Une journée en enfer

Photo Michel Bourdier
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C’était écrit : la France joue son avenir en élite mondiale face au promu, la Grande-Bretagne. La tension est extrême, la concentration aussi. Les Britanniques ciblent ce match depuis le début, alors que les Français ont tenté de surprendre en cours de tournoi, sans réussite – la faute à trop d’erreurs techniques et mentales.

Pour autant, les Bleus restent favoris (voir l’édito). La mission est simple : jouer en patrons.

Philippe Bozon a savamment entretenu le suspense dans les cages. Alors que l’option Buysse semblait crédible, il aligne finalement Florian Hardy, tout juste bombardé de près de cinquante tiers hier soir. La récupération est minimaliste pour l’équipe de France, qui devra gérer la fatigue. Fleury et Rech inversent leurs rôles sur l’aile droite, Leclerc fait son retour à la place de Di Dio Balsamo, et Gallet, gêné par une épaule douloureuse, est finalement apte au service.

En face, l’effectif britannique met le défenseur Swindlehurst de côté au profit de l’attaquant Ferrara. Les lignes sont elles aussi un peu remaniées, l’expérimenté Perlini rejoignant le talentueux espoir Kirk.

Un tiers inquiétant

Démarrer fort : c’est le crédo des Bleus, qui attaquent la zone adverse d’entrée. Rech, Claireaux combinent pour trois tirs avant que Hecquefeuille ne se fasse contrer à la bleue. Davies se présente seul devant Hardy mais… choisit une inexplicable passe-abandon, alors qu’il n’a aucun coéquipier avec lui. Hardy sort ensuite un premier arrêt, puis les Bleus percutent la cage de Bowns et les esprits s’échauffent… Une première minute spectaculaire !

La France confisque le palet, force des revirements et remonte bien le disque. Une percée de Guttig, avec relais de Chakiachvili, offre une position ouverte à Fleury, mais le capitaine échoue sur le défenseur Billingsley, qui se sacrifie sur sa ligne.

La possession est largement faborable aux Français, qui bloquent la ligne bleue et empêchent les Britanniques de sortir. Les incursions sont rares : Hardy n’a pas beaucoup de travail, et sort deux tirs à mi-période sans grande difficulté, dont un dangereux de Farmer et un rebond de Hammond.

Il a plus de travail sur une échappée de Kirk suite à une erreur de Bertrand à la bleue offensive : le jeune talent, qui joue en OHL, ne trouve pas la cible.

Le jeu s’équilibre un peu. Suite à une incompréhension entre Texier et Janil le long de la bande, la Grande-Bretagne s’infiltre et centre entre les deux cercles. Fleury annule l’action avec un faire trébucher. Un tir d’O’Connor dévié fait passer un frisson sur le banc, avant que Perret ne sorte le palet.

De retour au complet, les joueurs de Philippe Bozon reprennent la possession et tentent un tir de la bleue de Chakiachvili, tout proche du cadre. Une action qui fait suite à une lourde charge de David Phillips sur Valier, plus que limite. Alors que l’on joue la dernière seconde, Texier accélère à droite et se fait sécher par Stephen Lee : les capitaines approchent les officiels, mais rien n’est signalé.

Un énorme gaspillage

La France attaque pied au plancher le deuxième tiers. Une première présence du trio Texier-Guttig-Fleury, aidé par une charge de Janil dans le coin offensif, crée une première solution. Guttig intercepte ensuite un palet et centre vers Bertrand sorti du banc : Bowns sauve ce tir à bout portant.

Les Britanniques sont à l’affût : les palets envoyés au fond créent parfois des problèmes et Hardy sauve son camp à deux reprises.

Sur une montée de palet de Tim Bozon, Manavian est servi sur l’aile et renverse le jeu vers Rech au cercle opposé. L’ailier marque son quatrième but d’un tir croisé et soulage tout le banc tricolore (1-0).

Soulagés, mais pas complètement tirés d’affaire. La Grande-Bretagne réagit avec une présence offensive sans cependant parvenir à réellement menacer Hardy. Le gardien angevin doit cependant peu après stopper un revers de Ben Lake, un peu chanceux sur un tir contré dans son camp, et qui fait ensuite tourner en bourrique Chakiachvili.

Après sept minutes, Tim Bozon déborde et attaque la cage. O’Connor le met au sol et concède deux minutes. Le jeu de puissance tire rapidement de la bleue : Chakiachvili trouve le poteau.

Le défenseur rouennais a plus de chance sur le tir suivant : après avoir feinté et mis son défenseur au sol, son tir profite de l’écran de Sacha Treille (2-0).

Claireaux gagne l’engagement, Rech reçoit le palet et expédie immédiatement un tir laser sous le bras de Bowns (3-0). Temps mort britannique… après deux buts en six secondes, tout proche du record de la Suède et de la Tchécoslovaquie (5 secondes en 1972), et trois en quatre minutes. Les fans britanniques ont pris un coup sur la tête.

Plus en confiance, les Bleus déroulent leur hockey sans vraiment trembler. Mais le relâchement est bien trop fort : une relance absurde plein axe de Tim Bozon aboutit sur O’Connor, qui sert en un-contre-un Robert Dowd. L’attaquant fixe Hardy et soulève son palet du revers au dessus de la botte (3-1).

La fébrilité va-t-elle gagner les Bleus ? Hardy doit sauver un tir du cercle, puis Berthon échoue sur Bowns de l’autre côté.

Fébrile, oui ! Car une nouvelle présence offensive perturbe Hecquefeuille, qui rate sa relance le long de la bande. Cela permet à O’Connor de lancer plein axe. Le tir trouve la botte du gardien et tombe sur la crosse de Hammond sur le côté du but, cage ouverte (3-2).

La fin de tiers est tendue pour la défense bleue, mais elle rentre au vestiaire avec un précieux but d’avance. Après un départ canon dans cette période médiane, elle a remis la Grande-Bretagne dans le match avec des erreurs grossières.

Trop de fébrilité

L’espoir est là pour le public britannique, qui se fait entendre à la reprise. La France tente de confisquer le palet, et obtient un centre de Treille, avec Bertrand à l’affût du rebond.

Les Bleus jouent plus haut, avec des séquences de conservation de palet intéressantes, notamment une longue possession de la quatrième ligne tricolore. Après un slalom de Texier ponctué d’un tir, Hecquefeuille et Gallet cafouillent, mais Hardy sauve le coup.

Le gardien est cependant battu à la cinquième minute, lorsque Farmer sort du coin et attaque le but (3-3). Tout est à refaire…

Les Bleus s’y emploient, avec une bonne présence de la quatrième ligne, puis un tir de Rech en entrée de zone. Malheureusement, Chakiachvili commet un faire trébucher, qui contraint les Bleus à une grosse défense – un seul tir concédé.

Les dernières minutes sont plus favorables aux Bleus. Texier avec un bon mouvement, Treille en tour de cage puis Claireaux… Bertrand décroche ensuite une pénalité à quatre minutes de la fin lorsqu’il est mis au sol par Lachowicz.

Bertrand, Rech de volée, puis Fleury, Texier, Chakiachvili, avec Treille en écran… sans réussite, la meilleure chance revenant à Fleury du cercle gauche, palet dégagé dans la zone bleue sous le nez de Treille.

Les dernières secondes sont intenables, et aucun joueur ne prend de risques. Davies lance le dernier tir sur un rebond : prolongation !

Des occasions et un coup de poignard

La première grosse chance revient à Bozon et Claireaux, qui attaquent la cage, chassent le rebond mais ne parviennent pas à le lever au dessus de la mitaine de Bowns. Sur la mise au jeu qui suit, Guttig intercepte et échoue de la même manière, avec le relais de Treille !

Les Bleus se font alors piéger. Texier gagne une mise au jeu, mais le palet file dans le camp français, où Jonathan Phillips accélère. Il est seul au duel avec Chakiachvili, qui le met au sol. Fleury se compromet en allant l’aider, or le capitaine britannique a le temps de servir dans le slot Davies, que Texier n’a pas couvert. Davies contrôle et son revers en hauteur envoie la Grande-Bretagne au paradis – et les Bleus en enfer.

La France gaspille un score de 3-0 et un match sous contrôle, en repétant les mêmes erreurs que lors des six premiers matchs. Relances hasardeuses, placement hasardeux en défense et surtout, trop jouer sur le reculoir. Les Bleus ont remis la Grande-Bretagne dans la partie, une équipe qui n’a pas l’habitude de lâcher.

Tous les indicateurs étaient favorables à la France sur le papier. La seule crainte était le fighting spirit britannique. Il a suffi ce soir, face à une formation au mental bien trop fragile depuis dix jours.

Après la relégation des U20, des féminines, et le sauvetage des U18 sur le fil, la Fédération Française de Hockey sur Glace vit un nouveau fiasco en 2019 : année noire, qui lancera assurément une crise majeure dans le hockey français.

Désignés joueurs du match : Anthony Rech pour la France et Ben O’Connor pour la Grande-Bretagne.

Trois meilleurs Français du tournoi selon leur entraîneur : Damien Fleury, Kevin Hecquefeuille, Valentin Claireaux.

Trois meilleurs Britanniques du tournoi selon leur entraîneur : Ben Bowns, Stephen Lee, Mike Hammond.

Commentaires d’après-match :

Aucune réaction des joueurs n’a pu être recueillie. Merci à Anthony Rech de s’être arrêté, même s’il n’a pas réussi à s’exprimer, sous le coup de l’émotion.

Philippe Bozon (entraîneur de la France) : « Tout est résumé avec cette année noire. Dès le premier match, on l’a senti, avec les mêmes erreurs. On peut dire qu’on a une équipe jeune, mais nous avons répété les mêmes erreurs à chaque fois. Voilà le résultat.
Est-ce un problème d’adaptation des joueurs à votre système, ou d’adhésion ?
Non, au contraire. Il faudra regarder de plus près, mais on a peut-être trop voulu faire de jeux, trop produire. Nous perdons sur nos erreurs que nous n’avons pas réussi à corriger. Peut-être un manque d’expérience ? Il faudra réfléchir. On s’est mis en situations de difficulté, par manque de maturité et oui, d’expérience. À 3-0, on a fait le plus difficile, trois buts d’avance… On commet deux erreurs bêtes, on leur redonne le momentum, la vie, l’espoir. Après, ils ont joué à fond.
Après les relégations des U20, des filles et le sauvetage de justesse les U18, c’est un nouveau cauchemar pour le hockey français…
On voit le hockey français. Nous n’avons pas le réservoir si important que cela. Dès qu’il manque quatre ou cinq joueurs, contrairement à d’autres pays. Depuis janvier, nous n’avons eu que des mauvaises nouvelles et c’est pareil ici. Il nous a sans doute manqué un ou deux leaders, qui les années précédentes tirent l’équipe vers le haut.
Que faire pour remonter rapidement ?
Il y a deux solutions, soit on change avec une nouvelle équipe pour reconstruire, soit on garde une partie du groupe. Il y a dans tous les cas beaucoup de travail et un gros chantier devant nous.


France – Grande-Bretagne 3-4 après prolongation (0-0, 3-2, 0-1, 0-1)

Lundi 20 mai 2019 à 16h15. Steel Arena de Kosice, Slovaquie. 7440 spectateurs.
Arbitrage de Mikko Kaukokari (FIN) et Peter Stano (SVK) assistés de Roman Kaderli (SUI) et Joep Leermakers (HOL).
Pénalités : France 4′ (2′, 0′, 2′, 0′), Grande-Bretagne 4′ (0′, 2′, 2′, 0′)
Tirs : France 36 (10, 11, 10, 5), Grande-Bretagne 30 (10, 9, 10, 1)

Récapitulatif du score
1-0 à 23’36 : Rech assisté de Manavian et Bozon
2-0 à 27’31 : Treille assisté de Chakiachvili et Texier (sup. num.)
3-0 à 27’37 : Rech assisté de Claireaux
3-1 à 34’59 : Dowd assisté de O’Connor
3-2 à 38’04 : Hammond assisté de O’Connor et D. Phillips
3-3 à 45’16 : Farmer assisté de D. Phillips et O’Connor
3-4 à 62’03 : Davies assisté de J. Phillips

France

Attaquants :
Alexandre Texier (-1) – Anthony Guttig – Damien Fleury (C, 2′, -2)
Timothé Bozon – Valentin Claireaux (A) – Anthony Rech (+1)
Sacha Treille (-1) – Peter Valier (-1) – Charles Bertrand (-1)
Jordann Perret – Nicolas Ritz – Eliot Berthon
Guillaume Leclerc

Défenseurs :
Florian Chakiachvili (2′, -1) – Thomas Thiry
Hugo Gallet – Kévin Hecquefeuille (A, -1)
Jonathan Janil – Antonin Manavian
Olivier Dame-Malka (-1)

Gardien :
Florian Hardy

Remplaçant : Henri-Corentin Buysse (G). Réservistes : Sebastian Ylönen (G), Pierre Crinon (D), Cédric Di Dio Balsamo (A)

Grande-Bretagne

Attaquants :
Robert Farmer (+2) – Mike Hammond (+1) – Robert Dowd (A, +1)
Ben Lake (-1) – Ben Davies (+1) – Oliver Betteridge
Liam Kirk – Brett Perlini – Colin Shields
Robert Lachowicz (2′) – Matthew Myers – Jonathan Phillips (C, +1)
Luke Ferrara

Défenseurs :
Ben O’Connor (2′, +3) – David Phillips (+1)
Mark Richardson (A, +1) – Stephen Lee (+1)
Dallas Ehrhardt (-1) – Evan Mosey (-1)
Tim Billingsley (-1)

Gardien :
Ben Bowns

Remplaçant : Jackson Whistle (G). Réservistes : Thomas Murdy (G), Joseph Lewis (A), Paul Swindlehurst (D).

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