Luc Tardif (suite) : « une autre dimension »

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Suite et fin de l’interview de Luc Tardif, président de la FFHG. La ligue Magnus, l’arbitrage, les commotions, le hockey féminin et la fin de son mandat sont au menu…

Luc Tardif Rappel : Premier volet : la KHL, le bilan du Mondial 2017 et les projets de patinoire

Quatrième partie : La Ligue Magnus

HA : Il y a eu des soucis importants cet été, entre Épinal et Bordeaux… Bordeaux, qui, peu après cette acceptation en deux temps, annonce le recrutement d’un joueur venu de NHL…

LT : Dramatique pour Épinal ! Très différent pour Bordeaux, le club n’est pas en danger, c’est le plus important. Mais il s’est fait taper sur les doigts et a été soumis à des restrictions budgétaires pour la saison à venir et à un suivi mensuel.

La Ligue Magnus entre maintenant dans une autre dimension. On a désormais des investisseurs, alors qu’auparavant c’étaient des associations, qui allaient souvent voir le maire et demandaient des financements complémentaires. Le passage en société pour l’ensemble des clubs de Magnus sous-entend une gestion plus professionnelle, une approche budgétaire plus conforme à la réglementation en vigueur.

Nous avons maintenant des investisseurs, qui investissent directement dans le hockey sur glace français. Ils ont une certaine éthique, des contraintes budgétaires et une gestion moins passionnelle de leur club.

Mais, et c’était le cas de Bordeaux, la commission de contrôle est là pour surveiller la bonne tenue des finances des clubs. Qu’elle soit conforme aux réglementations de la FFHG à ce sujet. Dans le cas où elle constate des dysfonctionnements, elle intervient et sanctionne. À partir de maintenant, tous les contrats seront soumis à la commission de contrôle, qui devra valider les contrats afin qu’ils soient compatibles avec les règles. Les validations de tous les joueurs seront soumis à la commission de contrôle.

Mais nous disposons de plus de visibilité car ce sont des sociétés, qui sont soumises à des auto-contrôles. Même s’il y a encore un peu de bricolage, nous le chassons comme nous le pouvons. Nous ne sommes pas des flics, nous ne pouvons analyser que ce que l’on nous donne. Mais les espaces de liberté pour les contrevenants fondent à vue d’œil.

Les réunions avec les présidents de club n’ont plus rien à voir avec le passé. Même si cela reste passionnel, nous avons affaire à des dirigeants, des entrepreneurs qui savent bâtir un projet commun, la ligue Magnus. Nous n’avons pas encore complètement absorbé le passage à 44 matchs, ce qui est normal. Certains étaient prêts, d’autres moins ou le sont devenus. Il faut pour tous travailler sur d’autres manières de promouvoir tous ces matchs, avoir une organisation plus étoffée. On passe un cap et, ce qui est nouveau, c’est que des gens investissent.

HA : On a l’impression que le calendrier laisse moins de matchs le dimanche. Est-ce lié à une demande des clubs ?

LT : Nous voulons laisser une certaine souplesse selon les endroits, mais peu. Car la marge est réduite. Nous pouvons difficilement commencer avant le 8 septembre, puis il y a les trêves internationales. En fin de saison, il nous faut du temps pour préparer le Championnat du monde, car notre équipe nationale en a besoin, pas le choix : le rayonnement de l’équipe de France joue sur celui du hockey français en général. Il y a peu de battements possibles. Cela dépend aussi des disponibilités de glace. Nous restons vigilants, pour ne pas l’institutionnaliser. Il faut vraiment une bonne raison pour annuler le dimanche, car il y a bien d’autres compétitions également, notamment les jeunes et les autres divisions. Après, il y a aussi le problème du nombre d’arbitres.

Pierre Dehaen au Mondial 2014

Cinquième partie : L’arbitrage

HA : Vous évoquez justement l’arbitrage : on a vu Pierre Dehaen en CHL, Charlotte Girard aux JO… Quel est l’état de l’arbitrage ?

LT : Nous allons mener une grande réflexion sur le sujet avec les clubs, car il y a eu l’an passé des débordements auprès des arbitres – tout comme il y en a eu en football alors que les arbitres y sont professionnels… C’est inadmissible. Pour cela, j’ai toujours admiré le rugby, où les joueurs, ces gros bonhommes, respectent l’arbitre sans broncher. Nous voulons institutionnaliser le respect. Nous aurons l’apport d’un ancien cadre de l’arbitrage du rugby, qui nous aidera sur l’organisation, la formation. Pour la première fois, nous avons eu dix nouveaux jeunes au stage d’arbitrage, de jeunes athlètes, certains anciens joueurs en junior. Nous voulons surfer là-dessus, impliquer tout le monde, mettre tout le monde devant ses responsabilités, nous compris.

Nous voulons étoffer l’organisation de l’arbitrage. Il y a un changement à la tête de l’IIHF où M. Komissarov laisse sa place à M. Kurmann, un Suisse, avec qui nous travaillons très bien.

Le métier d’arbitre doit avoir une reconnaissance plus marquée, car une carrière internationale, avec de grands événements, est possible – si on parle anglais bien sûr. C’est une préparation globale, mais nous voulons mettre en avant ces possibilités pour aider au recrutement.

Ces dix jeunes, dont quatre ont joué à un bon niveau junior, cela nous donne des athlètes, qui patinent bien et connaissent le sport.

Les premiers pas en arbitrage peuvent être traumatisants, car certains parents sont parfois un peu fous ! Cela peut vacciner… D’où ce travail sur le respect mutuel, qui est très important. C’est un facteur de recrutement.

Le problème de l’arbitrage est plutôt un problème de nombre plus que de qualité. Nous avons intégré beaucoup de nouveaux en Ligue Magnus la saison dernière, car nous souhaitons établir une certaine compétition entre les arbitres, créer des passerelles entre D1 et D2. Cela reste du hockey, avec un niveau en hausse, et cela donne un brassage utile. Il faut comprendre que l’arbitrage, c’est un investissement à long terme, qui demande de l’apprentissage. Nous voulons brasser plus large, avec l’investissement des clubs. Les besoins en arbitres augmentent. Tout cela va dans le bon sens depuis deux ans. L’arbitrage n’est même plus un sujet crucial dans les réunions avec les présidents de club, alors qu’auparavant c’était le premier sujet sur la table.

 

Sixième partie : Les commotions

LT : Nous allons participer sur invitation du rugby à un symposium national à Clermont sur les commotions cérébrales le 9 novembre. L’IIHF s’occupe de cette problématique depuis longtemps – contrairement à la NHL. – avec une réglementation plus stricte contre les charges à la tête, dans le dos… Autour du professeur Marc Aubry, membre de la commission médicale de l’IIHF, une sommité du sujet, nous voulons passer un cap et nous montrer plus professionnels sur le sujet. Le lendemain du symposium, le 10 novembre, nous réunirons à Lyon les staffs médicaux, les entraîneurs et les présidents avec le professeur Aubry.

Nous ne voulons plus de mise en danger des joueurs pour des résultats sportifs à court terme. Il y aura des interventions de joueurs qui ont dû arrêter leur carrière temporairement ou définitivement à cause de cela, comme Teddy Trabichet, un jeune joueur de Reims, Jérémy Sabatier… qui témoigneront.

L’objectif, c’est tolérance zéro, la santé des joueurs avant tout. Le rugby est en train de perdre des pratiquants dans les catégories de jeunes, car les parents sont inquiets. Le hockey… Les gens retiennent les bagarres car certains médias ne montrent que cela, mais le hockey est sorti de la liste des sports « dangereux » – ce qui aide avec les assurances. L’amélioration de l’équipement et le durcissement des règles sur les charges, avec le soutien de l’IIHF, doivent se poursuivre.

 

Septième partie : Le hockey féminin

HA : Vous évoquiez tout à l’heure l’augmentation du nombre de pratiquantes. L’équipe de France féminine jouera en élite au prochain Mondial, est 10e mondiale et peut prétendre à une place olympique, plusieurs s’exportent… Quel est votre ressenti sur le hockey féminin français ?

LT : Cela se voit depuis deux ou trois ans, mais c’est surtout le fruit d’un travail entamé bien avant ! La création du Pôle France à Chambéry en 2008 a un impact certain. C’est toujours difficile avec le Championnat de France car il y a peu d’équipes, mais cette année, nous en auront six dans le nord et six dans le sud. Chaque année, nous organisons un championnat du monde U18 ou senior. Nous avons créé une équipe U16.

Récemment, à Vaujany, nous avions 130 athlètes et beaucoup de demandes pour intégrer le Pôle France. En 2019, celui-ci migrera à Cergy dans le Centre national, et nous faisons construire des logements pour les athlètes, pour ce Pôle France féminin comme d’autres athlètes.

La progression est constante. Les filles parties à l’étranger y ont ramené beaucoup d’expérience, à l’image de l’accord avec les Carabins de Montréal, avec Marion Allemoz, Lore Baudrit, Estelle Duvin. Maintenant, ce sont les équipes étrangères qui vont chercher nos joueuses.

La difficulté, c’est de bien préparer les Jeux olympiques. Chez les garçons, il y a les contrats des clubs, mais pas chez les filles. Il y a les fin d’études, elles doivent travailler et concilier cela avec le haut niveau, ce qui n’est pas toujours compatible.

Nous avons d’ailleurs une discussion à ce sujet avec le ministère et le comité olympique. Nous voulons travailler pour garder les filles en activité, jusqu’à la qualification olympique. Nous travaillons sur des pistes, avec la Région aussi. Il faut réussir à garder cette dynamique, car les joueuses sont très motivées. Il ne faut pas en perdre en route pour des causes extra-sportives.

Tous ces progrès aident bien à convaincre les interlocuteurs. Cette 10e place mondiale, ce n’est pas rien !

 

Conclusion : La fin du mandat

HA : Votre mandat arrive bientôt à son terme. Préparez-vous votre succession, avec par exemple Pierre-Yves Gerbeau ?

LT : Nous mettons en place une nouvelle organisation. Dans mon prochain mandat, je prépare cette succession. J’estime que c’est du ressort du président. Je suis retraité de chez Bouygues depuis peu, mais jamais du hockey ! Peu importe le rôle, je ne pourrais jamais m’éloigner très loin de cette passion.

Le vice-président délégué, Pierre-Yves Gerbeau, et le secrétaire général Jean-David Camus vont gérer un certain nombre de choses directement. Mon rôle sera plus politique, avec les dossiers de subventions, les relations avec le ministère, l’IIHF.

Gérald Guennelon est parti après onze ans à la Direction technique nationale, départ à l’amiable. Une page se tourne, riche d’un énorme travail dans tous les domaines.

Il y a donc une nouvelle organisation à mettre en place. Cela se joue avec le ministère, pour faire un appel à candidatures pour son remplacement. Nous souhaitons une personne qui vient de la famille du hockey. Nous avons désormais les ressources et l’expérience pour gérer nos propres affaires.

 

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