Les Islanders étouffent Philadelphie

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Pour la première fois depuis 1993, les New York Islanders atteignent le carré final, non sans mal. Après avoir mené 3 victoires à 1, ils auront dû patienter jusqu’au match 7, parfaitement exécuté.


On savait les Islanders piégeux. La tête de série n°5 s’était déjà défaite de Florida et Washington avec brio. Considérée comme une équipe très défensive, elle a paradoxalement dominé au chapitre des tirs et occasions, jouant avec une aisance parfaite. Barry Trotz, champion 2018 avec Washington, applique sa recette, et les joueurs respectent le plan de match à la lettre.

Les Flyers, sortis avec trois victoires en poule de classement, puis vainqueurs de Montréal (dans la douleur), auront eu un mal de chien à s’approcher de la cage adverse tout au long de la série.

Dès le premier match, Semyon Varlamov signait 29 arrêts et un blanchissage. Après une ouverture du score de l’ex-Devil Andy Greene de la bleue en début de match, la troupe new-yorkaise pilonnait Carter Hart dans un premier tiers ébouriffant (15 tirs à 4). Cependant, la stratégie eut du mal à tenir. La situation s’inversait au deuxième (15-7 pour Philly), sans résultat. Le dernier tiers offrait le même scénario, avec l’efficacité diabolique des Islanders, buteurs par Jean-Gabriel Pageau, Anders Lee en contre sur service de Barzal, et Devon Toews cage vide. Un score final cinglant de 4-0 qui traduit les difficultés offensives des Flyers. Hormis Hayes, aucun des autres meilleurs buteurs de la saison régulière (Sean Couturier, Claude Giroux et James van Riemsdyk) n’ont trouvé la cible cet été. Ce dernier était même en tribunes pour ce match 1 (4-0).

La réaction des Flyers était attendue. Elle est arrivée dès le match 2 avec un premier tiers exceptionnel. Kevin Hayes, avec un doublé, puis Sean Couturier, enfin, inscrivaient trois buts en un quart d’heure et donnaient une avance confortable, en seulement dix tirs, chassant un Varlamov qui restait sur deux blanchissages de rang. L’entrée de Thomas Greiss stabilisait les Islanders. Une supériorité au deuxième tiers permettait à Anders Lee de réduire le score. Puis, dans les dix dernières minutes, Anthony Beauvilliers et Jean-Gabriel Pageau égalisaient. Il fallut attendre la prolongation, durant laquelle le défenseur Philippe Myers, très en vue dans ces playoffs, marquait le but gagnant pour Philadelphie, d’un tir de loin dévié involontairement par Lee (3-4).

Prévu le jeudi, le match 3 se déroulait finalement le samedi, suite au mouvement de protestation des joueurs pour les droits des Afro-Américains. Alain Vigneault changeait ses lignes, ré-insérant Scott Laughton aux dépens de Michael Raffl. En face, Derick Brassard, écarté des trois matchs précédents, remplaçait Ross Johnston. Ce match 3 tombait dans l’escarcelle des Islanders avec 26 arrêts de Varlamov. Le portier russe cédait pourtant le premier au quart d’heure de jeu sur un but de Tyler Pitlick. New York dominait alors le deuxième tiers (15 tirs à 6) et marquait deux fois, par Matt Martin, puis par Leo Komarov à six secondes de la pause. Un jeu de puissance, avec une réalisation du capitaine Anders Lee après quatre minutes au troisième tiers, parachevait le succès des hommes de Trotz (3-1)

Le match 4 basculait encore en faveur des Islanders. Ces derniers lançaient 18 fois sur Carter Hart en vingt minutes, avant de reculer sur la suite du match. Brock Nelson ouvrait le score en deuxième tiers sur l’un des trois tirs de son équipe, mais les Flyers égalisaient par Sean Couturier, qui trompait Thomas Greiss. L’Allemand débutait un match de playoffs pour la première fois depuis 2016. Il voyait alors son équipe prendre les devants en troisième tiers, avec des buts de Pageau et Nelson. Greiss terminait avec 36 arrêts, battu seulement par Ivan Provorov à une minute de la fin (3-2).

Philadelphie, dos au mur, réussissait à survivre au match 5. Après un but de Mathew Barzal, dominant dans cette série, à la faveur d’une supériorité numérique dès le début du deuxième tiers, Philadelphie prenait les devants en marquant trois fois : Claude Giroux mettait fin à treize matchs sans but, suivi du revenant James van Riemsdyk. Puis, en début de troisième, Matt Niskanen portait le score à 3-1. New York ne lâchait rien et revenait dans les cinq dernières minutes, grâce à Brock Nelson et Derick Brassard. La prolongation retombait encore dans la poche des Flyers grâce à Scott Laughton, qui déviait un lancer de Provorov (3-4). Le coup dur du soir restait la blessure de Couturier dans un choc avec Barzal au deuxième tiers.

Le scénario accroché se poursuivait au match 6, marqué par le retour au jeu d’Oskar Lindblom. Le jeune Suédois, victorieux d’un cancer, retrouvait la compétition pour la première fois depuis décembre, alors que son traitement s’est terminé en juillet. Philadelphie marquait deux fois en moins de deux minutes par Kevin Hayes, l’attaquant le plus constant de l’équipe, puis van Riemsdyk. Mais Brassard réduisait la marque en fin de premier tiers. Au deuxième, Matt Martin, puis un but en supériorité d’Anders Lee sur un service de Barzal, donnaient une avance de 3-2. Dans ce tiers fou, Michael Raffl égalisait, mais Barzal replaçait son camp devant. L’avance ne tenait pas, puisque Scott Laughton marquait au milieu du troisième tiers. Tout se jouait en prolongation. Malgré les efforts de New York, dominateur avec 53 tirs à 31, c’est Philadelphie qui s’imposait, au bout de la deuxième mort subite. Passeur en prolongation au match précédent, Provorov était cette fois crédité du but (4-5). Hart terminait avec 49 arrêts.

Philadelphie aux abonnés absents

Accrocheurs dans les deux matchs précédents, les Flyers allaient disparaître de la circulation au cours d’un match 7 pathétique, où leur impuissance offensive était criante. Sean Couturier est présent en dépit d’un genou douloureux qui l’a contraint de manquer le match précédent. Trotz insère pour sa part Michael Dal Colle à la place de Leo Komarov. Il choisit Thomas Greiss dans les buts,  après deux matchs moins bons de Semyon Varlamov.

Greiss subit un premier centre devant sa cage après trois minutes, et Couturier dévie… sur le poteau. Peut-être déjà le tournant du match… Ensuite, Bailey teste Hart, suivi de Beauvillier. Voracek tente ensuite un centre, dévié dans l’enclave, sans réussite. Le jeu de puissance des Flyers ne convertit pas non plus sa première occasion.

Après ce bon départ, les Islanders reprennent la main. Le palet navigue à gauche et remonte vers Toews, qui attire un défenseur et écarte vers Scott Mayfield. L’arrière, peu connu pour ses qualités offensives, expédie un joli tir au cercle droit, profitant de l’écran d’Anders Lee (0-1).

Dès lors, il n’y a plus qu’une équipe sur la glace. Hart, bombardé, sauve devant Lee à bout portant, servi par une combinaison Barzal-Pelech. À la treizième minute, Brassard mystifie la défense en l’attirant vers le fond, et renverse à l’opposée pour Andy Greene. Le défenseur vétéran ne rate pas l’offrande, cage ouverte (0-2).

Devon Toews, en déviation, se crée la dernière chance du premier tiers. Fluides et mobiles, les Islanders sont d’abord sauvés par le poteau, avant de reprendre la main. Bailey, Leddy obtiennent un tir, et Beauvillier, au rebond, frappe le métal.

Le compteur de tirs grimpe et, à la mi-match, les Islanders tuent le match. Pulock relance de son camp et envoie Bailey en deux-contre-un. Ce dernier réussit une passe parfaite vers Nelson, qui prend Hart de vitesse (0-3). L’attaque des Flyers disparaît de longs moments. On trouve juste une belle action de Lindblom, qui lance Hayes dans l’intervalle : Greiss ferme la porte.

Les minutes défilent sans danger sur le gardien allemand. Brassard de loin, avec Dal Colle et Mayfield au rebond, frôle même le 4-0. Barzal envoie ensuite Eberle, sans réussite. Philadelphie n’est dangereux que par ses défenseurs, avec un tir de Sanheim, puis, avec un attaquant de plus suite à la sortie de Hart, une action dans le slot de Van Riemsdyk. Greiss résiste, et son camp termine le boulot avec un but cage vide de Beauvillier (0-4).

Les Islanders et leur défensive bien rodée ont prouvé qu’ils disposaient également d’armes offensives tout à fait respectables. Le plus impressionnant est surtout la grande variété des buteurs et l’apport des arrières, assez méconnus finalement. Le collectif a fait la différence sur ce match 7.

En face, Philadelphie aura montré des promesses cet été : celles du jeune gardien Carter Hart et d’une brigade défensive en devenir (Provorov, Sanheim, Myers). Le problème, c’est que les leaders désignés de l’attaque, notamment le capitaine Claude Giroux et ses coéquipiers de ligne Sean Couturier et Jakub Voracek, auront été globalement absents depuis le premier tour. L’attaque a disparu, ne lançant que 16 tirs dans ce match 7, dont 3 au deuxième tiers et 7 au troisième lorsque l’équipe était menée. Tout n’est pas à jeter dans ce parcours estival, mais les interrogations sont réelles après ce non-match, voire ces non-playoffs, des joueurs vedettes.

Commentaires d’après-match :

Barry Trotz (entraîneur des Islanders) : « J’ai bien aimé notre manière de jouer. Notre mentalité. Nous sommes restés conformes à notre identité. Nous avons bénéficié de la contribution de toutes les lignes. Deux défenseurs ont marqué, il y a eu des beaux jeux, le gardien a été solide et nos équipes spéciales très bonnes. Tout cela donne de bonnes chances de victoire. Sur les deux derniers matchs, ils ont malmené Varlamov, qui a beaucoup joué pour nous. Je voulais de la fraîcheur et Greiss l’apporte, par son comportement. Nous avons la chance d’avoir deux très bons gardiens. Vous jouez le gardien en feu le plus longtemps possible, mais nous avons de la relève. »

Alain Vigneault (entraîneur des Flyers) : « J’ai bien aimé notre début de match. Nous avions de l’énergie sur les six premières minutes, nous les avons fait reculer, nous jouions dans leur camp. Mais après leur but, nous n’avons jamais retrouvé cela. C’est très décevant de la part de tout le groupe. »

Philadelphia Flyers – New York Islanders 0-4 (0-2, 0-1, 0-1)
New York remporte la demi-finale de conférence Est, 4-3.
Samedi 5 septembre 2020, 19h30. Scotiabank Arena de Toronto. Pas de spectateurs.
Arbitrahe de Wes McCauley et Francis Charron assistés de Matt MacPherson et Greg Devorski.
Pénalités : Philadelphie 13′ (4′, 2′, 2’+5′), NY Islanders 9′ (2′, 0′, 2’+5′)
Tirs : Philadelphie 16 (6, 3, 7), NY Islanders 26 (10, 9, 7)

Récapitulatif du score
0-1 à 09’27 : Mayfield assisté de Toews et Eberle
0-2 à 13’12 : Greene assisté de Brassard et Nelson
0-3 à 31’26 : Nelson assisté de Bailey et Pulock
0-4 à 53’42 : Beauvillier assisté de Nelson et Bailey (cage vide)

Philadelphia Flyers (4′ pour surnombre)

Attaquants :
Claude Giroux (C) – Sean Couturier (A) – Jakub Voracek (A, 2′)
Michael Raffl – Kevin Hayes – Travis Konecny
James van Riemsdyk – Scott Laughton (5′) – Tyler Pitlick
Oskar Lindblom – Nate Thompson – Nicolas Aubé-Kubel

Défenseurs :
Ivan Provorov – Matt Niskanen
Travis Sanheim (2′) – Philippe Myers
Robert Hagg – Justin Braun

Gardien :
Carter Hart

Remplaçant : Brian Elliott (G). Réservistes notables : Andy Welinski (D), Andy Andreoff (A), Derek Grant (A), Joel Farabee (A), Shayne Gostisbehere (D)

New York Islanders

Attaquants :
Anders Lee (C) – Mathew Barzal – Jordan Eberle
Anthony Beauvillier – Brock Nelson (2′) – Josh Bailey (A)
Derick Brassard – Jean-Gabriel Pageau (2’+5′) – Michael Dal Colle
Matt Martin – Casey Cizikas – Cal Clutterbuck (A)

Défenseurs :
Adam Pelech – Ryan Pulock
Devon Toews – Scott Mayfield
Nick leddy – Andy Greene

Gardien :
Thomas Greiss

Remplaçant : Semyon Varlamov (G). Réservistes notables : Noah Dobson (D), Tom Kühnhackl (A, épaule), Andrew Ladd (A), Ross Johnston (A), Thomas Hickey (D, blessé), Leo Komarov (A), Johnny Boychuk (D, blessé)

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