Une demi-finale en jeu sur un air de revanche
Lions et Drakkars s’étaient affrontés quinze jours plus tôt dans le cadre du championnat de Division 1, pour une victoire normande nette et maîtrisée (1-5), portée par une performance majeure de leur portier Ronan Quemener. Les deux équipes se retrouvent cette fois avec un tout autre enjeu : une place en demi-finale de Coupe de France.
Depuis cette confrontation, les Lyonnais ont connu des fortunes diverses. Battus à domicile par Épinal (4-5), ils ont ensuite relevé la tête face à Chambéry (6-2), avant de confirmer à l’extérieur en accrochant — enfin — un cador du championnat, Tours, à leur tableau de chasse (victoire 6-2). Ce bilan reste toutefois terni par la perte du bénéfice de la victoire acquise plus tôt dans la saison face à Valenciennes, ainsi que du point de pénalité associé, pour non-respect du quota de JFL inscrits sur la feuille de match.
Le principal changement côté lyonnais se situe devant le filet, avec l’arrivée de l’Américain Henry Wilder. Âgé de 24 ans, le natif de Needham (Massachusetts) sort d’un cursus complet en NCAA (Division I), d’abord à Boston College (trois saisons), puis à Colorado College (deux saisons), toujours dans un rôle de doublure (17 rencontres disputées en cinq exercices). Lors de sa dernière saison universitaire, Wilder évoluait notamment derrière Kaidan Mbereko et Carsen Musser (drafté par Utah), tous deux issus du programme national de développement américain (US NTDP). Convaincant lors de ses deux premières sorties sous le maillot des Lions (deux victoires), le défi pour Wilder consiste à assumer un rôle de titulaire pour sa première saison professionnelle. À noter également que le jeune Maxence Barbaret est appelé à l’échelon supérieur, du côté du club partenaire de Marseille, afin de suppléer à la blessure de Florian Gourdin chez les Spartiates.
Côté caennais, les Drakkars continuent d’aligner les succès : sept victoires consécutives en championnat, huit en incluant le huitième de finale de Coupe de France, parfois dans la difficulté — notamment à Meudon et à Chambéry, où Caen a laissé filer une avance de deux buts avant de s’imposer en prolongation. Les Normands se présentent ainsi à Charlemagne en pleine confiance et avec un léger ascendant psychologique.
64 minutes de combat : Caen fait plier Lyon et file en demi-finale
Un premier tiers fermé, Lyon frappe en fin de période
Le début de rencontre est marqué par une grande prudence des deux côtés. Les équipes se contiennent, jouent beaucoup le long des bandes, temporisent et privilégient les retours vers l’arrière afin d’éviter des présences trop longues sur la glace. Peu d’émotions dans les premières minutes, si ce n’est une lourde mise en échec de Maxence Leroux sur Ilya Altybarmakyan à la 3e minute. Peu sollicité jusque-là, Wilder se montre néanmoins vigilant en fermant parfaitement les jambières sur un tir de Yevgeni Nikiforov, consécutif à une passe en retrait de Radek Veselý (4e). Côté lyonnais, il faut attendre la 7e minute pour voir Xavier Carrichon bénéficier d’une ligne de tir, sans inquiéter Quemener, qui capte sans rebond.
Les deux équipes ne se livrent guère. Quemener reste attentif sur une tentative directe de Dmitrii Dudkin, après un engagement gagné en zone offensive (11e). Le match s’anime légèrement dans la seconde moitié du tiers. D’abord avec un peu de tension lorsqu’Evan Andraud est solidement plaqué contre la bande par Altybarmakyan, sans coup de sifflet. Puis Caen se procure une énorme occasion : Nikiforov et Altybarmakyan orchestrent une sortie de zone rapide et trouvent Veselý seul dans l’axe, mais sa reprise est bien lue par Wilder (12e).
Le premier avantage numérique de la partie, en faveur de Caen, reste stérile. À la 18e minute, Artem Hrebenyk contre du patin le tir de Ranel Vafin et lance une contre-attaque à deux contre un avec Altybarmakyan. Le défenseur ukrainien choisit toutefois le tir et ne cadre pas. Même cause, mais pas les mêmes effets quelques secondes plus tard : Andraud contre le lancer de Samy Paré, Erwan Plantrou récupère le palet, entre en zone offensive et déclenche un tir a priori anodin, cherchant surtout un rebond sur la botte. Le palet trompe pourtant Quemener (1-0, 19’01’’). Ce but semble libérer certaines frustrations. Après un coup de sifflet près du but lyonnais et une série de cross-checks, Enzo Baravaglio et Emmanuel Alvarez laissent tomber les gants.
Caen renverse la situation dans le deuxième tiers
Conséquence d’une pénalité sifflée en fin de première période, Lyon débute le deuxième tiers en supériorité numérique, sans toutefois parvenir à doubler la mise. Caen, en revanche, ne manque pas l’occasion d’égaliser à son tour en avantage numérique. Nikiforov anime le jeu de puissance et fait oublier Veselý à l’embouchure du filet, réceptionne la passe d’Artem Hrebenyk, se retourne et ajuste Wilder (1-1, 25’25’’).
Les Drakkars prennent même les devants quelques minutes plus tard. Nikiforov gagne son duel derrière la cage, le palet remonte jusqu’à Romain Bermond-Gonnet, dont le tir est dévié victorieusement à mi-hauteur par Paré (1-2, 28’18’’). Lyon tente de réagir. En supériorité numérique, Dudkin déborde, mais Quemener détourne de l’épaule (30e). Le match se referme ensuite, sans occasions franches de part et d’autre jusqu’à la sirène.
Un troisième tiers animé
Il ne fallait pas arriver en retard après la seconde pause. Treize secondes seulement après la mise au jeu, Peter Valier déborde, repique vers la cage et égalise du revers (2-2, 40’13). Le rythme retombe ensuite quelque peu. Wilder s’interpose de l’épaule sur une reprise de Paré (44e), puis sur plusieurs tentatives en solitaire de Vallier, désireux de faire la différence. Les deux équipes restent prudentes, les gardiens vigilants. Caen reprend néanmoins l’avantage à la suite d’une erreur de relance lyonnaise. Au pressing, Nikiforov récupère derrière la cage, attire les défenseurs et sert en retrait Veselý, qui trouve la lucarne (2-3, 51’52) pour son doublé personnel.
Les Lions n’abdiquent pas. Valier remet à Jack Tucker, dont la reprise de volée depuis le haut du cercle d’engagement fait mouche (3-3, 53’24). Dans la foulée, Caen pense reprendre la tête : Altybarmakyan remporte un engagement en zone offensive, remet à Hrebenyk, dont le tir cherche la déviation d’Alexandre Mulle. Le palet termine sa course au fond du filet, mais Wilder signale immédiatement une crosse haute. Après un bref conciliabule, les arbitres annulent la réalisation normande. Malgré une fin de match tendue et quelques situations dangereuses, le score n’évolue plus et les deux équipes se dirigent vers la prolongation.
Caen force la décision en prolongation
Les deux formations abordent l’overtime avec la même prudence. Il faut attendre 2’30 pour voir Paré s’infiltrer dans la défense lyonnaise et donner des sueurs froides à Charlemagne, mais Wilder ferme parfaitement le bas de la cage avec sa jambière. Dans la foulée, Rocco Andreacchi récupère un palet, efface d’une ramasse Paré, mais son tir n’est pas cadré.
Tomko lance ensuite Dudkin dans la profondeur depuis l’arrière de son but. L’attaquant relaie vers Valier, qui se joint à l’offensive pour un deux contre un. L’ancien international décale Dudkin, qui voit le but s’ouvrir… avant que Quemener ne referme l’angle d’un réflexe de la botte. Lyon vient de laisser passer sa chance. Sur la montée suivante, Veselý centre sur la crosse de Nikiforov, qui conclut du revers et envoie Caen en demi-finale (3-4, 63’58), une première depuis… l’an 2000 ! Ceux qui s’appelaient alors les Léopards s’étaient imposés en finale face à Rouen (4-1).
Solide sans être flamboyant, Caen confirme sa dynamique actuelle et son sang-froid dans les moments clés, poursuivant son parcours en Coupe de France avec une qualification méritée pour les demi-finales. Éliminés aux portes du dernier carré, les Lions sortent quant à eux de la Coupe de France avec des regrets, mais aussi des enseignements positifs quant à leur capacité à rivaliser avec une équipe en pleine dynamique.
Un homme dans le match : Yevgeni Nikiforov (1 but, 3 assistances)
S’il fallait désigner un homme du match côté caennais, alors Yevgeni Nikiforov s’impose comme une évidence. Omniprésent dans les phases de transition, l’attaquant russe a constamment pesé sur la défense lyonnaise par sa vitesse, sa capacité à conserver le palet et son intelligence de jeu. Déjà à l’origine de l’égalisation en supériorité numérique, Nikiforov est également impliqué sur les deux autres réalisations caennaises dans le temps réglementaire, avant de sceller le sort de la rencontre en prolongation d’un revers plein de sang-froid. Sa performance illustre parfaitement la dynamique actuelle des Drakkars : une équipe capable d’attendre son moment et de s’appuyer sur ses leaders offensifs pour faire la différence dans le money time.
Illustrations de Marky Holdefehr (instagram/site internet)
Lyon – Caen 3-4 après prolongation (1-0, 0-2, 2-1, 0-1)
Mardi 16 décembre 2025 à 20h30 à la patinoire Charlemagne. 2 247 spectateurs.
Arbitres : Romain Herrault et Nicolas Crégut, assisté de Quentin Cady et Leevan Thiebault.
Pénalités : Lyon 11’ (2’+5’, 4’, 0’, 0’) ; Caen 11’ (2’+5’, 4’, 0’, 0’)
Tirs : Lyon 26 (7, 6, 11, 2) ; Caen 33 (12, 9, 11, 1)
Évolution du score:
1-0 à 19’01” : Plantrou assisté de Andraud
1-1 à 25’’25” : Veselý assisté de Nikiforov et Hrebenyk (sup. num.)
1-2 à 28’18” : Paré assisté de Bermond-Gonnet et Nikiforov
2-2 à 40’13” : Valier assisté de Cal et Tucker
2-3 à 51’52” : Veselý assisté de Nikiforov et Tomko
3-3 à 53’54” : Tucker assisté de Valier et Chautant
3-4 à 63’58” : Nikiforov assisté de Veselý et Pépin
Lyon
Attaquants :
Lucas Chautant (C, +1) – Enzo Baravaglio (+2, 2’+5’) – Peter Valier (A, +2’)
Dmitrii Dudkin – Maxence Leroux – Ranel Vafin (-1)
Erwan Plantrou (-1) – Flavien Fondadouze (-1, 2’) – Rocco Andreacchi (-2)
Rémi Mouret
Défenseurs :
Deni Elabiyev (-2) – Slavomir Tomko
Nathan Cal (+2, 2’) – Jack Tucker (+2)
Evan Andraud – Xavier Carrichon (-1)
Gardien :
Henry Wilder
Remplaçants : Clément Ginier (G), Joris Rama (A), Benjamin Robert. Absents : Maxence Barbaret (en licence bleue à Marseille), Damian Raczka, Marcell Szélig.
Caen
Attaquants :
Titouan Lanes (-1, 4’) – Alexandre Mulle (C, -1) – Ilya Altybarmakyan (-3)
Yevgeni Nikiforov (+2) – Radek Veselý (+2) – Samy Paré (+2)
Kévin Tassery (2’) – Quentin Berthon (A, -1) – Mathias Pognant (-1)
Paul Montean (+1) – Yoan Colomban – Thibault Claireaux
Défenseurs :
Gabriel Lehmann (-2) – Marc-Antoine Pépin (A, +1)
Artem Hrebenyk (+1’) – Romain Bermond-Gonnet (+1)
Ville Rautiala (-1) – Emmanuel Alvarez (-1, 2’+5’)
Gardien :
Ronan Quemener
Remplaçant : Eliot Regnier (G). Absents : Timéo Catherine, Maxime Bertrand, Mattéo Clardart-Ake, Hugo Cal, Mathéo Demarcy, Alban Chabanet.




















































