États-Unis – Slovaquie (Mondiaux 2019, groupe A à Košice)

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On y est. Pour beaucoup, le Finlande-Canada en ouverture était le gros morceau de la journée. Mais pour les suiveurs locaux, c’est cet États-Unis-Slovaquie qui lance réellement les championnats du Monde. Silencieuse jusqu’au réveil, Košice vit enfin au rythme du hockey et s’est vêtue toute entière aux couleurs de la Double-Croix. Mais une fois n’est pas coutume, le festin commence par le dessert ; la « bannière étoilée » n’a jamais été aussi bien surnommée avec sa clique de stars venue en Europe centrale avec l’objectif déclaré de ramener le titre outre-Atlantique. La Slovaquie rentre donc dans le vif du sujet dès ses débuts, sans compter qu’elle affrontera demain soir le Suomi, tombeur de la Feuille d’érable. Sans son créateur Libor Hudáček, toujours sous antibiotiques, elle devra gommer ses deux principaux défauts de la préparation : jouer plein pendant 60 minutes et surtout faire mouche devant la cage adverse.

Le défi est de taille devant l’armada américaine. D’ailleurs, les États-Unis mettent le feu sur leur première incursion : en contre, Johnny Gaudreau sert Alex DeBrincat qui loupe le cadre, tout comme Jack Hughes, très remuant dans l’enclave. En face, Róbert Lantoši tente sa chance dans le cercle droit pour le premier arrêt de Cory Schneider et Michal Čajkovsky, servi par Ladislav Nagy dans le coin gauche, vise mal. Bousculée par la vitesse d’exécution américaine, la Slovaquie ne se laisse pas faire pour autant. Si le gardien des Devils répond présent sur la percée de Tatar au centre, il baisse cependant sa garde sur un tour de cage de Márian Studenič et Matúš Sukeľ, à l’affût devant la cage, profite du retard de repositionnement du gardien pour faire soulever la Steel Aréna (1-0, 04’02).

La déviation de Eichel sur une frappe de Suter, puis le tir de Vatrano sont tous deux contenus par Rybár. Les États-Unis tentent de reprendre la main mais la défense locale est bien en place devant son gardien et une crosse empêche souvent le geste final américain. La Slovaquie sort bien le palet de sa zone et agit en contre. Patrik Koch, qui évolue ici en club le reste de l’année, ne se laisse pas submerger par l’émotion en bombardant depuis la « bleue ». Tatar l’imite sur l’engagement qui suit mais Schneider stoppe de la mitaine. La maîtrise technique est du côté des hommes de Jeff Blashill, l’envie chez ceux de Craig Ramsay.

Mário Lunter prend la direction de la prison et offre aux États-Unis un dangereux jeu de puissance (10’54). On retrouve la deuxième ligne américaine à l’œuvre : Gaudreau patiente avant de servir DeBrincat qui ajuste Rybár d’une puissante reprise entre les deux cercles (1-1, 12’05). L’égalisation marque le début d’une nette domination de l’Oncle Sam. Jack Hughes se faufile dans l’enclave mais le rebond de James Van Riemsdyk est dévié de la botte. Clayton Keller met le feu dans la foulée. La Slovaquie se sauve à chaque fois mais les Américains sont menaçants sur chacune de leur entrée en zone.

La rencontre est intense et le public y contribue. La Slovaquie semble portée par ce soutien et part à l’abordage sur toutes ses récupérations. Koch envoie un nouveau missile depuis la bleue mais Marián Studenič ne parvient pas à reprendre son rebond alors que le flanc gauche de Schneider est découvert. Marek Ďaloga s’infiltre mais la défense americaine se resserre à temps. La dernière salve de la période revient à Dylan Larkin qui oblige Rybár à la parade sur un tir lointain.

Changement de décor en deuxième période. La Slovaquie repart tambour battant et le branle-bas de combat est sonné par Ladislav Nagy, dont la frappe dans le rond droit est mal contenue par Schneider mais heureusement pour le portier étatsunien Studenič ne parvient toujours pas à exploiter le rebond. Les ardeurs slovaques portent leurs fruits : Brady Skjei (21’22) et Ryan Suter (21’36) sont sanctionnés coup sur coup et la double supériorité numérique qui s’ensuit est une occasion en or de reprendre les rênes au score. Bingo ! Servi par Andrej Sekera, l’enfant du pays Erik Černák enfile l´aiguille dans l’axe (2-1). Électrisée, la Slovaquie insiste sur le reste de power-play. Marko Daňo loupe le rebond d’une frappe flottante de Sekara et Sukeľ foire complètement sa reprise sans le slot.

La Slovaquie marche au mental et les conditions lui sont actuellement très favorables pour s’épanouir. Elle recycle le moindre déchet américain pour immédiatement porter le danger devant Schneider. À gauche, Richard Pánik sert en transversal Tatar, libre de marquage, qui trouve un mince espace entre le gardier et le poteau droit (3-1, 24’58). L’ailier des Canadiens de Montréal se jette sur le plexiglas, galvanisé par une ambiance étourdissante. La Slovaquie affiche un visage qu´on ne lui connaissait pas. Elle glisse vite, ses transmissions sont propres et, surtout, montre une détermination a toute épreuve. À leur aise collectivement dans le premier acte, les États-Unis s’effacent brutalement et se laissent trop aller à l’individualisme.

Tant mieux pour la Slovaquie, qui ne se fait pas prier pour animer offensivement. Lantoši et Daňo, au corps-à-corps, ne sont pas loin de transformer une nouvelle fois. C’est l’euphorie dans les tribunes. Lantoši, encore, intercepte une mauvaise passe américaine et sert Tomáš Zigo qui tape de suite mais trouve Schneider. Lantoši, toujours, s’échappe et Zigo, en soutien, ne profite pas plus de la situation. Le palet envoyé par Sukeľ dans le rond gauche frôle le poteau opposé puis la reprise du centre de Slovan Bratislava est bloquée dans l’enclave. La pause arrive à temps et pour les États-Unis, absents, et pour les spectateurs qui n’ont cessé de s’égosiller.

On croit à un retour aux affaires américain en début de troisième période. Van Riemsdyk loupe d’abord l’immanquable alors que Rybár est battu sur sa droite mais la déviation passe juste à côté. La bande à Patrick Kane durcit ses interventions, comme sur cette charge de Luke Glendening sur Krištof. Le petit attaquant se relève vite mais titube en rejoignant le banc. Jouer les gros bras ne suffit pourtant pas à retrouver de l’efficacité. Les pertes de palets américains sont nombreux en zone neutre et la Slovaquie maintient ainsi la pression. Rybár doit toutefois rester vigilant ; Van Riemsdyk est en position idéale dans le slot mais oublie de cadrer puis le projectile de Larkin est écarté par un réflexe du gardien.

Le temps fort de la bannière étoilée se poursuit avec un second jeu de puissance (53’01). Van Riemsdyk manque de mordant au poteau gauche, à l’inverse de Dávid Buc qui va gratter un palet sur une relance dans la zone américaine et décale pour Lunter, qui manque de dextérité devant Schneider. Les États-Unis n’y sont plus. Les minutes défilent et ils ne paraîssent pas en mesure de renverser la vapeur. D’autant plus que la Slovaquie ne lâche rien. À l’image de Lantoši qui, pris en chasse par deux défenseurs, s’en va quand même défier Schneider. Ou comme Krištof qui, voyant Tatar faire écran devant le portier adverse, tente sa chance de loin et fait mouche (4-1, 55’54).

Au prix d’une performance collective aboutie, la Slovaquie se paie des débuts en fanfare dans sa compétition. Les États-Unis avaient pourtant rendue une copie très convaincainte pendant les vingt premières minutes, excellant dans les petits périmètres, avant de s’éteindre et de subir un naufrage. Le public accueille le succès de ses chouchous en scandant My sme tu doma (« On est ici chez nous »). Ce soir, effectivement, la Slovaquie a joué en taulier.

Désignés joueurs du match : Jack Eichel (États-Unis) et Matúš Sukeľ (Slovaquie)

Réaction d’après-match

Patrik Koch (défenseur de la Slovaquie) : « On est vraiment contents que tout nous ait souri contre cette équipe des États-Unis. Mais ce n’est que le premier match, il ne faut surtout pas s’enflammer. On a enfin joué soixante minutes à fond. (…) L’atmosphère au début du match nous a galvanisés, et puis aussi à la fin après l’hymne, quand le public nous a fait la fête. On  doit tirer profit de toute cette énergie. »

États-Unis – Slovaquie 4-1 (1-1,0-2,0-1)
Vendredi 10 mai 2019 à 20h15 à la Steel Aréna de Košice. 7430 spectateurs.
Arbitrage de Olivier Gouin (CAN) et Yevgeni Romasko(RUS) assistés de Gleb Lazarev (RUS) et Andreas Malmqvist (SUE).
Pénalités : États-Unis 4′ (0′,4′,0′) ; Slovaquie 4′ (2′,0′,2′)
Tirs : États-Unis 26 (7,5,14) ; Slovaquie 36 (9,13,14)

Évolution du score :
0-1 à 04’02 : Sukeľ assisté de Studenič
1-1 à 12’05 : DeBrincat assisté de Kane et Eichel (sup. num.)
1-2 à 21’52 : Černák assisté de Sekera (double sup. num.)
1-3 à 24’58 : Tatar assisté de Pánik
1-4 à 55’54 : Kristof assisté de Marinčin

États-Unis

Attaquants :
Clayton Keller (-1) – Jack Eichel (-2) – Chris Kreider (-1)
Alex DeBrincat – Dylan Larkin (A, -1) – Johnny Gaudreau (-2)
James Van Riemsdyk – Jack Hughes – Patrick Kane (C, -2)
Derek Ryan – Luke Glendening – Colin White
Frank Vatrano [2 présences]

Défenseurs :
Ryan Suter (A, 2′, -3) – Alec Martinez (-2)
Noah Hanifin – Brady Skjei (2′)
Quinn Hughes – Adam Fox (-1)

Gardien :
Cory Schneider

Remplaçant : Thatcher Demko (G).

Slovaquie

Attaquants :
Richard Pánik (+2) – Michal Krištof (+2) – Tomáš Tatar (A, +2)
Ladislav Nagy (A, +1) – Matúš Sukeľ (+1) – Marián Studenič (+1)
Marko Daňo – Tomáš Zigo – Róbert Lantoši (2′)
Mário Lunter (2′) – Dávid Buc – Adam Liška

Défenseurs :
Erik Černák – Andrej Sekera (C)
Christián Jaroš (+3) – Martin Marinčin (+3)
Martin Fehérváry – Marek Ďaloga
Patrik Koch – Michal Čajkovský

Gardien :
Patrik Rybár

Remplaçant : Marek Čiliak (G).

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