48 heures après avoir inquiété un temps les champions du monde 2024, les Bleus de Yorick Treille doivent faire face à l’ogre canadien. Si la tâche s’annonçait ardue, les tricolores ont tenu la dragée haute aux favoris du tournoi olympique, avant de flancher face à tant de talent.
Après le match face à la Suisse, nous expliquions que la défaite des Bleus s’expliquait par un nombre conséquent de tirs concédés depuis l’enclave. S’il va sans dire que les Bleus se devaient de limiter le nombre de tentatives concédées dans cette zone, face à tant de talent, la chose est généralement plus facile à dire qu’à faire. Preuve étant, 25 des 52 tirs cadrés dans le jeu par le Canada l’ont été depuis l’enclave (48%). Ce que la carte implicite, c’est que de l’autre côté de la glace, les Bleus ont capitalisé sur leur 2 seules chances de but théoriques (xG supérieur à 0,05), les 2 chances de tir étant celles de Justin Addamo repoussée de la jambière pour assister celle de Floran Douay pour égaliser. Dans un tiers ultra-dominé par la nation à la feuille d’érable, les hommes de Yorick Treille ont fait preuve d’un réalisme chirurgical pour tenter de tenir la dragée haute à ces stars. Aidés notamment par leur capacité à entrer en zone en possession du palet, 50% de leurs entrées en zone l’étant en contrôle de la rondelle au moment du but de Douay. Un chiffre étonnamment haut, la moyenne des franchises de NHL tournant aux alentours des 35%. Des Français qui progressaient dans l’exercice mais qui ont ensuite connu un retour à la réalité, ne réussissant que 33% de leurs entrées en zone contre 65% pour les Canadiens. Si ces Bleus ont pendant un temps plus ou moins long plutôt bien fait dans les petits détails, ils ont néanmoins eu le plus grand mal à limiter les chances adverses dans ce même exercice, 4 des 9 buts canadiens dans le jeu ayant fait suite à une entrée en zone en possession (44,44%).
Petite anomalie statistique ou plutôt logique, c’est lorsque les Bleus ont su fermer leur enclave qu’ils ont concédé le plus de buts, connaissant notamment quelques difficultés à sécuriser les rebonds face au défi physique imposé par leur adversaire
Est-il sincèrement utile de parler des performances de cet alignement canadien ? Il n’y a que peu de choses à dire tant ils ont été à la hauteur de leur perception au pays de l’Amour. 44 chances de but créées, des buts théoriques et réels répartis sur l’ensemble de l’alignement, des courses aux impairs en nombre et peu de revirements concédés… ils ont respecté les Bleus et ont joué de la première à la dernière minute. Si l’on pourrait questionner l’implication offensive de tels joueurs, force est de constater que leur retour sur la scène olympique a motivé les troupes, l’alignement ayant bloqué près de 20% des lancers tricolores. Impressionnant.

De l’autre côté de la glace, les Bleus n’ont pas failli. Jules Boscq et Jordann Perret ont été dans la continuité de leur tournoi, contribuant des deux côtés de la glace avec efficacité. Charles Bertrand a lui aussi fait forte impression dans ce tournoi olympique et signe ici une performance convaincante en attaque, étant vu par notre modèle comme l’un des joueurs les plus dangereux du roster. Loin d’avoir fait l’unanimité en début de tournoi, Sacha Treille et Floran Douay ont su faire taire les critiques, alignés dans un trio physique pour mettre du poids dans la bande, fatiguer la ligne adversaire à l’impact et faire le travail de l’ombre, ce sont finalement eux qui ont pris la lumière. Douay au rebond d’abord, Treille d’un joli lancer placé ensuite. Preuve étant : Sacha Treille et Justin Addamo sont les seuls joueurs de l’effectif au ratio +/- positif, récompense méritée. Mais leur impact offensif ne s’est pas créé seul, cette ligne ayant travaillé fort dans sa propre zone, remportant 43% des duels disputés dans la bande lors de ses présences, un chiffre en hausse de près de 10 points par rapport au reste de l’alignement.

Si la France a encaissé 10 buts, tout n’est pas à jeter défensivement. Dans la peinture bleue, Julian Junca a longtemps tenu la barre. Après avoir repoussé 12 des 13 premières tentatives rouges, l’ex-cerbère des Rapaces de Gap a cédé tout en passant un cap devant son filet, fort d’arrêts de grande classe, frustrant les coéquipiers de Nathan MacKinnon et sauvant les siens à de multiples reprises. La carte de son pourcentage d’arrêts par localisation du tir fait écho à ce que l’on expliquait plus tôt : il a tenu la barraque face au véritable barrage de tirs qu’il a subis, tout droit venus de son enclave. 37 tirs en 40 minutes, pas sûr que ce soit le cadeau qu’il attendait pour ses 28 ans. S’il a néanmoins dû céder sa place à Antoine Keller –ce qui n’était pas non plus un cadeau– il a mérité la crosse de Sidney Crosby tant il a été l’artisan d’une équipe de France loin d’être ridicule face à Goliath. Malheureusement gêné par quelques erreurs individuelles, il a su faire le dos rond, se remobiliser après chaque but et a plaidé sa cause pour le poste de numéro 1 lors du huitième de finale. Son placement aiguisé et sa lecture du jeu ont été une vraie bouée de sauvetage pour des Bleus qui, tôt dans la partie, ne sont pas passés loin du naufrage. De quoi construire pour la suite ?










































