Ces Spinaliens ne lâchent rien !
Rendue aux hockeyeurs après avoir accueilli l’élite du patinage français, Poissompré repasse à l’orange pour ce duel au sommet. La revanche d’un match aller disputé trois semaines plus tôt. Une rencontre si serrée qu’une fusillade s’imposa pour départager deux formations emmenées par d’excellents portiers. Ervīns Muštukovs et Andrej Hočevar s’étaient, ce soir-là, longtemps érigés en murailles infranchissables devant le filet.
Au
Une réaction iséroise est donc fortement attendue après cet « amer » Noël ayant relégué les BDL à cinq points de leur hôte spinalien. Des Vosgiens souvent bousculés, mais presque toujours vainqueurs à l’arrivée. Comme mercredi à Chamonix, d’où ils sont parvenus à ramener deux nouveaux points en l’emportant, dans le temps additionnel, sur un slap de Maxime Moisand qu’Anže Kuralt dévia victorieusement. Un but suffisant au bonheur des Gamyo, qui gardent le cap derrière Gap… et voient toujours d’aussi haut le bas du tableau (dix points les séparant actuellement du neuvième, Bordeaux) !
N’allez pourtant pas imaginer que les Spinaliens peuvent tranquillement voir venir. Tout peut aller très vite dans ce championnat très serré, qui n’autorise aucun relâchement. Une réalité que Stéphane Barin n’a de cesse de marteler, conscient qu’un seul point laissé de côté peut favoriser le rapprochement des poursuivants d’Épinal au classement. Une « meute » qui comprend ces Brûleurs de Loups faisant d’Ervīns Muštukovs l’un de leurs meilleurs atouts.

Jouée à guichets fermés, cette affiche aurait facilement pu réunir plus de 3 000 spectateurs si Poissompré en avait eu la capacité. Le hockey spinalien, à l’étroit dans une patinoire désormais strictement limitée à 1 788 entrées (joueurs, staffs et bénévoles compris), est aujourd’hui clairement victime de son succès. Mais parmi l’assistance figurent deux observateurs très particuliers. Les étrangers « surnuméraires » qu’Edo Terglav et Jean-François Dufour doivent laisser de côté à chaque journée afin d’être en conformité avec un règlement très pointilleux sur l’alignement des joueurs formés localement. La récente arrivée du Slovène Andrej Hebar (venu de l’Olimpija Ljubljana, club désargenté survivant difficilement en Erste Bank Liga) a, en effet, porté à treize le nombre d’étrangers figurant chez ces BDL privéz de Jakob Milovanovič et Sébastien Thinel.

La pénalité, sitôt tuée, est vite suivie d’une autre infraction, commise par Gašper Sušanj (accrocher, 02’53 »). Une aubaine pour les visiteurs, qui sortent leur « cinq majeur » (un trio Perret-Labrecque-Hebar déployé devant Chouinard et Bisaillon, qui opèrent à la bleue) et se montrent menaçants. Hebar, après avoir remporté la mise au jeu, remise sur Chouinard, dont le slap chauffe la mitaine d’Hočevar (02’59 »). Les Brûleurs de Loups, profitant de leur efficience aux engagements, prolongent leur séquence en zone offensive jusqu’à ce qu’Hočevar ne déséquilibre Perret, venu s’y frotter d’un peu trop près (03’51 »). Cette double pénalité (qu’Hordelalay, côté spinalien, s’en ira purger) n’influe aucunement sur la suite des événements. Le gardien slovène d’Épinal répond présent sur toutes les sollicitations, sans avoir pour autant à sortir le grand jeu.

Recherchant l’impact physique, les Grenoblois chargent à tout va, pratiquant un jeu rugueux, très nord-américain. Un style bien différent de celui des Vosgiens, qui patinent fort et ne lâchent rien, même s’ils concèdent de nombreux lancers (20 sur l’ensemble du premier tiers-temps). Des tirs n’ébranlant pas la sérénité d’Hočevar, qui fait le métier devant le filet. Un palet perdu par Ograjenšek dans son camp a pourtant provoqué un revirement favorable à Gauthier, sans que l’ancien Spinalien (écrasant trop son lancer) ne puisse en profiter (11’41 »).

Il y a alors le feu chez les Brûleurs, sauvés par la mitaine du Letton, puis par l’imprécision d’un Moisand ratant une cage vide à bout portant (15’56 »). Sitôt l’orage passé, le danger s’inverse. Éric Chouinard, d’un tir du poignet soudainement déclenché, trouve le montant d’un Hočevar n’ayant rien vu arriver (16’14 »). Un surnombre spinalien (16’42 ») maintient sous pression un portier contraint de s’employer sur un mouvement initié par Labrecque et conclu par Bouchard (16’57 »). Un slap tendu de Bisaillon, dévié par Perret, file lui à côté, tout comme le lancer frappé d’un Chouinard positionné, comme à l’accoutumée, à la pointe du powerplay (18e).

C’est alors qu’intervient le premier tournant de la soirée. Un face-off en zone offensive remporté par Gauthier, que Chouinard s’empresse de remiser. Nicolas Favarin, servi à la pointe, s’essaie d’un tir balayé terminant dans le haut du filet d’un Andrej Hočevar sûrement masqué au départ du lancer (0-1 à 22’35 »). La température de Poissompré, murée dans un silence glaçant, chute brutalement.
Sonnés par ce but inattendu, les Spinaliens en balbutient leur hockey. Ils trouvent même, en supériorité (surnombre isérois, 25’05 »), le moyen de se faire contrer. Le rapide Jordann Perret, bien lancé, finit par s’échapper, éliminant au passage Maxime Moisand. Mais comme bien souvent en pareil cas, le jeune international rate la finition de son action en trouvant les jambières d’Hočevar (25’52 »).

En proie au doute, le Slovène va progressivement sortir la tête de l’eau, en stoppant le débordement de Kalus (27’38 »), puis en enrayant le break d’un Bouchard parfaitement lancé (31’28 »). Cet arrêt de la mitaine ragaillardit totalement l’homme masqué, que les supporters n’ont jamais cessé d’encourager. L’abattement s’est pourtant fait sentir dans les travées après cette énième supériorité (cinglage de Barlock à 28’15 ») inexploitée par des Gamyo ayant, comme trop souvent, cherché la faille sans la trouver. Il y avait pourtant du trafic devant la cage de Muštukovs, que Kuralt et Klouček s’ingéniaient à « aveugler »…
Cette occasion gâchée ne sera toutefois pas longtemps regrettée. Maxime Moisand accélère sur le côté en essayant de se faufiler dans un trou de souris, entre la balustrade et Quentin Scolari, qui n’aura pas manqué de l’accrocher (32’34 »). Une pénalité lourde de conséquence pour les futurs finalistes de la Coupe de France. Ján Plch voit sa tentative freinée dans le slot, où l’imposant Vojtěch Kloz Kloz masquait la vue du portier. S’ensuit un cafouillage profitant finalement à Cacciotti qui, de près, parvient à glisser la rondelle entre les bottes de Muštukovs (1-2 à 33’08 »).
Comme un air de play-offs
Retrouvant toute sa voix, Poissompré redevient alors le « septième homme », poussant de plus belle ses protégés, qui essayent par tous les moyens d’égaliser. Solides derrière en un-contre-un, les Spinaliens se projettent de plus en plus rapidement vers l’avant, comme sur cette récupération de Kloz (devant Bouchard) envoyant Cacciotti loin devant. L’Italo-canadien poursuit son action jusqu’à feinter Bisaillon, d’un mouvement pivotant suivi d’un centre à l’aveugle au second poteau (36’33 »). Une passe bien sentie, qui aurait été décisive si un Spinalien l’avait suivie…

Dans le dur, les Grenoblois s’en remettent une dernière fois à leur portier, qui les aura tenus à bout de bras. Cacciotti, sur jeu placé, sert Sabatier, totalement démarqué dans la zone de vérité. Le Rémois, qui frappe sans tergiverser, vise la lucarne… mais trouve la mitaine d’un Muštukovs n’en finissant plus d’impressionner (39’54 »).
Difficile alors d’imaginer qu’un final haletant nous attend, d’autant qu’un faire trébucher de Cacciotti (41’05 ») complique l’entame de ce troisième tiers-temps. Malgré tous les efforts de Sébastien Gauthier, coéquipier dévoué à son leader Éric Chouinard (qui pèse assez peu le jeu et paraît beaucoup moins décisif que l’an passé), cette pénalité sera tuée. Mieux encore, ce même Gauthier se rend coupable d’une obstruction devant Hočevar (44’00 »). De sa prison, il assiste impuissant à l’égalisation des Vosgiens. Tout vient d’un one-timer de Sabatier que Muštukovs, encore gêné par Kloz, repousse difficilement. Le gardien letton, qui tombe à la renverse, laisse le palet libre devant lui… ce dont profite l’inévitable Cacciotti (2-2 à 45’14 ») ! Comme bien souvent, le « renard des surfaces », spécialiste des buts de raccroc, était là au bon endroit, au bon moment, pour le plus grand bonheur des supporters, qui redoublent d’ardeur.

Les Vosgiens peuvent exulter. Mais rien n’est encore gagné. Tomáš Klouček, en zone neutre, précipite une relance qui file directement sur Jonathan Harty. L’ex-Angevin lance aussitôt Andrej Hebar, qui déboule sur le côté gauche avant d’adresser un centre coupé au premier poteau par Sébastien Gauthier (3-3 à 55’42 »). De quoi jeter un sacré froid…
Il était toutefois dit que le dernier mot reviendrait aux Gamyo. Muštukovs, après un gros arrêt en grand écart devant Kuralt (56’40 »), laisse le rebond de trop. Le Letton repousse de la mitaine une reprise de Moisand. Dominik Fujerik, bien placé sur la droite du portier, remet aussitôt au second poteau, vers Ján Plch. Le fringant vétéran profite de l’angle non couvert pour marquer du revers… et faire exploser Poissompré, comme à ses plus belles années (4-3 à 57’10 ») !

Vainqueurs à l’arrachée, les hommes de Stéphane Barin ont encore su trouver les ressources pour renverser une situation très compliquée. La force collective de ce groupe incroyablement soudé, vraiment taillé pour jouer les premiers rôles cette année, a lourdement pesé. Tout comme le fait de pouvoir compter sur quatre lignes de ce niveau, dans un match empreint d’une telle intensité. Voilà d’ailleurs ce qui a fait la différence aux yeux de nombreux observateurs, même si l’on ne peut minimiser l’importance de Ján Plch et Steven Cacciotti, impliqués sur tous les buts spinaliens de la soirée. Andrej Hočevar, le meilleur gardien de cette première partie de championnat, s’est quant à lui rapidement ressaisi après ce dégagement mal apprécié qui doubla l’avance des Grenoblois, finalement passés tout près de l’exploit…
Épinal – Grenoble 4-3 (0-0, 1-2, 3-1)
Dimanche 27 décembre 2015 à 18h30 à la patinoire de Poissompré. 1 715 spectateurs (guichets fermés).
Arbitrage de Benjamin Gremion assisté de David Courgeon et Aurélien Smeeckaert.
Pénalités : Épinal 10’ (8’, 2’, 0’) ; Grenoble 32’ (10 ‘+10’, 6’, 6’)
Tirs : Épinal 29 (7, 11, 11) ; Grenoble 39 (20, 11, 8)
Évolution du score :
0-1 à 22’35 » : Favarin assisté de Gauthier et Chouinard
0-2 à 27’20 » : Arnaud assisté de Baylacq
1-2 à 33’08 » : Cacciotti assisté de Sušanj et Plch (sup. num.)
2-2 à 45’14 » : Cacciotti assisté de Plch et Sabatier (sup. num.)
3-2 à 55’22 » : Plch assisté de Sušanj et Cacciotti (sup. num.)
3-3 à 55’42 » : Gauthier assisté de Hebar et Harty
4-3 à 57’10 » : Plch assisté de Fujerik et Moisand
Épinal
Attaquants :
Anže Kuralt – Dominik Fujerik – Ken Ograjenšek
Steven Cacciotti – Florian Sabatier – Ján Plch (A)
Dorian Peca – Matthieu Le Blond – Pierre-Charles Hordelalay
Anthony Rapenne – Hugo Vinatier – Yannick Offret (A)
Défenseurs :
Tomáš Klouček – Maxime Moisand (C)
Jiří Klimíček – Vojtěch Kloz
Gašper Sušanj – Thibaut Farina
Martin Charpentier
Gardien :
Andrej Hočevar
Remplaçants : Pierre Mauffrey (G), Maxime Martin. Absent : Lucas Savoye (cheville).
Grenoble
Attaquants :
Éric Chouinard (C) – Sébastien Gauthier – Andrej Hebar
Jordann Perret – Dave Labrecque – Danick Bouchard
Petr Kalus – Christophe Tartari (A) – Mathias Arnaud
Robin Lamboley – Julien Baylacq – Romain Chapuis
Défenseurs :
Jonathan Harty – Nicolas Favarin
Sébastien Bisaillon (A) – Stéphane Gervais
Ryan Barlock – Quentin Scolari
Gardien :
Ervīns Muštukovs (sorti de sa cage à 59’05 »).
Remplaçants : Victor Goy (G), Arnaud Faure, Julien Guillaume. Absents : Jakob Milovanovič et Sébastien Thinel (étrangers surnuméraires), Aubin Lamirault.








































