24 ans après leur dernière apparition sur la scène Olympique, les Bleus de Yorick Treille faisaient leur grand retour sous le feu des projecteurs. Opposés à une équipe nationale Suisse forte de ce que certains observateurs qualifient de « meilleure équipe Suisse de l’histoire » la tâche s’annonçait ardue. Si les Bleus n’ont pas été ridicules, ils ont néanmoins subi la loi du plus fort. Focus statistique sur les marges de progression de cette équipe de France.
Il va s’en dire que concéder une infériorité numérique 36 petites secondes dans votre entrée en lice n’offre pas les meilleures hospices. Toutefois, la réalité de ce premier tiers aura offert aux suiveurs des Bleus un premier aperçu du mal de cette équipe : la protection de l’enclave. Cette zone, définie par les pointillés sur la carte ci-contre, correspond à ce que les éducateurs appellent « la maison » lorsque vous débutez au hockey. C’est-à-dire que c’est la zone que vous devez absolument protéger pour permettre à votre équipe d’espérer l’emporter. Ici, les Bleus ont failli à cette mission. Élément parlant : les 2 premiers tirs cadrés par la Nati depuis cette zone ont fait la rencontre du fond du filet d’Antoine Keller. C’est sans doute là que réside la première raison de la défaite des Bleus lors de cette entrée en lice. La difficulté pour eux à fermer l’enclave ou du moins à forcer leurs adversaires à lancer depuis des zones lointaines ou plus favorables aux gardiens. C’est d’ailleurs ce qui fait que la Nati n’a jamais été inquiétée par ces Bleus qui n’ont été capables qu’à trois reprises d’adresser un tir sur Leonardo Genoni depuis sa propriété, n’en déplaise aux ratés d’Enzo Cantagallo (24’25) puis Floran Douay (26’02), les deux occasions les plus dangereuses de cette équipe de France.
Si le premier constat est évidemment criant pour les Bleus, les statistiques adossées à ces cartes permettent d’évoquer un point plus positif : la discipline des Bleus dans leurs sorties de zones et transitions. Malgré la domination marquée de leurs voisins Helvètes, les hommes de Pierre-Édouard Bellemare n’ont jamais cédé à la panique, ne concédant pas le moindre dégagement refusé et “seulement” 4 hors-jeux contre 6 pour la Nati. Un bon point pour les français sur lequel ils devront bâtir car le bas blesse sur le registre des entrées en zone : ils n’ont réussi que 38.8% de celles-ci tout en concédant 63.5% des tentatives adverses. Un chiffre d’autant plus éloquent lorsque l’on se penche sur les tentatives d’entrées à la course : les Suisses ont réussi 30 des 35 entrées par la course tentées, les Bleus 10 de leurs 16 tentatives. Si le chiffre offensif se veut positif, une seule de ces 10 entrées réussies à mené à une occasion de but tandis que de l’autre côté, 17 de ces 30 entrées en zone ont créé un danger sur le but de Keller, dont 2 des 4 buts marqués.
Le manque de danger dans la zone défensive adverse se remarque d’autant plus sur ces visuels. Si la ligne des gros calibres Texier – Da Costa – Bertrand a tenté de remplir son rôle, le reste de l’alignement a peiné à inquiéter l’équilibre défensif des Helvètes. Si Perret et Fabre ont tenté de jolies choses, ils n’ont jamais réussi à capitaliser sur ce deuxième tiers qui a vu les Bleus être dans le match. Si cela ne surprendra personne de voir que la première ligne de la Nati a créé plus de danger à elle seule que la France en 60 minutes, il est éloquent de voir que le quatrième bloc helvète s’est montré presque aussi dangereux que le premier trio tricolore, tant en termes d’occasions créées qu’en terme de buts attendus (xG). Il n’est ici pas question de tirer sur l’ambulance mais plutôt de constater l’écart qui sépare cette équipe de France de l’élite mondiale. Un écart d’autant plus flagrant sur l’installation du jeu de puissance, malheureusement trop « plat » pour inquiéter le quatuor adverse : la France n’a généré que 5 tirs en 4 supériorités numériques -3 cadrés, 2 tirs bloqués- pour un total de 0.152 buts attendus et aucune chance de but (xG supérieur à 0.05) contre 15 lancers Suisses en 5 supériorités numériques -10 cadrés, 3 bloqués, 2 non cadrés- pour un total de 1.275 buts attendus et 9 chances de but.
Si l’écart est important, force est de constater que malgré un début de match complexe et un écart de niveau marqué, les Bleus ont longtemps eu l’occasion d’espérer rester au contact, notamment grâce à un homme : Antoine Keller. Du haut de ses 21 ans, a montré l’étendue de son talent. Malgré un % réajusté par nos soins juste sous les 90% à 34/38, il faut mettre à son crédit des arrêts clés dont 13 lancers considérés comme occasions de but théorique mais aussi une lecture du jeu à la hauteur des attentes olympiques. Battu 2 fois en 4 lancers cadrés pour démarrer la partie, il a su se remobiliser et garder une attitude positive salvatrice pour ces Bleus. La carte des buts encaissés par zone de tir illustre aussi ce que l’on expliquait en début d’article : les Bleus doivent encore apprendre à fermer leur enclave. De retour sur le point personnel, si le jeu de crosse du cerbère a été exposé par moments, il a montré qu’il était à la hauteur de l’événement et capable de repousser l’échéance face aux grands. De quoi offrir à cette France le droit de rêver à un exploit ce mardi. Et après tout, pourquoi pas ?












































