Russes et Canadiens préparent un plan B olympique

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Le mois dernier, la fédération russe a invité l’équipe du Canada à participer au traditionnel tournoi moscovite de décembre, qui s’éloigne ainsi de la formule usuelle de l’Euro Hockey Tour. Le motif de l’invitation était clair : préparer la formation canadienne qui se substituerait à celle formée des meilleurs joueurs de NHL si jamais la ligue décidait de ne pas libérer ses joueurs pour Beijing 2022. À ce moment, il s’agissait d’une hypothèse prudente, « au cas où ». Mais un mois plus tard, avec un variant du Covid-19 en plus et des matches qui commencent à être reportés en Amérique du Nord, le pessimisme a gagné du terrain quant à la participation de la NHL aux JO. La possibilité qu’elle fasse usage de son droit de retrait avant le 10 janvier est loin d’être négligeable. Une rumeur circule même d’une Coupe du Monde organisée par la NHL pendant la pause olympique, ce qu’Aleksei Zhamnov – définitivement approuvé comme entraîneur national de la Russie par décision du Ministère des Sports fin novembre – a qualifié de « canular ».

Ce Russie-Canada prend donc des allures de possible répétition générale de l’affiche olympique… qu’on ne voudrait pas voir telle quelle. Championne olympique il y a quatre ans, la Russie ne se considère plus au-dessus du lot avec des compositions sans joueur NHL. Elle a même perdu deux attaquants dans la semaine sur des brutalités : Anton Slepyshev a un nez cassé et une commotion après une bagarre en KHL, et le joueur habituellement physique Dmitri Voronkov a été évacué sur civière après une charge à la tête de Khokhryakov lors d’un derby Kazan-Ufa. S’ajoutent à cela les commentaires du président de la FHR Vladislav Tretiak regrettant la non-sélection d’Anton Burdasov et Konstantin Okulov. Normalement, un président de fédération ne critique pas « ses » sélectionneurs… sauf que dans le cas présent le staff olympique russe a été choisi sans qu’il ait son mot à dire, sous d’autres influences politiques plus proches de la KHL…

Les Russes se méfient donc beaucoup de cette formation canadienne composée majoritairement de joueurs de KHL, qui lui paraît dangereuse avec ses profils expérimentés (aucun joueur de moins de 24 ans). Mais avec à peine quelques entraînements communs, difficile pour l’entraîneur Claude Julien de former cette équipe assemblée à la va-vite. On remarque surtout l’absence dans l’effectif de Brendan Leipsic et Jake Virtanen, deux joueurs qui avaient quitté la NHL pour la KHL en raison de problèmes extra-sportifs (propos vulgaires sur les réseaux sociaux pour l’un, agression sexuelle pour l’autre). Cela signifie clairement qu’ils sont indésirables dans l’équipe olympique.

Choc visuel : la Russie se présente dans un maillot « vintage » soviétique siglé CCCP ! Histoire de ranimer les mémoires car un Russie-Canada n’est jamais un match comme les autres. Les vétérans ont été conviés et participent au coup d’envoi symbolique avec le nouveau président de la fédération internationale Luc Tardif.

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Aleksei Zhamnov avait déclaré vouloir jouer un hockey plus offensif – déclaration assez attendue pour un entraîneur russe qui débute avant un match à domicile – et il semble plutôt tenir parole avec un bon pressing sans palet. Le gardien Ivan Fedotov, très vite testé par les premières attaques canadiennes, relance vite le palet et contribue ainsi à des transitions rapides. Il vaut mieux car la Russie peine à gagner le palet sur les mises au jeu. Le premier but vient d’un engagement… perdu, par Artyom Anisimov face à Ryan Spooner. Mais l’ailier Artur Kayumov, plus prompt que son vis-à-vis direct Gromley, se jette sur le défenseur Reese Scarlett et lui fait abandonner le palet au profit d’Egor Korshkov, trop heureux de l’expédier en lucarne. Cette ouverture du score est signée d’une quatrième ligne 100% Lokomotiv mais en fait improvisée : Anisimov et Kayumov étaient absents de la sélection initiale mais ont été appelés en remplacement.

Le Canada joue à un bon rythme et cherche un jeu simple en prenant ses chances. C’est en jeu de puissance qu’il atteint son efficacité maximale puisqu’il profite de la seule pénalité russe du match (contre Sharipzyanov pour faire trébucher). Brandon Gromley se rattrape du premier but en égalisant depuis la ligne bleue. Mais la Russie réagit dès la présence suivante par son premier trio. Andrei Chibisov et Kirill Marchenko remportent le palet dans les coins et le ressortent vers le défenseur Aleksandr Elesin. La possession favorise de plus en plus la Sbornaïa. Elle met tout de même du temps à trouver des solutions en supériorité numérique face à une boîte canadienne très compacte. Elle y parvient sur un lancer de Nikita Nesterov que ne voit pas partir Justin Pogge, parfaitement masqué par Chibisov.

Le gardien vétéran Pogge a encaissé ce but 6 secondes avant la deuxième pause, il en encaisse un autre 20 secondes après le retour sur la glace. Il est en fait victime du nouveau « trapèze » : en sortant derrière son but, Pogge doit attendre que la rondelle entre dans la zone autorisée. Mais elle arrive très lentement, ce qui permet à Marchenko de le devancer pour offrir un but en cage vide à Vadim Shipachyov. Le match paraît plié à 4-1… mais la réduction du score de Daniel Audette à 2 contre 1 rend la Russie très fébrile. Elle concède deux breakaways et son gardien Ivan Fedotov la sauve alors de la catastrophe. Claude Julien sort son gardien et Eric O’Dell marque le dernier but à 6 contre 5 mais cela ne suffit pas à empêcher un succès russe pas si confortable.

Désignés joueurs du match : Ivan Fedotov pour la Russie et Eric O’Dell pour le Canada.

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Commentaires d’après-match :

Aleksei Zhamnov (entraîneur de la Russie) : « Heureuse victoire pour tous. Ce match était un début pour notre staff. Il y a eu des erreurs dans les deux dernières périodes. Nous travaillerons. Je ne dirais pas que les Canadiens étaient plus frais à la fin, ils ont eu beaucoup de contre-attaques. On a donné des schémas tactiques aux joueurs, rien de compliqué, mais c’est dur de tout faire en un entraînement. Nous voulions de la densité entre les attaquants et les défenseurs, on l’a perdu en deuxième période. Notre maillot m’a rappelé mon enfance, quand je regardais les matches de l’équipe nationale d’Union Soviétique. »

Yegor Yakovlev (capitaine de la Russie) : « C’était un match crucial, comme tout match contre le Canada. Nous n’avons eu que deux jours, nous avons regardé beaucoup de vidéos, on nous a expliqué le nouveau système. Les erreurs sont survenues aujourd’hui parce que chacun essayait de se faire au nouveau système. On essaie de rencontrer l’adversaire très tôt, presque à la ligne bleue offensive. Avec Gonchar [assistant-coach chargé de la défense], tout a complètement changé. Nous, arrières, essayons de jouer comme en NHL. C’est la même chose que ce qu’on m’expliquait là-bas. »

Corban Knight (attaquant du Canada) : « C’était une atmosphère intéressante dans l’équipe. Nous venons de championnats différents, nous devons passer du temps ensemble. Notre troisième période était meilleure. Je pense que nos victoires sont devant nous. Pour tout Canadien, porter le maillot à la feuille d’érable est le rêve d’une vie. Je regarde les matches de l’équipe nationale depuis que je suis enfant. C’est une soirée spéciale pour moi et ma famille. J’ai des sentiments conflictuels. Je veux que les meilleurs joueurs puissent aller aux Jeux olympiques avec l’équipe nationale. Mais comme joueur, je veux vraiment aller au JO et représenter le Canada. »

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Russie – Canada 4-3 (1-0, 2-1, 1-2)
Mercredi 15 décembre 2021 à 18h30 à la CSKA Arena. 8568 spectateurs.
Arbitres : Roman Gofman et Evgeni Romasko (RUS) assistés de Dmitri Shishlo et Nikita Shalagin (RUS).
Pénalités : Russie 2′ (0′, 2′, 0′) ; Canada 8′ (4′, 4′, 0′).
Tirs : Russie 30 (7, 12, 11) ; Canada 27 (10, 5, 12).

Évolution du score :
1-0 à 04’24 : Korshkov
1-1 à 27’51 : Gormley assisté de Tambellini et Robinson (sup. num.)
2-1 à 28’16 : Elesin assisté de K. Marchenko et Chibisov
3-1 à 39’54 : Nesterov assisté d’Anisimov (sup. num.)
4-1 à 40’20 : Shipachyov assisté de K. Marchenko
4-2 à 47’10 : Audette assisté de Knight
4-3 à 58’38 : O’Dell assisté de Robinson et Spooner

Russie

Attaquants :
Kirill Marchenko (+1) – Vadim Shipachyov (A, +1) – Andrei Chibisov (+1)
Sergei Tolchinsky – Pavel Karnaukhov – Mikhail Grigorenko
Daniil Vovchenko – Aleksandr Kadeikin – Sergei Plotnikov (A)
Artur Kayumov – Artyom Anisimov – Egor Korshkov
Kirill Semyonov

Défenseurs :
Damir Sharipzyanov (-2, 2′) – Vyacheslav Voinov (-2)
Egor Yakovlev (C) – Aleksei Marchenko
Nikita Nesterov (+3) – Aleksei Elesin (+3)
Aleksandr Nikishin

Gardien :
Ivan Fedotov

Remplaçant : Timur Bilyalov (G). En réserve : Aleksandr Samonov (G), Semyon Chistyakov, Artyom Minulin et Sergei Telegin (D), Nikita Gusev (rhume), Ivan Morozov, Vladimir Tkachyov, Arseni Gritsyuk et Artyom Galimov (A)

Canada

Attaquants :
Adam Tambellini (-1) – Philippe Maillet – Jordan Weal (-1)
Tyler Graovac (+1) – Corban Knight (+2) – Daniel Audette (+1, 2′)
Taylor Beck (-2, 2′) – Ryan Spooner – Josh Currie (-2, 2′)
Cody Kunyk – Eric O’Dell (A, +1) – Landon Ferraro
Eric Fehr (A, -1)

Défenseurs :
Brandon Gormley – Reese Scarlett (-2)
Trevor Murphy (-1, 2′) – Mat Robinson (C, +1)
Jason Demers (-1) – Morgan Ellis
Chay Genoway – John Gilmour (+1)

Gardien :
Justin Pogge

Remplaçant : Eddie Pasquale (G). En réserve : Ben Street (A).

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