Il est difficile d’imaginer que le titre de meilleur défenseur de l’année puisse échapper au joueur des Sharks de San José Brent Burns tant le géant barbu a pesé de son talent sur la ligue cette saison. À quel point a-t-il dominé ses pairs et pourrait-il se hisser parmi les conversations pour le trophée Hart de meilleur joueur de la ligue ?
Par Thibaud Chatel @batonsrompus
Il ne sert pas à grand-chose d’entretenir un suspense quelconque sur le joueur qui soulèvera le trophée Norris du meilleur défenseur en juin prochain. Ce trophée a pourtant suscité par le passé son lot de controverses en jugeant parfois des joueurs sur l’ensemble de leur carrière plutôt que sur la saison en cours. L’an dernier, la victoire de Drew Doughty avait été applaudie parfois « car c’était son tour », comme on a pu le l’entendre, alors qu’Erik Karlsson méritait objectivement de ramener un troisième trophée à la maison avec ses 82 points en autant de matchs, contre 51 pour Doughty.
Depuis quelques années déjà des voix s’élèvent contre le fait de trop systématiquement décerner le trophée au défenseur le plus productif, arguant que l’élément défensif du poste perd ainsi de sa valeur. Ce sont pourtant là des jugements très réducteurs car des joueurs comme Burns, Karlsson ou P.K. Subban sont bien souvent très efficaces dans leur zone et leurs capacités de relance et de conservation de la rondelle sont autant de rouages indispensables aux succès d’une équipe dans la NHL moderne. Brent Burns symbolise d’ailleurs à l’extrême ce besoin d’un apport offensif majeur des défenseurs et personne ne pourra contester qu’il mérite d’inscrire son nom au palmarès.
Comparons-le aux 29 autres défenseurs numéro un de la ligue, ceux ayant le plus haut temps de jeu par équipe, en ajoutant un second défenseur pour Nashville, tant Roman Josi et P.K. Subban sont indissociables, et en ayant une petite pensée pour Dougie Hamilton qui mériterait d’y figurer s’il n’était que le 3e défenseur le plus utilisé par les Flames.
Brent Burns, une machine à créer de l’offensive
C’est bien sur ses qualités offensives que Brent Burns a époustouflé cette année. Sa production a pourtant ralenti sur la fin et il ne dépassera sans doute pas les 82 points de Karlsson, ou même ses propres 75 points de l’an passé, comme on aurait longtemps pu le croire. Il s’approche cependant de la barre des 30 buts pour une deuxième année consécutive, une barre que seul Mike Green a franchi dans la dernière décennie, en 2009. S’il figure au 5e rang pour les points en supériorité numérique, c’est à 5 contre 5 que Burns a fait la différence. Un coup d’œil aux dix défenseurs numéro un les plus productifs suffit pour le constater.
Brent Burns est tout simplement sur une autre planète avec pas loin de 2 points par heure de jeu alors que, derrière lui, seul Karlsson se détache du peloton des poursuivants.
Le constat est encore plus saisissant au regard des tentatives de tirs personnellement obtenues par les joueurs, autrement dit le nombre de fois que Burns a lui-même lancé une rondelle vers le filet, que ce tir soit non-cadré, contré, arrêté ou devienne un but.
Ici, le joueur des Sharks se démarque encore davantage du commun des mortels, dirigeant plus de 20 tentatives de tirs par heure de jeu à 5 contre 5, pas loin du double de n’importe quel autre défenseur numéro un ! Sa production offensive n’est donc pas uniquement le fait d’une certaine réussite ou de la présence de joueurs de talent à ses côté, Burns est lui-même son premier facteur de succès en tentant sa chance aussi souvent que possible. Tous postes confondus, Burns se place dans le top3 de la ligue sur cette statistique et est le seul défenseur dans le top50.
Quel impact sur le jeu global ?
Pour revenir au débat évoqué plus haut quant à la véritable nature d’un défenseur, Brent Burns est un parfait exemple, comme beaucoup de ses homologues de sa génération, que l’importance d’un joueur sur la glace est une question d’équilibre entre attaque et défense. Nombre des défenseurs qualifiés comme « offensifs » réussissent bien souvent par ce fait même à garder la rondelle éloignée de leur propre but et sont loin d’être les irresponsables que l’on voudrait bien croire. L’équation est en réalité la suivante, est-ce que l’apport offensif dépasse les possibles largesses défensives ? Nous avons regardé pour cela les tentatives de tirs obtenues et concédées (soit les deux composantes de l’indicateur de possession Corsi) des 30 défenseurs numéro un de la ligue.
Ici encore, Brent Burns se détache pour l’aspect offensif. Lorsqu’il est sur la glace, les Sharks obtiennent presque 70 tentatives de tirs par heure de jeu, très loin devant les performances des autres défenseurs numéros un. Par contre, avec Burns sur la glace, les Sharks accordent plus de tentatives de tirs que la moyenne, mais, encore une fois, l’équation finale est plus que payante. Au rayon des défenseurs excellant dans les deux départements, on retrouve P.K. Subban, Mark Giordano, Chris Letang, Zdeno Chara et Drew Doughty alors que Victor Hedman et Seth Jones ne sont pas loin. Roman Josi provoque un peu plus d’attaque que son coéquipier Subban mais encaisse nettement plus de tentatives en retour. À noter que Erik Karlsson a largement reculé dans ce graphique alors que l’entraineur Guy Boucher lui a demandé de pratiquer cette année un jeu plus en retenue, des présences sur la glace plus courtes et lui oppose systématiquement les meilleurs trios adverses. Tel est le prix d’être indispensable et mal secondé…
Analysons justement pour finir la performance de ces défenseurs vis-à-vis de leurs coéquipiers, afin d’isoler l’impact de chacun d’entre eux indépendamment du talent et de la force du système collectif dont ils peuvent bénéficier.
Brent Burns appartient ici à un trio de tête en compagnie de P.K. Subban et Mark Giordano. Non seulement ces trois-là affichent des statistiques de possession largement positives lorsqu’ils sont sur la glace, mais ils sont ceux dont les équipes bénéficient le plus de leur présence, la possession de l’équipe chutant de 4% lorsqu’ils regagnent le banc. À l’inverse, si Zdeno Chara ou Shea Weber présentent eux aussi des statistiques de possession positives, évoluant au sein des meilleures équipes de la ligue à ce sujet, leurs équipes affichent une possession supérieure lorsqu’ils ne sont pas sur la glace. Il est vrai que ces vétérans sont désormais d’avantage utilisés dans un rôle de « shut down » que comme des facteurs de poussée offensive, mais le propre des défenseurs d’élite est justement de pouvoir conjuguer les deux.
C’est peut-être là le seul bémol à émettre au sujet de Brent Burns qui bénéficie de voir la paire Marc-Edouard Vlasic – Justin Braun assumer les tâches ingrates alors que lui et Paul Martin sont placés dans un contexte plus favorable. Mais, malgré tout, son impact est tel que cela ne pourrait être retenu contre lui, comme le fait de ne pas jouer en infériorité n’avait pas empêché Karlsson ou Subban de gagner le trophée à l’époque. Cette profondeur des Sharks pose tout de même la question de la possibilité de Burns de gagner le trophée Hart dont la définition est celle du « joueur le plus utile à son équipe ». Le barbu est assurément indispensable, mais San José raterait-elle les playoffs sans lui par exemple ? Pas certain. Sa saison risque de le rapproche du podium final, mais de là à gagner le Hart ? Pas sûr.









































