Les matchs de classement ne sont pas toujours les plus passionnants, et ce, quel que soit le sport. La démotivation due à une élimination sur la dernière marche avant la grande finale affecte souvent le jeu et le mental des joueurs. Néanmoins, dans le cas présent, les deux équipes ont une bonne raison de jouer le coup à fond.
La Suède, finaliste des deux dernières éditions, ne se voit pas repartir bredouille du Saskatchewan après n’avoir craqué que dans les dernières minutes de sa demi-finale contre les États-Unis. La Suisse, elle, veut faire fructifier sa victoire en quart de finale contre la Russie par une médaille historique pour les promus helvètes. Cette médaille de bronze serait d’autant plus extraordinaire qu’elle ne serait que la seconde de l’histoire du pays neutre, l’unique breloque remontant aux championnats finlandais de 1988.
Preuve de la volonté de bien faire, les deux coachs alignent ce soir leur gardien titulaire : Jacob Markström pour la Suède et Benjamin Conz pour la Suisse, deux des meilleurs portiers du tournoi.
Les Suédois se rendent tout de suite maîtres du palet et obligent les Suisses à s’essouffler à patiner dans le vide et à charger leurs adversaires sans réussite. Le premier tir démontre, déjà, la fébrilité de Conz qui, au lieu de refermer la mitaine sur le puck, le laisse ricocher dans son gant, offrant un rebond non exploité par la troisième ligne scandinave. Les Suisses ne parviennent pas à sortir de leur zone autrement qu’en effectuant des dégagements interdits ou en dehors des limites de la glace. À force de presser, les Suédois parviennent même à récupérer les palets sur les mises en jeu qu’ils perdent. C’est ce que fait Lundberg le long de la bande droite avant de repiquer au centre. Son tir n’est pas très appuyé mais, à ras glace, il contraint Conz à repousser de la jambière, directement sur Dennis Rasmussen, totalement oublié par les défenseurs, qui marque à mi-hauteur (1-0, 03’59).
Ce but ne réveille pas les Helvètes qui continuent à défendre. Heureusement, ils sont disciplinés tant au niveau des fautes – ce qui leur évite d’être encore plus malmenés par la vitesse nordique – qu’au niveau du placement défensif. Du coup, les Suédois jouent la plupart du temps dans la zone adverse mais ne se créent pas d’actions particulièrement dangereuses. Ils font circuler le palet, passent derrière la cage, mais la défense suisse se place toujours idéalement pour bien entourer son gardien.
La pression se fait de plus en plus forte sur le but de Conz qui ne capte aucun palet mais les repousse tous pour le moment. Lorsqu’Adam Larsson trouve la diagonale parfaite pour André Petersson, tout le monde croit au but, mais celui qui est pourtant le dépositaire du jeu suédois depuis le début du match manque le cadre.

Les Suisses tentent bien de réagir mais si le tir de Schäppi est soudain, il ne trompe pour autant un Markström froid mais concentré. Un peu plus tard, les Suisses vont finir par se mettre à la faute, à force de toujours courir après le palet. Les Suédois ont ainsi l’occasion de tester leur jeu de puissance et il ne leur faudra que trente petites secondes pour le convertir en but. David Rundblad s’avance, feinte le tir, passe à sa droite à Pääjärvi-Svensson qui trouve une splendide diagonale opposée pour André Petersson dont la reprise instantanée passe entre les jambes d’un Conz en retard (3-0, 14’32).
Vu la physionomie du match, on commence à craindre que les Helvètes n’en prennent toute une valise ! Cela se confirme lorsque Jacob Josefson déborde sur la gauche et centre. Pääjärvi-Svensson laisse le palet passer entre ses jambes pour André Petersson qui après une petite feinte glisse la rondelle entre les jambes de Conz (4-0, 18’50). Voilà comment on signe un doublé en moins de cinq minutes dans une petite finale de championnat du monde junior. L’attaquant du HV71 Jönköping, âgé de 19 ans, fait donc une nouvelle fois parler la poudre, lui qui est le meilleur buteur et pointeur de la Suède.
Le réengagement vire au dramatique : les Suisses remportent bien la mise en jeu mais à peine dix secondes plus tard, Mattias Tedenby se retrouve devant le but de Conz qu’il ajuste d’un joli tir à ras du poteau (5-0, 19’04). La vitesse de déplacement et les passes lumineuses des Suédois sont finalement bien plus efficaces que leur jeu posé dans la zone adverse et grâce à ce nouveau but, ils prennent un avantage qui semble bien être définitif.

Il ne faudra que quarante secondes pour voir le prochain but suédois. Les jaunes sont dans la zone, Kruger est complètement excentré sur la gauche et, plutôt que de centrer pour Brodin qui s’est mis en place, il préfère un tir sans angle. Conz n’est toujours pas sur le coup… le palet rebondit sur son torse, virevolte dans les airs et retombe dans la palette de Brodin qui l’achève un peu plus (7-0, 23’56). La télévision canadienne a beau alterner les plans de Jakob Kölliker, coach suisse dépité, et de Matthias Mischler, le back-up, rien n’y fait, Conz reste entre les poteaux malgré la déroute qu’il vit ce soir.
Les Suisses ont bien une possibilité de se donner un peu d’air suite à une pénalité contre Elman Larsson mais les Suédois n’en ont cure, ils continuent d’attaquer. Mais va avoir lieu une triple mauvaise inspiration suédoise. Plutôt que de conserver le palet dans la zone adverse, Petersson préfère revenir sur ses pas (et d’une). Il passe à Kilström qui manque son contrôle et voit le palet filer derrière le but de son gardien (et de deux). S’il arrive le premier sur la rondelle, Kilström manque totalement sa passe ou son dégagement qui atterrit directement dans la palette de Loichat qui campait à la bleue (et de trois !). Ce dernier s’avance et d’un magnifique slap dans la lucarne fait voler en éclat le blanchissage de Markstrom (7-1, 26’30).
Dès lors, on va suivre une très belle alternative pénalité/but… Mc Gregor part en prison ? Une minute vingt plus tard, à l’issue de passes croisées, Silfverberg loge le puck dans la lucarne opposée de Conz (8-1, 30’05). Camperchioli part en prison ? Il faut ce coup-ci 1’46 pour voir Brodin à la conclusion d’un centre de Kruger et un festival de Tedenby (9-1, 33’50). Kilström part en prison ? Une petite minute sera suffisante pour voir Ryser récupérer derrière le but, passer à Schlumpf dont la reprise trouve le poteau opposé d’un Markström trop collé au premier poteau (9-2, 35’44). Et but de Fuglister ! Comment ça but ? Hey, y’a personne en prison pourtant ! Non, non, ça n’est pas une erreur. Sur l’engagement, les Suisses envoient au fond. Markström est le premier sur le palet mais sa passe derrière le but atterrit directement sur Jorg qui remet à Fuglister qui conclut dans une cage désertée par Markström qui plongera pour rien (9-3, 35’55).

Avec six buts d’avance, le dernier tiers n’est plus qu’une formalité pour les Suédois, d’autant plus que le rythme finit par baisser d’un gros cran ! Au final, dix-sept tirs seront recensés dans cette période, mais un seul but. En supériorité numérique, Rundblad repique au centre et déclenche un tir d’une rare spontanéité qui surprend une nouvelle fois le pauvre Conz qui aura dû subir sans broncher (mais avec une moue à rendre triste le plus heureux des enfants) les onze buts suédois. Les joueurs de la Tre Kronor repartent donc avec une nouvelle médaille dans leur escarcelle, la quatorzième de leur histoire (une d’or en 1981, 7 d’argent et 6 de bronze), ce qui leur permet de préserver leur troisième place au classement historique du nombre de médailles mondiales.
Suède – Suisse 11-4 (5-0, 5-4, 1-0)
Mardi 5 janvier 2010 à 15h00. 12121 spectateurs.
Arbitrage de Keith Kaval (CAN) et Derek Zalaski (CAN) assistés de Paul Carnathan (USA) et Vit Lederer (TCH).
Pénalités : Suède 24′ (4′, 20′, 0′) ; Suisse 14′ (2′, 8′, 4′).
Tirs : Suède 50 (21, 17, 12) ; Suisse 20 (5, 10, 5).
Évolution du score :
1-0 à 03’59 : Rasmussen assisté de Lundberg
2-0 à 11’44 : Lander assisté de Rodin
3-0 à 14’32 : Petersson assisté de Pääjärvi-Svensson et Rundblad (sup. num.)
4-0 à 18’50 : Petersson assisté de Josefson et Andersson
5-0 à 19’04 : Tedenby assisté de Brodin
6-0 à 23’17 : Silfverberg
7-0 à 23’56 : Brodin assisté de Kruger et Tedenby
7-1 à 26’30 : Loichat (sup. num.)
8-1 à 30’05 : Silverberg assisté de Rodin et Lander (sup. num.)
9-1 à 33’50 : Brodin assisté de Kruger et Tedenby (sup. num.)
9-2 à 35’44 : Schlumpf assisté de Ryser et Loichat (sup. num.)
9-3 à 35’55 » : Fuglister assisté de Jorg
9-4 à 37’51 » : Niedereiter assisté de Schlumpf (double sup. num.)
10-4 à 38’40 » : Petersson assisté de Kilstrom et Rundlblad (inf. num.)
11-4 à 53’37 » : Rundblad assisté de Rasmussen (sup. num.)
Suède
Attaquants :
Dennis Rasmussen – Carl Klingberg – Martin Lundberg
Jacob Josefson – André Petersson – Magnus Pääjärvi-Svensson (A)
Mattias Tedenby – Marcus Krüger – Daniel Brodin
Jakob Silfverberg – Anton Lander (C) – Anton Rödin
Défenseurs :
Oliver Ekman-Larsson – Adam Larsson
Lukas Kilström – Mattias Ekholm
Peter Andersson – David Rundblad (A)
Gardien :
Jacob Markström
Remplaçant : Anders Nilsson (G).
Suisse
Attaquants :
Nino Niederreiter – Jeffrey Fuglister – Mauro Jörg
Tristan Scherwey (A) – Tim Weber – Nicolas Gay
Sven Ryser – Reto Schäppi – Michaël Loichat
Benjamin Antonietti – Ryan McGregor – Pascal Marolf
Défenseurs :
Patrick Geering (A) – Lukas Stoop (C)
Ramon Untersander – Dominik Schlumpf
Jannik Fischer – [Stoop]
[Geering] – Luca Camperchioli
Gardien :
Benjamin Conz
Remplaçant : Matthias Mischler (G).






































