Brent Aubin (Iserlohn) à la conquête des play-offs

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L’attaquant canadien Brent Aubin a accepté d’échanger sur la situation de l’équipe d’Iserlohn en DEL. Avec une saison très particulière, émaillée de protocoles COVID, les conditions de jeu pour les équipes, les entraîneurs et bien sûr les joueurs sont encore bien compliqués. Mais le retour du public est le rayon de soleil qui va raviver l’ambiance dans les patinoires.

Iserlohn n’est pas le club le plus emblématique d’Allemagne, mais il s’appuie sur un public de passionnés et de supporters fidèles qui mettent une ambiance de feu dans le chaudron du Seilersee !

Le club des Roosters est arrivé en DEL en 2001 et a vu passer quelques joueurs majeurs comme les NHLers Mike York, Manny Legace et Norm Maracle. Mais c’est aussi l’équipe de joueurs allemands qui ont dominé les classements de pointeurs avec Robert Hock (399 points) et Michael Wolf (452 points, le record du club).

Nous avions quitté Brent à l’issue de son départ de Wolfsburg, c’est toujours avec un réel plaisir que nous entamons ce nouvel entretien avec lui, la veille de son déplacement à Düsseldorf (un match perdu en prolongation).

La discussion débute par les trois victoires enchaînées contre deux des équipes majeures du championnat, à Mannheim (4-2) et contre Wolfsburg (5-1), puis chez le concurrent direct Cologne (3-2 en prolongation).

Hockey Archives : Quel bilan tires-tu de cette période pour ton équipe ?

Brent Aubin : C’est positif et il faut construire dans la même direction. Pour nous, chaque match est important, car on bataille pour la dixième position. L’important c’est d’y aller match par match et de jouer le meilleur jeu possible à chaque rencontre. La saison est vraiment particulière, car des équipes peuvent encore avoir des joueurs malades et des matchs peuvent être reportés. On ne sait pas encore si on pourra tous les jouer. Rien n’est définitif.

aubinbrentH.A : Le public est revenu et c’est une bonne nouvelle.

B.A : Oui, jouer dans une patinoire vide, ce n’était vraiment pas intéressant. Surtout que, moi, j’adore jouer avec la passion du public, les cris des partisans. En plus chez nous, c’est une petite patinoire mais c’est tout le temps complet. C’est vraiment l’Arena la plus « bruyante » de la ligue.

H.A : Vous avez hérité d’un nouveau coach, Kurt Kleinendorst. Comment s’est passé ce changement ?

B.A : On venait de jouer le 30 décembre en remportant deux matchs de suite. Le 2 janvier, on s’est retrouvé avec 21 joueurs malades et on a dû attendre la fin du mois pour reprendre. C’est après la quarantaine que l’on a appris que Brad (Tapper) était congédié. L’entrée en matière n’a pas été facile pour Kurt. Depuis son arrivée, on a joué qu’un match, à Augsbourg, avant d’entamer la trêve olympique. À la reprise, il a raté quatre ou cinq matchs, car il est tombé malade. Cette arrivée de Kurt est une bonne chose pour l’organisation, même si j’ai adoré travailler avec Brad comme entraîneur-chef. Mais quand tu es coach, tu sais que ce n’est jamais éternel dans une équipe. C’est le métier qui veut ça. On avait une série de défaites, mais je pense que l’on allait dans la bonne direction. À ce moment, les dirigeants avaient déjà pris leur décision. Depuis l’arrivée de Kurt, il faut reconnaître que l’on a de meilleurs résultats.

H.A : Quels ont été les changements proposés par le coach ?

B.A : Il y a eu un changement de système offensivement. C’est un entraîneur qui insiste sur l’échec-avant. On est très agressif sur le forecheck. Cela fait maintenant 10 ans que je joue dans cette ligue, et je constate que les équipes qui gagnent le championnat, ou bien qui obtiennent de bons résultats, sont celles qui proposent un système très agressif. En plus, j’adore jouer dans ce style-là et c’est comme ça que j’ai eu le plus de succès dans mes matchs.

Kurt a une formule pour présenter son jeu : « la meilleure défensive c’est notre forecheck ». Quand on n’a pas la rondelle en zone offensive, l’objectif c’est d’aller la récupérer ou bien la maintenir dans cette zone. Je pense que l’on va dans la bonne direction. Il nous reste 13 ou 14 parties à jouer et on n’a pas beaucoup de temps avec Kurt, donc on fait beaucoup de vidéo, les joueurs travaillent dans ce sens et on applique bien son plan de match.

H.A : Quel est ton rôle dans cette équipe, quelles sont les demandes du coach ?

B.A : Ma présence est importante en avantage numérique et sur le deuxième ou troisième bloc en fonction des matchs. Je dois apporter de la puissance, de l’énergie à l’équipe et produire offensivement en avantage numérique.

H.A : Avec une moyenne d’âge de 28 ans, l’équipe est très expérimentée et comporte de très bons attaquants. Cela donne de bonnes perspectives ?

B.A : Oui, le manager nous a dit qu’Iserlohn a son meilleur effectif depuis plusieurs années. On verra ce que cela donne mais avec les talents présents dans le groupe, le temps peut nous permettre de nous développer. Notre but est d’arriver aux play-offs et de se donner la chance de créer une surprise, comme Ingolstadt il y a quelques années. Ils s’étaient qualifiés en pré-play-offs et ont été champions. On veut faire partie de la danse des play-offs, car après, tout est possible !

H.A : Du coup vous avez recruté Ralfs Freibergs, un international letton.

B.A : Il va jouer son premier match demain. Aujourd’hui c’était son premier entraînement. On va voir ce qu’il va amener, car je ne le connais pas du tout. Ça va être intéressant de le voir jouer demain. Il vient de KHL, c’est une ligue rapide. Je crois qu’il va bien s’intégrer à notre système.

H.A : L’année précédente, j’ai repéré un jeune joueur intéressant, c’est Taro Jentzsch, qui fait encore de belles choses cette année.

iserlohn roosters.inddB.A : C’est un bon ami à moi, on partage la même chambre. Il a évolué en junior au Québec, et l’ancien coach Jason O’Leary m’avait demandé de m’occuper de lui à son arrivée dans le groupe. Je suis assez proche de lui pour dire que c’est un jeune prometteur dans les moins de 23 ans et sûrement un des meilleurs. C’est un joueur qui va prendre du physique, progresser et a besoin de temps de glace. Kurt lui fait confiance et le place en premier ou deuxième bloc. Il est aussi sur le premier avantage numérique et il marque. Je suis content pour lui et il a un bel avenir devant lui.

H.A : On a pu constater les bons résultats de la formation allemande. Après la découverte des perles Moritz Seider, Tim Stützle et d’autres, on reste attentif pour voir si cela va continuer dans ce sens. Comment vois-tu cela sur place ?

B.A : Dans la ligue, on nous impose d’avoir trois joueurs de moins de 23 ans dans l’effectif. Certains des jeunes ne jouent pratiquement pas ou bien patinent deux ou trois minutes dans le match. Donc pour certains, quand ils arrivent à 23 ans, ils descendent dans la deuxième ligue (DEL2). Je ne sais pas si c’est l’idéal pour le développement des jeunes mais en Allemagne ils pensent que c’est une bonne chose.

À cet âge-là, il vaut mieux être présent à un niveau où tu es plus utilisé. Mais bon, pour Taro, c’est sûr, il a sa place dans la ligue.

H.A : Pour les fans de hockey, tout le monde ne connait pas Iserlohn. Comment décrirais-tu l’endroit ?

B.A : Ce n’est pas une grosse ville comme Cologne, mais c’est une charmante petite ville au milieu de vallées. C’est très beau et c’est très bien placé entre Dortmund, Düsseldorf et Cologne. On est bien ici. Ce n’est pas un club avec le plus gros budget, mais les conditions pour les joueurs sont très bonnes.

H.A : Et il y a une culture du hockey très présente ?

B.A : Oui, les partisans sont incroyables. À Iserlohn, c’est une religion, les matchs étaient quasiment toujours complets, quand on avait la capacité maxi de la patinoire.

H.A : En tant que joueur, quelle est ta méthode pour rester au top et préparé pour les matchs ?

B.A : La saison, tu la prends une journée à la fois. Il faut bien s’alimenter, bien s’hydrater et ne pas regarder la totalité des matchs à jouer sur plusieurs jours. Chaque jour où tu donnes ton maximum, tu vois les résultats et la progression arriver.

H.A : À l’inverse comment prends-tu les choses pour récupérer et utiliser ton temps libre ?

B.A : Je fais taxi pour mes filles (rire)… Je fais les trajets vers l’école, la patinoire car les deux plus petites font du hockey. Elles patinent et la plus grande, elle, fait de la danse. Avec ma femme on est très occupé, on n’a pas beaucoup de temps libre. Mais c’est ma famille qui me permet de récupérer, passer à autre chose.

H.A : Pour terminer, comment vois-tu l’avenir ? Est ce que tu te vois encore jouer plusieurs saisons ?

B.A : J’ai toujours dit que je voulais jouer jusqu’à 40 ans. Tant que j’aurai le feu, la passion et la volonté de m’améliorer personnellement et dans l’équipe, je continuerai, même après 40 si c’est possible. Peut-être que dans l’avenir je jouerai en France pour aller gagner un championnat là-bas avec une équipe en haut de classement comme Rouen, Grenoble, Angers. Pourquoi pas finir là-bas.

Mais déjà, cette année, J’ai bien failli aller jouer à Rouen. J’ai eu une offre de contrat là-bas, mais les dirigeants d’Iserlohn ont été insistants et m’ont fait une nouvelle offre. Ça aurait été intéressant de jouer à Rouen, j’en avais beaucoup parlé avec Marc-André Thinel. On se connait très bien ; on vient du même endroit au Canada et c’est un bon ami à moi. Après, dès qu’on peut, avec mon épouse on va passer quelques jours en France. On adore ce pays.

Brent totalise, à ce jour, 310 points en DEL, il approche de la barre des 200 buts, on lui souhaite vivement cette réussite. Pour son aventure à Iserlohn, Hockey Archives te souhaite une très bonne fin de saison et le meilleur résultat possible.

Pour ma part, je tiens à te remercier pour ta grande disponibilité et la qualité des échanges.

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