L’Autriche rejoint la France en division IA

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Après un duel franco-britannique de sinistre mémoire pour les Bleus, le deuxième match de la peur du jour oppose l’Autriche et l’Italie, deux équipes toujours bredouilles en points, dont le perdant sera relégué. David Kickert, remis de ses soucis musculaires, aborde en tant que gardien titulaire le premier match à fort enjeu de sa carrière internationale. La relégation de la France est même une aubaine pour les Autrichiens afin qu’ils s’installent dans l’élite mondiale à long terme : s’ils gagnent ce match, ils seront quatorzièmes au classement IIHF et, en l’absence du treizième (la France), joueront dans la poule de la Grande-Bretagne dans un an (alors qu’ils se seraient retrouvés face au Bélarus si les Bleus avaient gagné). Mais le résultat de l’après-midi sert aussi d’avertissement : un match n’est jamais gagné d’avance.

RAFFL Michael 130504 070La partie commence de manière équilibrée. Les Italiens, qui ont passé leur Mondial à subir, sont tout à fait au niveau de cet adversaire, qu’ils testent d’abord par un tir du revers d’Angelo Miceli. Leurs transitions sont plus rapides et plus confiantes. À mi-tiers, le défenseur Alex Trivellato remonte la glace à grande vitesse sur le côté gauche et sert une passe transversale à Anthony Bardaro après l’entrée en zone. Le défenseur autrichien Dominique Heinrich part à la pêche du palet avec sa crosse, mais Bardaro évite le poke-check, élimine ainsi l’arrière de Salzbourg et ouvre ainsi le score, à mi-hauteur, poteau rentrant.

L’Autriche n’a pas le temps de douter. Elle égalise en moins de deux minutes. Manuel Ganahl a l’angle ouvert, du revers, au rebond d’un tir de la bleue de Clemens Unterweger. L’Italie a une occasion de reprendre l’avantage quand une passe lobée de Marco Insam passe au-dessus des têtes de Pallestrang et Herburger et retombe dans la crosse du rapide Joachim Ramoser qui a filé dans leur dos, mais il bute sur Kickert. C’est alors l’unique joueur de NHL Michael Raffl, reposé hier soir comme tous les meilleurs joueurs autrichiens, qui fait la différence par une feinte spectaculaire devant le gardien Andreas Bernard (2-1). Alexander Rauchenwald signe ensuite un mouvement technique tout aussi beau pour se défaite mais n’arrive pas à le conclure dans la cage ouverte. La qualité technique supérieure des Autrichiens a clairement fait pencher la balance sur cette fin de tiers, que les Italiens passent dans leur zone.

Une pénalité de Zanatta à cheval sur les deux périodes est tuée, mais Marco Rosa en reprend une en accrochant Zwerger après avoir re-perdu le palet dont il avait eu la chance d’hériter. L’effort de Tommaso Traversa, plus rapide que Peter Schneider à la poursuite d’un palet dégagé, provoque néanmoins la faute du MVP de la saison autrichienne. Mais l’avantage numérique renversé n’a pas plus d’effet.

L’Italie continue de travailler, à l’instar de Stefano Marchetti qui annihile un 2 contre 1 par une belle interception. Néanmoins, elle a du mal à construire proprement du jeu sans se mettre en danger. Une passe suicidaire d’Andergassen en zone neutre, captée par Schneider, provoque ainsi un autre 2 contre 1, mais Thomas Raffl rate son one-timer.

Tout reste cependant possible. Et ce sont les Italo-Canadiens qui renversent le cours de la partie ! Angelo Miceli accélère sur l’aile droite, freine pour éliminer le défenseur Strong et attire alors le centre Komarek qui a lâché son homme : Simon Kostner reçoit la passe dans l’enclave et crucifie Kickert (2-2). En fin de tiers, Marco Rosa sort d’une bataille du coin – où les Italiens étaient en infériorité – et Kickert est battu une troisième fois côté mitaine, ce tir lui touchant le coude (2-3). Pendant dix jours, on ne savait même pas quelle était la « chanson de but » italienne, mais ce soir, ça fait déjà trois fois que Toto Cutugno résonne.

Au début du troisième tiers, Michael Raffl fait ce qu’il veut dans le slot italien par sa présence physique. Andreas Bernard fait l’arrêt une première fois, mais Raffl revient rôder, sans que Simon Kostner, qui a perdu sa crosse, puisse le gêner en quoi que ce soit en le ceinturant. Bernard manque son poke-check, et la cage est dès lors ouverte pour le joueur de Philadelphie (3-3). L’Autriche pousse mais Fabio Hofer se fait enfermer et sa passe pour Schumnig est interceptée par son homonyme Armin Hofer pour un 3 contre 1 italien : le défenseur Clemens Unterweger retarde la passe de Miceli en se couchant parfaitement, et Kickert s’interpose face à deux tirs de Bardaro dans la continuité de l’action. Une bonne présence de la ligne Lambacher suit, mais l’Italie n’enchaîne pas.

L’Autriche remet au contraire la pression et Andergassen accroche Schneider. C’est le moment que choisit Andreas Bernard pour signer un arrêt décisif, du bouclier, face au tir de Thomas Raffl à bout portant à la conclusion d’un jeu en triangle parfait de Komarek et de son frère. Une déviation de Fabio Hofer touche ensuite le poteau. L’Italie contrôle ensuite mieux la situation, jusqu’à une incursion de Fabio Hofer qui donne en retrait à Alexander Pallestrang à quatre minutes de la fin : le défenseur autrichien tire et essaie de prendre son propre rebond… mais son coup de crosse sur le gant du gardien est sanctionné ! Les seuls tirs italiens pendant les deux minutes de pénalité seront l’oeuvre de Simon Kostner dans le slot – contré douloureusement par la main de Strong – et de Marco Insam à la ligne bleue – pour une parade de la botte de Kickert.

Pour la première fois de la compétition à Bratislava, un match se joue en prolongation. Même scénario que plus tôt dans la journée à Košice entre France et Grande-Bretagne, avec le même score à la fin du temps réglementaire. Konstantin Komarek s’amène le palet en passant devant le but et s’ouvre totalement la cage… mais cafouille au moment de conclure ! Une occasion encore plus nette que celle que les Français ont eue avant… vous savez quoi. L’Italie est prudente, très prudente, attendant les pénaltys selon une culture très footballistique. Marco Rosa est en 2 contre 1 sur un changement mal géré par l’Autriche (obligée d’éviter le surnombre) mais son lancer est bloqué par Kickert.

McMonagle fait un joli mouvement mais tire hors cadre. Andreas Bernard suit bien le mouvement de Ganahl pour le stopper de la botte. David Kickert ne prend jamais aux feintes de Bardaro, et c’est Konstantin Komarek qui marque le premier en mettant parfaitement le gardien dans le vent. Mais Angelo Miceli réplique aussitôt dans le large espace entre les jambières de Kickert. Michael Raffl semble rééditer le même mouvement que Komarek… mais rate le palet au moment de tirer ! La tension monte avec deux tirs restants de chaque côté. Armin Hofer tire dans le bras gauche de Kickert, et Henrich… sur la barre tranversale. Marco Rosa fait une feinte pour ouvrir les jambières fermées de Kickert et lui glisser le palet du revers. Dos au mur, Alexander Rauchenwald glisse aussi la rondelle entre les jambes. Égalité après cinq tireurs.

On change d’ordre, l’Autriche tire en premier. Bernard ferme ses bottes à Komarek, et Kickert ne laisse pas d’espace à Miceli entre sa botte et son poteau. Mais si le revers levé de Peter Schneider est bien capté par le gardien italien, celui de Sean McMonagle bat David Kickert. L’Italie est sauvée, comme la Grande-Bretagne, après avoir été moquée pour son niveau depuis dix jours. Rouste après rouste, elle a gardé son moral tout au long du tournoi, alors que la confiance autrichienne s’effritait sans cesse au fil des rencontres. Les Azzurri font un tour d’honneur sous les applaudissements de leurs tifosi parsemés dans la salle, mais aussi de quelques supporters autrichiens restés pour leur manifester leur respect.

L’Autriche rejoint donc la France dans une division IA, où elles retrouveront la Slovénie comme rivale majeure pour les deux places permettant la remontée. La Hongrie et la Corée du Sud peuvent jouer les trouble-fête, et l’inattendue Roumanie ne pensera que maintien. Le pays organisateur sera décidé dans quelques jours au Congrès par un vote entre ces six participants.

Désignés joueurs du match : Michael Raffl pour l’Autriche et Anthony Bardaro pour l’Italie.

Trois meilleurs Autrichiens du tournoi selon leurs entraîneurs : Dominique Heinrich, Michael Raffl et Alexander Rauchenwald.

Trois meilleurs Italiens du tournoi selon leurs entraîneurs : Simon Kostner, Armin Helfer, Marco Rosa.

Commentaires d’après-match

Andreas Bernard (gardien de l’Italie) : « Ces dix jours ont été parmi les plus durs de ma vie. Tous, joueurs et staff, nous croyions en nous-mêmes. nous avions cet objectif de gagner ce dernier match, et nous l’avons fait. C’est tout ce qu’on est venu faire, mais c’est une grande expérience. Je pense que nous serons plus forts l’an prochain. Je pensais que peut-être Dieu là-haut nous regardait, merci à lui et à l’équipe. Ces deux semaines ont été si difficiles. C’était si dur, les 0-10, 0-9, 0-8, 1-7… La façon dont nous sommes revenus pour gagner ce match, c’est incroyable. C’est la première fois pour moi que j’entends notre hymne dans la division élite, j’espère que nous l’entendrons encore l’an prochain. »

Autriche – Italie 3-3 (2-1, 0-2, 1-0, 0-0) / 2-3 aux tirs au but
Lundi 20 mai 2019 à 20h15 à la Ondrej Nepela Arena de Bratislava. 9085 spectateurs.
Arbitrage de Jan Hribik (TCH) et Jeremy Tufts (USA) assistés de Gleb Lazarev (RUS) et Jiri Ondracek (TCH).
Pénalités : Autriche 4′ (0′, 2′, 2′, 0′) ; Italie 6′ (2′, 2′, 2′, 0′).
Tirs : Autriche 41 (12, 10, 13, 6) ; Italie 22 (9, 5, 6, 2).

Évolution du score :
0-1 à 09’59 : Bardaro assisté de Trivellato
1-1 à 11’25 : Ganahl assisté d’Unterweger
2-1 à 16’08 : M. Raffl assisté de F. Hofer et Unterweger
2-2 à 34’35 : S. Kostner assisté de Miceli
2-3 à 38’57 : Rosa assisté de Ramoser
3-3 à 41’45 : M. Raffl assisté de F. Hofer

Tirs au but :
Italie : McMonagle (à côté), Bardaro (arrêté), Miceli (réussi), A. Hofer (arrêté), Rosa (réussi).
Autriche : Ganahl (arrêté), Komarek (réussi), M. Raffl (manqué), Heinrich (transversale), Rauchenwald (réussi).
Tireurs supplémentaires : Komarek (A, arrêté), Miceli (I, arrêté), Schneider (A, arrêté), McMonagle (I, réussi).

Autriche

Attaquants :
Thomas Raffl (C) – Raphael Herburger – Peter Schneider (2′)
Michael Raffl – Konstantin Komarek – Fabio Hofer
Dominic Zwerger (-1) – Alexander Rauchenwald (-1) – Lukas Haudum (-1)
Patrick Obrist (+1) – Thomas Hundertpfund (A, +1) – Manuel Ganahl (A, +1)

Défenseurs :
Dominique Heinrich (-1) – Alexander Pallestrang (-1, 2′)
Clemens Unterweger (+2) – Martin Schumnig
Steven Strong (-1) – Markus Schlacher
Patrick Peter (+1)

Gardien :
David Kickert

Remplaçan : Benhard Starkbaum (G), Alexander Cijan. En réserve : Lukas Herzog (G), Raphael Wolf (D, doigt cassé), Benjamin Baumgartner (A).

Italie

Attaquants :
Tommaso Traversa (+1) – Raphael Andergassen (-1, 2′) – Markus Gander
Angelo Miceli (-1) – Simon Kostner (+1) – Anthony Bardaro
Joachim Ramoser – Marco Rosa (2′) – Marco Insam (A)
Ivan De Luca – Alex Lambacher – Peter Hochkofler

Défenseurs :
Armin Hofer (+2) – Alex Trivellato (C, +2)
Armin Helfer (A, +1) – Sean McMonagle
Luca Zanatta (-2, 2′) – Ivan Tauferer (-2)
Stefano Marchetti (-1)

Gardien :
Andreas Bernard

Remplaçants : Marco De Filippo Roia (G), Jan Pavlu. En réserve : Gianluca Vallini (G), Giovanni Morini (A, genou), Diego Kostner (A, jambe).

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