Ron Filion a laissé sa trace en France et aux États-Unis

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Le hockey français a toujours vu passer des joueurs de haut niveau qui ont laissé leur trace dans le championnat de France. Certains ont fait beaucoup plus que des piges pour monnayer leur talent. Ils ont apporté des compétences et une structuration qui a aidé au développement du hockey français. Ronald Filion est de ceux-là ! Issu du circuit junior québécois, il a percé en France avec les tout meilleurs joueurs français du moment. Ceux qui ont constitué le renouveau des bleus et qui ont porté l’aventure olympique au plus haut niveau à Albertville et Lillehammer. Enfin c’est grâce à son passage dans la petite ville de Cholet, que ce personnage, a créé les fondations d’un club qui reste, encore aujourd’hui, une place importante du hockey en Division 1.

Je suis allé chercher le contact avec ce Canadien francophile, que j’ai eu l’occasion de voir jouer avec les Dogs de Cholet. L’objectif est de relater son parcours dans l’hexagone mais aussi de donner un coup de projecteur sur son activité actuelle dans la formation des jeunes avec les Bobcats.

Le hockey américain – raisons de la performance

C’est depuis l’Arizona, où il réside, que le téléphone décroche. En France nous sommes encore confinés mais chez lui comment tout cela se déroule ?

Ron Filion : « Chez nous, en Arizona, tout est fermé, les patinoires sont fermées. C’est comme ça depuis environ trois semaines et on a été un des derniers États à tout fermer. Il est envisagé de rouvrir aux environs du 1er mai. »

Ron dirige depuis plusieurs années le programme des Arizona Bobcats. En quoi consiste cette organisation et quels sont les résultats de ce travail vers les jeunes ?

R.F : « En 2007 mon travail a cessé avec les Phoenix Coyotes. J’étais Directeur Général et Head Coach des Phoenix Roadrunners (ECHL). C’était la deuxième équipe école des Coyotes. Ça a duré pendant trois années et demie. Ensuite, avec Claude Lemieux, on a commencé à travailler avec les jeunes. Ce travail m’a vraiment plu et d’ailleurs j’ai toujours adoré coacher. J’ai commencé comme ça et le projet a grandi pour, finalement, devenir l’un des meilleurs programmes de formation aux États-Unis. On a produit les Brendan Lemieux, Auston Matthews [NDLR : en photo avec lui lors de sa sélection en numéro 1 de la draft NHL 2016] ou encore Jake Debrust par exemple. On a progressé et ensuite on a remporté des gros championnats, le tournoi Pee-Wee de Québec…

Notre but c’est d’essayer de regrouper les meilleurs jeunes de l’Arizona et des autres États. Dans ma compagnie, j’ai des recruteurs qui sont sur la route et qui cherche des joueurs pour les ramener chez les Bobcats. On a 15 entraîneurs et on fait du hockey toute la journée. Ces jeunes-là, même s’ils ont déjà 10-12 ans, on les prépare comme des juniors, comme des universitaires. C’est un développement intense. L’été, on prépare un plan avec le hockey mais on les force aussi à faire d’autres sports pour obtenir de vrais athlètes. Chez les Bobcats, on ne veut pas juste former un joueur de hockey, on veut un p’tit gars qui puisse aller jouer au Baseball, ou au soccer. Je ne sais pas si c’est la bonne chose, mais en tout cas, pour nous, ça fonctionne ! ».

Le hockey américain est devenu une vraie référence sur la scène internationale et commence à s’imposer dans le secteur mondial du hockey mineur. Les jeunes Américains ont remporté 6 titres mondiaux et joués deux finales dans la catégorie U18 depuis 2010. Ils ajoutent à cela trois titres de champions du monde en U20 sur la même période. Comment analyse-tu cette performance au plus haut niveau ?

R.F : « Pour moi, la première chose qui joue, c’est l’apport de tous les anciens qui ont joué en Europe, en AHL/ECHL et même en NHL qui sont devenus entraîneurs. Comme Luc Beausoleil par exemple ou bien les frères Gasseau à Los Angeles. Ils se sont impliqués dans le hockey et sont devenus des employés du hockey aux États-Unis. Ils ont apporté une somme de compétences. Aujourd’hui le programme des États-Unis est dirigé par beaucoup d’anciens de la Ligue Nationale. Mais tout ça a pu être mis en place parce qu’on peut obtenir des financements importants et rémunérer les employés à un très bon niveau.

De ce côté de l’Atlantique, on a pu voir arriver un nombre important de jeunes joueurs américains, de très bon niveau, sortis tout droit du circuit universitaire. Le marché semble inépuisable dans ce secteur. Quelles est la réalité de ce système ?

R.F : « L’universitaire c’est une grosse opportunité pour les jeunes. J’ai 21 ou 22 joueurs de mon programme qui jouent en NCAA et ce sont de très bons joueurs. Ils partiront en Europe s’ils ne font pas la Ligue nationale. La NCAA est à un très haut niveau et en plus c’est du beau hockey ! Il y beaucoup d’argent, de structuration. C’est très organisé et l’apport aux athlètes est du même niveau que les professionnels. C’est incroyable et il faut vraiment se déplacer pour venir voir ça !

Mais Il y a tellement de joueurs sur le marché. En WHL (Western Hockey league) par exemple, les Américains faisaient partie de la draft avec les Canadiens jusqu’à l’année dernière. Maintenant ils ont été obligés de créer une draft spécialement pour eux ! Aux États-Unis, on produit beaucoup de joueurs et les gens qui mettent de l’argent dans notre programme le voient comme un investissement. Pour les Américains, la Ligue Nationale c’est un beau rêve, mais l’objectif prioritaire c’est de jouer en NCAA où les études sont aussi importantes que le hockey. C’est ce qu’ils veulent ! Les parents ne parlent que de ça. La pression qu’on a sur nos entraîneurs est dans l’objectif de faire jouer les jeunes en « College ». C’est leur fierté ! »

Ron Filion – l’arrivée sur le vieux continent

La carrière de joueur de Ron commence avec la rencontre de Claude Lemieux – futur quadruple vainqueur de la Coupe Stanley – et se poursuit dans la Ligue Junior Majeur du Québec entre 1981 et 1985. En 1984, il croise même Serge Poudrier qui deviendra le solide défenseur de l’équipe de France.

R.F : « Avec Claude, on s’est connu en Midget AAA (U17) chez les riverains de Richelieu. On s’est retrouvé ensemble à Trois-Rivières (Junior Majeur du Québec), et enfin aux Canadiens Juniors. Après il est parti avec les Canadiens de Montréal. Pour moi, ça été le temps des décisions. J’avais une offre pour jouer à Sherbrooke en AHL avec mon ancien entraîneur des juniors, Pierre Creamer, ou bien aller en Europe. Le cousin de mon père était Président et Manager Général des Nordiques de Québec donc avec mon père on lui a demandé quelles étaient mes chances d’accéder à la Ligue Nationale (NHL). Et là, la réponse a été claire et rapide : « Il est très doué mais il est trop petit ! » Ma voie était tracée, je voulais jouer au hockey donc j’ai donc décidé d’aller en Europe. Je n’ai aucun regret sur ces 14 saisons où j’ai vécu une très belle et importante partie de ma vie ».

En traversant l’Atlantique, Ronald intègre les meilleures équipes de l’élite du hockey français et partage l’aventure avec les joueurs majeurs de l’équipe de France de l’époque comme Michel Vallière, André Peloffy, Peter Almasy ou encore Christophe Ville… Quel est son regard sur ces années au plus haut niveau ?

R.F : « À l’époque, (en 1987), J’ai débuté à Langnau (LNA Suisse) où je devais remplacer Paul Geddes qui était blessé. J’ai dû faire a peine une dizaine de matchs et il est revenu au jeu, mais j’ai bien apprécié cette expérience. Pour la suite mon agent avait des contacts partout et était bien implanté en France. Je lui ai demandé de l’aide et il m’a emmené à Angers. C’est là que j’ai commencé en France. J’y ai fait une saison de fou et je n’ai jamais marqué autant de buts !

J’ai adoré mon passage à Angers, mais je jouais en deuxième division et moi je voulais jouer plus haut. Et c’est Villard-de-Lans qui est venu me chercher ensuite. Ils étaient en première division, ça s’appelait pas encore Magnus à l’époque (Nationale 1A). J’ai toujours voulu jouer au plus haut niveau et cette année-là j’ai terminé 10e meilleur marqueur du championnat. J’adorais ce niveau de jeu.

Ensuite (1989/90), les Français Volants de Paris sont venus nous chercher, Derek Haas et moi, et c’était une chance de jouer avec les plus grands comme Christophe Ville. J’ai toujours eu des ambitions et Paris m’a donné la chance de jouer avec beaucoup de joueurs de l’équipe de France. T’es compétiteur donc jouer à Chamonix, avec un paquet de joueurs de l’équipe de France comme Pouget, Bozon, Ville, Guennelon et Mike Vallière, ça représentait une chance énorme pour moi . D’ailleurs, Mike fait un peu comme moi en ce moment. Il essaie aussi de monter un programme de formation mais au Québec.

Avec Cham’ on avait battu Reims en demi-finale et on avait joué la finale contre Rouen (1992/93). Malheureusement je me suis fracturé le fémur et j’ai perdu une grosse partie de la saison. C’était ma dernière année de contrat et quand tu es blessé, les équipes ne se battent pas pour t’appeler ».

Bâtir un nouveau club à Cholet

Fin du plus haut niveau en 1993 et l’aventure se poursuit dans la petite ville de Cholet. Comment un joueur de l’élite arrive-t-il dans un club en pleine construction tout en bas de l’échelle ?

R.F : « À la fin du contrat de 3 ans à Chamonix et à cause de ma blessure, personne n’a voulu me proposer de contrat en division 1. J’ai alors envoyé mon CV et le président Lepeltier est venu me chercher pour me proposer de monter une équipe à Cholet avec un contrat de 5 ans. Je voulais un challenge et bien je l’ai eu ! La première année, on a remporté la D3 [NDLR : en fait vice-champion derrière Briançon]. Après trois saisons en D2, on a été champion.

On a réussi à monter une équipe avec un vrai esprit de groupe guidé par Jean Cristophe Guilbaut et Yvan Papillon. On avait de bons jeunes et de sacrés joueurs qui ont bien renforcé la défense comme Roy Russell et Karl Goupil. Et à l’avant on pouvait compter sur Luc Marengère [NDLR : champion de France 1996 avec Brest] que je connaissais bien et qui jouait dans l’élite. Lubomir Pitchonsky était très bon aussi et est devenu un bon ami. Avec ce titre on a pu monter en D1. Il fallait challenger car le niveau était beaucoup plus fort et on a réussi à se qualifier pour la poule finale ! »

Une nouvelle vie américaine

La fin des péripéties françaises provoque ton retour en Amérique du nord en 1998 à Tucson en WCHL (West Coast Hockey League). C’était un changement culturel important ?

R.F : « J’ai eu une offre pour aller coacher à Tucson en Arizona. J’étais supposé être recruté en tant qu’entraîneur. Mais quand je suis arrivé, il y avait des blessés et des joueurs qui ne se sont pas présentés. Et Alain Raymond qui était entraîneur-chef m’a proposé de faire quelques matchs en attendant que les gars, qui étaient en camp d’entrainement de la Ligue Américaine (AHL), reviennent. Je n’ai pas vraiment aimé ça ! C’était une 3e ligue en dessous de la ligue nationale, J’arrivais d’Europe où c’était du beau hockey avec le talent et le « skill » (l’habileté). Là il y avait des bagarres, sans arrêt, à tous les matchs et ça n’a jamais été trop mon style. J’avais vraiment hâte que les joueurs reviennent et que j’arrête de jouer ! »

Tu as déployé ton activité dans le métier de coaching, comment s’est déroulé le passage derrière le banc ? On sait que le hockey nord-américain s’est nourrit des qualités européennes en NHL mais qu’en est-il dans les ligues mineures ?

R.F : « Dans ces ligues, le niveau est très bon ! J’ai coaché près de sept ans dans les ligues mineures, dans la East Coast (ECHL) dont toutes ces équipes sont affiliées avec des franchises NHL. Dans cette ligue, notre équipe des Roadrunners était à la fois le club ferme des Coyotes (NHL), mais avait le même propriétaire que celui des Suns (NBA). Ce sont eux qui m’ont embauché en 2005, pour mettre la structure des Roadrunners sur pied. On arrivait et on était une organisation d’expansion de l’ECHL. J’étais toujours en contact avec les gens de la Ligue Nationale et j’espérais y avoir une chance. Mais au bout de trois ans Wayne Gretzky est parti, Mike Barnett s’est fait mettre à la porte et tous mes contacts qui étaient solides sont partis. Les nouveaux dirigeants ont mis en place leurs gars et moi je ne faisais pas partie de la bande ! C’est ça qui m’a poussé à monter mon programme de formation. »

Un dernier mot sur la France !

À tous les joueurs qui me le demandent, je leur réponds que j’ai adoré mon passage en France et même avec les difficultés. Je n’ai pas fait un seul « bad stop ». Paris c’était génial, Chamonix aussi ! Villard, Angers, Cholet, ce sont de belles places du hockey ! J’ai vraiment été chanceux. Deux de mes anciens joueurs chez les Roadrunners, Olivier Latendresse et Alexandre Rouleau, m’ont dit que, pour eux aussi, la France, c’était leur meilleure expérience. Ils ont adoré !

Mais la question qui se pose c’est comment tu fais pour garder ces joueurs-là ? Pour certains l’argent c’est pas tout, mais pour d’autres ils voient bien qu’il va falloir jouer pendant dix ans et qu’ensuite il faudra se retirer. Donc ils préparent leur sortie et vont chercher de meilleurs contrats comme en Suisse ou en Allemagne.

Pour mon avenir, j’ai encore signé une année, j’espère voir mon fils, Jake, se placer en tant que gardien et après j’envisage de revenir coacher en Europe.

L’équipe de Hockey Archives te remercie énormément pour ce coup de projecteur sur ce circuit de formation de très haut niveau et pour tes fabuleux souvenirs français. Nous te souhaitons une très bonne saison et au plaisir de se croiser en France.

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