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Présentation KHL 2017/18 (I) : dopage de Zaripov et effet Markov

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L’arrivée d’Andrei Markov, le défenseur des Canadiens de Montréal, est sans doute un des transferts de l’été à Kazan et en KHL. Il a au moins un peu éclipsé le scandale de dopage de Denis Zaripov, principal évènement qui a secoué la division Kharlamov. Celle-ci fait l’objet du premier volet de notre présentation de la saison 2017/18 de KHL.

 

DENISOV Denis 130505 318Ces dernières années, la KHL était devenue de plus en plus une compétition entre trois grands favoris : le CSKA Moscou, le SKA Saint-Pétersbourg et le Metallurg Magnitogorsk. Ce trio d’intouchables risque fort de se muer cette saison en duo…

Le Metallurg Magnitogorsk n’a plus les moyens de lutter avec les moyens illimités des clubs des métropoles « occidentales », même s’il espère toujours malgré tout remporte la Conférence Est pour figurer de nouveau en finale. Cela s’annonce plus difficile avec une équipe affaiblie.

Le club de l’Oural ne pensait pas que ses trois meilleurs défenseurs souhaiteraient partir en même temps. Les jeunes internationaux Viktor Antipin et Aleksei Bereglazov poursuivent des espoirs de NHL, et Chris Lee a quitté Magnitogorsk parce qu’il n’existe aucune structure pouvant aider à prendre en charge son fils trisomique. Nick Schaus aura la très lourde charge de succéder à Lee dans le rôle du défenseur offensif mobile tirant de la droite, mais son parcours européen (Norvège, Allemagne, Autriche et Tchéquie) ne l’a pas vraiment préparé au niveau de la KHL. Le vétéran Denis Denisov arrive du CSKA à 35 ans, mais surtout, le top-4 défensif devra être complété par Grigori Dronov, 19 ans à peine. Il patine plutôt bien pour son gros gabarit, mais l’international junior saura-t-il gérer la pression ? « Magnitka » trouvera-t-elle dans la formation de ses jeunes le moyen de rivaliser encore avec les géants de l’Ouest ?

La question se posait un peu différemment concernant la non-reconduction du contrat de Danis Zaripov. Ce n’est qu’après l’annonce de son retour à Kazan que l’on a appris sa suspension de deux ans pour un contrôle positif effectué fin janvier. Or, son ancien club était au courant du problème depuis mars, par le courrier permettant un appel… Le Metallurg a pu ainsi se dissocier de l’image du joueur (et du fait que c’est le second cas à Magnitogorsk après celui de Mamin en 2008). Faute d’avoir présenté la moindre défense, Zaripov a été condamné par l’IIHF à la sanction maximale de deux ans, parce qu’il combinait à la fois un stimulant (la pseudo-éphédrine qui n’avait déclenché aucune suspension pour Niklas Bäckström aux JO 2010) et un diurétique pouvant servir de produit masquant (l’hydrochlorothiazide).

C’est une triste mais probable fin de carrière pour un joueur de 36 ans qui aura été le seul à faire partie de deux des grandes troïkas du hockey russe dans ce siècle (Zaripov-Zinoviev-Morozov à Kazan puis Zaripov-Kovar-Mozyakin à Magnitogorsk). La suspension internationale ne vaut certes pas dans les ligues professionnelles nord-américaines, mais les « vieux » ne sont plus du tout à la mode outre-Atlantique. On voit mal quel intérêt une franchise oserait à prendre le risque d’engager Zaripov. La NHL est bien contente de laisser ce problème d’image à la KHL, où les suspensions sont certes plus sévères (car elles suivent les critères de l’agencemondiale anti-dopage) mais qui fait quantitativement moins de contrôles.

Tout cela ne concerne plus Magnitogorsk, sauf qu’il faut remplacer Zaripov sur la ligne dominante des dernières saisons. On a bien essayé le local Yaroslav Kosov sur la foi de sa seconde moitié de saison, mais la marche paraît trop haute pour lui. La veille du début de championnat, Magnitka a donc engagé Igor Grigorenko, qui n’avait pas pu s’entraîner du tout après une opération compliquée (raison pour laquelle son ancien club l’Avtomobilist n’avait pas voulu l’attendre). Un joueur sans la moindre préparation pour répéter la magie de la première ligne ouralienne ? Il faudra au moins attendre qu’il prenne le rythme.

 

LANDER Anton 150511 383On peut encore se demander comment l’Ak Bars Kazan a pu s’enferrer dans la perspective inutile de faire revenir Zaripov. Le rappel de l’ancienne idole a fait très plaisir aux supporters… pendant un mois, jusqu’à ce que l’on découvre le pot-aux-roses. Le joueur connaissait normalement depuis mai la sanction qui l’attendait : Kazan a-t-il vraiment pu le metre sous contrat en ignorant tout de l’affaire et se faire duper très naïvement ? Et sinon, à quoi bo ?

Ak Bars a su vite tourner la page avec le recrutement d’un autre vétéran champion du monde : Andrei Markov, avec qui les Canadiens de Montréal n’ont pas trouvé de nouvelle entente à la surprise (et à la déception) de beaucoup. Il ne voulait pas déménager sa famille dans une autre ville nord-américaine : ce « fidèle » ira donc à Kazan, quatrième étape de sa carrière après son club formateur le Khimik Voskresensk, le Dynamo Moscou et Montréal. Non seulement Markov reste très performant d’après les statistiques avancées de NHL, mais surtout il est exactement ce qui manquait à l’équipe tatare depuis les départs de Nikulin et Medvedev après la finale de 2015 : un défenseur offensif capable de mener le jeu de puissance et de lancer les contre-attaques par des passes longues. Une anomalie par rapport au style défensif de Kazan ? Non, car Markov a débuté au Dynamo avec l’entraîneur Zinetila Bilyaletdinov, qui’il retrouve seize ans plus tard en toute connaissance de cause. Le contrat de deux ans, un risque pour un joueur de cet âge (38 ans), était le prix évident à payer pour l’acquérir.

Avec cet ultime renfort, Kazan remplace Magnitogorsk dans le rôle du favori de la division Kharlamov, et même de toute la Conférence Est. C’est la derniière pierre d’une campagne des transferts réussie. Les Tatars ont d’abord surenchéri leurs grands rivaux de l’autre république musulmane (les Bachkirs du Salavat Yulaev) pour s’offrir les services du centre suédois Anton Lander. Chez les Oilers d’Edmonton, il oscillait jusqu’ici le choix entre un rôle défensif de quatrième ligne en NHL grâce à sa force dans les duels physiques et un rôle très offensif en AHL où il cartonnait. Lander préfère démontrer ses qualités de vision du jeu dans un autre contexte, et peut-être aussi aux Jeux olympiques.

Au poste de centre, souvent faible en Russie, les Tatars ont maintenant deux spécialistes capables de mener un jeu à haute vitesse, Lander (sur un trio « étranger » avec Justin Azevedo et Jiri Sekac) et le jeune international russe Vladimir Tkachyov, et ils ont aussi engagé Aleksandr Svitov pour les tâches plus physiques. Il manque au moins un bon ailier sur la deuxième ligne, surtout sans Zaripov, mais il reste une place d’étranger en réserve et Kazan n’a sans doute pas encore dit son dernier mot.

 

TraktorLe Traktor Chelyabinsk célèbrera son 70e anniversaire en décembre et espère briller un peu plus. Le club continue de s’appuyer sur ses qualités formatrices, mais a aussi besoin de renforts étrangers pour le tirer vers le haut. Le gardien tchèque Pavel Francouz reste en particulier un atout majeur.

Pour sa seconde saison, l’entraîneur Anuar Gatiyatullin a indiqué qu’il avait tiré les bonnes leçons. En particulier, il escompte aborder les play-offs en meilleure forme, alors que les joueurs-clés avaient été très utilisés l’an passé. La ligne forte Kruchinin-Szczechura-Yakutsenia a été conservée, et on espère qu’un autre trio puisse aussi être performant. Avec Linus Videll et Gilbert Brulé, le Traktor continue de recruter des ailiers étrangers qui ont déjà écumé les patinoires de KHL et sont donc des valeurs sûres. Igor Polygalov a lui aussi été un joueur très régulier depuis neuf ans à Nijnekamsk, mais c’est un centre discret qui n’a pas forcément l’habitude de partenaires de prestige.

Le meilleur « coup » pourrait être le recrutement du Canadien naturalisé biélorusse Nick Bailen, qui avait un gros temps de jeu au Dinamo Minsk. Le club ouralien voulait une défense capable d’amener plus de pression offensive, et il a donc engagé un second arrière à vocation très offensive, en plus de Kirill Koltsov. Si le Traktor arrive à se construire deux lignes fortes et plus seulement une, il pourrait redevenir un outsider sérieux.

 

AvtomobilistL’Avtomobilist Ekaterinbourg est le seul club de bas de tableau de KHL à avoir significativement accru sa masse salariale. Il a pas mal recruté à tous les niveaux. Le transfert le plus important est certainement le retour du gardien tchèque Jakub Kovar : le club avait connu trois années en play-offs avec lui, et n’avait pas connu le même bonheur pendant la saison qu’il a passée à Cherepovets.

La capitale de l’Oural a aussi fait revenir des joueurs formés au club : certains récemment comme le géant de deux mètres Nikita Tryamkin après un peu plus d’un an à Vancouver en NHL, certains bien plus anciens comme Grigori Misharin qui avait quitté la ville à 18 ans et y revient enfin à 32. Ces transferts rappellent en tout cas que l’Avtomobilist reste fidèle à la vieille école des « défenseurs défensifs ». Il y a une distinction visuelle très claire à Ekaterinbourg entre les colosses des lignes arrières et les nombreux joueurs de petite taille à l’avant.

Une vision dépassée ? Certains suspectent une équipe lente, que le recrutement de joueurs âgés et déclinants n’aidera pas. Cela vient aussi du fait que l’entraîneur Vladimir Krikunov se décrit lui-même comme le dernier représentant de la « vieille garde » soviétique encore en activité. Déjà sorti une fois de sa retraite l’an dernier, il a annoncé que ce serait sa dernière saison. L’enjeu pour l’ancien sélectionneur national sera de trouver la bonne formule dans une attaque qui ne manque pas de talents. La clé est peut-être dans la tête d’Anatoli Golyshev, victime d’une « panne mentale » l’an passé après sa magnifique saison 2015/16. Le buteur retrouvera-t-il la confiance ? Son coach lui a fait passer le message qu’il s’était vu trop vite arrivé au vedettariat et qu’il lui fallait retrouver la valeur du travail.

 

NeftekhimikLe Neftekhimik Nijnekamsk a longtemps été un club de milieu de tableau sans éclat, mais qui était épargné par les problèmes financiers. Il a pourtant été listé à l’interaison par la KHL parmi les douze clubs ayant des dettes en retard à honorer auprès de leurs joueurs. La gestion du second club tatar a donc un peu dérivé, mais il garde toujours le soutien de son propriétaire, le complexe pétrochimique qui lui donne son nom.

L’usine a été mise en service en 1967 (le club de hockey ayant été créée quelques mois plus tard), et les dirigeants ont donc demandé de commencer le championnat par des rencontres à domicile avant de libérer la patinoire pour les grandes célébrations du cinquantenaire en septembre. De mauvais résultats qui gâcheraient la fête seraient évidemment malvenus…

L’évènement arrive cependant au moment où le Neftekhimik est en restructuration complète. Hormis le meilleur marqueur américain Dan Sexton et le défenseur Andrei Sergeev, la majorité des cadres ont changé. Même les gardiens sont nouveaux (Ilya Ezhov et Andrei Makarov). Le bouillant Andrei Nazarov peut donc reprendre de zéro pour inculquer sa philosophie et son système de jeu. Il ne fait plus de grandes déclarations à la presse et semble s’être assagi depuis le débordement de violence d’un de ses joueurs qui a conduit à son éviction du Kazakhstan. Personne ne croit qu’il ait vraiment changé, mais il déploie son goût de la rudesse avec un peu plus de discrétion.

 

SAVINAINEN Veli Matti 130503 340Le compte à rebours a commencé pour le Yugra Khanty-Mansiysk, comme pour toutes les équipes de bas de tableau. Le classement multi-critères de la KHL doit éliminer trois vilains petits canards dans un an. Il faut améliorer les résultats, mais aussi attirer de l’attention médiatique et du monde dans les tribunes, ce qui n’a rien de facile dans une ville pétrolière isolée de seulement 90 000 habitants sans culture hockey historique.

Le Yugra n’a toujours pas moyen d’attirer de grands noms… sauf sur le banc. Il a confié son destin à Igor Zakharkin, l’ancien adjoint de Slava Bykov dans toutes ses aventures de coach. Un homme dont on sait qu’il privilégie un hockey offensif, moderne et spectaculaire. S’il se plaignait du recrutement à Ufa, Zakharkin sait dès le début que le Yugra n’a guère de moyens pour recruter. Mais il a été convaincu par l’enthousiasme des dirigeants, et en demande autant aux joueurs. Il les a ainsi surpris en se plaignant du silence et du manque d’ambiance et de musique dans le vestiaire. Il veut les voir s’amuser et apprécier d’être hockeyeurs professionnels… tout en leur rappelant que cette position privilégiée peut être perdue dans un an et qu’ils risquent tous d’être au chômage si le couperet de la KHL tombe.

Nul ne se précipitera en effet pour engager les joueurs du Yugra. Les seuls noms connus sont des vétérans déclinants en qui Zakharkin a confiance. Evgeni Skachkov (33 ans) reste sur sa pire saison en étant passé de 30 à 8 points à Sotchi mais a souhaité jouer pour ce coach. L’ex-international de 34 ans Anton Kuryanov a toujours son intelligence de jeu. Une des premières demandes de « l’occidental » Zakharkin à son arrivée a été d’arrêter l’embargo volontaire sur les étrangers, en vigueur depuis deux ans. Malgré le départ du défenseur finlandais Tuukka Mäntylä qui a surpris son entraîneur en ne soutenant pas les charges du camp de préparation, cela pourrait aider. L’attaquant Veli-Matti Savinainen aura l’avantage de ne pas être surpris des conditions puisqu’il était déjà passé par Khanty-Mansiysk il y a quatre saisons. Lui ou l’Américain Jeremy Morin ne mèneront pas l’attaque tout seuls, mais aideront à la profondeur offensive avec une bonne compétition entre quatre lignes de niveau proche.

 

NOVOTNY Jiri 140509 676Le Lada Togliatti fait partie des clubs les plus menacés, car ses indicateurs financiers sont aussi mauvais que son classement et que ses affluences. Cela fait trois ans qu’il promet des primes de fin de saison jamais payées, et cela n’a pas empêché la KHL d’autoriser le club à s’inscrire puisque les salaires mensuels ont été versés. Cet indicateur devrait cependant peser dans la balance en fin de saison…

La priorité du directeur général Vladimir Vdovin a été de garder son meilleur marqueur Nikita Filatov, l’ex-espoir qui a connu une résurrection aussi belle qu’inattendue. Il avait déjà refusé toutes les propositions d’échange pendant la saison, par « respect pour les fans ». Laisser filer Filatov aurait été un arrêt de mort. L’attaquant avait signé pour deux ans et est donc toujours là… même si les engagements non respectés l’ont fait râler. On verra si le passé sera oublié avant une saison décisive.

L’entraîneur letton Artis Abols, qui avait déclaré l’été dernier « être en meilleure forme que la moitié de ses joueurs » au début du camp de préparation, a indique que la situation s’était améliorée, mais pas encore assez à son goût. Il aura besoin de joueurs pleinement impliqués pour s’éloigner du fond du classement et des menaces qu’il implique pour l’avenir. Il a quelques atouts. Les étrangers sont de meilleur niveau, en particulier les Canadiens avec le petit défenseur offensif Chay Genoway et l’ailier Carter Ashton. L’ex-international tchèque Jiri Novotny amènera une expérience bienvenue.