La patinoire Santa Giulia accueille trois matchs de « playoffs », de barrage ou de huitième de finale – chacun sa formule. Et elle a fait peau neuve : l’organisation a décollé dans la nuit les illustrations des balustrades pour les remplacer par de nouvelles bannières olympiques. Un changement prévu lié à l’usure (chocs de palets, crosses et joueurs), mais le changement de couleur n’est pas passé inaperçu. Des décorations aux couleurs plus claires, suite aux remarques des staffs et joueurs, qui trouvaient que le palet se confondait dans les couleurs sombres initiales.
L’équipe de France se passe des services de Pierre Crinon après sa bagarre contre le Canada et surtout ses gestes provocateurs envers la fan pendant sa sortie vers le vestiaire. Convoqué par la fédération française, il a été mis à l’écart « pour le/les prochain(s) match(s) ». Traduction : fin de Jeux olympiques. Les médias nord-américains sont dans l’incompréhension de cette décision, occultant ou ignorant complètement l’histoire du joueur à l’automne et cette demande d’exemplarité lors de sa précédente convocation.
L’Allemagne modifie aussi son alignement et sort Wojcech Stachowiak – qui évolue en AHL dans la réserve de Tampa Bay.
Un tiers catastrophique
La France semble entamer sans complexe, avec quelques séquences en zone offensive dénuées de tirs, et pas vraiment de souci dans leur jeu défensif dans les deux premières minutes. Puis, un 2-contre-1 est bien défendu. Mais derrière, Nicolas Ritz accroche Fabio Wagner pour compenser un trou plein axe et place l’Allemagne en avantage numérique.
À la toute fin d’une longue phase de possession, Tim Stützle sert Joshua Samanski ligne de fond. Ce dernier contrôle dos au but, fixant Junca avant de trouver à l’opposée du revers l’inévitable Leon Draisaitl, son coéquipier à Edmonton, cage ouverte (1-0).
Un but qui laisse des traces, et les Bleus mettent plusieurs minutes à reprendre le fil. Heureusement, l’Allemagne se montre tout aussi brouillonne, à l’image d’une collision Draisaitl-Seider qui ne profite pas à Sacha Treille. À la huitième minute, les Bleus installent un bon temps de jeu offensif grâce au duo Perret-Fabre. Deux lancers de la bleue, le premier dévié par Fabre sous le nez du gardien, puis un deuxième d’Auvitu, testent un peu Grubauer.
Cet élan se brise à neuf minutes de la pause. Bellemare perd un palet et Frederik Tiffels le laisse sur place, s’avance, tente un tir en angle fermé. Junca couvre mal son poteau, et le palet touche son masque et rentre (2-0).

Les Bleus continuent à perdre des palets dans la zone dangereuse : Da Costa, sur le côté du but, s’en sort bien et Junca gèle le disque. Le mental est touché et les joueurs de Yorick Treille subissent. Douay retient Draisaitl le long de la bande, et la mission se complique.
Une accélération de Stützle transperce la défense et Junca sauve. Le palet est libre derrière lui et Boscq dégage. C’est la seule occasion, la défense ayant bien géré la situation avec quelques jeux-clés à la crosse (Texier, Fabre).
La France plie de plus en plus, et explose à deux minutes de la pause. Battue dans tous les duels le long de la bande, la défense tourne sans réussir à dégager le palet. Fixée sur le côté, elle laisse Peterka tout seul entre les cercles. Il s’avance, fixe Junca au sol et marque du revers (3-0). Entre Boudon aspiré vers le mur et Fabre statique qui laisse l’attaquant avancer seul, les erreurs sont multiples.
C’est un immense gâchis après vingt minutes… 3-0 Allemagne.
Les Bleus reprennent espoir
Yorick Treille lance Antoine Keller dans le but et les Français tentent de reprendre des couleurs. Après une première action où Grubauer repousse une reprise de Bellemare au deuxième poteau, le vétéran français est récompensé avec un peu de chance. Son centre depuis la ligne de fond tape la jambe de Moritz Müller et trompe le gardien (3-1).
Libérés par le score ? Les Tricolores assènent 5 tirs à 0 dans ce début de tiers et campent dans la zone allemande. Grubauer sauve un tir de Boscq avec Boudon à l’affût.
L’Allemagne réplique par sa première ligne, forçant Keller à un arrêt difficile devant Peterka. C’est le point de départ d’une séquence dominante où les Français peinent à toucher le palet. Cela peut aller trop vite pour la défense. Un bon jeu à la bleue envoie ainsi Peterka dans le dos de Chakiachvili et Keller réalise un super arrêt. Le défenseur de Rouen est ensuit battu dans le coin par Alexander Ehl, qui trouve Tobias Rieder esseulé. Keller, encore, tient le score de la mitaine.
À huit minutes de la pause, Marc Michaelis prend un rebond d’un tir lointain de Kahun. Gêné par la crosse d’Auvitu, Michaelis rate la cage vide inexplicablement et tape le poteau. Keller se jette sur le palet…
La France reprend des couleurs sur la fin de tiers, avec une longue présence offensive des vétérans Bellemare, Da Costa et Auvitu. Plusieurs tirs non cadrés en découlent – dont une superbe position de tir de Bellemare -, puis, sur le changement de joueurs, Addamo déborde à gauche et attaque la cage, sans réussite.
À une minute de la fin, Keller sauve un 2-contre-1, sortant un lancer de Peterka. Une ultime chance française de Texier, hors cadre, termine le tiers7temps : la France a gagné ce tiers 1-0, et le score de 1-3 lui laisse encore croire en ses chances.
La fin d’une ère
D’entrée, les Bleus tapent à la porte du but de Grubauer. Boudon, Texier et Fabre harcèlent le slot et l’Allemagne s’en sort de justesse sur une remise de Boudon vers Texier. Grubauer, couché au sol, sauve sur sa ligne avec son bras au sol !

Keller tient le choc ensuite face à la mobilité de Seider, auteur de deux tirs de suite. La France obtient elle aussi une chance sur un centre de Da Costa vers Perret et le palet file à côté. Le contre allemand est terrible : Draisaitl lance un 2-contre-1, sert Peterka seul devant Keller… qui gagne son duel !
Il reste 13’22” et Gallet concède deux minutes dans un duel avec Peterka. Sanction rapide : Samanski résiste à Thiry dans le slot et pousse un rebond dans le but (4-1).
Keller ne lâche rien. Sur un contre allemand, il se déplacement très vite et vole Reichel avec un arrêt exceptionnel. Il sauve aussi une action de Draisaitl de près. Un retard de jeu de Michaelis donne un jeu de puissance français dans les dix dernières minutes. Un bon tir d’Auvitu avec un écran de Treille, un tir de Texier bloqué puis un autre au-dessus… maigre récolte. Une nouvelle chance se présente à 6’21” de la fin lorsque Peterka fait trébucher Bellemare.
Cette fois encore, l’installation est correcte et deux tirs arrivent : Da Costa, Treille à deux reprises, et Grubauer s’impose. Le gardien brille encore au retour au complet en sauvant devant Dylan Fabre, servi par Texier, puis devant le joueur de Montréal lancé en échappée par ce même Fabre ! Keller sort pour un attaquant et la France insiste, avec un tir de Fabre de loin. Les Bleus essaient d’avancer, mais finissent par concéder un but cage vide de Nico Sturm (5-1).
L’Allemagne rejoint donc la Slovaquie en quarts de finale et met fin au rêve olympique de la France. Une équipe de France qui aura lutté avec ses armes, mais aura, comme lors des précédentes rencontres, montré ses limites : trop de déchet technique, manque de vitesse, erreurs d’inattention en défense. Le niveau extrêmement relevé de ce tournoi olympique, encore plus qu’un Championnat du monde, était bien trop haut pour un pays tout juste relégué en Division 1A. On retiendra quelques prestations encourageantes de la relève. Mais ce match est le chant du cygne de toute une génération. Bellemare avait déjà annoncé sa retraite prochaine. On peut imaginer que c’était le dernier match en Bleu de cinq ou six autres joueurs, fidèles défenseurs du maillot tricolore depuis une dizaine d’années et qui ont été de tous les plus beaux exploits du hockey français. Messieurs, merci.
Commentaires d’après-match
Anthony Rech (attaquant de la France) : « Je pense qu’on a mieux démarré que les autres matchs, mais on prend une pénalité et ça devient difficile. On a essayé de jouer simple, d’être présents. C’est le dernier match de certains, et ça a été une expérience incroyable pour tout le monde. Le rêve d’une vie pour les gars. C’est une bonne expérience pour ceux qui vivront 2030, pour les jeunes qui arrivent, qui grandissent, comme Keller qui a fait un super match. Et on a besoin de gardiens d’exception, comme on a pu avoir avec Cristo (Huet), Flo (Hardy), Lhenry. Il y a plein de jeunes qui suivront et j’aurais rêvé de vivre ça à 25, 26 ans. Il y a beaucoup d’émotions c’est normal, certains sont là depuis des années et on verra ce qui se passe ensemble. Mais on aurait aimé mieux sortir. »
Alexandre Texier (attaquant de la France) : « On ne va pas refaire le match, il est fini. C’était une belle expérience, il y a une nouvelle génération qui arrive. On va prendre le lead, pour évoluer. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup à améliorer en dehors et sur la glace. Les jeunes ont beaucoup appris. Un grand respect aux anciens, à nous de reprendre le flambeau, avec fierté. Ce n’est pas la fin du monde, on va maintenant reprendre nos saisons. Ce tournoi était parfait pour les jeunes, beaucoup vont jouer à l’étranger, vont évoluer et prendre de la maturité. On s’entend bien en dehors, on va créer quelque chose sur les cinq, sept ans qui viennent. C’était touchant de voir ces anciens, ils ont tout donné pour le maillot. On n’a pas fait le match parfait mais on a tout donné pour représenter notre pays. La balance entre prendre du plaisir et gagner quand même n’est pas évidente. On va garder tout le positif de ce tournoi. »

Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de la France) : « Ils ont une bonne équipe. Ils nous ont mis sur les talons au début. Après, on joue plutôt bien, parfois mieux qu’eux. Mais chaque erreur coûte cher, moi le premier. Je fais une erreur et ça finit dans la cage. On fait une bonne deuxième période, on remonte, on met les ingrédients qu’il faut. Mais au troisième ils déroulent un peu. On se livre plus pour aller chercher ce but, c’est quand même un huitième de finale aux Jeux olympiques et on est même pas dans le top-12 mondial. On est venus pour gagner du respect, c’est sûr que c’est difficile. Je n’ai jamais joué de manière personnelle donc je ne vais pas commencer maintenant. J’ai surtout de la tristesse de ne pas avoir pu aider à passer ce cap, et sortir ce match exceptionnel que les supporters méritent. On reste une petite nation, j’espère qu’on aura donné envie à un petit gamin de s’y mettre et de prendre la relève. Non, il n’y avait pas de crispation au début. Le hockey est un jeu d’erreur, dans un match chaque but c’est une erreur de la part d’une équipe. Ils nous les ont fait faire. On était pas endormis, ils étaient juste meilleurs. L’Allemagne n’a rien fait de spécial, ils ont trois-quatre joueurs qui manient le palet avec sérénité, et c’est dur de jouer contre eux. Mais ce soir, on a vu d’autres générations sortir, les Louis (Boudon), Justin (Addamo), Jules (Boscq), Antoine (Keller), Jo (Perret) et d’autres. Il y en a plein, du monde arrive et ils ont pris une leçon magnifique pendant ces Jeux. Tout le monde a été cool pour moi, beaucoup d’émotions et je les remercie. On a joué quatre nations très dures, techniquement on n’est pas à notre place et il y a une raison pour laquelle on n’est pas dans le top-12. Des erreurs, ici ou là. Mais on a tout donné. Maintenant, je vais finir la saison avec le club pour aider et ça sera fini. »
Yorick Treille (entraineur de la France) : « C’est toujours une question de détails. On tire de l’arrière, c’est dur dans ce haut niveau. Mais on n’a pas perdu la croyance en nous, on revient dans le match globalement. On a livré une performance, pas une grosse, mais elle était bonne dans l’état d’esprit, sans rien lâcher. Je suis déçu car on croyait en nos chances de faire quelque chose de spécial. Mais une pénalité, des joueurs qui arrivent avec de la vitesse… La discipline coûte cher, on se répète mais le hockey est un jeu d’erreurs. On se crée des occasions mais l’Allemagne a été meilleure sur soixante minutes.
Le bilan, c’est le grand manque de discipline collective et individuelle. Mais il faut passer par ces expériences pour le voir et l’intégrer. Les intentions, elles, sont là. On ne joue pas dans le vide, il faut être connectés et coordonnés. Chaque petite erreur, collective, dans le système, on en paie le prix face à des équipe de classe mondiale. On voulait vraiment faire vibrer les supporters, je suis déçu pour eux.
La majorité du groupe sera là en 2030, on espère avec de la concurrence qui pousse. Mais pas grand chose ne remplace l’expérience de cette compétition. Si on a gagné du respect ? Il faudra demander aux adversaires. Par moments on leur a rendu la vie difficile, sauf le Canada évidemment, mais la plupart du temps on s’est tiré des balles dans le pied. »
Allemagne – France 5-1 (3-0, 0-1, 2-0)
Mardi 17 février 2026 à 12h10 à Milano Santagiulia. 9 788 spectateurs.
Arbitres : Michael Campbell (CAN) et Christoffer Holm (SUE) assistés d’Albert Ankerstjerne (DAN) et David Brisebois (CAN).
Pénalités : Allemagne 4’ (0’, 0’, 4’) ; France 6’ (4’, 0’, 2’).
Tirs : Allemagne 36 (13, 13, 10) ; France 31 (4, 10, 17).
Évolution du score :
1-0 à 03’40” : Draisaitl assisté de Samanski et Stützle (sup. num.)
2-0 à 10’54” : Tiffels
3-0 à 18’13” : Peterka assisté de Stützle
3-1 à 24’02” : Bellemare assisté de Perret
4-1 à 47’01” : Samanski assisté de Draisaitl et Seider (sup. num.)
5-1 à 59’04” : Sturm assisté de Draisaitl et Rieder (cage vide)
Allemagne
Attaquants :
Lukas Reichel – Leon Draisaitl (C, +2) – Frederik Tiffels
Joshua Samanski – Tim Stützle (A, +1) – John Peterka (+1, 2’)
Parker Tuomie – Dominik Kahun – Marc Michaelis (2’)
Tobias Rieder (+1) – Alexander Ehl – Nico Sturm (+1)
Défenseurs :
Fabio Wagner (+1) – Moritz Seider (A, +1)
Kai Wissmann – Jonas Müller
Leon Gawanke – Lukas Kälble (+1)
Moritz Müller (+1)
Gardien :
Philipp Grubauer
Remplaçants : Maximilian Franzreb (G), Justin Schütz (A). Réservistes : Mathias Niederberger (G), Korbinian Geibel (D), Wojciech Stachowiak (A).
France
Attaquants :
Stéphane Da Costa (A, -1) – Pierre-Édouard Bellemare (C, -1) – Jordann Perret (-1)
Alexandre Texier (-2) – Louis Boudon (-1) – Dylan Fabre (-1)
Floran Douay (2’) – Justin Addamo – Sacha Treille
Kevin Bozon – Nicolas Ritz (2’) – Charles Bertrand (-1)
Anthony Rech [3 présences]
Défenseurs :
Enzo Guebey – Yohann Auvitu (A, -1)
Hugo Gallet (2’) – Jules Boscq
Enzo Cantagallo (-1) [sorti à 20’00”] – Florian Chakiachvili (-1)
Thomas Thiry
Gardien :
Julian Junca puis à 20’00” Antoine Keller [sorti de 56’53” à 59’04”]
Réservistes : Martin Neckar (G), Aurélien Dair (A), Pierre Crinon (D, sanction disciplinaire interne).









































