
Pour effacer ces fantômes du passé, les Briançonnais ont poussé le vice jusqu’à perdre le match de championnat programmé trois jours plus tôt contre leur adversaire de la finale, alors qu’ils avaient gagné cette trompeuse répétition générale en 2008 et en 2009. Superstition oblige, les rouges ont aussi changé leurs habitudes en arrivant à Méribel le jour du match et non la veille.
Grenoble entre fort dans le match, avec beaucoup de pression en fond de zone offensive pour récupérer des palets, mais ce bon début est contrarié quand M. Bergamelli siffle une obstruction de Viktor Wallin sur Damien Raux à la réception d’une longue relance. Trente secondes plus tard, Ludek Broz reçoit une mise en échec de Szélig et le fait trébucher d’un geste revanchard : 1’30 » à 5 contre 3 pour Briançon. Les rouges sont trop statiques pour déstabiliser un triangle grenoblois efficace : les défenseurs ouvrent la vision de leur gardien et protègent le rebond sur un tir de la bleue de Szélig, tandis que que Christophe Tartari contre au départ la tentative de Marc-André Bernier. Une supériorité numérique grenobloise n’est pas plus fructueuse pendant que Townsend est en prison.
Parti avec pas mal de rythme, le jeu s’accélère encore à la dixième minute. Tout d’abord, le cadet Joris Bedin – temporairement introduit dans l’alignement à la place de Krayzel – se saisit du palet dans l’axe sur un engagement en zone offensive de Ludek Broz, sans parvenir à piéger Sopko. En retour, les rouges partent à deux contre un et Jaka Ankerst choisit le lancer, paré par Eddy Ferhi.

Deux pénalités de Lévèque et de Korenko offrent aux Grenoblois la perspective de jouer trente secondes à en double supériorité numérique… et le suspense reste entier quant à l’issue de cette phase de jeu. Jimmy Bergamelli interrompt en effet le tiers-temps par anticipation en raison d’un trou dans la glace qui commence à laisser apparaître la glace. À croire que le dégel, tant attendu dans certaines régions du nord de la France, n’a atteint que la patinoire de Méribel ! Le trou est bouché à la main puis consolidé à l’extincteur… La surfaceuse met beaucoup d’eau et la reprise se fait attendre pour des Brûleurs de Loups impatients.

Lorsque la sirène retentit pour le début officiel du deuxième tiers-temps, les deux équipes sont donc revenues à égalité. De quoi redonner des jambes aux Grenoblois. Le lancer lent de Korenko à la ligne bleue est contré par Mathieu Le Blond qui s’échappe sur l’aile gauche mais se présente en angle trop fermé face à Sopko. En mettant en échec un blanc à la ligne bleue, Viktor Szélig lève trop sa crosse et se fait pénaliser, mais pendant qu’il purge ses deux minutes de pénitence, le tir le plus dangereux – par Wallin à la bleue – ne fait que frôler la lucarne.
Des approximations empêchent de nouveau Grenoble de mettre la main sur le match, et c’est Briançon qui fait de plus en plus souvent la différence individuellement. Kevin Dusseau déborde côté gauche depuis sa zone, prend un lancer et va travailler dans la bande, au point de provoquer une obstruction de Rouleau. La mission d’organiser le jeu de puissance est confiée à Edo Terglav, qui trouve une très belle passe du revers vers Nicholas Romano, mais le tir de celui-ci est repoussé par la botte droite de Ferhi. Puis à cinq contre cinq, c’est Ankerst qui fausse compagnie à la défense.

Hormis une séquence collective de Sivic et Broz pour un centre à bout portant vers Avenel, ce sont toujours les Diables rouges qui dominent en troisième période. Le capitaine Edo Terglav continue à dévorer les espaces et contraint Ferhi à fermer proprement les jambières. Le but arrive sur une action installée, grâce à déviation sans contrôle de Terglav pour Marc-André Bernier qui réussit une magnifique reprise de volée dans un angle très fermé (2-2, 48’29 »).
Grenoble, qui s’était replié consciemment ou inconsciemment, doit maintenant repasser à l’attaque, mais Alexandre Rouleau commet une obstruction en zone offensive. Bernier rode toujours, déviant cette fois dangereusement un tir de Raux de la bleue. Ferhi capte tranquillement de la mitaine un lancer lointain de Kevin Dusseau et la pénalité est tuée.

Ce n’est pas fini : Jaka Ankerst part en prison à son tour à une minute de la fin. Rouleau se jette à son habitude sur le rebond, Lévèque essaie de le punir mais le manque et reçoit alors la crosse de son coéquipier Szélig en pleine face. Interruption pour nettoyer la glace… Briançon échappe à une pénalité dans les dernières secondes qui auraient encore grévé ses chances dans le temps supplémentaire…
Il n’y a donc que cinquante secondes d’infériorité à tuer, ce qui est fait. Alors que le jeu a été débridé tout au long de cette soirée, cette prolongation à quatre contre quatre est moins rythmée, entre deux formations que l’on sent fatiguées. Tout se jouera à l’énergie, et Grenoble en a sans doute un peu plus… Mitja Sivic centre pour Nicolas Arrossamena encore arrivé lancé vers le slot. Sopko est à la parade, mais Baptiste Amar a la cage ouverte au rebond. Gary Lévèque plonge courageusement tête en avant et repousse le palet, mais Amar pivote sur lui-même et marque quand même (3-4, 63’10 »).

Dans ce duel des jeunes, où Arrossamena a pris deux fois le meilleur sur son ex-coéquipier de l’équipe de France junior Kevin Dusseau, le dernier mot est revenu à l’homme d’expérience, Baptiste Amar, capitaine revenu pour ajouter une troisième Coupe de la ligue à son palmarès et à celui de Grenoble. Le même Amar qui avait déjà marqué le but vainqueur il y a deux ans en prolongation. La patinoire de Méribel lui aura procuré presqu’autant de joies… que de déceptions à Luciano Basile et à ses hommes, encore battus après une finale pourtant plutôt dominée.
Désigné joueur du match : Nicolas Arrossamena (Grenoble)
Commentaires d’après-match (d’après Le Dauphiné Libéré et Sport +) :
Baptiste Amar (capitaine de Grenoble) : « C’était plus compliqué qu’il y a deux ans. C’était un match accroché qui s’est joué sur des valeurs collectives. On redresse la barre avec des jeunes qui ne sont finalement pas si jeunes que ça. »
Eddy Ferhi (gardien de Grenoble) : « C’était vraiment une finale intense. Je suis claqué ! Je suis un peu déçu des deux buts que j’encaisse mais heureusement, ça se termine bien pour nous. On a mis tout notre coeur dans cette finale. C’était un match incroyable. Les gars ont joué incroyablement bien. Cette année, on n’avait pas forcément une équipe dessinée pour gagner, plutôt une équipe de transition. Mais finalement on gagne cette finale et ça, personne ne peut nous l’enlever. »
Mitja Sivic (attaquant de Grenoble) : « On a laissé pas mal de choses derrière nous pour en arriver là. Je pense qu’on peut faire de grandes choses, à condition de travailler sans cesse et énormément. C’est un très grand moment pour l’équipe, je suis vraiment heureux pour tout le monde et notamment pour Jeff [Dufour]. »
Jean-François Dufour (entraîneur de Grenoble) : « C’est incroyable de gagner ici. Toute la soirée a été incroyable, le match également. Les deux équipes ont beaucoup donné et offert une magnifique rencontre. Je crois que depuis trois semaines, un mois, on joue vraiment en équipe, on joue l’un pour l’autre. On commence à voir le caractère de l’équipe. »
Nicolas Arrossamena (attaquant de Grenoble) : « C’était une soirée grandiose. Pour moi, pour tout le monde. Vivre une finale et la gagner, c’est toujours fantastique. D’ailleurs, on dit toujours qu’une finale ça ne se joue pas, ça se gagne… J’ai eu de la réussite en inscrivant mes deux buts. Mais on a tous eu beaucoup de sang-froid. On est une équipe jeune avec beaucoup de vivacité et avec des cadres costauds comme Amar, Rouleau, Ferhi… »
Luciano Basile (entraîneur de Briançon) : « On s’est battu deux fois pour revenir au score, on a vu notre jeune défenseur Kévin Dusseau qui a fait deux erreurs personnelles sur l’avant-dernier but et celui d’avant… On est mené deux fois et on a tout fait… C’est difficile… J’ai pas de mots parce que c’est notre cinquième finale ici, cinq défaites par un but, quatre après prolongations… Mais y a rien à dire, je suis fier de la façon avec laquelle les gars se sont comportés et comment on est revenus au score… Maintenant il faut relever la tête, le 4 janvier on va à Grenoble, un match important du championnat, on regarde vers l’avant… »
Briançon – Grenoble 3-4 après prolongation (1-1, 0-1, 2-1, 0-1)
Mercredi 29 décembre 2010 à 19h30 à la patinoire olympique de Méribel. 2499 spectateurs.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli et Alexandre Hauchart assisté de David Courgeon et Gwilherm Margry.
Pénalités : Briançon 12′ (6′, 4′, 2′, 0′) ; Grenoble 14′ (4′, 4′, 6′, 0′).
Tirs : Briançon 43 (15, 14, 12, 2) ; Grenoble 30 (9, 10, 8, 3).
Évolution du score :
1-0 à 15’20 » : Ankerst assisté de Lévèque et Rohat
1-1 à 18’33 » : Rouleau assisté de Šivic et Amar (sup. num.)
1-2 à 35’17 » : Arrossamena assisté de Broz
2-2 à 48’29 » : Bernier assisté de Pérez et Szélig
2-3 à 56’37 » : Arrossamena assisté de Rouleau et Leblond
3-3 à 58’03 » : Bernier assisté de Pérez (sup. num.)
3-4 à 63’10 » : Amar assisté d’Arrossamena
Briançon
Gardien : Ramón Sopko.
Défenseurs : Gary Lévèque (A) – Kai Öhberg ; Kévin Dusseau – Viktor Szélig (A) ; Luka Tošič – Michal Korenko.
Attaquants : Nicholas Romano – Loïc Lampérier – Edo Terglav (C) ; Mickaël Pérez – Damien Raux – Marc-André Bernier ; Peter Bourgaut – Jaka Ankerst – Sébastien Rohat ; Pierre-Charles Hordelalay – Charles Townsend – Gregory Alberti.
Remplaçants : Aurélien Bertrand (G), Florian Chakiachvili.
Grenoble
Gardien : Eddy Ferhi.
Défenseurs : Baptiste Amar (C) – Maxime Moisand [sorti à 20′] ; Viktor Wallin – Alexandre Gaudreau Rouleau (A) ; Jason Crossman – Aymeric Gillet.
Attaquants : Julien Baylacq – Christophe Tartari (A) – Graham Avenel ; Luděk Krayzel [sorti à 17’35 »] – Luděk Brož – Mitja Šivic ; Raphaël Papa – Mathieu Le Blond – Nicolas Arrossamena ; Joris Bedin, Loup Benoît.
Remplaçants : Sébastien Raibon (G), Rémi Colotti, Maxime Suzzarini, Élie Raibon. Absent : Vincent Llorca.








































