A pile ou face

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L’une des finales les plus inattendues de l’histoire débute ce lundi dans le Nevada, à Las Vegas. Comment aurions-nous pu imaginer, il y a un an, qu’une franchise d’expansion atteindrait la finale de la coupe Stanley dès sa première saison ?

Tous les observateurs avaient classé les Golden Knights entre la 25e et la 31e place lorsque l’effectif a été connu. Mais les joueurs de Gerard Gallant ont su déjouer les pronostics, solidifiant leur jeu tout au long de l’année, et les belles histoires sont légion dans cette équipe montée de toutes pièces il y a quelques mois à peine. De Marc-André Fleury, le gardien aux playoffs exceptionnels, à William Karlsson, passé de six à quarante-trois buts en un an… au Français Pierre-Edouard Bellemare, bien sûr, qui espère succéder à Cristobal Huet et ramener la coupe Stanley dans l’Hexagone.

Mais en face, une autre équipe vise la première coupe de son histoire. Les Capitals de Washington atteignent la finale l’année où ils se sont montrés les moins dominateurs dans le jeu. Ils ont exorcisé un certain nombre de démons dans ces phases finales, sortant notamment le grand rival de Pittsburgh, puis Tampa en sept matchs. Alexander Ovechkin et Evgeny Kuznetsov sont en mission et mènent la ligue en points. Ce n’est que la deuxième finale de l’histoire de la franchise, après celle perdue contre Detroit en 1998.

L’histoire prend des proportions assez étonnantes à travers les deux managers généraux. Celui de Vegas, George McPhee, a longtemps dirigé les Capitals et bâti en partie l’effectif qui l’affrontera. En face, le manager général, Brian McLellan, fut l’ancien adjoint de McPhee, son successeur et surtout son ancien coéquipier et camarade de chambre durant leurs années universitaires… Le monde est petit !

Coup pour coup

Après un show toujours aussi spectaculaire – et quelques jours de pause après les finales de conférence – les deux équipes reprennent le chemin de la glace. Les Capitals entament fort, grâce à un impact physique certain et quelques décalages aboutissant à des tirs non cadrés. Les meilleures chances reviennent cependant à Vegas par la suite, avec des essais de Carpenter puis Marchessault, et un lancer de McNabb dévié mal maîtrisé par Holtby.

Le jeu s’anime et les Capitals répliquent par une présence intense, marquée par des tirs de Connolly et Djoos. Mais Burakovsky y met fin à cause d’une mauvaise charge sur Eakin. Le jeu de puissance de Vegas ne tarde pas à en profiter. Colin Miller et Erik Haula bataillent dans les bandes, le palet ressort dans la crosse de Miller, qui se remet en place. Le tir du défenseur, un peu voilé par Haula, ouvre le score mi-hauteur (1-0).

La mission de Washington se complique déjà, face à une formation qui affiche un bilan de 6-1 à domicile, et perd rarement quand elle a ouvert le score. Les espaces disparaissent dans la neutre et les occasions se font de plus en plus rares. Vegas exploite le moindre contre. Une bonne montée de Bellemare décale Reaves pour une reprise en force, repoussée avec difficulté.

Washington garde son calme et continue à développer son jeu. Sur une action presque anodine, Kempny, à la bleue le long de la bande, parvient à envoyer le palet à la cage. Brett Connolly est le destinataire de ce palet qui roule et, dos à la cage, dévie partfaitement pour l’égalisation (1-1). Ce n’était que le troisième tir des Capitals !

Une minute plus tard, Fleury s’incline une deuxième fois. Un palet lancé à la cage est bien repris au fond par Vrana. Oshie le récupère et contourne la cage… le disque lui échappe mais roule jusqu’à Backström, le seul à avoir suivi l’action, qui marque au dessus de la botte (1-2).

Le match s’emballe et la première ligne de Vegas sort de sa boite. Karlsson récupère le rebond d’un tir de loin et, ligne de fond, envoie un un revers en retrait vers Reilly Smith sorti du banc. Le tir n’est pas cadré mais rebondit sur la balustrade. Karlsson reprend à l’opposée et devance Hotlby (2-2).

Les occasion pleuvent : les Capitals prennent de vitesse la défense et Fleury doit intervenir sur la ligne sur un essai d’Oshie. Puis, sur un bon travail de Wilson, Kuznetsov résiste à son défenseur et sert Ovechkin en retrait. Fleury sort un nouvel arrêt sur ce tir en angle fermé. Dans les dernières secondes, Orlov se crée une nouvelle chance avec un lancer lointain, que Fleury repousse sur le côté.

A toute vitesse

Après ce tiers temps très animé, le jeu reprend avec un premier assaut du meilleur trio de Vegas. La quatrième ligne de Bellemare met elle aussi la pression et obtient une bonne chance avec un tir de Colin Miller dévié par le Français. Installée en zone offensive, elle est relayée par Marchessault, et Holtby s’impose encore.

Vegas presse et pousse Washington à la faute. Holtby laisse un gros rebond sur un tir d’Engelland de l’aile droite. Il y a le feu dans le slot, et le défenseur des Golden Knights monté aux avant-postes parvient à reprendre ligne de fond en direction de Reilly Smith, pour un revers imparable (3-2). Un but mérité, car après quatre minutes, les Capitals ne comptent toujours aucun tir.

Les coéquipiers d’Ovechkin repartent vers l’avant. La possession bascule en faveur des visiteurs, empêtrés cependant dans la toile défensive adverse. Backström a beau profiter d’un revirement, ni Oshie, ni Vrana de près, ne parviennent à battre Fleury.

Un palet bondissant manque alors de piéger Holtby, qui dégage en désespéré sur un tir de la bleue de Colin Miller, du bout de la crosse sur la ligne. Vrana et Oshie répliquent avec une présence énorme en zone offensive et une grosse occasion du jeune Tchèque. Le palet reste en zone offensive grâce à Backström. Oshie récupère et sort une passe dans le dos improbable vers John Carlson, libre de tout marquage, qui exploite une cage grande ouverte (3-3). Une grosse erreur de placement de Reilly Smith, qui a laissé le défenseur des Capitals filer vers la cage…

La vitesse de jeu ne faiblit pas. Une remise de Perron à l’opposée se termine par une volée de Nate Schmidt, l’ex-Capitals, que Holtby repousse avec, encore une fois, un gros rebond. Les deux défenses commencent petit à petit à prendre le pas et limiter les chances, lorsque, à six minutes de la pause, Vegas ne commette un surnombre très net. Les Capitals s’installent. Carlson reprend de volée plein axe et profite des écrans. Le palet percute le poteau, pour la seule occasion de la supériorité. Dès le retour au complet, Holtby doit intervenir sur une volée de Sbisa, après un bon travail de Perron.

En face, Connolly et Orlov pilonnent Fleury, sans réussite, suite à un échec-avant agressif de Burakovsky. Le palet file d’un but à l’autre dans cette fin de tiers, chaque équipe tentant de prendre de vitesse les lignes adverses.

La quatrième ligne, joker de luxe

Les Capitals entament le dernier tiers avec de solides intentions. Ovechkin, dans la neutre, envoie Kuznetsov sur l’aile droite. Le centre vers Wilson devant la cage n’aboutit pas et le teigneux ailier finit au sol, mais le palet n’est pas perdu. Ovechkin récupère dans le coin, relaie avec Kuznetsov qui lui remet en tête de cercle. Le capitaine reprend en déséquilibre, Wilson traîne devant Fleury et dévie. Le gardien perd de vue le palet et le pousse lui-même dans son but en reculant (3-4).

Une minute après, un tir d’Engelland de la bleue n’est pas cadré, mais la quatrième ligne insiste. Nosek prend le rebond au fond et le donne à Reaves en retrait, qui lève son palet et égalise (4-4). Encore une présence décisive du trio de Bellemare à l’échec-avant… mais un but entaché d’un énorme coup de crosse dans le dos signé Reaves sur Carlson dans le slot, qui l’a libéré pour le tir, non sifflé par les officiels…

Les Capitals ne relâchent pas. Oshie, intenable, résiste dans un duel et lance une nouvelle attaque, relayé par Vrana. Carlson est libéré pour un tir qui trouve encore le métal derrière Fleury ! Et Vegas, sur l’engagement, contre-attaque. La barre transversale repousse le tir du slot de Reilly Smith. Derrière, Wilson charge sévèrement Marchessault sans palet, sans intervention des arbitres… L’attaquant des Knights doit rejoindre les vestiaires pour le protocole anti-commotion, furieux. Perron et Wilson finissent sur le banc des pénalités dans la confusion, dans une partie de plus en plus physique.

Le quatre-contre-quatre ne donne rien et le rythme ne tombe toujours pas. Kuznetsov met le feu dans la défense à deux reprises par des accélérations foudroyantes. En face, un bon échec-avant de Nosek permet au Tchèque de trouver Bellemare entre les cercles : Holtby sauve, avec Reaves chassant le rebond. La quatrième ligne reste en jeu et Bellemare gagne l’engagement. Le palet revient sur Theodore à la bleue, dont le tir est bloqué par Smith-Pelly. Le patin du défenseur en perd des morceaux… Mais l’attaquant des Capitals ne parvient pas à sortir le disque. Theodore bloque, s’avance et envoie une passe au millimètre sur Nosek au deuxième poteau, pour une reprise parfaite (5-4).

Les occasions pleuvent : Perron manque de creuser l’écart sur un échec-avant de Neal, et Holtby sort une mitaine superbe. Washington confisque ensuite le palet, crée du jeu mais la défense de Vegas, bien regroupée, coupe les lignes de passe. Backström, puis Burakovsky, échouent ainsi lors de tirs dans l’enclave, juste avant la sortie d’Holtby pour un attaquant. Puis, Wilson, servi au deuxième poteau, manque d’un souffle de trouver Eller devant le but ouvert – McNabb place sa crosse devant le Danois juste au bon moment. Un ultime tir d’Ovechkin est contré par Perron, et Nosek récupère, pour un but cage vide à moins de trois secondes de la fin (6-4).

Les Vegas Golden Knights remportent donc la première manche à domicile, portée par trois buts de leur quatrième ligne. Un match fou, qui aurait pu basculer des deux côtés. Quoi de mieux qu’un match à pile ou face dans la capitale du jeu ?

Vegas Golden Knights 6-4 Washington Capitals (2-2, 1-1, 3-1)
Vegas mène la finale 1-0.
Lundi 28 mai 2018, 17h20. T-Mobile Arena de Las vegas. 18575 spectateurs.
Arbitrage de Marc Joanette et Wes McCauley assistés de Matt McPherson et Greg Devorski.
Pénalités : Vegas 4′ (0′, 2′, 22′), Washington 4′ (2′, 0′, 2′)
Tirs : Vegas 34 (11, 14, 9), Washington 28 (10, 8, 10)

Récapitulatif du score
1-0 à 07’15 » : Miller assisté de Haula (sup. num.)
1-1 à 14’11 » : Connolly assisté de Kempny et Burakovsky
1-2 à 15’23 » : Backström assisté de Oshie et Vrana
2-2 à 18’19 » : Karlsson assisté de Smith et Engelland
3-2 à 23’21 » : Smith assisté de Engelland et Marchessault
3-3 à 28’29 » : Carlson assisté de Oshie et Backström
3-4 à 41’10 » : Wilson assisté de Ovechkin et Kuznetsov
4-4 à 42’41 » : Reaves
5-4 à 49’44 » : Nosek assisté de Theodore et Bellemare
6-4 à 59’57 » : Nosek assisté de Perron (cage vide)

Vegas Golden Knights (2′ pour surnombre)

Attaquants
Jonathan Marchessault – William Karlsson – Reilly Smith (A)
Alex Tuch (-1) – Erik Haula (-1) – James Neal (A, -1)
David Perron (2′) – Cody Eakin (-1) – Ryan Carpenter (-1)
Ryan Reaves (+2) – Pierre-Edouard Bellemare (A, +3) – Tomas Nosek (+3)

Défenseurs
Brayden McNabb – Nate Schmidt
Deryk Engelland (+2) – Shea Theodore (+2)
Colin Miller (-1) – Luca Sbisa (-1)

Gardien : Marc-André Fleury
Remplaçant : Maxime Lagacé

Réservistes : Malcolm Subban, Dylan Ferguson, Oscar Dansk (G), Erik Brannström, Nicolas Hague, Jason Garrison, Griffin Reinhart, Jon Merrill, Jake Bischoff, Brad Hunt (D), Cody Glass, Nick Suzuki, Oscar Lindberg, Stefan Matteau, William Carrier, Tomas Hyka, Keegan Kolesar, TJ Tynan, Brandon Pirri, Tomas Tatar (A)

Washington Capitals

Attaquants
Alex Ovechkin (C) – Evgeny Kuznetsov (+1) – Tom Wilson (2′)
Jakub Vrana (+1) – Nicklas Backström (A, +1) – TJ Oshie
Andre Burakovsky (2′, -1) – Lars Eller (-3) – Brett Connolly
Chandler Stephenson (-1) – Jay Beagle (-2) – Devante Smith-Pelly (-2)

Défenseurs
Michal Kempny (-1) – John Carlson (-1)
Dmitri Orlov (+2) – Matt Niskanen (+1)
Brooks Orpik (A) – Christian Djoos (-1)

Gardien : Braden Holtby
Remplaçant : Philipp Grubauer

Réservistes : Madison Bowey (D), Jakub Jerabek (D), Alex Chiasson (A), Shane Gersich (A), Brian Pinho (A), Travis Boyd (A), Nathan Walker (A), Pheonix Copley (G)

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