Luciano Basile évolue à ValPusteria dans le cœur du hockey italien.

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Luciano Basile est devenu célèbre, en France, après ses nombreuses victoires avec Briançon et Gap. Il a maintenant marqué l’histoire du championnat de France et reste comme l’un des meilleurs meneurs d’équipe de ces quinze dernières années. Ses nombreux contacts à l’étranger lui ont permis aussi d’avoir une vision plus globale du hockey international et des méthodes de gestion d’équipe.

Aujourd’hui, c’est dans le sud-Tyrol, le sommet du hockey italien, marqué par l’histoire culturelle autrichienne, que le coach exerce.

Pustertal ou bien Val Pusteria, selon qu’on s’exprime en allemand ou en italien, est le club de la ville de Brunico, dans une vallée située dans le cœur du hockey italien, la région du Haut-Adige. Le club régional le plus emblématique est Bolzano.

Le club de Brunico a été fondé en 1954 et a été vice-champion en 1982 sans jamais pouvoir surpasser Bolzano. Depuis 2010, le club a atteint 7 fois la finale du championnat sans parvenir à faire tomber les clubs dominants comme Asiago, Bolzano ou bien Renon. Toujours bien placé, les loups sont en recherche du titre depuis de nombreuses années.

Le club a vu passer plusieurs joueurs majeurs, comme Maurizio Mansi (International italien), le défenseur légendaire de l’équipe nationale italienne Armin Helfer (plus de 300 sélections). Le gardien canadien Jean-Sébastien Aubin (200 parties de NHL) y a conclu sa carrière pendant deux saisons avant de faire sa dernière pige à Angers. Du côté des entraîneurs, un certain Mario Richer y a exercé entre 2013 et 2016 ; et pour conclure un joueur français bien connu y a joué. Il s’agit de Stéphane Arcangeloni de 2000 à 2002.

Hockey Archives : Comment t’es-tu retrouvé dans le Sud-Tyrol ?

Luciano Basile : C’est une sacrée aventure. Diego Scandella, qui est mon ami et le parrain de mon fils Noah, m’a contacté au courant de la saison passée pour me parler du projet de Brunico qui avait l’air très intéressant. C’est un coach qui a acquis une expérience incroyable dans les organisations de Lugano, Ambrì-Piotta pendant les quinze dernières années et il est, aujourd’hui, assistant coach de l’équipe nationale italienne. C’est lui qui m’a présenté le projet du club en premier : avec la livraison de la nouvelle patinoire, à l’été prochain, le club souhaite, à court/moyen terme, intégrer l’EBEL (championnat élite autrichien nommé aujourd’hui Bet at Home Ice Hockey Liga). La patinoire possèdera 2 glaces, ce qui va multiplier les possibilités de créneaux pour éventuellement créer une académie, augmenter le nombre de créneaux d’entraînements pour les jeunes du hockey mineur ou encore constituer une équipe réserve. Diego a été recruté cette saison à Brunico en tant que directeur sportif du mineur et m’avait donc présenté ce club. Nous avons toujours eu l’envie de travailler ensemble.

Dès le mois de mars, j’ai eu des contacts en Écosse, en Slovaquie et de la part d’un autre club italien.

H.A : Et l’affaire s’est conclue avec Val Pusteria alors ?

L.B : Et bien, c’est Patrick Bona, le nouveau manager général de Val Pusteria qui m’a appelé ensuite. J’ai une histoire avec Patrick. Quand j’ai terminé l’Université McGill de Montréal, il y a 30 ans, je suis venu à Bressanone pour coacher, et lui, était mon meilleur joueur dans l’équipe des U11-U12 et je l’ai entraîné pendant trois ans. C’est une sacrée histoire, car ça faisait 27 ans que je ne l’avais pas vu et c’est lui qui m’a appelé. Il m’a fait la proposition d’intégrer le club et au vu du projet solide et ambitieux, des échanges sérieux avec le président, j’ai accepté. Le contrat d’une saison satisfaisait les deux parties entre l’incertitude de la crise COVID pour les dirigeants et moi de mon côté c’était une nouvelle aventure pour toute ma famille. Je voulais être certain que ma famille se sente vraiment bien ici. Mais aujourd’hui je peux te dire que ma famille adore cet environnement local et social !

H.A : Mais avant de conclure un accord dans ce nouveau projet, il s’est passé du temps. Comment rebondit-on dans ces cas-là ?

L.B : Tu sais, lors de la saison loin du banc, j’ai pris le temps, beaucoup réfléchi, repris ma passion de la lecture et de la philosophie. Mais j’ai aussi beaucoup échangé sur le monde du hockey et sur mon métier de coach. Je me suis déplacé voir Mike Babcock à Toronto, Dany Gélinas en Suisse ou encore Pat Cortina en Allemagne. En plus, j’ai repris l’entraînement physique et gagné une bien meilleure forme.

H.A : Val Pusteria c’est le club de la ville de Brunico (Brüneck en allemand), peux-tu nous présenter cet environnement ?

L.B : Brunico me fait penser un peu au parcours de Briançon, c’est un club qui a réussi à côtoyer les meilleures équipes italiennes mais n’a pas réussi à concrétiser de victoire et a souvent échoué sur la dernière marche. En revanche, Brunico est une ville de 18 000 habitants dans une région du sud-Tyrol qui est un bassin économique viable. Aujourd’hui, on est 3e au classement en ayant joué deux matchs sans aucun étranger (2 blessés et 1 cas positif covid). Les dirigeants ont compris qu’il fallait faire profil bas cette année avec la pandémie.

H.A : J’imagine que la crise COVID ne facilite pas la situation au club.

L.B : Le président du club est très sérieux et réactif car il m’a fait part des opportunités du COVID quand tout le monde parle des difficultés engendrées par la crise sanitaire. On a 17 joueurs locaux dans l’effectif et seulement quatre étrangers et un Italo-Canadien. En n’ayant pas réussi à remporter le titre, le club investissait de plus en plus dans les joueurs étrangers. Avec cette saison un peu particulière, le président s’est mis en tête de faire une revue d’effectif des 17 joueurs locaux, de les faire jouer et de préparer l’avenir avec les meilleurs d’entre eux. C’est pour cela que l’on m’a demandé, en tant qu’entraîneur, de participer à ce projet. Le président a eu cette intelligence de laisser la pression du résultat de côté et de travailler pour bâtir de nouvelles fondations. Par le passé les jeunes partaient pour jouer ailleurs. Ils n’avaient pas leur place face à la concurrence étrangère. Aujourd’hui Ils ont été conservés et on travaille avec et pour eux.

Basile Pustertal1H.A : Alors tu as découvert des jeunes intéressants ?

L.B : Déjà, samedi dernier (contre Cortina), on a un jeune de 17 ans – Leonhard Hasler – qui a pu jouer et marquer son premier but dans le championnat élite. C’était un super évènement pour lui, mais aussi pour le club qui est très fier de cette performance !

H.A : Mais cette saison particulière se joue à huis clos pour le moment, comment est-ce possible économiquement ?

L.B : Et bien, ici, l’objectif est de perdre le moins d’argent possible cette année et de repartir avec la nouvelle patinoire l’année prochaine. Je ne sais pas si la ligue AlpsHL va tenir toute la saison à huis clos, mais Val Pusteria s’est organisé, cette année, pour tenir toute la saison s’il le faut. Le club a préféré faire baisser la masse salariale des joueurs de 40% pour pouvoir maintenir tout l’encadrement sportif.

H.A : Ton équipe évolue en Alps Hockey Liga, comment on appréhende ce championnat ? Quel est le niveau réel ?

L.B : Je dirais que ça ressemble à un niveau de milieu de tableau de la Magnus, ce qui est tout de même intéressant considérant le fait que l’on joue seulement avec 4 étrangers.

Ici, j’ai été surpris du niveau des Italiens. Ce sont de très gros travailleurs, des « cols bleus ». C’est moins technique qu’en France mais ils sont très rapides ! Au sein du club, on fera un premier bilan aux environs des fêtes pour analyser l’effectif et préparer la saison prochaine. En tout cas la volonté des dirigeants est d’accéder à l’élite autrichienne dans un avenir proche.

Dans ce championnat, pour moi, l’équipe la plus forte c’est l’Olimpija Ljubljana et j’ai hâte de les affronter. On estime que Val Pusteria a un niveau de top-6.

H.A : Donc tu es satisfait des premiers résultats ?

L.B : Je suis heureux de pouvoir me concentrer, pour la première fois, uniquement sur mon métier de coach et de me focaliser pleinement sur cet aspect et mes objectifs. Cela est rendu possible parce que le club est très bien structuré et que l’administratif est géré par des bénévoles passionnés qui donnent beaucoup pour leur club. Et c’est cela qui permet de mettre tous les moyens sur l’encadrement sportif. C’est incroyable de voir le déploiement de force pour encadrer les joueurs. Je suis assisté par Matej Hocevar, le frère d’Ondrej, que l’on connaît en France. J’ai un préparateur physique (René Baur) qui est aussi entraîneur des gardiens, trois kinés, un chef matériel et 3 assistants-chefs matériels, un assistant vidéo. En plus Diego Scandella, qui travaille pour le mineur, apporte aussi dans l’aspect tactique de l’équipe.

En bref, je peux me concentrer uniquement sur la préparation de mes entraînements, la vidéo, les réunions individuelles avec mes joueurs… Enfin, tout ce qui concerne le réel travail d’un entraîneur. C’est un vrai plaisir.

H.A : Tu dis que le mineur a une bonne organisation à Brunico ?

Diego Scandella est manager du mineur et il dirige trois entraîneurs (le Finlandais Jussi Tuores dans la catégorie U17, Armin Helfer pour les U13 et U15 et Stefan Asper, diplômé universitaire à Vienne, qui s’occupe des plus jeunes).

Les enfants sont sur la glace trois à quatre fois par semaine et sont encadrés par cinq à six entraineurs pendant les entraînements et accompagnés d’un préparateur physique attitré, d’un power skater slovène.

H.A : Un dernier mot sur cette aventure italienne.

L.B : Je suis venu ici alors que j’avais des touches ailleurs, mais il y avait toujours des choses qui ne collaient pas. Je voulais un club bien orienté sur le hockey mineur et mes trois enfants sont heureux, ici, à tel point qu’ils me demandent de rester encore une année de plus si c’est possible. En tout cas je tiens à saluer tous les fans et mes amis français, car la France est mon pays, c’est chez moi et j’ai toujours un œil sur le championnat de France. J’ai encore regardé le match de Ligue Magnus diffusé à la TV, dernièrement. À bientôt.

Bonne continuation à Luciano Basile pour cette saison en Italie et merci à lui de sa disponibilité

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