L’Everest du hockey mondial se profile devant la France. Ce qui est peut-être la plus belle sélection canadienne de l’histoire se dresse sur la route des Bleus. Pire, le match a des implications pour le Canada. Afin de terminer en tête de série n°1, il leur faut soigner leur différence de buts, actuellement de +9 contre +7 aux États-Unis, qui joueront l’Allemagne ce soir.
Les Français sont prévenus, et Julian Junca, auteur d’une bonne entrée contre les Tchèques (12 arrêts) reçoit le départ en guise de cadeau d’anniversaire… Il faudra faire sans Enzo Cantagallo, blessé la veille face aux Tchèques. Le Canada est toujours privé de Josh Morrissey, blessé, et continue à installer Brad Marchand en tribunes. Jordan Binnington reçoit son deuxième départ.
Les Bleus s’accrochent… mais offrent un but tardif
Sans surprise, les premières présences sont à l’avantage des joueurs de Jon Cooper. Jules Boscq sort deux belles interventions face à Connor McDavid, puis Junca sort quatre tirs en 1’30… et il faut attendre la cinquième minute pour l’arrêt suivant. Entre temps, les Français se sont même permis quelques incursions offensives.
Cette cinquième minute est plus menaçante. Junca sort un tir de Makar avec l’aide de sa barre, puis un autre lancer. Cette longue présence, où Gallet et Guebey peinent à dégager le palet, est suivie d’une présence tout aussi délicate. Crinon est sanctionné de deux minutes, au duel avec Celebrini.
Les stars canadiennes s’installent et décalent un premier tir, non cadré. Puis, les Bleus gagnent plus d’une minute avec de bonnes interventions à la crosse. Junca sauve enfin un tir de MacKinnon de la crosse. À la dernière seconde, Marner sert Stone ligne de fond, pour la volée de Horvat : encore Junca.
L’engagement suivant installe encore le jeu canadien en attaque. Cette fois, le tir de Drew Doughty en force est bien repoussé, mais Tom Wilson se jette sur le rebond au duel avec Da Costa, sur lequel il a pris le dessus physiquement deux fois sur la même action (1-0, photo ci-dessous).
Sur l’engagement, l’improbable arrive : Addamo intercepte Parayko et lance au but, Binnington laisse un rebond et Floran Douay égalise cage ouverte (1-1).
La France s’enhardit avec une accélération de Bertrand à droite, mais il tombe et le palet repart vite à l’opposée. Crosby sert en retrait Toews, qui remet le Canada devant (2-1).
La suite est évidemment compliquée pour les Bleus, mais ils effectuent un gros travail pour repousse le jeu vers l’extérieur et laisser du champ à Junca, qui n’a pas trop d’occasion franche à gérer. Le temps défile, et à quelques minutes de la pause, un palet mal contrôlé de Boscq profite à Marner, en percussion. Il reçoit le soutien de Stone, qui attaque la cage : Junca ne craque pas. Même avec un 16-5 aux tirs, les Bleus ne paniquent pas, patients avec le palet. Ils verrouillent bien l’enclave, et sont récompensés d’un power-play à 1’11 de la pause lorsque Sanheim accroche Perret.
Encore une fois le jeu de puissance peine à se mettre en place. Pire, Alexandre Texier se fait intercepter. Mark Stone file en échappée et lève son revers au dessus de la jambière, à 3,4 secondes de la sirène (3-1, photo ci-dessous). Un but coup de massue concédé par gourmandise de faire un jeu, au lieu de patienter et de compter sur les 49 secondes de supériorité restantes en deuxième tiers…
Une fin de tiers difficile
Et le deuxième tiers voit une équipe canadienne attentiste : le premier tir cadré attend cinq minutes. Les Bleus tentent des choses, s’appliquent et défendent bien, essayant de porter le palet vers l’avant sans trop prendre de risque.
Problème, Kevin Bozon se fait mystifier par Celebrini et l’accroche : jeu de puissance canadien… qui ne trouve aucune ouverture, malgré une possession importante. Junca gèle le dernier centre et la France revient au complet.
La difficulté pour les Bleus, c’est de gérer les rushs canadiens lorsque la France perd le palet en attaque. Il faut un Junca solide devant Harley, servi en retrait par McDavid. Puis, c’est le poteau qui sauve le gardien sur une volée de Hagel consécutive à une relance ratée de Crinon, qui avait offert un 2-contre-1 lancé par MacKinnon.
Les Bleus manquent de surprendre le Canada sur un palet envoyé au fond, et bataillé par Bertrand, puis Perret et Bellemare. Le vétéran le renvoie devant le but où Bertrand le reprend à bout portant du revers, sans réussite.
Un dégagement canadien en hauteur complique la tâche d’Auvitu dans la neutre, au duel avec Horvat. L’obstruction est appelée, et cette fois le jeu de puissance ne traîne pas. McDavid pour Makar, qui contrôle et ajuste à travers la foule (4-1). Crosby prend la deuxième assistance sur le but, ce qui lui donne 14 points aux Jeux olympiques en carrière, ex-aequo avec le recordman canadien moderne Jarome Iginla.
Le Canada continue. Celebrini slalome, trouve McDavid qui feinte d’un pas avant de trouver Wilson devant le but. Junca sort la jambière. Horvat s’infiltre ensuite dans le dos de la défense et attaque la cage. Junca sauve avec l’aide de sa défense sur la ligne, mais reste un long moment couché sur la glace car… son patin est cassé ! Intervention du responsable matériel pour une nouvelle lame sous les applaudissements de la foule.
Horvat et Bennett s’octroient immédiatement un 2-contre-1 et le joueur des Panthers rate le palet sur la reprise. Peu après, Une longue passe de Harley envoie Celebrini s’échapper seul face à Junca. Chakiachvili l’accroche et concède un tir de pénalité. Le jeune joueur des Sharks ne tremble pas et continue à saler l’addition (5-1, photo ci-dessous).
Sur l’action suivante, Chakiachvili perd le palet face à Stone, celui-ci sert Crosby qui cherche à écarter sur sa gauche… mais la crosse de Fabre coupe la passe, dirigeant le palet à contrepied de Junca (6-1). La France a semblé à bout de souffle sur la seconde partie de cette deuxième période.
L’humiliation logique
Antoine Keller entre en jeu à la place de Junca, et le malheureux gardien voit, après vingt secondes, Connor McDavid démarrer tel une formule 1. Un une-deux avec Celebrini et voilà le capitaine des Oilers seul devant la cage. Il feinte et porte le score à 7-1.
Les Bleus vont réduire le score juste après. Addamo entre en zone et écarte vers Sacha Treille, qui ne se pose pas de question : il lève sa crosse et assène un slap monumental depuis le cercle gauche (7-2).
La France continue toutefois de reculer. Enfermée dans son camp, elle concède un huitième but, un rebond de Horvat en angle fermé sous le nez de Chakiachvili, et où Keller a paru loin de son poteau (8-2).
Le compteur de tirs affiche 39-11 à treize minutes de la fin, avec un lancer de Perret, servi par Da Costa derrière la cage. Binnington ferme la porte à cette rare chance tricolore. Keller se remet en place lui aussi, avec un poke-check astucieux sur un débordement de Jarvis (photo ci-dessous).
Les revirements dans la neutre restent le péché mignon des Bleus. Sur une montée de palet, Sacha Treille dévie pour changer de ligne, mais c’est récupéré et immédiatement projeté vers l’avant. En deux passes, Brandon Hagel reprend de volée la passe de MacKinnon et transperce Keller (9-2).
Sur l’action suivante, une lourde charge de Crinon sonne MacKinnon. Le Français s’excuse auprès de la star de Colorado, et les officiels consultent la vidéo. La décision change et ce n’est finalement que deux minutes. Le jeu de puissance ne traîne pas et le 44e tir porte la marque à 10-2, un lancer de Celebrini dans l’axe.
Peu après, Wilson vient faire la police et tombe les gants avec Pierre Crinon. Les deux joueurs sont expulsés, après cette claire vengeance après la charge sur MacKinnon…
Le match part un peu en vrille, avec quelques vilains gestes de MacKinnon sur Gallet. Arrive un jeu de puissance français arrive… ou d’impuissance, avec encore un palet perdu dans la neutre, cette fois par Boudon. Il faut un retour désespéré de Fabre pour couper la passe sur ce 2-contre-1 (photo ci-dessous).
La fin de supériorité s’enchaine avec une autre, lorsque Makar fait tomber Perret, qui rentre au banc dans la douleur. Pas de but pour finir, et le score final de 10-2 est presque « attendu ».
Les Bleus ont donc la même différence de buts que l’Italie (-15) mais ont marqué un but de plus. C’est donc une 11e place finale, et l’adversaire du match de barrage n’est pas encore connu…
Commentaires d’après-match :
Justin Addamo (attaquant de la France) : « On a fait trop d’erreurs tactiques et ça coûte cher contre ces équipes là. On joue contre les meilleurs du monde, ils savent capitaliser sur les erreurs. Les pertes de palet dans les zones dangereuses, ils partent comme des bombes de l’autre côté. Le jeu de puissance ? Et bien en face il y a de très bons joueurs de penalty kill. C’est un step collectif qu’on doit prendre pour améliorer au prochain match. Il faut juste faire mieux et ça prend tout le monde. Mais je ne pense pas que ça soit la raison de notre non-succès dans ces trois matchs. Le premier tiers, on exécute le système, mais au deuxième on a des moments de mou comme au match précédent. Cela coûte vite cher. On doit avoir plus de constance dans notre jeu collectif. »
Sacha Treille (attaquant de la France) : « C’est une des plus belles équipes canadiennes qu’il y ait jamais eue, c’est exceptionnel pour nous. On voulait prendre du plaisir en jouant de la bonne manière, mais c’est dur de le faire sur soixante minutes, de garder la discipline défensive. Ce type de match permet de se comparer à ce qui se fait de mieux. Ils sont tout simplement meilleurs dans tous les domaines, il n’y a pas de honte à le dire. C’était spécial pour beaucoup d’entre nous, on n’a pas l’habitude. C’était du plaisir quand même. Le bilan global du tournoi est mitigé, il y a du bon et du moins bon. C’est très fort en face, et on finit par avoir le corps en ébullition, ça devient dur de réfléchir et de rester discipliné. Il y a des points positifs quand on joue de la bonne manière, il faut voir les aspects mal faits et corriger. Contre ce niveau-là, tout le monde doit être dans son meilleur jour. On a à cœur de le faire, ce sera notre travail de demain. S’inspirer des bonnes choses. C’est difficile, c’est la réalité de ce niveau. Il faudra être prêts, prendre le rythme de ce qui se fait de mieux et se donner les moyens de faire mieux. Sur un match tout est possible, on envie d’y croire, ce serait un parcours exceptionnel. Mon but, c’est un petit plus, je l’aurais troqué contre un meilleur match. Mais ça fera un super souvenir, ça fera plaisir au fiston qui est au tournoi pee-wee au Québec ! »
Julian Junca (gardien de la France) : « Nous avons été combatifs, on méritait de finir à 2-1, même 3-1 c’était correct. Après, avec la fatigue, on passe plus de temps en zone défensive. En attaque on a bien pris ce qu’ils nous ont donné, mais ils ont juste une vitesse au-dessus. Et qu’ils montent à 10-2, pour eux c’est une forme de respect. Je trouve qu’on a eu une bonne réaction, soudé, avec des blocs de tirs. Positif aussi, le penalty kill. »
Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de la France) : « Que dire, ça fait 10-2. On arrive à marquer avec peu de tirs, on prend nos chances. Ce qu’il faut retenir, c’est que chaque erreur se paie cher. On doit se le mettre dans la tête. On oublie un joueur derrière, on fait une erreur en supériorité, ça se paie. Je pense que c’est un bon match pour éduquer les joueurs français qui ont regardé, leur montrer à quoi ça ressemble. Il y a eu des bonnes choses, on a monté le palet vers l’avant, on a gardé le palet sur leur forecheck, calmé le jeu. Le gardien a fait un bon match malgré les buts. On savait qu’on aurait trois matchs difficiles et que le quatrième serait le plus important. Cela fait longtemps qu’on avait pas joué contre des nations aussi importantes, et le prochain match sera le plus important de notre carrière. Il y a plein de choses à regarder, c’est un privilège de jouer contre cette équipe. »
Yorick Treille (entraîneur de la France) : « C’est énormément d’apprentissage, c’est un privilège de jouer contre une grosse machine comme ça. Les joueurs se sont battus, mais on a de la marge pour gommer quelques buts. On a pas réussi à corriger tout ce qu’on voulait ce soir. Maintenant, c’est un match pour les quarts. On savait que ça allait monter crescendo, il y a une chance d’entrer dans la légende du hockey. C’est rare de pouvoir jouer contre ces gars-là, on voulait tout donner. Je ne suis pas satisfait du premier tiers, on voulait être plus disciplinés et mieux rentrer, c’est frustrant. Encore une fois c’est un manque de discipline dans le système de jeu, dans les changements, la couverture défensive. Je pensais qu’on serait meilleurs que ça ce soir, donc je suis déçu, mais ils n’ont pas lâché. On s’est battus jusqu’au bout, ce qui teste le mental. On va mettre ce match derrière nous, ce sont les Jeux olympiques et on est venus pour ce prochain match. On va tirer des enseignements. On n’a pas le temps de se plaindre, il faut maintenant récupérer. Ce genre d’équipe te force à être dans le rouge, dans les duels, et notre cerveau doit s’habituer au rythme. Maintenant, il va falloir tout mettre bout à bout. On va faire le plein d’énergie, l’entraînement sera optionnel et on attend de voir qui on joue, à quelle heure et où, pour se préparer en fonction. L’objectif ce soir, c’était d’être dans la continuité de ces Jeux, d’affronter une équipe de cette qualité et de tout donner, vider les réserves et prendre du plaisir, même si ce n’est pas facile avec 10 buts. Avec du recul, ce match sert pour le prochain. Ce premier tiers, encore une fois, je le trouve décevant. Le Canada n’a pas mis plus d’intensité que ça, et on donne deux buts malgré de beaux arrêts. »
Jon Cooper (entraîneur du Canada) : « Nous n’avions pas parlé du classement, de la différence de buts, mais juste du processus, des étapes pour voir où en est notre équipe. J’ai trouvé qu’on avait fait du bon travail. Marchand sera là pour les quarts, nous voulions que tous les joueurs soient à 100%. Le prochain match sera le premier match-couperet et ils n’ont jamais vraiment vécu ça. On est prêts à avancer, on verra l’adversaire. Bellemare ? C’est un rêve pour lui, il a tellement de classe. Il est là, a gagner toutes les mises au jeu, à jouer avec tout son cœur et son âme, en forme impeccable face à un jeune comme Celebrini ! Pour le penalty, je savais que n’importe quel jouer pouvait le prendre et les 18 joueurs se sont tournés vers moi. Je voyais Celebrini faire des cercles sur la glace et je pense que si je ne l’avais pas envoyé, le public m’aurait chassé de la patinoire. Morrissey, il sera de l’entraînement mardi. MacKinnon ? Il en faut plus pour l’assommer. »

Canada – France 10-2 (3-1, 3-0, 4-1)
Dimanche 15 février 2026 à 21h10 à Milano Santagiulia. 11 498 spectateurs.
Arbitres : Christoffer Holm (SUE) et Kyle Rehman (USA) assistés de Ryan Daisy (USA) et Daniel Hynek (TCH).
Pénalités : Canada 33’ (2’, 0’, 6’+5’+20’) ; France 35’ (2’, 4’, 4’+5’+20’).
Tirs : Canada 46 (17, 16, 13) ; France 14 (6, 1, 7).
Évolution du score :
1-0 à 08’41” : Wilson assisté de Doughty et McDavid
1-1 à 08’54” : Douay assisté d’Addamo
2-1 à 09’33” : Toews assisté de Crosby et Marner
3-1 à 19’56” : Stone (inf. num.)
4-1 à 32’10” : Makar assisté de McDavid et Crosby (sup. num.)
5-1 à 37’16” : Celebrini (tir de pénalité)
6-1 à 37’35” : Crosby assisté de Stone
7-1 à 40’20” : McDavid assisté de Celebrini et Wilson
7-2 à 41’28” : Douay assisté d’Addamo et Crinon
8-2 à 45’14” : Horvat assisté de Reinhart et Bennett
9-2 à 50’46” : Hagel assisté de MacKinnon et Theodore
10-2 à 51’47” : Celebrini assisté de Stone et Marner (sup. num.)
Canada
Attaquants :
Macklin Celebrini (+2) – Connor McDavid (A, +2) – Tom Wilson (+1, 2’+5’+20’)
Brandon Hagel – Nathan MacKinnon (2’) – Nick Suzuki
Mitch Marner (+3) – Sidney Crosby (C, +1) – Mark Stone (+2)
Seth Jarvis – Sam Bennett (+1) – Sam Reinhart (+1)
Bo Horvat (+1)
Défenseurs :
Devon Toews (+4) – Cale Makar (A, +3, 2’)
Thomas Harley (-2) – Colton Parayko (-1)
Travis Sanheim (+3, 2’) – Drew Doughty (+1)
Shea Theodore (+2)
Gardien :
Jordan Binnington
Remplaçant : Logan Thompson (G). En réserve : Darcy Kuemper (G), Josh Morrissey (D, blessé), Brad Marchand (A).
France
Attaquants :
Anthony Rech [puis Perret] – Pierre-Édouard Bellemare (C, -1) – Stéphane Da Costa (A, -2)
Alexandre Texier (-5) – Louis Boudon (-4) – Charles Bertrand (-2) [puis Fabre]
Jordann Perret (-1) [puis Bozon] – Nicolas Ritz (-1) – Dylan Fabre (-4) [puis Bertrand]
Sacha Treille (+1) – Justin Addamo (+2) – Floran Douay (+2)
Kevin Bozon (-1, 2’)
Défenseurs :
Jules Boscq (-2) – Hugo Gallet (-2)
Yohann Auvitu (A, -2, 2’) – Enzo Guebey (-1)
Pierre Crinon (6’+5’+20’) – Thomas Thiry (-2)
Florian Chakiachvili
Gardien :
Julian Junca puis à 40’00” Antoine Keller
En réserve : Martin Neckar (G), Enzo Cantagallo (D, blessé), Aurélien Dair (A).














































