Défaits à Briançon par la lanterne rouge, les Gothiques avaient l’occasion vendredi soir de réaffirmer leur vocation de terminer dans le top 4, et donc de tenir leur rang contre une équipe de bas de tableau. Malgré un rappel à l’ordre sans frais contre Nice, dimanche dernier, les hommes de Mario Richer ne semblent pas capable d’être constants dans l’effort et dans l’implication, que ce soit sur un match, mais aussi dans l’enchainement des rencontres. Si cela n’est pas encore visible sur le plan comptable, il apparaît évident que cette attitude nonchalante peut jouer des tours à cette équipe.
C’était peut-être la chance pour les Rapaces, en difficulté depuis la saison dernière, d’aller chercher des points importants pour la poule de relégation. Pire défense du championnat (80 buts encaissés), Gap était tout de même capable de coups d’éclats, en battant Marseille deux fois et avait déjà surpris les Gothiques sur sa glace, alors que ces derniers menaient 3-1 à 15 minutes de la fin de la rencontre, en arrachant la prolongation avec une minute à jouer.
Dans un Coliséum une nouvelle fois à guichet fermé, les Gothiques ne tardaient pas à imposer leur rythme sur des Rapaces cueillis à froid. Sur leur première installation en zone offensive, Cepon, d’un lancer du poignet dans le trafic, trouvait le fond des filets (1-0, 0’52’). Pour son retour à Amiens, Gilbert ne pouvait pas espérer pire début de match, et son calvaire n’allait pas s’arrêter là. Moins de deux minutes plus tard, Larinmaa débordait sur le coté gauche de la glace et passait la rondelle à Tessier qui n’avait plus qu’à ajuster le gardien d’une reprise sans contrôle (2-0, 2’36).
Les Rapaces n’avaient pas le temps de reprendre leurs esprits : la mise au jeu était remportée par Svanenbergs, que l’on retrouvait à la déviation d’un lancer excentré de Magovac (3-0, 2’44). Trois lancers, trois buts en même pas trois minutes, et des Gapençais qui prenaient déjà un gros coup derrière la tête. Complètement dépassés dans l’impact physique, les hommes de Marton Vas avaient néanmoins l’occasion de rentrer dans la rencontre lorsque le capitaine, Lavigne, était envoyé sur le banc des pénalités (03’57, cinglage). Au contraire de son homologue du soir, Kozun se montrait solide et réalisait un double arrêt spectaculaire, dont un magnifique du bouclier en lâchant sa crosse sur une tentative de Dalecky (4’21). On retrouvait le Tchèque quelques minutes plus tard, qui, sur un bon pressing de Bouvet derrière la cage, récupérait une rondelle mal dégagée par Roussel dans le slot, mais bien stoppée par Kozun (7’11).
Sur ce qu’elle avait montré jusque là, le niveau technique, physique et tactique affiché par cette équipe de Gap était l’un des plus faibles vu au Coliséum sur ces dernières années. Menés largement rapidement, les joueurs haut-alpins semblaient complètement démunis et incapable de produire leur hockey. Néanmoins, ils pouvaient compter sur la déconcentration des Gothiques pour se procurer des occasions, bien que peu dangereuses. Et cela n’allait pas en s’améliorant, car l’écart au score allait encore se creuser. D’une passe magnifique contre la balustrade, Roussel lançait Gibert oublié au niveau du banc gapençais. Celui ci s’élançait à toute vitesse à la rencontre de Gilbert, trouvait la lucarne dans un angle impossible et faisait sauter la gourde (4-0, 12’01).
On pouvait alors s’étonner que Marton Vas ne prenne pas a minima son temps mort tant les mines déconfites et l’attitude défaitiste de ses joueurs étaient frappantes, et on se disait alors que le score pouvait être très lourd. Le technicien Hongrois ne faisait cependant aucun changement. Matima n’était d’ailleurs par loin de lui donner tort, après un jeu en triangle bien senti en zone neutre, mais Gilbert réalisait un arrêt difficile du bouclier (15’24). Le jeu de supériorité des visiteurs avait alors une deuxième opportunité alors que Svanenberg était pénalisé (17’23, obstruction), mais celui-ci restait muet.
À l’instar du dernier tiers contre Nice, où les Gothiques avaient levé le pied et permis aux Aigles de revenir et d’espérer, on retrouvait cette attitude quelque peu nonchalante de la part de certains Amiénois, et on sentait les Rapaces sortir peu à peu la tête de l’eau. Les Haut-Alpins faisaient le siège de la cage de Kozun pendant les cinq premières minutes du deuxième tiers, sans pour autant se procurer des occasions tranchantes, si ce n’est ce lancer de Thillet bien placé mais stoppé d’un « arrêt photo » de la mitaine par Kozun (24’40). Les hommes de Mario Richer, peu inquiétés, opéraient alors en contre-attaque. Sur la première occasion du tiers, Lavigne, sur la droite, profitait de l’écran mis par son vis-à-vis pour un « toe drag » suivi d’un lancer du poignet dévastateur en lucarne opposée (5-0, 25’12).
Avec un tel score à la mi match, on ne voyait pas comment Gap pouvait reprendre sa marche en avant, tant il était difficile de se créer des occasions, et les largesses défensives était omniprésentes. Si on sentait les joueurs amiénois confiants et à la limite de la suffisance, les Gapençais, eux, montaient sur la glace tête baissée mais avaient le mérite de continuer leurs efforts. Mais des efforts, il en fallait pour tromper le dernier rempart de l’arrière-garde amiénoise, tant Taran Kozun dégageait du calme et de la confiance, à l’image de son troisième arrêt de la soirée contre Jan Dalecky, servi dans l’enclave après un débordement éclair de Correia (25’57).
À mesure que le chronomètre avançait, la confiance changeait de camp. Les Rapaces reprenaient le contrôle de la rondelle, et remettaient de l’impact physique, ce que l’on n’avait pas vu dans le premier acte. Les locaux étaient attentistes, mais l’état de forme de Kozun, couplé aux tentatives gapençaises sans danger, semblaient leur donner raison. La rondelle passait le plus clair de son temps en zone défensive amiénoise, et les nombreux lancers excentrés faisaient office d’aveux d’impuissance. Mais à force de jouer avec le feu, les Samariens commençaient à se brûler : Langlais, laissé seul par un Larinmaa statique entre les deux cercles, était servi et lançait instantanément. En retard, le top scorer amiénois touchait la rondelle et la déviait dans son propre but, laissant Kozun impuissant (5-1, 38’02). Le début de la révolte ?
Les premières minutes de la dernière période n’étaient pas différentes de ce dont on avait assisté dans le tiers médian. La possession était gapençaise, mais stérile, et il fallait attendre une pénalité amiénoise pour que cela change (Mony, cinglage, 46’53). Muet sur ses deux premières tentatives, le jeu de supériorité des Rapaces se mettait en ordre de bataille. Si le premier lancer n’arrivait qu’après une minute d’installation, il ne fallait pas plus longtemps pour convertir cet avantage. Gêné par Gutierrez, Kozun ne pouvait que repousser la tentative de Langlais, mais perdait sa crosse par la même occasion. La rondelle était récupérée par Mickevics, qui prenait une seconde pour ajuster le portier côté bouclier et relancer les siens (5-2, 48’11).
Ce but, pourtant anecdotique dans le scénario du match, était la parfaite représentation des difficultés des Gothiques ces dernières semaines : pas de sacrifice devant la cage, un dilettantisme passager, et cette capacité à se mettre des balles dans le pied dans des matchs pourtant maitrisés, menant à des fin de matchs difficiles. Et si cela s’était bien terminé contre Nice, ce n’était pas le cas ce soir.
Comme à leur habitude lorsqu’ils étaient mis en difficulté, les hommes de Mario Richer montaient le cran physiquement, à l’image de cette magnifique charge de Lepage au niveau du banc amiénois, mais cet excès d’agressivité menait à une faute de Tessier (55’30, cinglage), alors que la cage des visiteurs était vide depuis une grosse minute. C’est donc en double supériorité que les hommes de Marton Vas abordaient cette situation et celle ci ne fut que de courte durée : la mise au jeu était remportée par Bouvet, Langlais et Sherbinin s’échangeaient la rondelle et ce dernier, d’un lancer frappé dans le haut du cercle, permettait aux siens de revenir à seulement deux petits buts (5-3, 55’36).
Le match devenait complètement fou, et les Gothiques pouvaient alors compter sur le support de leur public. Gilbert était une nouvelle fois sorti de sa cage et les Rapaces prenaient tous les risques pour faire douter les locaux. L’ancien de la maison, Loïc Coulaud, ramenait alors son équipe à une longueur en tentant sa chance dans le trafic (5-4, 56’19). Si Mario Richer prenait son temps mort, et que le public amiénois se levait pour supporter ses joueurs, on sentait néanmoins l’impossible arriver, telle une épée de Damoclès au-dessus du banc samarien.
L’atmosphère était irrespirable et le temps semblait ralentir. Gilbert était une nouvelle fois sorti de sa cage, après un temps mort demandé par Marton Vas, et il restait alors trois minutes aux Haut-Alpins pour réaliser un exploit encore jamais vu en saison régulière de l’ère Magnus (depuis le passage à 44 matchs, ndlr) : revenir après avoir été mené 5-0. La dernière fois qu’une équipe de Ligue Magnus avait rattrapé un tel écart, c’était Rouen, contre Gap, le 18 mars 2016 lors du match 6 des demi-finales (merci à Adrien Rocher pour les recherches).
Cette fois-ci, Gap était l’équipe qui courait après le score, et faisait une nouvelle fois partie de l’histoire : Colombin égalisait dans un silence de cathédrale avec un peu plus de deux minutes à jouer (5-5, 57’53). Complètement abasourdis, les Gothiques faisaient tout pour sauver le point du match nul, tant le momentum était en faveur de Gap, et une défaite en temps réglementaire n’était pas à exclure. Le signal de la fin du temps réglementaire intervenait alors comme un moment de répit pour les supporters comme les joueurs, encore en état de choc de ce scénario incroyable.
La belle histoire aurait pu être totale, mais malheureusement pour les siens, Langlais trouvait le poteau en prolongation. Sur la contre-attaque, Gibert, servi par Svanenberg, n’arrivait pas à contrôler son lancer qui trouvait la transversale, mais heureusement, Svanenbergs inscrivait le but victorieux sur le rebond (6-5, 63’40). Une fin de match cruelle pour les visiteurs, tant l’abnégation dont ils ont fait preuve aurait pu être récompensée. Cette victoire laissait un gout amer pour les Gothiques, car, en menant 5-1 dans le troisième tiers avec douze minutes à jouer, on ne doit pas laisser échapper un point. Il faudra donc espérer que ce renversement historique serve de leçon pour les hommes de Mario Richer.
Les Gothiques auront une semaine pour digérer et tirer les leçons de cette rencontre, avant de se rendre vendredi prochain à Chamonix. Gap, eux, recevront Rouen, vainqueurs de Briançon.
Amiens – Gap 6-5 après prolongation (4-0, 1-1, 0-4, 1-0)
Vendredi 8 novembre 2024 à 20h15 au Coliséum. 3200 spectateurs.
Arbitres : Jérémy Métais et Jérémy Rauline assistés de Pierre Mercier-Landry et Thomas Caillot
Pénalités : Amiens 8’ (4′, 0’, 4′) ; Gap 0′ (0′, 0’, 0′).
Tirs : Amiens 30 (14, 6, 8, 2) ; Gap 39 (11, 15, 10, 3).
Évolution du score :
1-0 à 00’52’’ : Cepon assisté de Svanenbergs et Gibert
2-0 à 02’26’’ : Tessier assisté de Larinmaa et Maïa
3-0 à 02’44’’ : Svanenbergs assisté de Plagnat et Magovac
4-0 à 12’01’’ : Gibert assisté de Roussel et Lavigne
5-0 à 25’12’’ : Lavigne assisté de Gibert et Phelan
5-1 à 38’02’’ : Tarabusi assisté de Langlais et Rohat
5-2 à 48’11’’ : Mickevics assisté de Langlais et Gutierrez (sup. num.)
5-3 à 55’36’’ : Sherbinin assisté de Langlais et Bouvet (sup. num.)
5-4 à 56’19’’ : Coulaud assisté de Mickevics et Sherbinin
5-5 à 57’53’’ : Colombin assisté de Sherbinin et Mickevics
6-5 à 63’40’’ : Svanenbergs assisté de Magovac et Gibert
Amiens
Attaquants :
Rudy Matima – Janis Svanenbergs (+1) – Antonin Plagnat (+1)
Jesper Larinmaa – Julien Tessier (A) – Bastien Maïa (A)
Zachary Lavigne (C, +2) – James Phelan (+2) – Gauthier Gibert (+3)
Ilies Djemel (-1)
Défenseurs :
Kristjan Cepon (+2) – Aleksandar Magovac (+2)
Justin Bergeron – Jordan Lepage (+1)
Mathieu Mony (-1) – Guillaume Roussel (+1)
Gardien :
Taran Kozun
Remplaçants : Clément Fouquerel (G), Ugo Tocquin, Enzo Benoît. Absents : Anatole De Mali, Noa Besson (équipes de France)
Gap
Attaquants :
Arturs Mickevics – Romain Gutierrez (C) – Loïc Coulai-ud
Julien Correia (A, -2) – Maurin Bouvet (-2) – Jan Dalecky (-1)
Dimitri Thillet – Sébastien Rohat – Lucas Colomban
Loris Chauvin – Balint Horvath – Axel Tarabusi (-1)
Défenseurs :
Chad Langlais – Paul Nassivet (-1)
Kyle Hallbauer (-1) – Brayden Sherbinin (A, +1)
Léo Faure (-2) – Jaxon Camp (-2)
Gardien :
Antoine Gilbert
Remplaçant : Antti Karjalainen (G). Absents : Julius Marva, Raphaël Chauvel
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