Yorick Treille : « Apporter de la confiance »

Photo Michel Bourdier
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Ce vendredi, rendez-vous était donné à l’hôtel Yasmin, l’hôtel des Bleus, pour un long entretien avec Yorick Treille. L’un des plus capés de l’équipe de France a rangé ses patins en cours de saison pour un nouveau défi : entraîneur de Mulhouse. Cette reconversion s’accompagne d’un rôle d’adjoint de Philippe Bozon.

L’ancien attaquant a tout connu en bleu : le Mondial de D1, la remontée en élite et des années de bataille pour le maintien. Ses nombreuses expériences à l’étranger (NCAA, AHL, élite tchèque) en font un consultant privilégié pour évaluer les progrès du hockey français, et ses lacunes, aussi.

Son nouveau rôle, la transmission des valeurs et la formation : Yorick Treille a répondu aux questions d’Hockey Archives avec patience et lucidité.

Hockey Archives : Quel est ton rôle en tant qu’assistant coach et comment se passe ton adaptation ?

Photo Michel Bourdier

Yorick Treille : Cela se passe bien. Le premier rassemblement en novembre était une expérience pour moi, mais j’avais hâte de vivre ces moments. Il a fallu un peu de temps pour trouver ma place. Cela se construit au jour le jour, naturellement. Philippe Bozon est le patron, chaque membre du staff – kiné, doc et assistants – a un rôle précis, et c’est lui qui gère l’ensemble. C’était clair dès le début, et il nous fait confiance en nous déléguant. Il est à l’écoute de son staff, nous avons un vrai rôle à jouer. Au cours des trois stages de l’année et des six semaines de préparation les habitudes se forment. C’est un travail à long terme.

Mon rôle est aussi de servir de relais avec les joueurs. Qu’il s’agisse de points tactiques qu’ils n’ont pas compris, ou d’autres choses. En tant qu’ancien joueur, c’est plus facile pour eux et pour moi de répondre à leurs questions. Mon rôle celui de communiquer, de relayer. D’apporter de la confiance aux joueurs.

C’était vraiment naturel d’être dans ce groupe et c’est un vrai plaisir. Le fait qu’il y ait Sacha est un gros bonus, mais ça ne change rien.

Depuis tes débuts en bleu, tu as connu les bas et les hauts. Comment juges-tu l’évolution de cette équipe de France ?

Le chemin a été long, mais l’évolution majeure reste la structuration interne. Le staff lui-même, le nombre de personnes dans ce staff… Tout ! On a grandi. La qualité de préparation est bien meilleure. Il est difficile de comparer avec ce que j’ai connu à mes débuts car c’était il y a vingt ans, mais nous avons vraiment beaucoup changé. Et heureusement ! Ceci dit, les autres pays aussi ont progressé. L’Allemagne compte sept coachs ! Aujourd’hui en équipe de France, c’est le jour et la nuit avec mes débuts. Les joueurs évoluent dans de très bonnes conditions, par rapport aux périples qu’on a pu vivre il y a quinze ans.

Comment s’est fait ce passage sur le banc de l’entraîneur ? C’était un projet de reconversion ?

Je l’avais en tête depuis pas mal d’années, cinq-six ans… J’avais envie d’essayer en tout cas. Là, je suis en phase d’apprentissage, et avec un an d’expérience je peux dire que j’aime ça. J’ai envie de continuer et cela confirme ce que je pensais, même si je n’ai qu’une expérience à court terme. J’essaie de garder un esprit ouvert, d’apprendre au quotidien et de progresser dans mon rôle.

L’année a débuté sur glace, mais physiquement c’était difficile depuis plusieurs années déjà à cause de ma hanche. Je devais prendre des antidouleurs et je savais que cette saison serait la dernière. La proposition de Mulhouse est arrivée au bon moment, même si le choix d’arrêter restait difficile. Je n’imaginais pas forcément débuter comme cela, j’imaginais un rôle d’assistant, un temps d’apprentissage, mais j’ai sauté sur l’occasion à Mulhouse. L’apprentissage en accéléré est complété par ce rôle de support avec les Bleus. À Mulhouse, je bénéficie de l’entourage d’Erwan Agostini, qui m’a beaucoup aidé depuis le début, ainsi que des vétérans précieux, comme Kévin Hecquefeuille ou Damien Raux.

Parmi ces apprentissages de l’entraîneur, nous savons que tu suis les travaux de Magnus Corsi par exemple. Quel est ton rapport avec ces outils statistiques ?

C’est un peu l’avenir. Les meilleurs s’y mettent, après il faut savoir analyser. Nous ne sommes qu’un staff de deux, et entre les vidéos et les statistiques cela fait beaucoup de données. Parfois, cela vient confirmer nos choix. C’est un outil intéressant, qui la plupart du temps vient en relation avec la réalité qu’on se fait. L’analyse est encore une autre spécialité, qui complète l’expérience. Il faut savoir interpréter tout cela et je ne suis pas un expert. Cela dit, c’est un travail incroyable de la part de ces bénévoles. Je ne sais pas trop quelle est la qualité ou la fiabilité des données, mais c’est assez fou que des bénévoles montent ça, que quelqu’un donne de son temps comme ça. Ça doit leur demander un travail considérable. Bravo à eux !

Ton parcours de joueur est celui d’un globe-trotter : junior canadien, NCAA, AHL, République Tchèque et bien d’autres… Quelle transmission de ces expériences peux-tu proposer ?

Le staff a beaucoup d’expérience, que ce soit Philippe Bozon on René Matte. Je ne suis qu’une pièce du puzzle. Je ne veux pas aller trop dans la tête des joueurs, mais partager ces expériences est intéressant. Beaucoup de joueurs de l’équipe ont énormément d’expérience, déjà.

Il y a aussi pas mal de novices dans cette équipe de France…

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Oui, il y a des absents, mais ça sera le cas de plus en plus. Nous avons deux joueurs en NHL, bientôt trois avec Texier et qui sait, un jour d’autres. On sait qu’il y a les facteurs de contrats, et aussi plein d’autres facteurs dont le public n’a pas conscience. Les joueurs n’ont pas toujours leur mot à dire, les équipes de NHL ou KHL peuvent bloquer les joueurs alors qu’ils ont envie de venir. Ce n’est pas toujours la décision des joueurs. Cette année, il y a les blessures, aussi. Plus nous aurons de joueurs dans ces championnats, plus nous devrons affronter ces situations.

La profondeur de banc semble plus importante qu’avant. C’est ton sentiment ?

En préparation, c’était le message aux joueurs : qu’il fallait gagner sa place. Il y a beaucoup de bons joueurs et les choix deviennent de plus en plus difficiles. C’est tant mieux ! Il y a quinze ans, c’était dur d’être compétitif, il y avait cinq-six très bons joueurs… Là, il y en a beaucoup de bons, ce qui donne de nouvelles opportunités à tout le monde.

Que pensez-vous de ce Championnat du monde [avant le match contre la Slovaquie, ndr] ?

Nous sommes dans un groupe difficile, avec un calendrier compliqué. Il y a beaucoup de back-to-back avec un adversaire qui sort d’un jour de repos. Même la Grande-Bretagne, promue, a un meilleur calendrier ! L’inversion de la Slovaquie et de la Norvège ne nous aide pas. Chaque match est un challenge, mais nous avons l’habitude des matchs couperets pour le maintien. Nous jouerons pour gagner, à chaque match. L’objectif maintien est très important, il faut l’obtenir le plus vite possible.

Le cap à franchir est pour partie mental ?

Nous avons fait d’énormes progrès, mais les autres ont progressé aussi. Nous avons comblé un peu de retard. Nous sommes proches, mais la moindre erreur se paie cash et c’est la cruelle réalité de notre sport, de ce haut niveau. Nous devons nous rapprocher de la perfection.

Et physiquement ?

La progression est réelle. Nos joueurs sont des athlètes désormais, mais il y a encore des caps à passer. La Magnus a beaucoup progressé dans ce domaine, mais les autres pays aussi. L’intensité, l’exécution, la force, la vitesse… Les duels sont costauds. Ce n’est pas encore complètement ça en France. Cela vient avec les habitudes de match.

Depuis quelques années, le débat de la formation des défenseurs agite la communauté du hockey français. Il y a l’émergence de Gallet, Thiry, Crinon, mais quel est ton regard sur la question ?

C’est une excellente question. Une question que l’on se pose en interne. Je pense qu’il faut revoir les choses à la base. Pendant longtemps en France, nous avons mis les plus talentueux, ou du moins ceux qui avaient le plus de facilités, en attaque. Nous devons mettre en place un développement spécifique des défenseurs dans les clubs. C’est une question qui existe depuis un moment, c’est évident. Mais on peut faire quelque chose, former les joueurs et les entraîneurs. C’est une philosophie de la fédération. Valoriser ce travail avec les défenseurs, et former les formateurs.

Nous avons des athlètes dans tous les sports en France, mais le nôtre est spécifique car il nous faut des patinoires. Or, il n’y en a pas beaucoup, les heures de glace sont rares et chères. Il y a beaucoup de choses à faire.

Il faut sérieusement réfléchir à ces questions-là. Je ne dis pas qu’il faut copier ce qui se fait ailleurs, mais il y a des choses à prendre, et surtout à adapter. Cela demande des moyens pour bien faire et c’est notre travail de trouver ces moyens et de les appliquer au bon endroit.

La défense compte encore deux-trois vétérans qui sont loin d’être finis. Chakiachvili a passé un cap je trouve, une grosse marche et c’est très intéressant. Les jeunes arrivent, Enzo Guebey aura très vite son mot à dire par exemple. Kévin Dusseau n’est pas loin, il était vraiment très proche cette année. Hugo Gallet, Thomas Thiry, Pierre Crinon ont encore une grande marge de progression. Cela rendra l’équipe meilleure. Et il nous manque Yohann Auvitu, aussi. Il y a enfin une vraie compétition en défense. Et tous ces jeunes joueurs sont encore là pour les dix prochaines années.

Propos recueillis par Nicolas Leborgne et Brice Voirin, photos de Michel Bourdier

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