C’est le grand jour : les Bleues du hockey disputent enfin le tour premier match olympique de leur histoire. Et comment rêver mieux que le match inaugural de la patinoire Santa Giulia face au pays organisateur, l’Italie ?
La formation italienne a bénéficié de moyens conséquents : staff canadien, plusieurs naturalisations, et un gros travail de formation. (lire la présentation par Nicolas Jacquet). L’enjeu est donc d’importance, la patinoire est copieusement garnie pour ce premier match.
Les Bleues reçoivent le soutien de leurs homologues masculins, présents en tribune, ainsi que de nombreux supporters disséminés un peu partout.

La nervosité se ressent sur la première présence bleue, parsemée de relances approximatives et de pertes de palet. Après un premier arrêt de Philbert, Jade Barbirati lance la première banderille avec un beau débordement sur la droite. Elle efface deux joueuses d’une feinte et attaque la cage. Une action qui donne de la confiance : petit à petit, le jeu se pose et l’échec-avant provoque quelques revirements.
Alice Philbert tient le fort sur les attaques italiennes à l’image d’une percée franche de Matilde Fantin, sortie du bout de la botte. Clémence Boudin et Lore Baudrit remontent le palet et la capitaine est mise au sol par Stocker.
Le jeu de puissance ne tarde pas : Gabrielle de Serres lance de l’aile et le palet est dévié par le genou de la capitaine Nadia Mattivi (0-1). La capitaine italienne ne tarde pas à se venger : sur la présence suivante, elle efface Baudrit le long de la bande à gauche, navigue vers le fond et remise dans l’enclave pour Kayla Tutino, à bout portant et entre les jambes de Philbert (1-1).

Philbert résiste aux assauts suivants, notamment une volée de Roccella et son rebond de Kristin Della Rovere. Les Bleues subissent et peinent à construire vers l’avant, repoussées vers l’extérieur. L’Italie multiplie les séquences, sans parvenir à déjouer Philbert avec des tirs finalement assez lisibles, hormis quelques gros dangers dont une reprise de Justine Reyes entre les cercles. La gardienne est cependant à son meilleur à deux minutes de la pause sur une série d’actions devant l’enclave, utilisant ses jambières pour repousser deux rebonds sur le côté du but, puis un tir de Stocker et le rebond de Della Rovere. La sirène retentit avec pas moins de 21 tirs italiens à seulement 4 !
Philbert, dernier rempart
Les supporters tricolores affichent les portraits des joueuses au balcon alors que les deux équipes reviennent sur la glace. La France doit retrouver ses couleurs après ce premier tiers délicat. Grégory Tarlé semble avant modifié ses lignes, Lore Baudrit débutant avec Chloé Aurard-Bushee et Margot Huot-Marchand.
L’Italie continue à tenter des tirs de loin, peu dangereux. Sur un long dégagement, Manon le Scodan est la plus rapide et récupère le palet pour un tir en angle fermé, hors cadre. Une double déviation Fantin-Abatangelo devant Philbert n’est pas cadrée non plus. Mattivi, de loin, enchaine et Philbert dévie hors de la surface de jeu. Les Bleues s’en remettent aux contre-attaques et Chloé Aurard-Bushee lance de l’aile, dans la mitaine de Martina Fedel.
Les Bleues tentent de sortir de leur coquille à la faveur d’un changement de ligne. Clara Rozier, Estelle Duvin puis Margot Huot-Marchand tentent, mais Rozier se rend coupable d’une charge illégale le long de la bande – charge normale en hockey masculin, mais les règles du hockey au féminin sont différentes.
L’Italie campe dans la zone française en supériorité et le poteau vient en aide à Alice Philbert sur ce tir croisé de Matilde Fantin. Duvin et Huot-Marchand, au bout de l’effort, effacent finalement l’avantage numérique. Les ennuis ne sont cependant pas terminés, avec cette action d’Eleonora Bonafini sur l’aile droite, bloquée par la gardienne française. 27 tirs italiens à 9 à mi-match, ce n’est pas vraiment le schéma attendu…

Les supporters français se font entendre dans une patinoire finalement assez calme. À six minutes de la pause, la France parvient enfin à installer une longue présence, provoquant des revirements. Le tir d’Aurard-Bushee dans l’axe est cependant contré. Le jeu devient un peu plus physique à l’image d’un contact entre Tutino et Aurard-Bushee, qui laisse la buteuse italienne au sol.
Malheureusement, c’est au moment où les Bleues tentent de reprendre des couleurs qu’elles encaissent le deuxième but. Mise au jeu perdue en attaque, et l’Italie se dégage. Kristin Della Rovere lance le contre se retrouve en un-contre-un avec Sophie Leclerc. Philbert repousse le tir, mais Rebecca Roccella a suivi devant le but grand ouvert (2-1).
Les Bleues ne parviennent pas à approcher de la cage et doivent se contenter de tirs lointains. Une montée de Clémence Boudin offre une passe-abandon à Julia Mesplède, dont le tir n’échappe pas à la portière italienne. Au buzzer, une ultime chance italienne de Reyes termine sur le poteau ! Les Bleues sont donc menées 2-1 à la pause, dans un tiers où la défense a encore beaucoup subi, et l’attaque peiné à créer le danger.
L’Italie tue le match d’entrée
Un but de retard seulement… mais l’entame du troisième assomme les Bleues. Après quelques secondes, Matilde Fantin récupère et accélère sur la droite. Elle laisse sur place Marie-Pierre Pélissou et repique au but, parvenant à soulever le palet en pleine lucarne (3-1). On jouait depuis quinze secondes !
Le bateau bleu tangue de plus en plus et Kristin Della Rovere fait mal, très mal. Elle récupère, feinte et expédie un tir laser au dessus de la mitaine de Philbert, pleine lucarne (4-1).
Frustrées, les Bleues digèrent mal la situation. Lorsque Manon Le Scodan se fait un peu trop bousculer en attaque, Jade Barbirati vient à son secours et repousse sévèrement Manuela Heinderberger. Les deux joueuses sont punies deux minutes. Puis, Chloé Aurard-Bushee est punie à son tour pour une charge dans le dos sur Laura Fortino.
Une charge de Della Rovere le long de la bande offre une supériorité tricolore à cinq minutes du terme. Les Bleues s’installent et Elina Zilliox tente sa chance, sans grand danger pour la mitaine de Fedel. Ce sera la dernière occasion du match, les Françaises peinant à reprendre le palet par la suite.
L’Italie remporte donc « son » match d’ouverture devant un public conquis. Les Françaises peuvent sortir tête basse après avoir globalement raté leur match, et plombé leurs chances de réaliser un exploit dans ce tournoi olympique. Il faudra vite réagir vendredi à midi face au Japon.

Commentaires d’après-match
Grégory Tarlé (entraîneur de la France) : « On est bien rentré dans le match malgré tout. On s’attendait à une Italie de ce calibre. On marque, elles marquent et elles prennent le momentum. Malgré cela, il y a 1-1, puis 2-1 à la fin du deuxième avant deux jolis buts. Il fallait se battre jusqu’au bout. Après, notre gardienne fait un bon match. Elle a eu beaucoup de palets mais peu de chances franches. On était dans le match jusqu’à ces deux bons lancers. On est capable de bien utiliser le palet, mais il faut avoir plus de confiance dans notre jeu, c’est ce qu’on a travaillé. Il va falloir se dire les choses pour bien préparer le Japon, un adversaire qu’on connait bien. »
Clara Rozier (attaquante de la France) : « Il y a beaucoup de frustration, car on ne commence pas comme on le voulait. Elles ont bien joué, il y avait une grosse ambiance. On n’a pas réussi à montrer notre identité face à cette équipe qu’on ne connaissait pas, et qui a annulé le match de préparation, du coup on arrive sans match de préparation. On a subi, pas su s’imposer physiquement. La pénalité, les charges sont autorisées en Suisse et c’est mon jeu, donc il faut doser. L’arbitre m’a dit qu’il fallait avoir l’intention de jouer le palet. On va se focus sur le Japon, car on a peu de récupération. »
Alice Philbert (gardienne de la France) : « Il y a eu beaucoup de lancers oui, on s’y attendait, l’Italie en envoie beaucoup. C’était une belle première expérience, une belle montée d’émotions. Je connaissais les joueuses et leur style car je joue avec elles en saison régulière, et j’ai de l’expérience. C’est mon rôle de rester calme, de permettre à l’équipe de se calmer. »
Gabrielle de Serres (défenseure de la France) : « On n’avait pas parlé de ce premier but avant le match, le plan personnel n’est pas important. Elles m’ont laissé le chemin, on avait parlé avec Chloé de lancer à la cage s’il y avait un voile et c’est passé. C’était excitant mais le match a vite tourné. Je savourerai plus tard car là le résultat n’est pas bon. Les problèmes de relance ? Je ne sais pas trop l’expliquer, on verra avec la vidéo. »
Lore Baudrit (capitaine de la France) : « Pas mal de choses n’ont pas fonctionné. On a pas réussi à jouer libérées, on n’a pas montré notre vrai visage. Crispées… On a manqué d’impact physique dans les duels. On s’est un peu fait surprendre par une équipe qu’on n’a pas joué depuis longtemps, mais ce n’est pas une excuse. On avait pris les devants, mais leur but a fait tourner le momentum et on a couru après tout le match. Il ne faut pas se cacher, on est passées à côté.
Mentalement nous étions prêtes, préparées, les leaders, le groupe, tout le monde. Je ne m’attendais pas à ça, c’est un apprentissage à la dure. Il va falloir digérer et avancer car les points que l’on n’a pas pris aujourd’hui sont perdus définitivement. Demain contre le Japon, un adversaire qu’on connaît bien, il faudra jouer libérées. Ce sont les Jeux olympiques, on n’a rien à perdre. Ce que j’ai aimé quand même, c’est qu’on est restées solidaires jusqu’au bout, ce sont nos valeurs et il faut continuer, se soutenir. On savait en vidéo pour leur jeu physique, mais c’est différent de le vivre sur la glace face à des joueurs naturalisées talentueuses. Ce n’est pas une excuse, car on a pas réussi à imposer notre jeu. L’ambiance ? En club on joue parfois devant 50 personnes, alors là ! On sait que l’Italie est un pays de passionnés, mais il ne faut pas rentrer dans ce jeu, le bruit, la foule. Réussir à se calmer, rester dans notre bulle. Défensivement, on a manqué d’agressivité, il faut aller plus fort au combat, couper leur vitesse. Ce sera une chose importante contre le Japon et on avait progressé là-dessus, donc c’est décevant aujourd’hui. On envoyait plein de palets derrière elles, mais ça ne passait pas, bravo à elles. Elles ont fait leur match et nous, on a manqué d’un peu de tout. L’enchaînement, on est habitué à ça avec les Mondiaux et le Japon, on les joue trois-quatre fois par an, on les connait par cœur. Elles jouent avec le même système, c’est fort, rapide, elles ont des automatismes et une qualité d’exécution. Il n’y aura pas de surprise. On le sait, il faudra montrer notre jeu et se libérer.

Italie – France 4-1 (1-1, 1-0, 2-0)
Jeudi 5 février 2026 à la patinoire Santagiulia de Milan. 9356 spectateurs.
Arbitres : Kelly Cooke (USA) et Elizabeth Mantha (CAN) assistées de Jennifer Cameron-Ward (USA) et Laura Gutauskas (CAN)
Pénalités : Italie 6′ (2′, 0′, 4′), France 6′ (0′, 2′, 4′)
Tirs : Italie 46 (22, 12, 12), France 15 (4, 7, 4)
Évolution du score :
0-1 à 09’42” : De Serres assistée de Rozier (sup. num.)
1-1 à 10’42” : Tutino assistée de Mattivi
2-1 à 35’17” : Roccella assistée de Della Rovere et Lobis
3-1 à 40’14” : Fantin
4-1 à 44’59” : Della Rovere assistée de Caumo
Italie
Attaquantes
Aurora Abatangelo (+1) – Matilde Fantin (+1) – Justine Reyes (+1)
Rebecca Roccella (+1) – Kristin Della Rovere (2′, +2) – Anna Caumo (+2)
Manuela Heidenberger (2′, +1) – Kayla Tutino (+1) – Marta Mazzocchi
Eleonora Bonafini – Greta Niccolai – Sara Kanneppele
Carola Saletta (+1)
Défenseures :
Nadia Mattivi (+2) – Franziska Stocker (2′, +1)
Laura Lobis (+3) – Laura Fortino (+3)
Kristen Guerriero – Amie Varano
Jacquie Pierri
Gardienne :
Martina Fedel
Remplaçante : Gabriella Durante (G)
Entraîneur : Éric Bouchard.
France
Attaquantes :
Estelle Duvin (-2) – Clara Rozier (2′, -2) – Margot Huot-Marchand
Chloë Aurard-Bushee (2′, -3) – Jade Barbirati (2′, -1) – Manon le Scodan (-1)
Anais Peyne-Dingival (-2) – Lore Baudrit (-2) – Clémence Boudin (-1)
Emma Nonnenmacher – Julia Mesplede – Sehana Galbrun
Défenseures :
Marie-Pierre Pelissou (-2) – Gabrielle de Serres (-2)
Sophie Leclerc (-1) – Elina Zilliox (-1)
Lucie Quarto (-1) – Lea Villiot (-1)
Gardienne :
Alice Philbert
Remplaçantes : Margaux Mameri (G), Léa Berger (D), Anaé Simon (A).
Entraîneur : Gregory Tarlé.








































