Kazan et Da Costa en favoris de la KHL ?

Présentation KHL 2020/21 (II) : division Kharlamov

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L’Ak Bars Kazan a peut-être le mieux anticipé la nouvelle donne de la KHL qu’implique la mise en place du plafond salarial. L’an passé, il a commencé par engager Dmitri Kvartalnov, un entraîneur prêt à travailler avec des joueurs plus jeunes, pas forcément les plus cotés, qu’il pousse à leur maximum en faisant jouer la concurrence avec une constante rotation des lignes. Les Tatars ont fini deuxièmes de la saison régulière – premiers à l’Est – et ont gardé tous les joueurs-clés, y compris la révélation Albert Yarullin avec un contrat de transition d’un an.

Kazan a même réussi à se renforcer. Stéphane Da Costa a d’abord été engagé pour environ 55 millions de roubles (600 000 euros), sachant que le Français a l’avantage de déjà connaître les exigences de Kvartalnov depuis leur passage au CSKA. Plus fort en cours, Nigel Dawes a signé en juillet pour 60 millions de roubles, diminuant de 60% son précédent salaire à Ekaterinbourg. Un bon prix pour un joueur qui a marqué plus de 50 points à chacune de ses six dernières saisons et qui ne compte pas comme étranger en tant qu’international du Kazakhstan. Ak Bars ne compte donc qu’un joueur parmi les 20 plus payés de la ligue : Justin Azevedo à 85 millions.

Les recrues ont donc fait des concessions… qui pourraient leur permettre de soulever la Coupe Gagarine. Il y a maintenant trois joueurs d’exception au lieu d’un dans l’offensive tatare (Da Costa et Dawes en plus d’Azevedo) et ils peuvent faire la différence en plus du système de jeu bien en place. Dans le match d’ouverture de la saison, Ak Bars a décroché sa première victoire sur le CSKA depuis la finale du titre 2018 (3-2). Stéphane Da Costa a débuté avec 1 but (un tir du poignet parfait dans le haut du filet à mi-distance) et 1 assist.

 

MACEK Brooks 160508 623Dawes a quitté l’Avtomobilist Ekaterinbourg parce qu’il y avait sans doute un meneur de trop dans le vestiaire. Le capitaine Pavel Datsyuk y reste donc le seul homme fort. Pour sa dernière saison comme joueur à 42 ans, il est déjà influent en coulisses, au point que l’on dit qu’il a choisi son coach. Bill Peters était l’adjoint de Mike Babcock de 2011 à 2014 chez les Detroit Red Wings, dont Datsyuk était alors le créateur de jeu. En novembre dernier, la libération de parole dans la NHL a conduit au renvoi de Babcock (pour ses méthodes de management) puis de Peters (pour accusations de racisme). Pas de quoi dissuader Datsyuk qui tolère les propos haineux de son mentor spirituel.

Peters a préparé sa venue avec son adjoint German Titov, qui habite lui aussi Calgary. Mais il ne pouvait pas prévoir toutes les difficultés. Le camp de pré-saison a débuté sans deux étrangers, l’attaquant Dan Sexton et le défenseur Chay Genoway, dont les visas ont été retardés par la crise sanitaire. Quand ils sont arrivés, ils ont contracté le Covid-19… comme un tiers de l’équipe et comme le coach lui-même, asymptomatique mais resté quelques jours en isolement. L’Avtomobilist a commencé le championnat sans trois attaquants majeurs, Anatoli Golyshev, Brooks Macek et Geoff Platt, absents probablement à cause de la pandémie.

Il y a un poste qui semble à toute épreuve, celui de gardien. L’Avtomobilist en a utilisé 4 différents – tous convaincants – sur ses 4 premiers matches de préparation. Le numéro 1 est évidemment l’international tchèque Jakub Kovář, infecté mais vite guéri. Il a confié ses doutes au site iSport.cz : « Les anticorps devraient me protéger pour les deux prochains mois. Mais après ? Personne ne sait. Je suis surpris que le coronavirus soit pris un peu à la légère ici. Seul le temps dira si nous le regretterons. Je ne suis pas du tout préparé pour le premier match. Je n’ai fait que deux entraînements et je n’en ai pas fini un. » Malgré cette crainte, Kovář a réussi 98,8% d’arrêts sur ses trois premières rencontres. Mais ce qui lui pèse le plus, c’est que, contrairement à son coach canadien qui savait qu’il viendrait sans sa famille, le Tchèque n’a appris qu’à l’ambassade qu’il ne pourrait pas être accompagné. « Si longtemps sans ma famille, c’est terrible. Je me suis déjà demandé si ça valait la peine. Normalement, je penserais à gagner la KHL, je me sentirais nerveux avant le match et je m’amuserais. Mais maintenant ? J’ai d’autres idées que finir premier. Tout ce qui compte, c’est la santé. »

 

Le Metallurg Magnitogorsk, qui avait des salaires surévalués, a dû passer l’été à renégocier. Les arrières qui n’ont pas accepté de baisse de salaire sont partis : Viktor Antipin, Evgeni Biryukov (qui a préféré changer d’équipe que d’accepter une reconversion au sein du club) et Maksim Matushkin (qui n’a pas trouvé d’autre travail). Plus souples en négociation, Yegor Yakovlev et Grigori Dronov sont restés. La défense reste bien fournie avec les arrivées du rude Mikhaïl Pashnin et du fiable Yegor Martynov (+18 avec l’Avangard).

Mais le cas le plus émotionnel et le plus symbolique, c’est celui de Sergei Mozyakin, buteur d’exception récompensé par un si beau contrat qu’il était censé toucher 180 millions de roubles… soit 20% de la masse salariale autorisée à lui seul à 39 ans ! Forcément impossible. Il est le joueur qui a le plus lâché de lest, finissant à 50 millions. Magnitka a engagé de nouveaux meneurs russes en milieu de carrière (Sergei Plotnikov et Maksim Karpov, que le coach Ilya Vorobyov avait entraîné à Saint-Pétersbourg. Mais pour les récupérer dans un échange tripartite impliquant le SKA, le Metallurg a dû « lâcher » des jeunes.

Et ce n’était pas fini. Magnitogorsk avait un grand vide au centre, comblé par deux étrangers qui ne sont pas de purs spécialistes du poste, Juho Lammikko, sans expérience en KHL, et Andrej Nestrasil, un centre complet plus qu’un vrai meneur offensif. Il fallait absolument un centre russe technique. Pour en obtenir un – Nikolaï Prokhorkin – dans un nouvel échange tripartite, « Magnitka » a dû céder au SKA les droits de « son » Vladislav Kamenev, auquel il s’était cramponné lors des premières négociations en espérant un retour à la maison. La cure de jouvence a donc été chèrement payée : le club de l’Oural a perdu les joueurs formés au club qui faisaient sa gloire pour pouvoir composer une équipe bonne, mais pas forcément dominante.

 

TraktorDans le dernier échange tripartite « Prokhorkin », c’est le Traktor Chelyabinsk, autre club de l’Oural, qui a récupéré trois jeunes « Métallurgistes ». À Magnitogorsk, on expliquait que le vice-champion du monde junior Pavel Dorofeev pourrait mieux se développer à Chelyabinsk qu’en restant au bout du banc. Résultat : il a été envoyé dans l’équipe-ferme de VHL (le Chelmet Chelyabinsk) comme ses deux collègues. Qu’on ne prenne pas ça forcément pour une punition contre les jeunes d’un rival ouralien : le Traktor avait même envoyé sa pépite locale Vitali Kravtsov en VHL la saison dernière. Les Rangers de New York ont quand même accepté de prolonger le prêt de Kravtsov pour tout le championnat de KHL, et cette fois il pourrait sentir la confiance psychologique dont il a besoin.

Kravtsov figure en effet sur la deuxième ligne avec deux nouveaux arrivants, le centre Aleksei Byvaltsev et le nouveau capitaine Sergei Kalinin, champion olympique dégraissé de la masse salariale du CSKA. Un très bon trio russe qui permet au Traktor de ne plus dépendre uniquement de sa première ligne étrangère comme l’an passé. Ce premier trio reste garanti car il y a deux Suédois et deux Tchèques (Åberg, Berglund, Sedlak, Hyka). Au total, le Traktor a engagé 6 étrangers pour 5 places, dont un qui sera donc payé pour s’asseoir en tribune. Une stratégie que l’on ne connaissait que chez les gros clubs… mais qu’ils ne font plus pour cause de plafond salarial.

La recrue qui a le plus réjoui les supporters est cependant sur le banc : Anuar Gatiyatullin avait conduit le Traktor en demi-finale de KHL en 2018. Il est donc un peu attendu comme le Messie. Mais pendant les deux ans qu’il a passé comme assistant-coach du SKA Saint-Pétersbourg, les attentes ont quelque peu baissé à Chelyabinsk. Après une qualification de justesse puis une élimination, une place confortable en play-offs suffirait.

 

Le Torpedo Nijni Novgorod a l’habitude de faire le bouche-trou, sans cesse ballotté entre la Conférence Ouest et la Conférence Est. Ses dirigeants se sont laissé convaincre de prendre la place laissée libre par l’Admiral à l’Est… avant de réfléchir quelques mois plus tard que la qualification serait sans doute plus aisée à l’Ouest. Ce transfert semble aider surtout les clubs plus médiatiques des régions-clés (par exemple Sotchi) qui intéressent plus la KHL que l’Oural ou la Sibérie.

Huitième l’an passé à l’Ouest, le Torpedo aura fort à faire pour se qualifier à l’Est. Les cinq Nord-Américains auront un rôle important. Chris Wideman est le plus connu : meilleur défenseur d’AHL 2015, il a été performant en NHL – et sous le maillot des États-Unis en 2016 – avant une opération du tendon en novembre 2017 qui a freiné sa carrière. L’adaptation sera un élément-clé. De ce point de vue, Andy Miele, rentré d’AHL, a l’avantage d’avoir déjà joué à Nijni Novgorod il y a deux saisons. Mais les étrangers ne suffiront pas pour se qualifier. La révélation formée au club Andrei Tikhomirov est débarrassée de la concurrence d’un portier étranger, mais la pression sera plus forte et il faudra qu’il soutienne le rôle de numéro 1.

En attaque, le Torpedo risquait l’affaiblissement fatal. Le buteur Bocharov étant parti à Ekaterinbourg, le club ne pouvait pas se permettre de perdre son meilleur marqueur russe Damir Zhafyarov, qui n’avait pas accepté le contrat proposé. Le Torpedo détenait ses droits pour la KHL, mais son agent menaçait de le recaser en Europe. Dans un contexte de restrictions (l’équipe-ferme du Torpedo Gorki a été dissoute et un partenariat a été signé avec une autre équipe de VHL, le Lada Togliatti). Le nouveau directeur général du club Maksim Gafurov a fini par remporter le bras de fer. La paye de Zhafyarov n’est pas élevée pour la ligue (35 millions de roubles) mais supérieure à ce qu’il aurait obtenu à l’étranger. Avec Zhafyarov, le Torpedo reste un prétendant aux play-offs.

 

Le Neftekhimik Nijnekamsk avait fini huitième et dernier qualifié à l’Est en profitant de la saison ratée du Traktor. Mais avec le Torpedo en plus, sa tâche s’annonce encore plus compliquée. C’est le type du club pas médiatique pour deux sous. C’était l’équipe russe de KHL avec la plus faible affluence, en dessous de 3500 spectateurs (seul Kunlun fait moins). Et avec les règles de distanciation sociale, la capacité de la patinoire sera limitée à 17% des places, soit… 932 sièges ! Le plus bas total de la ligue, hormis les clubs contraints au huis clos (comme le Barys au Kazakhstan).

La gestion du Neftekhimik laisse songeur. Certains se sont demandés pourquoi le club n’avait pas fait d’offre à Pavel Padakin, en fin de contrat au 30 avril. Même s’il ne voulait pas le garder, cela aurait au moins permis de négocier une compensation. Padakin a signé à Sotchi une semaine plus tard…

La plus lourde perte est le défenseur formé au club Damir Sharipzyanov parti à Omsk. Les Tatars ont apparemment moins d’argent pour les étrangers et ne remplissent même pas leur quota de cinq en début de saison. Autant dire que tout tiendra sur le gardien Konstantin Barulin

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