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La Russie face aux ennemis et aux critiques internes

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Depuis une dizaine de jours, la Russie se sent acculée. C’est début décembre que le CIO décidera s’il n’admet les athlètes russes aux Jeux olympiques d’hiver que sous drapeau neutre. Dans ce cas, le pays a déjà indiqué qu’il n’enverrait pas de délégation. Les JO se disputeraient alors à onze…

Oleg Znarok est bien obligé de préparer son équipe en occultant ce scénario-catastrophe. Mais sur la glace aussi, la Russie, théoriquement favorite des JO si elle peut y participer, est tombée de haut en perdant son premier match contre la Finlande (2-3). Presque rien n’a fonctionné. Le centre Vladimir Tkachyov n’a pas alimenté en bons palets ses ailiers Gusev et Kaprizov, et le staff a donc appelé deux centres qui étaient initialement prévus pour partir avec l’équipe B en Allemagne, Shalunov et Kraskovsky. Le retour au pays de Vadim Shipachyov après le feuilleton tragicomique de son passage à Vegas devrait permettre aux Russes d’avoir une ressource supplémentaire à ce poste-clé.

Par ailleurs, Znarok a été critiqué pour la non-sélection d’Andrei Markov. En effet, si la paire Kovalchuk-Datsyuk est juste absente pour des micro-blessures à traiter par le repos, l’ancien défenseur-vedette des Canadiens de Montréal a bien été boudé par le staff. Il est certes un peu vieillissant, mais ses qualités de relance et en supériorité numérique n’ont pas disparu et sont sans égal dans l’équipe, à l’exception de Vyacheslav Voinov. Peut-on se fier entièrement à ce dernier, sorti de blessure il y a un mois et demi ? Voïnov avait lâché son marquage sur le premier but finlandais, et la paire qu’il formait avec Nesterov n’a pas fonctionné. Sujet déjà sensible… Znarok a donc eu la prudence de préciser qu’il observait aussi Markov et suivait son adaptation aux grandes glaces.

IMG 1185 But MozyakinLa Russie affronte une Suisse partie sur un bon rythme, mais bénéficie de la première pénalité contre Thomas Rüfenacht. Le jeu de puissance se met en position et Maksim Shalunov – le rappelé de l’équipe B – se place dans le cercle droit pour recevoir les passes transversales de Gusev. Quand une action identique se reproduit deux fois de suite, ça sent le roussi. Le premier tir de Shalunov va droit dans le plastron de Hiller, mais le second le bat côté plaque (0-1). Shalunov a dynamisé le jeu de sa ligne en remplaçant Tkachyov, et c’est exactement ce qu’on lui demandait.

Les Russes peuvent donc déployer leur jeu, jusqu’à ce qu’ils se mettent tout seuls en difficulté par des fautes de Nichushkin et Andronov. À 5 contre 3, Simon Moser fait écran devant le gardien, et le tir de Félicien Du Bois ricoche sur lui puis dans les filets. Une prison de Shalunov permet même à la Nati de passer devant sur un tir en angle de Vincent Praplan.

Les affaires russes ne s’arrangent pas et Sergei Plotnikov prend une méconduite pour le match pour un balayage sur une jambe suisse. Les Helvètes n’en profitent pas, mais ce score de 2-1 en leur avantage est déjà difficilement supportable pour les Russes, qui font peu de cas en règle générale de ces adversaires selon elle de seconde zone : dans leur inconscient, la Suisse reste une reposante destination de vacances au pied des Alpes.

Mais tout bascule en entrant dans le dernier quart d’heure. Sur une action où les Russes gagnent tous leurs duels, le palet sorti de derrière la cage par l’autre « joker » Pavel Kraskovsky est décalé par Mikhaïl Grigorenko pour Sergei Kalinin. Quarante secondes plus tard, les Suisses reculent beaucoup sur une contre-attaque rapide, et le défenseur Nikita Nesterov a du champ pour armer un lancer puissant. 2-3, la partie est renversée.

Les chevaux sont lâchés et la Sbornaïa enchaîne les buts : Valeri Nichushkin dans le cercle droit sur passe transversale de Mozyakin, Mikhaïl Grigorenko servi à 2 contre 1 par Kraskovsky pour son premier but en équipe nationale, et dans les dernières secondes Vladimir Tkachyov, qui se rattrape de son précédent match raté en convertissant la passe servie dans le slot par Mozyakin (2-6). Les deux buts venus de passes de Mozyakin ont été inscrits quelques secondes après la fin d’une pénalité suisse. Fin de match tranquille pour la Russie, donc, hormis la sortie sur blessure de Nichushkin qui a pris un palet sur le genou. Cela fait du bien en période de doute.

Conférence de presse d’après-match

Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « Dès que la Russie a mené 3-2, elle a pris confiance et a accru sa vitesse et le volume de trafic. Nous avons aussi commencé à reculer. C’est une équipe talentueuse, puissante, explosive. Nous avons été trop doux en la laissant se relever. Nous avons fait des erreurs stupides, des passes avec de fausses espérances. Si j’ai jeté une bouteille sur le banc à 2-5, c’est que j’étais furieux contre moi-même. J’aurais dû prendre mon temps mort plus tôt car à 2-5 le match était déjà fini. Le hockey est un jeu de décisions, j’ai pris la mauvaise. Au temps mort, j’ai fait appel à les fierté des joueurs. Nous avions très bien joué pendant 42 minutes. Je voulais qu’ils retournent au même hockey, mais c’était difficile pour eux sous le coup de la déception. C’est une grande leçon pour nous. Je suis content que nous soyons venus à ce tournoi. Ces adversaires de haut niveau nous ont déjà rendus plus forts. »

Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : « Match difficile. Il y a beaucoup de pénalités inutiles et nous avons passé la moitié du match en infériorité. Nous avons fait des erreurs ridicules. Après deux buts de suite, ils ont lâché et le match a commencé. Mais nous aurions voulu le faire dès la première période. Pendant deux tiers-temps, ils nous ont surpassés en vitesse et en mouvement. Ils ont un championnat un peu plus facile que le nôtre. Ils ont commencé plus tard et joué moins de matchs, moins tendus. Ils étaient frais. […] Voïnov a mal joué ? C’est vous qui avez décidé ça ? Mettez-vous debout sur le banc et décidez qui joue ! »

 

Suisse – Russie 2-6 (2-1, 0-0, 0-5)
Samedi 11 novembre 2017 à 13h30 à la Hartwall Arena de Helsinki. 2713 spectateurs.
Arbitrage d’Anssi Salonen et Aleksi Rantala (FIN) assistés de Jani Pesonen et Joona Elonen (FIN).
Pénalités : Suisse 10′ (4′, 2′, 4′) ; Russie 33′ (8′, 5’+20′, 0′).
Tirs : Suisse 33 (10, 16, 7) ; Russie 34 (14, 8, 12).

Évolution du score :
0-1 à 04’19 : Shalunov assisté de Gusev et Nesterov (sup. num.)
1-1 à 14’49 : Moser assisté de Du Bois et Ambühl (double sup. num.)
2-1 à 19’34 : Praplan assisté de Haas et Schäppi (sup. num.)
2-2 à 46’04 : Kalinin assisté de Grigorenko et Kraskovsky
2-3 à 46’45 : Nesterov assisté de Gusev et Khafizullin
2-4 à 50’01 : Nichushkin assisté de Mozyakin et Kiselevich
2-5 à 51’08 : Grigorenko assisté de Kraskovsky et Tokranov
2-6 à 59’47 : Tkachyov assisté de Mozyakin et Grigorenko

Suisse

Attaquants :
Vincent Praplan (-1) – Gaëtan Haas (-1) – Denis Hollenstein (-1)
Thomas Rüfenacht (-1, 2′) – Anders Ambühl (C, -2, 4′) – Simon Moser (A, -1)
Fabrice Herzog (-1) – Pius Suter (-1) – Tristan Scherwey (-2, 2′)
Chris Baltisberger (-1) – Reto Schäppi (A, -2) – Gregory Hofmann
Enzo Corvi

Défenseurs :
Roman Untersander – Christian Marti (-1, 2′)
Félicien Du Bois (-3) – Samuel Kreis (-2)
Romain Loeffel – Joel Genazzi (-3)
Michael Fora (-2) – Marco Maurer

Gardien :
Jonas Hiller

Remplaçant : Gilles Senn (G).

Russie

Attaquants :
Sergei Plotnikov (5’+20′) [puis à 24’04 Nichushkin] – Sergei Andronov (A, 2′) – Ivan Telegin
Kirill Kaprizov (+1) – Maksim Shalunov (+1 ,2′) – Nikita Gusev (+1)
Aleksandr Barabanov – Vladimir Tkachyov (+2) – Sergei Mozyakin (C, +2)
Valeri Nichushkin (+1, 2′) puis à 24’04 Pavel Krakovsky (+2) – Mikhail Grigorenko (+4) – Sergei Kalinin (+3, 2′)

Défenseurs :
Vladislav Gavrikov – Bogdan Kiselevich (+2)
Ilya Lyubushkin – Nikita Nesterov (+1)
Vyacheslav Voinov (+2) – Andrei Zubarev (+1)
Vassili Tokranov (+1) – Dinar Khafizullin (+1)

Gardien :
Ilya Sorokin

Remplaçant : Andrei Kareev (G). En réserve : Igor Shestyorkin (G), Nikita Tryamkin, Sergei Shirokov.