmentAlain Bozon

 

Que vas-tu faire des images que tu vas rapporter ?
« Beaucoup pensent que je vais en tirer un film. Ce n’est pas mon idée. Je veux que tout soit facilement accessible et gratuit. Ce sera mis en ligne sur YouTube. Sous quelle forme ? J’ai encore quelques hésitations. Un épisode par invité, du format un peu long, ou au contraire très court… Je suis encore en train de définir tout ça. Quoi qu’il arrive, le lancement est prévu pour octobre. »

Comment l’idée de ton tour de France a-t-elle été accueillie dans le monde du hockey ?
« Tout le monde m’encourage. Notamment les anciens. Je n’ai eu aucun refus. C’est l’inverse en fait. On me propose de nouveaux sujets, et c’est moi qui suis obligé de décliner. Mais je les garde dans un coin de ma tête pour plus tard. Pour une nouvelle édition. Et dans l’idéal, je repars comme ça tous les ans. »

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