Match aux Émirats, tactique innovante et nouveau coach pour Da Costa

Stéphane Da Costa (c) Jonathan Vallat
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Petit tour d’une actualité très riche et originale ces derniers temps dans la ligue russe.

La KHL s’exporte à Dubaï

Toujours à la recherche d’expansion, la KHL a succombé aux charmes du sable doré – ou plutôt du pétrole et du clinquant – en organisant un match de saison régulière… aux Émirats Arabes Unis. La « Coca-Cola Arena » de Dubaï, dont le nom seul est un symbole de la mondialisation, n’a pas été conçue pour accueillir du hockey sur glace mais a choisi de se diversifier. Des installations de réfrigération ont été importées de l’émirat voisin d’Abu Dhabi pour une mise en glace en ce mois de décembre afin d’accueillir un spectacle sur glace et un match de hockey.

arena dubaiLe club-hôte, c’est l’Avangard, qui n’a toujours pas de patinoire dans sa ville d’Omsk (bâtiment condamné pour raisons de sécurité) et qui joue en exil. Son dirigeant, Aleksandr Krylov, est un haut ponte de Gazprom, sponsor de l’écurie automobile G-Drive – dirigée par le même Krylov – qui a déjà remporté des courses d’endurance à Dubaï. L’Avangard a fait venir du personnel de Russie pour assurer la bonne tenue de la glace (qui était effectivement de qualité correcte)… et il a aussi fait venir les supporters ! La date choisie, début décembre, devait coïncider avec le jour de la Russie à l’Expo-2020 (exposition universelle décalée d’un an par la pandémie). Mais cela tombe en plein tournoi de rugby à 7, évènement bien établi dans le calendrier et qui draine le public expatrié.

A contrario, en dehors des périodes de vacances russes, il y a peu de touristes intéressés par le hockey, même si on trouvait bien sûr des curieux, expatriés canadiens ou européens, ou même des locaux (notamment l’équipe féminine de hockey des Émirats Arabes Unis, ravie du spectacle). Avec les supporters amenés d’Omsk par l’Avangard, il y avait au total 5150 spectateurs, une affluence correcte. La curiosité des principaux cheiks locaux n’a toutefois pas dépassé le premier tiers-temps, ils ont ensuite quitté la salle. Il faut dire que le spectacle était médiocre pendant une première période vierge de buts (1-3 pour Ak Bars au final). Rien qui permette d’attester de l’intérêt d’installer une équipe de KHL à Dubaï au-delà de ce petit coup de pub.

Nouvelle tactique : sortir son gardien en prolongation

Sur un plan plus sportif et moins stratégico-financier, l’évènement du moment en KHL est l’utilisation d’une tactique très osée par le CSKA Moscou. Ce club a bâti sa légende sur l’innovation et la réinvention du hockey (voir son histoire). Son entraîneur actuel Sergei Fedorov s’est donc inscrit dans une belle continuité historique en sortant son gardien pendant deux matches de suite pendant les prolongations jouées à 3 contre 3. Résultat : deux victoires consécutives, contre le Lokomotiv et le Dynamo !

Le second adversaire était prévenu mais ça n’a pas suffi, comme l’a expliqué le coach dynamiste Aleksei Kudashov en conférence de presse : « Nous étions prêts à la tactique du CSKA. Nous avons essayé de prendre le palet, d’être actifs. Mais la zone est grande est c’est dur de s’emparer du palet à 3 contre 4. Il y a toujours un joueur libre. Avons-nous pensé à sortir le gardien ? Nous en avons discuté, mais pour le faire, il faut gagner l’engagement et aller en zone offensive. Nous n’avons pas eu cette opportunité aujourd’hui, mais je ne cache pas que l’exemple du CSKA est contagieux. »

Sergei Fedorov, joueur très respecté mais entraîneur débutant, est passé presque du jour au lendemain du statut de coach critiqué à génie innovateur. Ne nous emballons pas. Malheureusement pour le mythe CSKA, ce n’est pas lui qui a inventé ce truc. Un petit tour par notre registre des internationaux suffit à vous apprendre que c’est Evgeny Koreshkov qui avait osé ça le premier… et comme par hasard il est aujourd’hui adjoint de Fedorov. Mais c’est beaucoup plus médiatique quand ça se fait à Moscou (et que ça fonctionne deux fois de suite au lieu d’une seule). Cela fera-t-il des émules ? Pas en NHL en tout cas, car le jeu n’en vaut pas la chandelle : le règlement y prévoit que l’équipe qui encaisse un but en cage vide en prolongation perd le point acquis dans le temps réglementaire…

Da Costa marque toujours pour son nouveau coach

On a aussi eu le droit la semaine dernière à un changement de coach de plus en KHL, un changement qui n’a plus surpris personne. L’entraîneur canadien Bill Peters – celui qui avait été évincé de la NHL pour des accusations de racisme – a été viré par l’Avtomobilist Ekaterinbourg seize mois après son arrivée. Ce club parmi les plus riches de la KHL a connu des résultats piteux : septième de sa conférence l’an passé, huitième et en danger de ne pas accéder aux play-offs cette année. Il a perdu 7 matches sur 9 en novembre, le dernier contre le Sibir conduit par Andrei Martemyanov… le coach qui avait été écarté pour embaucher Peters à sa place ! Le Canadien n’a pas survécu à cette humiliation indirecte de ses dirigeants et il s’est fait virer le lendemain.

Son adjoint Nikolai Zavarukhin a pris la suite. Son passage aux commandes a coïncidé avec le retour de blessure de Stéphane Da Costa, absent depuis deux semaines. Le Français a réussi son retour : 1 assist contre le Spartak (3-1), 1 but et 1 assist contre l’Admiral (2-1), et évidemment zéro contre le SKA puisque l’Avtomobilist a perdu 0-1. Les joueurs d’Ekaterinbourg, qui avaient des problèmes défensifs, semblent à la peine offensivement. Mais il est peu probable qu’on en accuse Da Costa, qui reste le meilleur marqueur de l’équipe, avec même la meilleure fiche +/- ! C’est en play-offs que le Français – toujours performant en saison régulière – sera attendu au tournant. Mais la pression pourrait être moins forte ou différente cette année. Il avait l’habitude de jouer avec un club favori, mais il est probable que l’Avtomobilist aborde les séries depuis une position d’outsider, qui aura tout à gagner contre un adversaire plus huppé…

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