Magnus: Les trophées de Magnus Corsi

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Attribuer le titre de « Meilleur » à une personne est toujours une affaire compliquée. Tant d’éléments peuvent être pris en compte, et ils différent suivant la position observée. Mais c’est aussi cela qui rend la chose amusante et, croyez-le, tous les trophées (sauf un) nous ont demandé beaucoup de réflexion et de tergiversation. 

 

Voici donc nos choix pour les trophées de meilleur gardien, défenseur, attaquant, coach et celui de MVP de la saison. Nous vous avons sondés cette semaine sur les réseaux sociaux et, dans l’ensemble, nous étions tous d’accord ! Tout va donc bien dans le meilleur des mondes.

 

Meilleur gardien : Matija Pintaric (Rouen)

Le seul titre qui n’a souffert aucun débat. Matija Pintaric a survolé cette saison de manière historique. En utilisant les stats de la ligue pour remonter dans le temps, sur les cinq dernières saisons, Pintaric est le seul gardien à avoir dépassé les 92,5% d’arrêts, 93,3% lors de sa saison à Lyon, et 94,5% cette saison ! L’écart est énorme et encore davantage mis en valeur par nos statistiques.

Le nombre de buts « sauvés » mesure la différence entre les buts anticipés contre (qui prennent donc en compte la quantité et la qualité des tirs reçus) et les buts encaissés. Cette saison, Pintaric a sauvé 44 buts à Rouen, comprenez : en a encaissé 44 de MOINS que prévu. Soit plus d’un but sauvé par match, 1,2 par 60 minutes pour être exact.

S’il faut chercher à mettre cela en perspective, lors des saisons extraordinaires en NHL de Serguei Bobrovsky en 2017 et Carey Price en 2015, ceux-ci avaient sauvé 0,7 et 0,5 buts par 60mn. Parmi les gardiens titulaires, la seconde performance est celle d’Henri-Corentin Buysse, qui a sauvé 23 buts à Amiens, deux fois moins donc, ou 0,6 par 60mn. Puis le trou est encore plus grand avec Lukas Horak, qui a sauvé 8 buts sur la saison…

Rouen se classait cette saison 9e pour les nombre de tentatives de tirs accordées à 5 contre 5, et 8e pour les buts anticipés accordés, très loin donc d’être une forteresse. La forteresse, c’était Pintaric, et notre pari est que Rouen a construit son système de jeu ouvert cet été avec cette perspective en tête. Si Pintaric vous permet de ne défendre que moyennement, il permet surtout de mettre tous vos efforts sur l’attaque, et cela s’est vu. Pari risqué, que Rouen n’a pas pu appliquer lorsqu’un remplaçant prenait la place de Pintaric dans les buts, mais pari gagnant jusque là avec le Slovène aux cages.

Mentions honorables: Henri-Corentin Buysse, clairement deuxième, Lukas Horak

 

Meilleur défenseur: Chad Langlais (Rouen)

La réflexion fut difficile, nos deux finalistes se tenant dans un mouchoir de poche. Avec Chad Langlais sur la glace, l’armada de Rouen voyait son pourcentage de tirs tentés grimper de 5,5 (57,9% avec lui, 52,4% sans lui), et le taux de buts anticipés grimpait de 6,1 (59,7% avec lui, 53,6% sans lui). Posséder un tel impact malgré l’homogénéité de la formation rouennaise est tout simplement remarquable. Ajoutons que cet impact se mesurait dans les deux sens de la glace. C’est avec lui  que Rouen créait le plus de buts anticipés et c’est aussi avec lui que Rouen en accordait le moins à l’adversaire.

Langlais était surtout terriblement complet cette saison, se classant dans, ou proche du top10% parmi les défenseurs pour les tirs tentés, les shot assists, la contribution offensive totale, les sorties et entrées de zone effectuées en contrôle, le pourcentage de ces transition tentée en contrôle, etc.

Sur un plan comptable, Langlais termine avec 40 points en 44 matchs, ou 0,91 points par match. Seuls Patrick McEachen, Olivier Dame-Malka et Louis Belisle font mieux mais en ayant joué maximum 25 matchs. Pareil pour les points à 5 contre 5 uniquement, où le classement est le même.

Ce trophée revient aussi à Chad Langlais pour sa régularité sur une saison complète, ce que ses concurrents n’ont pu prouver. Le finaliste se nomme Louis Belisle, le seul à présenter un profil aussi impressionnant. Il mérite mieux qu’une mention honorable tant ses performances ont été ahurissantes. Avec lui sur la glace, le pourcentage de tirs tentés d’Amiens grimpait de 14,6 (64,6% avec lui, 50% sans lui), et le taux de buts anticipés grimpait de 25,6 (74,5% avec lui, 48,9%, donc négatif, sans lui). Des chiffres astronomiques, mais Belisle se comparait à un effectif d’Amiens au rendement simplement moyen en général. Et avec seulement 22 matchs sous la ceinture, il n’avait pas eu l’occasion de prouver sa régularité sur la saison complète. Même sentiment pour Patrick McEachen, qui avait de plus le désavantage de ne pas évoluer comme un vrai numéro un au sein de la défense grenobloise.

Autres mentions honorables : Kevin Hecquefeuille, au four et au moulin à Mulhouse et à l’impact positif partout, Justin Hamonic, un des plus beaux profils mais à qui il manquait la production offensive.

 

Meilleur attaquant : Alex Aleardi (Rouen)

Autre débat de longue haleine au sein de Magnus Corsi. Le problème, contrairement aux défenseurs, est qu’aucun attaquant cette saison ne proposait un profil « parfait », tant en termes d’impact sur le jeu que de production. La particularité d’Alex Aleardi demeure son impact négatif sur les tirs tentés. Avec lui sur la glace, Rouen ne voyait que 47,3% des tirs tentés, un rendement donc négatif, contrairement à 53,1% sans lui. La particularité (suite) d’Alex Aleardi est que, par contre, l’attaquant apportait tellement à la qualité offensive qu’il compensait ainsi une quantité négative. Avec Aleardi sur la glace, le taux de buts anticipés de Rouen augmentait de 1,8, (55,5% avec lui contre 53,7% sans lui).

Sa marque de fabrique ? L’apport de chances de marquer « high-danger » directement sous le nez du gardien. Car le meilleur buteur de Ligue Magnus n’est pas un tireur de volume, venant seulement au 61e percentile pour le nombre de tirs tentés, quand Guillaume Leclerc est au 95e percentile, Damien Fleury au 98e… Mais quand Aleardi tire, c’est qu’il a flairé le but. Ses tirs cette saison avait, en moyenne, une valeur de 0,12 buts anticipés, soit plus que la valeur d’une chance de marquer ! En comparaison, les tirs de Leclerc valaient 0,08 buts anticipés, 33% moins dangereux.

En plus d’être un renard des surfaces, Aleardi se positionne également comme l’un des meilleurs passeurs de la ligue, au 88e percentile pour les shot assists, et un meneur pour les entrées de zone en contrôle du palet. Dernier point à son avantage, sur l’échantillon de matchs trackés de lui, Aleardi présente un différentiel de pénalités à 5 contre 5 de +8 (10 provoquées et 2 prises). Aucun autre Rouennais ne dépasse +2 et Leclerc est le meilleur Grenoblois à +3. Au-delà de son image de peste, l’Américain aide son équipe à se positionner favorablement en vue de gagner le match. Ajoutons que si Leclerc a inscrit plus de points, la production des deux attaquants à 5 contre 5 est exactement la même (42 en 44 matchs).

Mentions honorables : Guillaume Leclerc, au profil similaire de marqueur mais avec qui Grenoble dominait moins le jeu que sans lui. Elvijs Biezais pour son impact positif sur le jeu justement, sur la transition mais un cran derrière pour la finition. Même lacune pour Tukka Rajamäki, pourtant sans doute le profil le plus complet de tous.

 

Meilleur coach : Luciano Basile (Gap)

Notre sélection lors du sondage sur Twitter a relancé l’éternel débat sur comment faut-il juger un entraîneur ? Est-il un bon meneur d’hommes ? Un fin stratège ? Notre réponse est: tout cela à la fois et, nonobstant des éléments hors de son contrôle (blessures à répétition, un gardien à la rue, etc.), les efforts qu’un entraîneur déploie en coulisses se verront sur la glace. Tout est donc question de savoir maximiser le potentiel de son effectif. Et à ce jeu-là, Luciano Basile nous a semblé le meilleur cette saison.

À la tête d’un effectif jeune mais entouré de joueurs cadres, Gap a tenu la dragée haute dans le jeu aux colosses de la ligue. Au final, les Rapaces se classent 2e de la ligue pour le pourcentage de tirs tentés (56%), et les buts anticipés (56,3%), derrière Grenoble mais une bonne marge devant Rouen et surtout devant les autres équipes de « challengers » Angers, Bordeaux, Amiens. Pensez qu’à 5 contre 5, Gap 2018-19 c’est une fiche de +17 buts, +441 tirs tentés, +119 chances de marquer, +19,6 buts anticipés.

Gap c’est aussi un système très équilibré entre pressing offensif intense et suppression des chances adverses qui ont porté les Rapaces à être la 3e attaque et la 2e défense de la ligue pour les buts anticipés. Et la création d’une heatmap parfaite, toute rouge devant, et toute bleue derrière.

Ajoutons que Basile n’a pas bénéficié de coups de pouce de la réussite avec un indice PDO à 5 contre 5 de 99,9. Offensivement, Gap a marqué 86 buts pour 87,8 anticipés. Et défensivement, ils en ont encaissés 69 pour 68,2 anticipés. Pile dans la moyenne. C’est d’ailleurs ce qui manquait certainement à Gap, un petit plus de talent dans la finition ou dans les buts pour dépasser les attentes.

Ajoutons enfin que Basile menait le 5e power play pour les buts anticipés créés et la 4e infériorité numérique de la ligue pour les buts anticipés accordés. Deux secteurs où, par contre, tireurs et gardiens ont joué en dessous des attentes.

Mentions honorables : Fabrice Lhenry, pour avoir pensé un système résolument offensif à la fluidité d’exécution impressionnante. Heikki Leime, pour avoir aussi mis en place un système maximisant les chances de son équipe en composant avec un effectif porté sur la transition du palet et la vitesse. Brennan Sonne pour ne pas avoir eu peur d’emballer le jeu et d’imposer son identité quel que soit l’adversaire, malgré les blessures et un certain manque de profondeur.

 

MVP de la saison : Matija Pintaric (Rouen)

Notre compréhension de MVP est résolument celle du joueur « le plus utile à son équipe ». À savoir, celui qui a eu le plus changé le visage de sa formation. Ce titre revient, sans aucun doute, à Matija Pintaric. Sans redonner les chiffres de sa saison, Pintaric a non seulement permis, de par son talent, à Rouen de bâtir un système de jeu particulier, mais il a également dépassé toutes les attentes à son poste. Rouen aurait évidement été un cador du championnat avec un gardien « standard » mais sa fiche n’aurait certainement pas été de 37-4-2-1.

En résumé, aucun autre joueur n’avait cette saison l’impact de Pintaric sur la structure et les performances de son équipe.

Mentions honorables : Louis Belisle, Elvijs Biezais, Tukka Rajamäki

 

 

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