C’est sans doute le quart de finale le plus inattendu. La Slovaquie a déjoué les pronostics en remportant sa poule devant la Finlande et la Suède, et a donc été dispensée de barrages. L’Allemagne a profité d’un groupe très ouvert pour récupérer la deuxième place malgré une seule victoire, et s’est offert un barrage plutôt facile contre la France. L’une de ces deux équipes jouera donc la demi-finale.
Les Slovaques comptent sur leur jeunesse, avec le power-forward Juraj Slafkovský, 10 buts en 10 matchs olympiques en carrière, et le défenseur Šimon Nemec, très solide depuis le début du tournoi. Côté allemand, les stars sont au rendez-vous : Leon Draisaitl et Tim Stützle ont produit à chaque match.
La clé du match sera sans doute l’état de fatigue. Les Allemands ne comptent que 21h de repos après le match de la veille – leur troisième en quatre jours, cinquième en sept -, là où les Slovaques n’ont pas joué depuis trois jours.
Grubauer sous pression
La Slovaquie essaie de faire le jeu dans les premières minutes, mais ne propose qu’une poignée de tirs depuis la bande, sans grand danger pour Philipp Grubauer. Il faut attendre plus de sept minutes pour voir la première grosse occasion allemande. Draisaitl et Stützle travaillent fort le long de la bande pour récupérer un palet, et libèrent l’espace plein axe pour une volée de Moritz Seider. Samuel Hlavaj n’est pas masqué et maîtrise ce tir sans laisser de rebond.
Une minute plus tard, l’accrochage de Kai Wissmann sur Slafkovský n’échappe pas aux officiels. Nemec lance un premier tir et le rebond est dégagé sous la crosse de Hudáček. Slafkovský et Hudáček s’échangent le palet d’un cercle à l’autre et Grubauer repousse la volée du joueur de Montréal. L’Allemagne plie, revient au complet, et Draisaitl provoque une faute de Lukáš Cingel le long de la bande. Les Allemands cherchent le tir de JJ Peterka, mais il manque son lancer entre les cercles, puis un autre cercle droit. Pas de but, et les joueurs d’Harold Kreis restent cantonnés à seulement deux tirs cadrés en douze minutes.
Les Slovaques repartent avec un échec-avant agressif. Dalibor Dvorský s’illustre en volant un palet dans la crosse de Fabio Wagner et son revers force Grubauer à un arrêt en deux temps. Les revirements s’accumulent côté allemand et la Slovaquie n’en profite pas.
Pas grand-chose en face, avant une déviation d’Alexander Ehl sortie par Hlavaj. La Slovaquie finit donc logiquement par trouver l’ouverture. Une montée de Miloš Kelemen lui permet une passe en pivot et un premier tir. Le palet est récupéré par Martin Fehérváry ligne de fond, qui remonte le palet à la bleue pour Erik Černák. Le joueur de Tampa Bay allume de la bleue, avec une foule devant Grubauer. Pavol Regenda dévie (1-0). La Slovaquie a survolé le premier tiers avec une avance de 17-5 aux tirs.
Furia slovaque
Le deuxième tiers repart de manière similaire, avec une Slovaquie intense à l’échec-avant, et qui récupère des palets en zone offensive. Adam Ružička trouve Grubauer en chemin, avant une charge lourde à deux joueurs sur Slafkovský, qui sonne l’ailier de Montréal. Celui-ci peine à rentrer au banc, où il reçoit un sac de glace sur la nuque.
L’action a-t-elle un impact sur son équipe ? La Slovaquie va prendre feu sur les présences suivantes. C’est tout d’abord Miloš Kelemen qui chasse un palet envoyé par Regenda, et laisse sur place Lukas Kälble. L’ailier slovaque trompe Grubauer du revers (2-0, photo ci-dessous).
Sur l’engagement, Oliver Okuliar est envoyé en échappée et trompe le portier de Seattle d’un joli tir côté plaque (3-0). Temps mort allemand…
Tim Stützle tente de relancer la machine, et Patrik Koch le fait trébucher. La défense ne lâche rien, assénant une sévère mise en échec à Stützle, puis bloquant la volée de Moritz Seider. La Slovaquie déroule et lance un trois-contre-un, où un Slafkovský de retour cherche la passe vers Tatar, bloquée.
Dvorský s’invite aussi au pointage, avec un tir laser en pleine lucarne opposée (4-0). L’Allemagne s’écroule, disjointe, laissant des trous énormes en défense. La vitesse slovaque les expose et s’engouffre dans les brèches face à un Grubauer esseulé.
On s’en remet, comme toujours, à la première ligne. Leon Draisaitl entre en zone à gauche, et écarte sur sa droite pour la volée de Lukas Reichel au-dessus de la jambière de Hlavaj (4-1). Une passe un peu chanceuse, car le joueur d’Edmonton a poussé trop loin son palet et l’a envoyé sur sa droite du bout de la crosse !
Reichel frôle le deuxième but dans les dernières secondes. Alors que Draisaitl fixe deux joueurs sur la bande, Reichel reçoit le palet et tente un tir ; Hlavaj ferme bien l’angle. L’Allemagne a certes sauvé l’honneur, mais sa stérilité offensive ne laisse pas présager un retour.
La Slovaquie contrôle
La Slovaquie annule tout espoir de retour en marquant dès la première minute. Le tir de Patrik Koch de l’aile est dévié et retombe sur Pavol Regenda, qui reprend entre les cercles. Grubauer avait anticipé le premier tir, et est donc trop court sur le deuxième (5-1).
L’Allemagne semble sans énergie, mais récolte tout de même une supériorité pour une faute de Martin Gernát. De quoi s’appuyer encore sur sa première ligne ? Non, car Joshua Samanski est puni, ce qui donne une minute de 4 contre 4… annulées 17 secondes plus tard lorsque Fehérváry assène un coup de crosse sur celle de Stützle.
Ce dernier rate le cadre, ce qui fait sortir le palet de la zone. C’est ensuite le retour à 4 contre 4 et le tir de Seider percute le poteau. Il reste alors douze secondes en supériorité, et Tiffels reprend en force au cercle droit, prenant de vitesse Hlavaj (5-2).
La Slovaquie gère son avance, sans afficher la même intensité. Les Allemands tentent donc d’en profiter : Draisaitl, au temps de jeu considérable, envoie un nouveau tir sur Hlavaj, bien capté. Ce qui lance une période de domination, où Hlavaj se bat sur un tir de la bleue de Leon Gawanke.
Il reste quatre minutes et Grubauer laisse sa place à un attaquant. La Slovaquie récupère et lance un 3-contre-1 conclu par Tomáš Tatar cage vide (6-2).
La Slovaquie se qualifie donc pour les demi-finales des Jeux olympiques, comme il y a quatre ans où, portée par un Juraj Slafkovský de feu, elle avait déjoué les pronostics. Un peu plus mature dans sa gestion de match cette année, elle impressionne par sa fraîcheur, son enthousiasme et surtout, son esprit d’équipe, le soutien collectif et une certaine audace. La folie douce du hockey slovaque, avec un peu plus de rigueur qu’à l’accoutumée.
Tout le contraire d’une Allemagne pataude et sans grand génie, qui a surtout cherché à donner le palet à Leon Draisaitl et Tim Stützle en espérant que leur magie suffirait. Il ne faut pas mettre de côté le calendrier infernal et le maigre repos après le match contre la France. Pour autant, les trop nombreuses erreurs – revirements et absences de marquage – n’ont pas montré une équipe collectivement soudée. L’Allemagne finit son tournoi comme elle a joué ses premiers matchs : décevante.
Commentaires d’après-match :
Samuel Hlavaj (gardien de la Slovaquie) : « Nous voilà en demi-finales, c’est incroyable, on va jouer pour une médaille. Je savais que j’étais un bon gardien, je n’ai jamais eu de doutes. Je sens que je peux jouer en NHL oui, mais je ne me projette pas dans le futur. Le début de deuxième tiers avec ces deux buts rapides était crucial. Nous avons dominé le premier, et leurs meilleures chances n’arrivent qu’en fin de deuxième. Ce tournoi est déjà un grand succès et nous avons encore deux matchs pour prouver notre valeur. C’est vraiment le fun de jouer avec ces jeunes joueurs, ils sont déjà très bons en NHL et je ne suis pas inquiet pour eux à l’avenir. J’espère que c’est le début de quelque chose de grand. »
Šimon Nemec (défenseur de la Slovaquie) : « C’est un très bon match contre une équipe avec beaucoup de joueurs de NHL, c’est bon pour notre pays. C’est un peu différent d’il y a quatre ans, mais chaque médaille olympique compte. On va se concentrer sur les demi-finales. Nous savons qu’en jouant en équipe nous pouvons prendre n’importe qui. Tout le mérite vient de l’équipe nationale, qui a investi sur nous. Nous n’avons pas bien joué au début, mais nous avons appris au fil du temps. Slafkovský ? Il a de super instincts, toujours au bon endroit, avec un tir NHL. »
Tomáš Tatar (attaquant de la Slovaquie) : « Nous avons bataillé pour nous donner une chance. Toutes les lignes ont contribué. On voulait se concentrer sur nous, et on le fait jusque-là. Maintenant, on savoure, et on se concentre sur la suite. Il y a trois-quatre ans, quand ‘Nemo’ et ‘Slaf’ sont arrivés, ça a aidé ma génération. Ils ont envie d’apprendre et de progresser, et cela rend très humble de voir leur succès, j’ai de la chance de voir ça. Nous avons vu ce soir une équipe, chacun travaillant pour l’autre, tout le monde apporte quelque chose. C’est notre état d’esprit dans le vestiaire. »
Vladimír Országh (entraîneur de la Slovaquie) : « C’est une bande de frères qui vivent leur rêve. Nous allons défendre une médaille, ce que pas grand monde imaginait. Je ne pourrais pas être plus fier. Ils ont travaillé les uns pour les autres et c’est ce qui nous emmènera loin, rester dans cette fraternité. Ce n’est pas trois ou quatre gars, mais toutes les lignes, même ceux qui n’étaient pas en tenue. Chacun peut contribuer, supériorité, infériorité. Ce n’est pas l’individu, mais l’équipe. Je suis très content pour notre ligne d’échec [NDLR : Okuliar-Dvorský-Hudáček] qui a été récompensée aujourd’hui. »
Juraj Slafkovský (attaquant de la Slovaquie) : « Je vais remettre un sac de glace sur la nuque si ça fait marquer deux buts à l’équipe au prochain match ! C’est énorme pour nous et pour les gens chez nous. Je suis très excité à l’idée de jouer encore deux matchs. Nous voulions réaliser quelque chose de grand, et c’est en train de se passer. Nous allons savourer des moments comme ça. Nous avons l’une des plus jeunes équipes du tournoi, et j’adore ça. »

Slovaquie – Allemagne 6-2 (1-0, 3-1, 2-1)
Mercredi 18 février 2026 à 12h10 à Milano Santagiulia. 9 532 spectateurs.
Arbitres : Dan O’Rourke (CAN) et Kyle Rehman (USA) assistés d’Albert Ankerst-Jerne (DAN) et Matt MacPherson (CAN).
Pénalités : Slovaquie 8’ (2’, 2’, 4’) ; Allemagne 4’ (2’, 0’, 2’).
Tirs : Slovaquie 35 (18, 5, 12) ; Allemagne 27 (5, 9, 13).
Récapitulatif du score :
1-0 à 18’06” : Regenda assisté de Černák et Fehérváry
2-0 à 24’01” : Kelemen assisté de Regenda
3-0 à 24’34” : Okuliar assisté de Hudáček et Dvorský
4-0 à 30’21” : Dvorský assisté d’Okuliar et Koch
4-1 à 34’59” : Reichel assisté de Draisaitl
5-1 à 40’58” : Regenda assisté de Koch et Pospíšil
5-2 à 49’09” : Tiffels assisté de Reichel et Müller (sup. num.)
6-2 à 56’33” : Tatar assisté de Ružička et Slafkovský (cage vide)
Slovaquie
Attaquants :
Juraj Slafkovský (+1) – Adam Ružička (+1) – Tomáš Tatar (C, +1)
Miloš Kelemen (+3) – Martin Pospíšil (+2) – Pavol Regenda (+2)
Oliver Okuliar (+3) – Dalibor Dvorský (+1) – Libor Hudáček (+2)
Adam Liška – Matúš Sukeľ – Samuel Takáč
Lukáš Cingel (2’)
Défenseurs :
Šimon Nemec – Martin Fehérváry (A, +1, 2’)
Martin Gernát (2’) – Erik Černák (A, +1)
Patrik Koch (+4) – Peter Čerešňák (+3)
Martin Marinčin
Gardien :
Samuel Hlavaj (2’)
Remplaçant : Stanislav Škorvánek (G). Réservistes : Adam Gajan (G), Michal Ivan (D), Peter Cehlárik (A)
Allemagne
Attaquants :
Lukas Reichel – Leon Draisaitl (C, -1) – Frederik Tiffels (+1)
Joshua Samanski (-3, 2’) – Tim Stützle (A, -4) – John Peterka (-4)
Parker Tuomie (-2) – Dominik Kahun (-2) – Marc Michaelis (-2)
Tobias Rieder – Nico Sturm – Alexander Ehl
Défenseurs :
Fabio Wagner (-1) – Moritz Seider (A, -2)
Jonas Müller (-3) – Kai Wissmann (-3, 2’)
Leon Gawanke (-1) – Lukas Kälble (-2)
Moritz Müller
Gardien :
Philipp Grubauer
Remplaçants : Maximilian Franzreb (G), Justin Schütz (A). Réservistes : Mathias Niederberger (G), Korbinian Geibel (D), Wojciech Stachowiak (A).













































