Présentation de la finale de la Coupe Stanley

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Nous voici à quelques heures du coup d’envoi de la finale de la coupe Stanley 2018 qui verra s’affronter les Golden Knights de Las Vegas et les Capitals de Washington. Cette affiche est sans doute la plus inattendue de ces dernières années et il peut sembler difficile de pronostiquer un futur vainqueur. Tentons d’y voir plus clair.

 

L’éternel looser contre l’équipe qui devait finir au fond du classement… Non, ce n’est pas une blague. Cette saison NHL nous aura donc réservé bien de surprises mais le parcours de Vegas est déjà entré dans l’histoire du sport. Promis, nous reviendrons à un moment sur leur saison quel que soit le résultat de la finale. Du repêchage jusqu’à maintenant, tout a roulé pour le mieux pour Vegas, des cadeaux des autres DGs jusqu’à l’enchaînement parfait des confrontations en séries. Mais cessons de nous répéter, l’essentiel est que Vegas n’a pas usurpé sa place ici.

 

Tout sourit à Vegas

Leur parcours ressemble en fait beaucoup à celui des Penguins l’an passé. Deux séries dominées et un maximum de réussite dans la 3e confrontation lorsque l’adversaire était un cran au-dessus. Le point commun est ici Marc-André Fleury, qui avait écœuré les Capitals justement en demi-finale de conférence 2017 et qui règne en maître sur ces séries 2018. Kings et Sharks ont été avalés en une bouchée par une équipe de Vegas rapide et compacte, qui a retrouvé son énergie du début d’année après une baisse de régime en fin de saison régulière. Face aux Jets, le seul adversaire supérieur sur le papier aux Knights ce printemps (spoiler), Fleury a endigué les assauts d’une équipe de Winnipeg qui aura produit davantage de jeu (51,3% des tirs tentés et 54,7% des buts anticipés) sans succès. Avec un pourcentage d’arrêts de 94,7, Fleury est pour l’instant devant les performances de Quick en 2012 (94,6%) et Tim Thomas en 2011 (94%), c’est dire…

Devant, le trio magique Marchessault-Karlsson-Smith a su planter des buts assassins aux meilleurs moments, répondant souvent du tac au tac aux rares buts des Jets et mettant au fond chaque échappée ou presque. Chirurgical. La première ligne de Vegas se balade depuis le début des séries à 57-58% des tirs tentés et 53-55% des buts anticipés. À 5 contre 5, cela donne entre 11 et 14 buts marqués par le trio, contre seulement 4 encaissés. Et dire que Florida a choisi de donner Marchessault à Vegas comme incitatif pour repêcher Smith afin de pouvoir protéger leurs défenseurs 5 et 6… Je me tais.

Derrière eux se tient Shea Theodore, qu’on savait la vraie perle du repêchage d’expansion, qu’Anaheim avait été contraint de laisser libre car Kevin Bieksa n’avait pas levé sa clause de non échange. À 22 ans, le défenseur affiche 54% des buts anticipés lorsqu’il est sur la glace. Il faut ajouter qu’il joue affublé de Deryk Engelland. Engelland qui obtient 53,3% des tirs tentés en compagnie de Theodore mais chute à 40% sans lui… Tout est dit. Ajoutons encore que Theodore passe même plus de temps avec le trio de Neal-Haula-Tuch, trio qui subit pourtant le jeu depuis le début des séries (46% des tirs tentés, 45% des buts anticipés) et peut remercier Fleury et la main chaude de Tuch (qui shoote à 21%) pour un différentiel de buts qui tient quand même la route. À l’image de l’équipe, même les points faibles de Vegas tirent des 21 aux dés et contribuent. Citons enfin Colin Miller, à qui Boston avait préféré Kevan Miller (peut-être une erreur d’homonymie ?), et qui tire vers le haut tout le bottom 6 des Knights en compagnie de Jon Merrill. Un bottom 6 qui peine justement un peu. Carrier, Nosek et Bellemare sont dans le négatif sur les indicateurs de jeu mais limitent le jeu. Le Frenchie a été sur la glace pour 6 petits buts à 5 contre 5 en 15 matchs, avec un différentiel de +2.

 

Washington sur sa lancée

En face se dressent donc des Capitals à qui l’étiquette d’outsider sied finalement bien. Après avoir vaincu l’éternel rival Pittsburgh, Washington a débordé une équipe de Tampa peut-être trop confiante, et si la série est allée jusqu’en 7, les Caps auraient mérité de boucler l’affaire avant ça. Tant mieux pour Alex Ovechkin qui voit enfin son image de faux looser redorée pour de bon. Ça tient à peu de choses une réputation. Le Russe est en mission et rien de semble l’arrêter sur la glace. Il mène son équipe depuis le début des séries avec 54% des tirs comme des buts anticipés. Lui dont les tirs manquaient le cadre dans les moments fatidiques encore l’an passé trouvent cette fois le fond, à l’image de l’ouverture du score lors du match 7 face à Tampa.

Il faut parler ici de la transformation de Washington. Si les Caps ne sont pas arrivés en série parmi les favoris, c’est bien que leurs performances cette saison laissaient souvent à désirer. 24e Corsi et 26e aux buts anticipés de la ligue, Washington côtoyait sur les principaux indicateurs de jeu les Vancouver ou Islanders de ce monde… Et notre Cup score les plaçait 22e meilleur candidat pour la coupe… Les tirs tentés sont passés de 48,4% à 50,5% en séries et les buts anticipés de 47% à 50,4%. Il n’y pas de quoi enseigner cela dans les écoles de stratégie mais l’amélioration est (très) visible, surtout en défense.

Alors que Washington accordait 2,44 buts anticipés par 60mn en saison (25e rang dans la ligue), cela s’est resserré à 1,94 en séries. 1,94, cela les aurait mis au 3e rang de la NHL en saison régulière ! Ainsi l’armada offensive, qui produit d’ailleurs moins de chances qu’en saison, possède en fait une solide assise défensive. La paire Orlov-Niskanen est essentiellement dominante (54% des tirs et des buts anticipés) et parvient à vivre avec l’avalanche de buts (dans les deux sens) provoqués par le trio d’Ovechkin. Imaginez qu’à 5 contre 5, Orlov a déjà vu ce printemps 42 buts marqués en sa présence (22 pour, 20 contre), Niskanen 33, alors que Carlson était sur la glace pour seulement 17 (10 pour, 7 contre). Carlson et les autres défenseurs sont tous négatifs sur les indicateurs de jeu mais bénéficient en fait du bon support des trios de Bäckström et Eller qui gardent un maximum la rondelle loin des cages de Holtby. Braden Holtby, toujours aussi bon en playoffs, voit, pour une fois, les choses tourner un peu sa faveur, à l’image de son match 7 fébrile, riche en rebonds en tous genres que les attaquants des Bolts ne parvenaient pas à maiîriser.

 

Vegas a-t-elle fait le plus dur ?

Tentons de récapituler. Vegas est mené par un gardien sur une autre planète, des leaders offensifs et défensifs qui dominent le jeu et le reste de l’effectif a la main chaude face au croupier… Cela donne un jeu ciselé, tout en momentum, prompt à rentrer dans la tête de l’adversaire. En face, Washington montre un tout autre visage qu’en saison et offre un hockey un brin chaotique mais qui pour la première fois a tourné en faveur des Caps.

Plus besoin de le dire, mais le modèle Normandy se base uniquement sur la saison régulière et le résultat est sans équivoque : 57% en faveur des Knights. Pour les grincheux de ce monde, nous avons fait l’exercice avec les stats des séries et le résultat est… 57% pour les Knights. Vegas produit ce printemps davantage de tirs et de buts anticipés et Fleury est un atout pour l’instant imbattable. Washington défend mieux mais on sait que les attaques gagnent les coupes.

Rappelons pour finir que Vegas a tout de même squatté le podium du Cup score toute la saison avant de laisser la 3e place à Winnipeg lors de la dernière semaine, et donc de faire mentir 5 années consécutives où le champion terminait dans le top3.

Alors, la coupe dans le désert dès la première saison ? De quoi nourrir bien des réflexions pour tous les DGs qui avancent des plans quinquennaux (je sais, c’est plus compliqué que cela, Vegas ne traîne notamment pas de contrats boulets hérité d’anciennes administrations).

Si j’étais DG, mon plan serait simple : être suffisamment bon pour faire les séries, puis espérer que mon gardien arrête plus de 93% des rondelles au printemps… Je plaisante mais ce n’est pas un hasard si Vegas (104,4 !!!) et Washington (101,3) affichent les 1er et 3e PDO de la ligue dans ces séries.

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