Faut-il avoir peur de la Grande-Bretagne ?

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L’équipe de France joue à 16h15 le match le plus important de la courte ère Philippe Bozon : celui du maintien, contre la Grande-Bretagne.

Ils s’y étaient préparés. À la lecture du calendrier, et au fur et à mesure que les stars NHL rejoignaient les effectifs des grandes nations, le staff de l’équipe de France avait cerclé de rouge ce lundi 20 mai. Oui, le maintien se jouerait sans doute là.

Mais entre s’y préparer et le vivre, il y a un pas. Les Bleus avaient espéré réussir un ou deux exploits qui leur auraient épargné ce match au couteau pour le maintien. Malheureusement, le sort en a décidé autrement.

Au cours de ce tournoi, la France aura joué sur courant alternatif. Capable de réaliser des séquences convaincantes en attaque, y compris face à certaines grosses nations, elle n’a cependant jamais produit un match plein, soixante minutes complètes de jeu de qualité.

Hardy sauve devant Pesonen – Photo Michel Bourdier

Le poste de gardien s’est révélé plus fragile qu’attendu. Les cinq premiers matchs l’ont mis en avant : ce n’est pas tant que les gardiens ont réellement mal joué, c’est juste qu’ils n’ont pas réalisé l’arrêt décisif, le petit plus. Bombardés par leurs adversaires (38 tirs en moyenne par match), ils ne se sont pas vraiment montrés tranchants.

Cette méforme, notamment de Florian Hardy, a contraint Philippe Bozon à utiliser ses trois gardiens et la hiérarchie semblait être bousculée par Henri-Corentin Buysse, auteur d’un match intéressant contre le Canada, puis d’une entrée positive contre la Slovaquie.

Mais Hardy est sorti de sa torpeur avec une prestation remarquable contre la Finlande : Bozon va-t-il le lancer deux jours de suite, avec à peine dix-sept heures entre les deux matchs ?

Point positif des Bleus, les équipes spéciales tournent plutôt bien. Quatre des onze buts français l’ont été en supériorité, qui affiche un 22% de réussite. En infériorité, la France a remonté ses statistiques contre la Finlande, offrant 74% de réussite (6 buts sur 23 infériorités).

Onze joueurs tricolores comptent 1 point, avec Damien Fleury et Anthony Rech en têtes de liste (3 buts chacun) : les deux hommes auront un rôle majeur dans ce match.

Liam Kirk – Photo Nicolas Leborgne

Mais la Grande-Bretagne, dans tout cela ? Faut-il réellement en avoir peur ?

Pour leur première apparition en élite en 25 ans, les Britanniques ont pour eux le public, nombreux et bouillant, et un jour de repos de plus.

Ils ont pour eux un état d’esprit combatif, accrocheur.

Ils ont pour eux… pas grand chose d’autre.

Seule l’Italie a fait moins bien, dans tous les domaines. L’attaque n’a marqué que cinq buts en six matchs, dont deux sont des passes décisives devant le but de… Draisaitl et Kane, les deux stars de l’Allemagne et des États-Unis. Avec 103 tirs (17 par match) et un 0/10 en supériorité, l’attaque a été transparente.

La stratégie ? Regroupé derrière, souvent à cinq devant le gardien, en essayant de nettoyer l’enclave. Friable sur les tirs de loin, friable sur les rebonds, la défense a concédé la bagatelle de 285 tirs, soit la pire passoire après l’Italie. Une moyenne de 47 tirs subis par match…

Ben Bowns – Photo Nicolas Leborgne

Le gardien Ben Bowns, qui fait tant peur à certains supporters, et son remplaçant Jackson Whistle, n’ont certes pas mal joué, mais leurs statistiques sont moins bonnes que celles des gardiens de l’équipe de France : 86,7% d’arrêts, 12e total, contre 87,1% aux Français.

La Grande-Bretagne encaisse 6,37 buts par match, les Bleus 4,96…

Le fighting spirit britannique n’est pas une légende, mais il ne faut pas oublier tous les paramètres.

Il y a deux ans, les Lions jouaient le Mondial de D1B. Leurs deux montées successives racontent une belle histoire, mais la dernière bénéficie surtout d’un concours de circonstances, avec un but à la dernière minute du dernier match. La Grande-Bretagne n’est pas une équipe dominante de D1A comme peuvent l’être le Kazakhstan ou la Biélorussie, promus cette année et habitués à l’élite.

De plus, les joueurs britanniques connaissent peu le haut niveau international. Presque tout l’effectif évolue en EIHL, avec huit bi-nationaux. Le championnat ne compte pas de pause internationale en cours de saison et l’équipe nationale n’a pu disputer que trois matches de préparation contre un autre pays – deux autres étaient contre des clubs européens.

En face, la France est rompue à l’exercice de la survie. En élite depuis 2008, elle a certes connu des exploits retentissants (2013, 2014, 2017) mais reste, depuis plusieurs saisons, sur des prestations du même ordre que ce tournoi 2019. 13e au classement IIHF, elle a une chance de terminer ce tournoi à la… 13e place, en cas de succès.

Les faits de gloire ?

  • en 2008, deux matchs décisifs gagnés contre l’Italie pour assurer le maintien
  • en 2010, sortir d’une poule de relégation sans trembler face à l’Italie et le Kazakhstan
  • en 2011, à Košice, un but en prolongation décisif d’Hecquefeuille avait assuré le maintien face à la Biélorussie
  • en 2015, une victoire en fusillade contre la Lettonie avait sauvé les Bleus
  • en 2016, une victoire autoritaire contre le promu, la Hongrie
  • en 2018, deux victoires en patron contre la Biélorussie et l’Autriche

Plusieurs cadres de ces victoires – Fleury, Hecquefeuille, Manavian, Sacha Treille, Janil et même Hardy – sont encore là. Leur rôle sera crucial aujourd’hui.

La France compte trop de joueurs dans les meilleures ligues du monde pour trembler contre une équipe qui n’a rien montré dans ce tournoi. Sur le papier, sur l’expérience, sur le talent, c’est sans doute le match pour le maintien le plus facile, avec celui contre la Hongrie.

Mais sur un match, tout est possible… Non, les Bleus, refusent d’avoir peur.

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