Tampa Bay en patron

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Après avoir exorcisé sa défaite de l’an dernier contre Columbus, le Lightning de Tampa Bay a sorti avec maîtrise le n°1 de la saison régulière, les Bruins de Boston.

Ils n’auront eu besoin que de cinq matchs. Les joueurs de Jon Cooper ont su effacer un départ mitigé pour contrôler les débats avec un opportunisme certain. Le Ligthning a su à chaque fois exploiter ses temps forts et faire le dos rond sur ses temps faibles. Avec discipline et un bon sens tactique, répondant sans peine au défi physique, exploitant sa profondeur de banc, Tampa Bay a tout simplement été la meilleure équipe.

Pourtant, la série avait mal commencé. Boston, porté par 35 arrêts de Jaroslav Halak, s’emparait du match 1. Dans un premier tiers dominé par les Bruins, Charlie Coyle était récompensé en toute fin de tiers par l’ouverture du score. Tampa réagissait et pilonnait le but adverse (18 tirs) mais concédait un but de David Pastrnak sur une supériorité numérique. Brad Marchand enchaînait après 1’17 en troisième tiers. Une ultime période plus équilibrée voyait Tampa retrouver des couleurs sous l’impulsion de son défenseur vedette. Victor Hedman s’offrait un doublé avec deux tirs déviés par le malheureux McAvoy, insuffisant. Le 0/3 en supériorité suivait le 0/10 contre Columbus… Pire, Tampa perdait Ryan McDonagh au troisième tiers (2-3).

La série basculait finalement bien plus tôt que prévu : dès le match 2. Les deux équipes s’échangeaient des buts dans les deux premiers tiers. Nick Ritchie profitait d’une crosse cassée de Bogosian pour ouvrir le score après trois minutes. Le défenseur se vengeait avec un mouvement digne des meilleurs attaquants pour servir Blake Coleman. Un but qui faisait suite à une annulation d’un but de Goodrow pour un léger hors-jeu.

En deuxième période, Brad Marchand, servi près du poteau, marquait en supériorité en plaçant ses patins en opposition, suivi d’une égalisation de Nikita Kucherov sur une déviation de Shattenkirk. Dans le troisième tiers, Blake Coleman, encore lui, marquait à mi-tiers. À quatre minutes du terme, Marchand signait lui aussi un doublé. La décision survenait en prolongation : Patrick Maroon tentait un tour de cage, que Palat reprenait avec bonheur sur le 40e tir de Tampa Bay (4-3).

Toujours privé de McDonagh, le Lightning n’allait laisser aucune chance à Boston au match 3. Les Bruins vivaient leur plus grosse déroute depuis 1992 en playoffs. Le coupable ? Le jeu de puissance du Lightning, enfin productif. L’indiscipline chronique des joueurs de Bruce Cassidy forçait le coach à écarter son gardien Halak et à lancer le rookie Dan Vladar, 0 match NHL au compteur, dans une cause perdue. Ondrej Palat commençait le feu d’artifice en supériorité, suivi de Yanni Gourde – la 3e ligne, encore… Au deuxième tiers, Michael Sergachev en supériorité portait le score à 3-0. Marchand répliquait dans la même configuration, une copie conforme du but du match précédent, collé au second poteau. Un feu de paille, car les joueurs de Cooper marquaient trois buts de plus en dix minutes : Killorn en supériorité, Point et Killorn encore. Kucherov bouclait à 7-1, maltraitant Vladar avec son 4e point du match (7-1).

Boston, étrangement apathique, ne trouvait aucune solution au match 4. L’homme en forme, Ondrej Palat, ouvrait le score à mi-tiers, son troisième match consécutif avec un but. Il signait même un doublé au deuxième tiers. Puis, Victor Hedman signait son troisième de la série en supériorité. Les Bruins en étaient réduits à la portion congrue. Vasilevskiy réalisait 29 arrêts et ne cédait que sur un tir de DeBrusk en supériorité numérique (3-1). Même un peu dominé, le Lightning a toujours semblé en contrôle.

Hedman, machine de guerre

Ce match 5 pouvait donc valider la qualification de Tampa Bay, qui n’a jamais gaspillé une avance de 3 victoires à 1 dans son histoire. Par chance, Ryan McDonagh est de retour pour cette rencontre. Jon Cooper décide pourtant de continuer son expérience de jouer à 7 défenseurs et 11 attaquants, qui a si bien fonctionné lors des matchs précédents. Le duo Schenn-Coburn, qui n’avait pas joué depuis des mois, a assuré un joli intérim. Pour celui-ci, seul Schenn est conservé en défenseur n°7.

Tampa se procure la première occasion franche sur un jeu de passe Johnson-Cirelli, qui ouvre vers Killorn à droite. Le gardien Halak a bien suivi. Puis, en contre, Kucherov écarte vers Point, qui centre sur Palat à bout portant. La jambière de Halak repousse.

Boston débute bien cependant. Coyle se crée une première chance et Vasilevskiy repousse, écartant même le rebond. Puis, les Bruins obtiennent une grosse chance après neuf minutes. Une montée de palet de Studnicka vers Bjork ouvre la porte à Charlie Coyle, qui repique vers la cage. Vasilevskiy suit bien et sauve son camp sur cet arrêt difficile.

Peu après, Zdeno Chara commet une crosse haute sur Kucherov, qui doit rentrer au vestiaire. Les quatre minutes de supériorité sont poussives : le Lightning, privé de son arme vedette, peine à combiner. Ce premier tiers très fermé aboutit donc à un 0-0.

Cela change au deuxième. D’entrée, Point accélère et centre en retrait pour Palat : Halak sauve. Il arrête ensuite un tir excentré de Gourde. Après quatre minutes, Gourde et Coleman travaillent fort au fond, et l’ancien Devils sort le palet vers Shattenkirk à la bleue. Le défenseur arme et lance au but : Palat dévie du bout de la crosse en pleine lucarne, profitant de l’écran de Gourde, et marque pour le quatrième match de suite (1-0).

Boston tente de réagir avec Chara, puis Studnicka, sans réussite. À mi-période, Kucherov se rend coupable d’un faire trébucher sur McAvoy. Boston installe bien son jeu de puissance. Krejci mène le jeu et le mouvement perturbe la défense. Le Tchèque feinte le tir, mais ouvre sur la gauche vers son compatriote David Pastrnak : le co-meilleur buteur de la saison reprend de volée au cercle, prenant de vitesse le gardien (1-1).

Les Bruins dominent le deuxième tiers, mais les occasions du Lightning sont incisives, à l’image d’un tir de Palat à bout portant sur un service magique de Point. Tampa Bay perd alors Kucherov, insuffisamment remis de la crosse haute du premier tiers, et en est réduit à jouer à dix attaquants.

À l’orée du troisième tiers-temps, Boston compte le double de tirs (26-13), traduisant le sentiment d’urgence de l’équipe. Après trois minutes, Kuhlman accélère sur l’aile gauche et attaque la cage, sans succès, tant Vasilevskiy est en confiance. De l’autre côté, Palat reste un poison permanent et force encore Halak à un arrêt difficile.

Il reste huit minutes lorsque Cirelli gagne une mise au jeu offensive. Point remise sur Hedman, qui lance au but. Cirelli a bien suivi et place sa crosse, déviant au fond des filets (2-1). Le compteur de tirs grimpe pour Boston, qui ne concède plus aucune occasion. Cassidy modifie ses lignes, à la recherche de l’étincelle. Finalement, un tir dévié de Chara à travers la foule retombe sur Krejci, cage ouverte, à 2’33 de la fin (2-2).

Prolongation, comme au match 2… Boston domine encore le début de ce surtemps. Kase de l’aile droite, Coyle en infiltration, McAvoy en slalom puis Lindholm dans l’axe : Vasilevskiy ne lâche rien.

Curieusement, Tampa Bay retrouve alors des couleurs. Le Lightning finit bien la première période de prolongation, et vole sur la glace dans la deuxième. En dépit de la fatigue de jouer à trois lignes depuis la fin du deuxième tiers, les joueurs de Cooper dénichent une énergie et une intensité qui font reculer les Bruins. Les tirs pleuvent (7-1). Shattenkirk de la bleue d’abord, puis une mise au jeu avec un tir de Cernak. Hedman a ensuite une chance de près. Puis, Tampa campe dans la zone adverse. Point mène le jeu et donne à Shattenkirk à la bleue, lequel renverse sur Hedman. La défense n’a pas suivi et le Suédois s’avance au cercle gauche. Patrick Maroon s’installe devant Halak, qui ne voit absolument pas le palet sur le tir de Hedman (3-2).

Boston quitte donc la « bulle » sur cette déconvenue, après un trophée du Président « partiel ». Les Bruins étaient en forme à la coupure (16 victoires en 20 matchs), mais n’ont pas su réellement trouver leurs jambes cet été. Le premier coup dur a bien sûr été le départ de Tuukka Rask pour raisons familiales. Jaroslav Halak a assuré un intérim honorable, mais ses 90,2% d’arrêts se sont révélés trop légers.

L’autre souci est venu de l’offensive : 2,23 buts par match dans ces playoffs. La première ligne Pastrnak-Bergeron-Marchand n’a pas dominé autant qu’attendu et le banc, à l’exception de Charlie Coyle ou David Krejci, n’a pas trop suivi. En réalité, l’attaque s’est beaucoup reposée sur le jeu de puissance (10 buts), alors que les Bruins n’ont marqué que 15 buts en 13 matchs à 5 contre 5.

L’intersaison pose question pour Boston. Zdeno Chara, 43 ans, est en fin de contrat et a terriblement décliné en terme de vitesse. La défense dispose encore de jeunes éléments – McAvoy s’est montré dominant, Krug et Carlo ont plutôt bien joué – mais le poste de gardien interroge. Le départ de Rask sera-t-il réellement pardonné ? Enfin, le banc offensif a semblé bien modeste.

Du côté de Tampa Bay, c’est la quatrième finale de conférence en six ans, confirmant une certaine domination de l’équipe qui compte le plus de points cumulés sur les trois dernières saisons. Même privés de Stamkos, et de McDonagh une partie de la série, ou encore de Kucherov sur le dernier match, les joueurs de Cooper trouvent un nouveau héros à chaque match. Le trio Palat-Point-Kucherov n’a eu d’égal que le trio Goodrow-Gourde-Coleman en termes de dangerosité. Et il y avait encore un Cirelli pour monter d’un cran après une blessure… Les lignes arrières ont su compenser si nécessaire, avec un Hedman stratosphérique. Vasilevskiy poursuit son irréprochable travail : c’est le seul gardien à avoir disputé l’intégralité de chaque match de son équipe.

Bref, le Lightning a tout d’un grandissime favori au titre. Son style a changé : moins de spectacle, plus de travail et de volonté.

Tampa Bay Lightning – Boston Bruins 3-2 après 2 prolongations (0-0, 1-1, 1-1, 0-0, 1-0)
Tampa Bay remporte la demi-finale de conférence 4-1.
Lundi 31 août 2020, 19h. Scotiabank arena de Toronto. Pas de spectateurs.
Arbitrage de Jean Hebert et Gord Dwyer assistés de Derek Amell et Michel Cormier.
Pénalités : Tampa Bay 8′ (2′, 4′, 2′, 0′, 0′), Boston 8′ (4′, 2′, 0′, 2′, 0′)
Tirs : Tampa Bay 35 (5, 8, 8, 7, 7), Boston 47(8, 15, 12, 11, 1)

Récapitulatif du score
1-0 à 24’21 : Palat assisté de Shattenkirk et Coleman
1-1 à 32’38 : Pastrnak assisté de Krejci et Bergeron (sup. num.)
2-1 à 52’03 : Cirelli assisté de Hedman et Point
2-2 à 57’27 : Krejci assisté de Chara et Clifton
3-2 à 94’10 : Hedman assisté de Shattenkirk et Point
 

Tampa Bay Lightning

Attaquants :
Ondrej Palat – Brayden Point – Nikita Kucherov (2′)
Alex Killorn (A) – Anthony Cirelli – Tyler Johnson
Barclay Goodrow (2′) – Yanni Gourde (2′) – Blake Coleman
Patrick Maroon – Cédric Paquette

Défenseurs :
Victor Hedman (A, 2′) – Zach Bogosian
Ryan McDonagh (A) – Erik Cernak
Mikhail Sergachev – Kevin Shattenkirk
Luke Schenn

Gardien :
Andrei Vasilevskiy

Remplaçant : Curtis McElhinney (G). Réservistes notables : Steven Stamkos (A, blessé), Mathieu Joseph (A), Carter Verhaeghe (A), Jan Rutta (D), Braydon Coburn (D), Mitchell Stephens (A), Aleksandr Volkov (A), Scott Wedgewood (G).

Boston Bruins

Attaquants :
Brad Marchand (A) – Patrice Bergeron (A) – David Pastrnak
Jake DeBrusk – David Krejci (2′) – Ondrej Kase
Anders Bjork – Charlie Coyle – Jack Studnicka
Joakim Nordström – Par Lindholm – Karson Kuhlman

Défenseurs :
Zdeno Chara (C, 4′) – Charlie McAvoy
Torey Krug – Brandon Carlo
Matt Grzelcyk (2′) – Connor Clifton

Gardien :
Jaroslav Halak

Remplaçant : Dan Vladar (G). Réservistes notables : Chris Wagner (A), Zach Senyshyn (A), Nick Ritchie (A), John Moore (D), Sean Kuraly (A, blessé), Urho Vaakanainen (D), Jakub Zboril (D), Jeremy Lauzon (D), Trent Frederic (A), Maxime Lagace (G). Hors de la « bulle » : Tuukka Rask (G).

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