
Dans un Palais Omnisports de Paris-Bercy chauffé à blanc et réaménagé pour battre un nouveau record d’affluence (plus de 13300 spectateurs), l’atmosphère promet d’être électrique. Être couronné dans cette salle aura en effet, pour le vainqueur, une saveur éminemment particulière.
Premières nouvelles, le capitaine slovène de Briançon, Edo Terglav, longtemps incertain en raison d’une blessure au genou, est bien présent sur la feuille de match, après avoir reçu une infiltration. En face, le gardien de l’équipe de France, Fabrice Lhenry, qui vient d’effectuer son retour au jeu en Magnus avant-hier, débute sur le banc. Le Canadien Trevor Koenig est titularisé dans les cages des Dragons. En revanche, le défenseur Kai Öhberg est malade.
Rouen s’en sort bien
Les joueurs de Briançon prennent immédiatement le jeu à leur compte. Une entrée en matière tonitruante qui leur permet de prendre à la gorge des Rouennais, qui semblent être surpris par cette entame. Au cours des deux premières minutes, les Diables Rouges parviennent à s’implanter en zone adverse, et à trois reprises ils sollicitent Koenig, le portier rouennais fermant bien la porte. Les Dragons parviennent à souffler à la troisième minute, bénéficiant d’un avantage numérique suite à une faute bête de Quentin Pépy qui charge Custosse avec la crosse en zone offensive. Le power play ne donne rien, et Briançon peut reprendre sa marche en avant.

Revigorés par cette bonne présence offensive, les Dragons trouvent enfin l’ouverture à la quatorzième minute, par l’intermédiaire de Luc Tardif, d’un tir du cercle droit sur un palet sorti de derrière le but par Jonathan Zwikel (1-0). Un coup dur pour Briançon, qui semble accuser le coup au cours des minutes qui suivent.
Après avoir laissé passer l’orage, les Diables reprennent des couleurs, et se procurent deux grosses occasions : Perez s’offre un break, mais rate le cadre, avant que Lindlöf ne tire au-dessus en un contre un. À deux minutes de la fin, Briançon bénéficie d’une nouvelle supériorité numérique, mais bute sur un Koenig décidément inspiré en ce début de rencontre.
La réaction des Diables
Au retour des vestiaires, ce sont les Rouennais, en confiance avec leur avantage au tableau d’affichage, qui mettent la pression. Desrosiers trouve Mallette pour un tir en tête de slot, parfaitement stoppé par Sopko. Les Briançonnais réagissent par l’intermédiaire de contres, profitant de sorties de zone rapides pour aller mettre en danger Koenig, toujours impérial. Le rythme monte d’un cran, le jeu va d’un but à l’autre, sans temps mort.

On approche de la mi-match et les débats s’équilibrent. Jusqu’à une mauvaise relance de Sjösten, interceptée à la bleue par les Rouennais qui initient un 2 contre 1, superbement stoppé par Sopko qui étend sa jambière devant Romand pour sauver son équipe. Les Dragons tentent de profiter des quelques moments de flottement dans la défense adverse, sans parvenir à aggraver la marque. Du côté de l’attaque des Diables, pas grand-chose à signaler, seuls quelques palets traînant devant la cage de Koenig sont facilement nettoyés par la défense. Mallette puis Desrosiers sont tout près de trouver l’ouverture, et Rouen semble avoir la maîtrise de la situation. C’est le moment choisi par Marc-André Bernier, à la réception d’une passe de Michaël Perez posté derrière la cage, pour égaliser, à deux minutes de la fin du deuxième tiers. Le match est totalement relancé, et l’on s’achemine vers une dernière période sous haute tension.
Briançon à quelques centimètres de la victoire
La pression est en effet palpable, des deux côtés, au commencement cette troisième période. Virolainen est le premier à fauter lorsqu’il perd tout seul le palet dans sa zone, et récupère son action en commettant un accrochage. S’ensuit une pénalité qui ne donne rien, les approximations des Diables les empêchant d’installer leur jeu de puissance.

À cinq minutes de la fin, suite à un changement de ligne hasardeux de la part de Rouen, Lindlöf récupère le palet dans la neutre, et file seul au but, mais Koenig sort un nouvel arrêt de grande classe. Aucune des deux formations ne veut se découvrir, et elles assurent leurs arrières.
À 1’34 » de la fin, Virolainen est de nouveau pénalisé après avoir chargé Chauvel pour empêcher un rebond devant son gardien. Une occasion en or s’offre aux Briançonnais pour tuer le match. Le jeu de puissance est mis en place, Koenig est sollicité mais ne flanche pas. À 40 secondes du terme, il est surpris par un tir, ralentit le palet, mais celui-ci file derrière la ligne… avant que Magnus Eriksson, dans un sauvetage désespéré, ne le dégage du patin ! Nous aurons donc le droit à une prolongation. À ce moment de la partie, on se dit que les Diables sont vraiment maudits…
Prolongations
Cinq minutes, pas une de plus, pour faire la différence, c’est le menu proposé aux deux adversaires. À 4 contre 3 pendant le reste de supériorité, Briançon se jette à l’assaut du but. Bernier, bien décalé par Perez, manque un peu sa reprise alors que la cage était en partie ouverte. La pénalité vient de se terminer quand Sjösten récupère un palet sur la droite, avant d’envoyer un missile qui heurte la transversale.

Tirs aux buts
Les deux cerbères, héros du match jusqu’alors, se retrouve opposés dans cette cruelle séance de pénalties. Thinel et Lindlöf, sans conviction, manquent leurs essais. Romand tente une jolie feinte, dans l’esprit de Peter Forsberg, mais ne parvient pas à redresser la course du palet dans le but. Koenig ferme de justesse ses bottes devant Guenette. Carl Mallette se présente devant Sopko, qui réalise un arrêt parfait de la mitaine.
Le palet de la gagne se retrouve dans la crosse du capitaine Edo Terglav, qui avait quitté la glace après dix minutes en se relevant difficilement et n’était pas revenu depuis. Devant ses supporters, il ne flanche pas et donne la victoire aux siens. Tout un symbole. Les Diables rouges peuvent laisser exploser leur joie. Ils ont vaincu le signe indien, à l’instar de leur entraîneur Luciano Basile, ému aux larmes, qui peut enfin embrasser la coupe.
(photos de Caroline Landré)
Commentaires d’après-match
Jonathan Zwikel (attaquant de Rouen) : « C’est la première fois que je joue sur la glace de Bercy. Quand vous avez 34 ans, vous ne savez pas si vous allez revivre des moments aussi spéciaux. J’ai juste dit à mes copains qu’on n’avait pas à rougir. Perdre aux pénaltys n’a pas beaucoup de sens à mes yeux. Ce qui veut dire quelque chose en revanche, c’est qu’on a marqué un seul but ce soir, alors que Rouen a un passé, une histoire d’équipe offensive. C’est ça qui pose problème. Je suis content pour mon petit frère [NDLR : Luc Tardif jr] qu’il mette un beau but. Qu’il joue un match à un tel niveau, ça me fait encore plus plaisir que si c’était moi. »
« Puisqu’on me donne la parole, j’ai envie de dire quelque chose. Il y a cinq ans, avant que les gens qui s’occupent aujourd’hui de la fédération n’arrivent, il ne se passait rien, le hockey français était moribond. Quand on voit que la fédération est maintenant capable d’organiser de tels événements, il y a vraiment de quoi être fier. Ce sont des gens qui travaillent dans l’ombre, qui sont toujours critiqués, jamais félicités. [Le président de la FFHG] Luc Tardif se fait siffler à Méribel [NDLR : par les supporters grenoblois], c’est un scandale ! Tout ça parce que les gens dans les clubs font des conneries et se font taper sur les doigts par une commission indépendante qui ne dépend même pas de Tardif… Bravo à ces gens-là qui donnent de leur temps, qui sont bénévoles, pour que notre sport vive des moments comme ça. »
Christian Pouget (entraîneur de Rouen) : « Je ne suis pas mécontent de ce qu’ont fait mes joueurs. L’adversité était énorme, cela aurait pu basculer d’un côté comme de l’autre. Le sport est ainsi qu’il faut un vainqueur. On n’est pas les meilleurs, mais on a ce qu’il faut pour l’être, on a encore beaucoup de batailles à livrer. On était moins en jambes que l’équipe adverse : ils ont joué à quatre lignes contre nous avant-hier et on a eu le voyage dans les pattes. […] Trevor Koenig est toujours présent quand on a besoin de lui, il était normal de le mettre numéro un. Fabrice Lhenry manque encore de rythme, mais n’est pas loin de son meilleur niveau. Je pense qu’on va mettre en place une alternance. Il y aura une saine compétition entre les deux gardiens, c’est un bon problème. »
Edo Terglav (capitaine de Briançon) : « Pour moi, être sur le banc représentait déjà beaucoup de joie. Même si je suis sorti du jeu après dix minutes, je voulais aider mes coéquipiers à positiver, leur donner du courage. Sur la fusillade, Luciano a demandé qui voulait y aller, je lui ai dit que je pouvais. Patiner jusqu’au but, ça je pouvais le faire. Il n’était pas sûr, mais il m’a dit d’y aller, qu’il avait confiance en moi. C’est une récompense après toutes les finales qu’on a faites, où on a toujours perdu de peu, et où l’on a souvent manqué de chance. La seule différence aujourd’hui, c’est le groupe de joueurs, tout le monde y croyait, tirait dans le même sens. Maintenant, avant toute chose, je vais passer une IRM pour connaître vraiment l’état de mon genou. »
Pierre-François Guénette (attaquant de Briançon) : « On est très heureux, les gars la méritent tellement après plusieurs finales perdues, c’est une belle victoire d’équipe. Le mot d’ordre était de n’avoir aucun regret en partant d’ici. Le hockey est un sport qui se joue sur des centimètres, si ce n’est pas des millimètres. Il y a eu des hauts et des bas dans le match, mais on a tout donné et ça s’est bien passé pour nous. […] Edo était très triste, il était blessé, on voyait qu’il voulait cette finale. On est tous contents pour lui, c’est notre capitaine, un excellent gars dans le vestiaire comme sur la patinoire, ça devait être dur pour lui de regarder le match du banc, et il marque le but gagnant, c’est incroyable. C’est un peu un scénario idéal, comme dans un film ! »
Quentin Pépy (attaquant de Briançon) : « Je ne pensais pas que cette saison je me sentirais un jour proche de mon coach, mais j’avoue que quand je l’ai vu aussi ému, j’ai versé ma petite larme. »
Rouen – Briançon 1-1 (1-0, 0-1, 0-0, 0-0) / 0-1 aux tirs au but
Dimanche 31 janvier 2010 à 20h30 au Palais Omnisports de Paris-Bercy. 13359 spectateurs.
Arbitrage d’Alexandre Bourreau et Nicolas Barbez assistés d’Éric Bouguin et Pierre Dehaen.
Pénalités : Rouen 16′ (6′, 6′, 4′, 0′), Briançon 12′ (6′, 4′, 0′, 2′).
1-0 à 13’11 » : Tardif assisté de Zwikel
1-1 à 38’05 » : Bernier assisté de Guénette et Groleau
Tirs au but :
Rouen : Thinel (arrêté), Romand (à côté), Mallette (arrêté)
Briançon : Lindlöf (arrêté), Guénette (arrêté), Terglav (réussi)
Rouen
Gardien : Trevor Koenig.
Défenseurs : Petri Virolainen – Magnus Eriksson ; Daniel Carlsson – Daniel Babka ; David Holmqvist – Cédric Custosse.
Attaquants : Julien Desrosiers – Carl Mallette (C) – Lionel Tarantino ; Jérémie Romand – Éric Doucet (A) – Marc-André Thinel ; Luc Tardif Jr – Jonathan Zwikel (A) – Ilpo Salmivirta.
Remplaçants : Fabrice Lhenry (G), Alexandre Mulle, Loïc Lampérier, Anthony Rech. Absent : Kai Öhberg (gastro)
Briançon
Gardien : Ramon Sopko.
Défenseurs : François Groleau – Gary Lévèque (A) ; Sebastian Sjösten – Michal Korenko ; Stéphane Gervais (A) – Viktor Szélig.
Attaquants : Mickaël Perez – François-Pierre Guénette – Marc-André Bernier ; Joni Lindlöf – Timo Seikkula – Quentin Pépy ; Brice Chauvel – Damien Raux – Sébastien Rohat ; Edo Terglav (C) – [Seikkula] – Peter Bourgaut.
Remplaçants : Aurélien Bertrand (G), Maks Selan, Mathieu Reverdin.






































