En battant l’Allemagne, la Lettonie a normalement réussi un très gros coup. Elle détient la première place de ce groupe C (objectivement le plus facile), ce qui lui assure un tour de barrage contre une équipe présumée faible – qu’elle sait juste avant son coup d’envoi être la France et non l’Italie. Mieux encore, ce tableau favorable la dirige ensuite vers un quart de finale contre la Slovaquie, un adversaire qu’elle a tapé 5-1 au dernier Mondial et qui n’est pas le plus fort… sur le papier.
Normalement, les Baltes ont l’avantage à la confrontation particulière sur l’Allemagne, ils ont toutes les cartes en main. Mais il y a un souci : les égalités à trois. Un scénario qui peut remettre le Danemark dans la course : lui aussi peut convoiter cette fameuse deuxième place, s’il gagne de plus de trois buts. Le grand jeu « qui veut affronter la France » peut donc commencer. La réponse ? Toujours la réponse D…
Les Danois ne voient pas forcément si loin. Leur première urgence est d’éviter la dernière place et d’éviter la Suède, ce qui nécessite de gagner de deux buts. Cela déclenche une spéculation avant le match dans les médias des deux pays : s’il y a un but d’écart en faveur des Scandinaves, les deux équipes n’auraient-elles pas toutes deux intérêt à sortir leur gardien ?
Le choix du gardien alimente aussi les conservations. Pas au Danemark, qui a reposé Frederik Andersen hier pour lui faire jouer ce match décisif. Mais en Lettonie. Artūrs Šilovs a pris la place de titulaire à Merzlikins au cours du premier match… et il la garde.
Les filets de Šilovs vont très vite trembler. Pas par sa faute, mais par celle d’Uvis Balinskis. Le défenseur vainqueur de la dernière Coupe Stanley avec les Florida Panthers fait une mauvaise relance depuis l’arrière de sa cage, interceptée par Mikkel Aagaard. Celui-ci envoie aussitôt le palet vers le but, où il est redirigé par Nick Olesen (0-1). But en 23 secondes et douche froide sur les Baltes.
Après trois minutes de jeu, Eduards Tralmaks prend la première pénalité (accrocher). Dans les dernières secondes de l’avantage numérique, Mikkel Aagard est libre dans l’enclave pour exploiter un rebond (0-2).
Frederik Andersen n’a presque pas de travail à faire (un lancer lointain) jusqu’à la neuvième minute, quand Tralmaks et Sandis Vilmanis partent en deux contre un. Le gardien fait l’arrêt et Lars Eller écarte le rebond. Après cette action, une période de pression balte débute, jusqu’au second powerbreak.
Mais quand le jeu reprend, après un lancer de la ligne bleue de Markus Lauridsen, la défense grenat n’arrive pas à écarter le rebond et Oliver Bjorkstrand, sans crosse, passe du patin à Nikolaj Ehlers qui inscrit le 3-0. L’écart de trois buts est déjà là, mais il faudrait plus de buts marqués pour passer devant l’Allemagne. Le Danemark n’est donc pas encore opposé à la France à ce stade. Et il l’est encore moins à la dernière minute. Sur une pénalité différée, la Lettonie sort son gardien pour jouer à 6 contre 5 et le tir du poignet de Kristaps Zīle depuis la ligne bleue réduit l’écart à 1-3. Un but juste avant la pause qui rattrape le but en tout début de match et regonfle le moral letton à la pause.
Le deuxième tiers-temps débute par une perte de palet du jeune Oscar Mølgaard en zone offensive. Une action qui montre que le Danemark commence à se compliquer la vie et à perdre la possession. Cela se traduit aussi dans les mises au jeu. Le centre de la première ligne Alexander True n’en gagnera pas une seule du match (11 engagements tous perdus !). Le centre de quatrième ligne Christian Wejse finira avec un faible 1 sur 6, et il perd en particulier l’engagement dans sa zone avant le deuxième but danois. Le défenseur Kristaps Zile réussit alors une excellente passe pour servir une cage ouverte à Tralmaks au poteau opposé (2-3).
Le Danemark essaite de réagir mais Lars Eller est pénalisé pour un accrochage après une autre mise au jeu perdue. Wejse se sacrifie pour bloquer un slap pendant cette infériorité. Ensuite, c’est Vilmanis qui accroche Nicholas B. Jensen, mais Mølgaard se fait pénaliser à son tour pour empêcher une contre-attaque. En fin de période, Markus Lauridsen se signale deux fois : par un une-deux avec Wejse pour une occasion de but en powerplay, mais aussi par un défaut de communication avec son gardien qui fait passer une frayeur sur la cage danoise.
Le troisième tiers-temps s’ouvre par un poteau letton. La pression est très forte sur la cage d’Andersen, où Batna notamment essaie de mettre sa présence. Plus le temps passe, cependant, plus le jeu devient tactique. Quand Vītoliņš demande son temps mort, on se demande s’il sortira son gardien. Le Danemark le voit faire avec bonheur, trop content de pouvoir éviter la Suède : Nick Olesen en profite en cage vide (4-2).
Le Danemark évite donc la Suède qu’il pense injouable et hérite des Tchèques. Ce but en cage vide envoie au contraire la Lettonie face à la Tre Kronor. Et dans ce capharnaüm (sauf exploit allemand qui n’arrivera pas dans la soirée face aux Américains), c’est l’Allemagne qui tire les marrons du feu avec la deuxième place et le match contre la France. C’était donc la réponse D… comme Draisaitl !
Le tableau complet des play-offs olympiques
Les journalistes lettons, eux, mitraillent de questions leur sélectionneur, allant jusqu’à suggérer que les Danois auraient pu eux-mêmes sortir leur gardien s’il avait patienté un peu. Pas sûr, franchement, mais les supporters baltes sont très remontés contre la décision du coach.
Commentaires d’après match :
Harijs Vītoliņš (entraîneur de la Lettonie) : « [La conséquence du but en cage vide ?] Nous savions, oui. En même temps – quand je vois la passion dans les yeux des gars qui veulent marquer, je ne peux pas leur dire qu’on ne va pas tout faire pour gagner le match. Nous avons l’habitude de suivre des chemins pas faciles. Il n’y a pas d’adversaires faibles ici. Il faudra se préparer davantage pour le prochain match. […] Le début de match, je ne dirais pas que c’était de la négligence. Il s’agissait d’erreurs techniques. L’adversaire les a utilisées avec maîtrise. À 0-3, il est très difficile de rebondir. C’était possible, il y avait assez d’occasions pour le faire. [Avez-vous pensé à changer de gardien ?] Peut-être. En même temps, nous sommes une équipe de la première à la dernière minute. Je ne veux pas montrer qu’on ne fait pas confiance ou quelque chose du genre. Nous devons nous battre. Si nous avons concédé quelques occasions, alors il faut encore moins en donner. Il faut commencer par la défense. En deuxième période, nous avons contrôlé le match, concédé très peu à nos adversaires, Arturs a arrêté ce qu’il faillait. Il nous a manqué le dernier but. »
Mikael Gath (entraîneur du Danemark) : « Nous avons pris un très bon départ en termes de but. Je ne pense pas que nous ayons joué notre meilleur hockey, mais nous avons travaillé dur. Je pense que nous étions un peu affectés par le temps de récupération court entre les deux dernières rencontres. [NDLR : le Danemark a joué hier soir à l’heure américaine, la Lettonie hier midi] »
Jesper Jensen Aabo (capitaine du Danemark) : « On a pas mal discuté sur le banc dans les dernières minutes, où on a dit que nous avons besoin de quelques buts pour avoir un bon adversaire. Mais cela va si vite ici, nous sommes juste contents de gagner. Quand nous sommes sur la glace, nous faisons tout ce que nous pouvons à chaque instant, sans penser au résultat. Mais c’était une expérience un peu spéciale de rechercher un résultat particulier. »

Danemark – Lettonie 4-2 (3-1, 0-1, 1-0)
Dimanche 15 février 2026 à 19h10 à Milano Rho. 3983 spectateurs.
Arbitres : Eric Furlatt (CAN) et André Schrader (ALL) assistés de David Brisebois (CAN) et Jake Davis (USA).
Pénalités : Danemark 10’ (2’, 6’, 2’) ; Lettonie 10’ (2’, 6’, 2’).
Tirs : Danemark 21 (7, 8, 6) ; Lettonie 35 (9, 12, 14).
Évolution du score :
1-0 à 00’23” : Olesen assisté d’Aagaard
2-0 à 04’54” : Aagaard assisté d’Olesen et Wejse (sup. num.)
3-0 à 16’28” : Ehlers assisté de Bjorkstrand et M. Lauridsen
3-1 à 19’44” : Zile assisté de Jaks et Tralmaks
3-2 à 26’47” : Tralmaks assisté de Zile et Girgensons
4-2 à 57’38” : Olesen assisté de O. Lauridsen et Eller (cage vide)
Danemark
Attaquantes :
Oliver Bjorkstrand – Alexander True – Nikolaj Ehlers (+1)
Nicklas Jensen – Lars Eller (+1, 2’) – Joachim Blichfeld
Nick Olesen (+1) – Oscar Fisker Mølgaard (+1, 2’) – Mikkel Aagaard (+1)
Frederik Storm (-1) – Christian Wejse (-1) – Patrick Russell (A)
Morten Poulsen
Défenseures :
Jesper Jensen Aabo (C, +1) – Markus Lauridsen (+1)
Nicholas B. Jensen – Malte Setkov (-1, 2’)
Oliver Lauridsen (A, +1, 2’) – Philllip Bruggisser (2’)
Gardien :
Frederik Andersen
Remplaçants : Frederik Dichow (G), Matias Lassen (D). En réserve : Mads Søgaard (G), Anders Koch (D), Mathias Bau Hansen (A)
Lettonie
Attaquants :
Sandis Vilmanis (2’) – Zemgus Girgensons (A) – Eduards Tralmaks (4’)
Renārs Krastenbergs – Teodors Blugers (-1) – Kaspars Daugaviņš (C, -1)
Rihards Bukarts – Dans Ločmelis (-1) – Rūdolfs Balcers (-1)
Anri Ravinskis – Oskars Batņa – Mārtiņš Dzierkals (2’)
Roberts Bukarts
Défenseurs :
Kristiāns Rubīns (-1) – Uvis Jānis Balinskis (A, -2, 2’)
Kristaps Zīle (+1) – Jānis Jaks (+1)
Alberts Šmits – Roberts Mamčics
Oskars Cibulskis
Gardien :
Artūrs Šilovs [sorti de 57’22” à 57’38”]
Remplaçant : Elvis Merzļikins (G). En réserve : Kristers Gudļevskis (G), Ralfs Freibergs (D), Haralds Egle (A).











































