Pierre Pousse : « très heureux de ce nouveau rôle »

Dave Henderson et Pierre Pousse (c) Jonathan Vallat
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Au retour du tournoi de Karlstad, le nouveau sélectionneur de l’équipe de France des moins de 20 ans Pierre Pousse s’est confié à Hockey Archives. Le bilan du tournoi permet de faire un premier état des lieux des forces en présence pour les Championnats du monde, et une réflexion sur les différents postes.

 

Hockey Archives : Fin août, l’équipe de France évoluait dans le tournoi « Super Challenge » à Karlstad, en Suède avec un programme dense : cinq matchs en cinq jours. Les joueurs ont-ils souffert physiquement ?

Pierre Pousse : Nous n’avons pas eu de blessé, c’est l’essentiel. C’est un format inhabituel, proche d’un championnat du monde, mais toutes les équipes avaient le même format, aucune équipe n’était avantagée. Il y avait des équipes de club très fortes [Färjestad, Genève-Servette, Riga] et quelques équipes nationales [Norvège, Autriche]. C’est une rupture avec ce qui se faisait avant, c’est-à-dire un stage en République Tchèque ou Slovaquie contre des équipes de clubs au niveau hétérogène.

Cette fois, nous avons eu une semaine d’entraînement à Cergy, avec deux séances de glace par jour, sauf les deux derniers jours avec du hors-glace avant le départ en Suède. C’était intéressant à faire. Après le stage à Albertville, cela m’a permis de mieux connaître les joueurs, et de les jauger. Il y avait un classement : les deux premiers de la poule jouaient une demi-finale, les autres des matchs de classement.

HA : Quelles sont les satisfactions, les déceptions ?

PP : Nous avons présenté ce tournoi comme un Championnat du monde aux joueurs. Il fallait être présent du début à la fin et, si le début est bon, on peut jouer le titre. Sinon, on joue la descente. C’était une bonne expérience pour ce groupe qui a gagné le Mondial U18 il y a deux ans. C’était à peu près le même groupe, qui s’est retrouvé dans ce tournoi dans la situation de lutter pour ne pas « descendre », mais a fini 8e.

Ils ont appris qu’il fallait être présents dans tous les matchs. C’était le but de notre évaluation, de voir comment les joueurs se comportaient, ceux qui tiennent les objectifs que ce soit dans les moments hauts ou les moments bas. Le maillot de l’équipe de France, c’est tout ce qui importe pour le futur. Lorsqu’ils sont montés, cela a profité à la génération suivante. S’ils descendent, c’est la génération suivante qui en pâtit. Il faut travailler pour la place des suivants.

Pierre Pousse au Mondial 2014

HA : Après de nombreuses années en adjoint en sénior, quelle est la principale différence en travaillant avec les juniors ?

PP : Avec Dave, nous avions déjà beaucoup travaillé avec les jeunes, avec les U23 par exemple qui bénéficiaient d’un stage l’été à Font-Romeu ou en République Tchèque. Donc j’ai l’habitude des jeunes joueurs. Ils manquent encore de maturité, sont en pleine évolution. C’est très intéressant, car ils ont tout à prouver, ils se développent encore. Ils n’ont pas encore toutes leurs capacités. Ils se posent des questions sur leur rôle en équipe de France et en club. Nous devons façonner tout cela. La saison est courte jusqu’au mondial en décembre, nous allons surveiller leur évolution.

HA : La génération 1999-2000 est la première couvée par la FFHG. Quelle différence y-a-t-il avec les précédentes ?

PP : C’est une génération plus homogène. Il y a plus de joueurs qui ont un niveau technique et tactique élevé. Comme dans toutes les générations, il y a des joueurs… « exceptionnels » est un peu fort, mais des talents. Là, il y a un niveau moyen meilleur qu’avant le plan de la fédération. Le développement via la DTN, le travail des clubs et des entraîneurs paie maintenant.

Alexandre Texier (c) Nicolas Leborgne

HA : Quelles seront les ambitions au prochain Championnat du monde, à Füssen en Allemagne (8-16 décembre) ? Alexandre Texier sera-t-il du voyage ?

PP : Texier est actuellement blessé à l’épaule, le même type de blessure que l’an dernier. Il revient au jeu dans les mêmes temps et avait participé au Mondial U20 l’an dernier. On aimerait qu’il soit là bien sûr, mais c’est tout un ensemble : son club en Finlande, l’équipe de France senior… Il faut équilibrer les charges de travail.

Les ambitions… Le groupe est fort, puisqu’on a le relégué d’il y a deux ans qui n’est pas remonté, la Lettonie (le Kazakhstan a obtenu la promotion pour la première fois à la place), et le dernier relégué, la Biélorussie. Cela donne une poule très homogène, et beaucoup de pays visent le titre [NDR : Autriche, Biélorussie, Allemagne, Lettonie, Norvège]. Cela sera donc difficile. Le début, contre la Biélorussie ou la Lettonie, fixera les ambitions de médaille ou de descente. En junior, la hiérarchie n’est pas établie, surtout dans des tournois aussi courts.

HA : Avant cela, il y aura le tournoi des Quatre Nations en novembre à Budapest (5 au 11), face à la Hongrie, l’Italie et la Slovénie, des nations d’un calibre un cran en dessous. Quelles sont les attentes et le travail d’ici-là ?

PP : J’ai vu pas mal de joueurs cet été, j’ai donc une bonne idée de l’effectif. Certains, je ne les ai pas encore vus, mais il faut faire des choix. Je reste en contact étroits avec les entraîneurs en France et à l’étranger. Nous travaillons aussi avec les huit centres de formation qui ont du sport-études U18 – les huit Pôle espoirs – et qui travaillent avec les joueurs au quotidien. Je vais surtout suivre au plus près les quatre centres de formation U20 , des structures post-lycée qui dépendent des structures pro (Grenoble, Amiens, Rouen, Angers). Le reste, c’est aller voir les matchs et les joueurs, les connaître au maximum, suivre leur évolution.

La hiérarchie peut bouger et c’est ça qui est intéressant. Selon où ils jouent, ils peuvent acquérir une nouvelle maturité, ou ne pas progresser au contraire. Comme avec les seniors, il s’agit de rester au plus proche, savoir où ils en sont exactement, selon ce qu’ils ont fait cet été. Nous essaierons d’avoir l’équipe la plus forte possible en novembre, qui est une période de trêve internationale, même si nous n’aurons sans doute pas Texier. Ce n’est pas un tournoi comme cet été, mais c’est l’équipe nationale, il faut être présent.

HA : On voit des jeunes U18 ou U20 évoluant dans des clubs de D1 ou D2, à l’image de Hugo Sarlin ou Téo Sarliève, et qui rejoignent cet été la Magnus. Vaut-il mieux se développer un cran en dessous ou disposer d’un temps de jeu plus réduit en Magnus, mais au contact de professionnels ?

PP : S’ils ne sont pas en Magnus, la D1 ou D2 c’est très bien. Ils y ont des responsabilités importantes, qu’ils n’auraient pas en élite. On ne voit jamais de 20 ans en supériorité ou infériorité par exemple. C’est une gestion importante, nous sommes en contact avec les clubs de Magnus et les centres de formation. On veut développer ces jeunes. Être sur le banc en élite sans jouer, ce n’est pas une bonne chose même si, avec le passage à 44 matchs, c’est de moins en moins le cas. En revanche, la responsabilité, la ligne sur laquelle ils sont, cela reste à voir. Tout est une question d’équilibre. Il faut pouvoir jouer, parfois plusieurs effectifs aident à se développer.

J’ai vu tous les jeunes en entretiens individuels après le tournoi cet été, pour savoir où ils comptaient évoluer. Nous aurons plus de précisions après les camps d’entraînement, pour savoir où ils seront dispatchés, quel sera leur rôle. On espère le maximum d’évolution avec du temps de jeu, car ils ont besoin de jouer.

HA : Certains remplaçants (Flavien Fondadouze, Sasha Guillemain) évoluent aux États-Unis : comment se passe le « scouting » ?

PP : Nous nous sommes posés la question de les faire venir cet été. Nous avons pris la décision de ne pas le faire, après discussion avec les entraîneurs des collectifs U18, U19, U20. Ils restent dans le viseur, mais c’est compliqué de les faire venir en cours de saison. Et la saison U20 est très courte, puisqu’elle sera finie en décembre.

HA : Abordons la question des postes spécifiques. Hockey Archives avait interviewé Yohann Auvitu l’an dernier, qui évoquait les soucis de la formation des défenseurs en France. Une partie des défenseurs des Bleus sont des attaquants reconvertis. Et l’exemple suédois nous montre l’importance des défenseurs mobiles de grand gabarit… Qu’en pensez-vous ?

PP : On rêve tous d’avoir des défenseurs de grande taille et bons patineurs, c’est sûr ! Mais on n’arrive jamais à avoir tout en même temps. C’est vrai que c’était intéressant d’en avoir deux d’un coup au Mondial (Hugo Gallet, Thomas Thiry), c’est une bonne nouvelle. La formation commence à sortir des défenseurs de type international. Mais comme toutes les nations, c’est difficile de sortir des défenseurs de haut niveau. Car quand on est jeune, le poste privilégié, c’est l’attaque, pour marquer des buts. Nous cherchons à sensibiliser les entraîneurs, de ne pas toujours mettre les meilleurs jeunes à forte technique devant, idem sur les gardiens, même si Cristobal Huet a revalorisé le poste. Dans le prisme de formation français, on a plus d’attaquants que de défenseurs ou de gardiens.

L’accent sur ce poste est important. C’est la philosophie d’action de la fédération. Nous incitons à tester les jeunes à tous les postes, attaque, défense, gardiens, jusqu’à 11-12 ans, avant de spécialiser. Et les changements de postes ne sont pas interdits même tardivement, on l’a vu en équipe de France. En senior, il s’agit de capitaliser sur les talents plusieurs années, alors qu’en junior la période est très courte.

Hugo Gallet, Match France-Russie, Mondial 2018 (c) Jonathan Vallat

HA : À ce titre, on constate que les meilleurs talents sont formés à l’étranger (Gallet, Thiry, Guebey) et que les gabarits sont très différents…

PP : Oui, on manque clairement de poids derrière. Enzo Guebey, qui va jouer à La-Chaux-de-Fonds, est un peu le seul, mais ce n’est pas nouveau. Même si on est plutôt mieux à ce poste qu’il y a quelques années, il est difficile d’avoir plusieurs profils à la Guebey sur deux ans.

HA : Vous aviez Lucas Mugnier, Gaétan Richard et Valentin Duquenne en gardiens. Y-a-t-il une hiérarchie ? Comment jugez-vous l’évolution de la formation à ce poste ?

PP : Oui, c’est un poste fourni. Mugnier sera backup à Chamonix. Richard sera à Rouen, une organisation bien pourvue avec Papillon, Duquenne et Pintaric, mais qui font jouer aussi des joueurs à Caen en D1, dans la deuxième équipe en D2 et bien sûr en Magnus. Ils vont pouvoir évoluer. Dans notre esprit, on voit une certaine hiérarchie s’articuler, mais il n’y a rien de figé. Il y a aussi Charpentier qui sera à Angers et bien suivi sur place, et Vazzaz.

On a vu des choses dans le tournoi, mais cela peut évoluer. Je suis pour avoir une hiérarchie. Gardien est un poste d’expérience et là, ils sont jeunes. Il faut pouvoir réagir et enchaîner les matchs, assurer en tant que remplaçant si on est appelé. Nous engrangeons des informations depuis cet été, et continuerons jusqu’en décembre afin de nous aider à choisir.

HA : Gardien est un poste très spécifique et demande une formation spéciale. L’entraîneur des gardiens U20, Vladimir Hiadlovsky, rencontre-t-il ces joueurs au long de l’année ?

PP : Il est présent à tous les stages, par le biais de la société BKP [Beaulieu Keeper Performance], un prestataire de service. BKP travaille aussi avec de nombreux clubs, car très peu ont un entraîneur de gardien à plein temps. Ils utilisent un prestataire, BKP ou autre. Il y a ainsi un conseil pour des entraînements spécifiques, car c’est un poste spécifique, qui a besoin de suivi pour le développement. À Rouen, ils ont ce suivi, à Angers BKP se déplace… Les clubs ont compris qu’il fallait mettre l’accent sur ce poste.

HA : Vous êtes originaire de Strasbourg. Un mot sur ce club qui commence à sortir de nombreux jeunes talents, en dépit de moyens modestes (Rousseau, Vazzaz, Chausserie, Lecomte, arrivée de Sarlin, tous dans la sélection U20) ?

PP : J’y ai fait mes premières années en mineur, au moment du développement du club au début des années 70, et j’en suis parti à 15 ans. À l’époque, ce n’était pas structuré comme maintenant. Là, on a un vrai hockey mineur, dans le parcours d’excellence. Ce n’est pas encore un centre de formation mais c’est en cours. Ils ont les heures de glace, il manque encore un petit quelque chose, un peu de budget. Le club mise sur la formation, fait jouer pas mal de JFL [Joueurs formés localement] – même si c’est une obligation – et en font venir d’autres. C’est une bonne évolution. Mais ce n’est pas facile, le maintien reste difficile, on l’a vu l’an dernier avec un maintien sur tapis vert. C’est un club sain financièrement, qui a aussi une D2. Ce n’est pas facile de se pérenniser en Magnus. Mais il y a du positif.

HA : Un mot de conclusion ?

PP : Je suis très heureux de ce nouveau rôle au sein de la fédération. Elle souhaite faire le bilan des collectifs et mettre quelque chose de commun entre tous ces collectifs, de U16 à U20. Les seniors restent un objectif important, entre Championnats du monde et qualification olympique. Mais tout cela se fera par les actions menées là, chez les jeunes, pour atteindre les objectifs. Et, même s’ils n’atteignent pas l’équipe nationale, ces joueurs alimentent ensuite la Magnus, la D1, la D2 et améliorent le niveau, donnent un plus grand bassin de joueurs. La qualité moyenne augmente chez les jeunes français.

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