La tête ailleurs ?

Pierre Crinon - Photo Michel Bourdier
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Le match de ce dimanche soir a tout du casse-tête. En cas de victoire, les Bleus seraient officiellement maintenus en élite. Mais face à une formation qui joue les premiers rôles et que la France n’a battu qu’une fois en neuf tentatives (5-1 en 2017 à Paris), ne faut-il pas garder des forces pour le match de lundi contre la Grande-Bretagne ?

Le calendrier IIHF n’a en effet réservé aucun cadeau aux joueurs de Philippe Bozon. Ils jouent à 20h15, puis à 16h15 le lendemain, face à un promu qui aura eu son dimanche de repos !

Alors, balancer la partie ou pas ? Qui dans les cages ? Bozon a tranché, et choisi Florian Hardy, le portier de la victoire il y a deux ans, avec Henri-Corentin Buysse en remplaçant. Devant lui, Hugo Gallet est toujours absent, victime d’un problème à l’épaule. Guillaume Leclerc, pas assez tranchant, a été renvoyé en tribunes et remplacé par Cédric Di Dio Balsamo, qui n’a pas joué depuis le match d’ouverture contre le Danemark. Damien Fleury dispute pour sa part son 68e match en Mondial élite, égalant le record de Laurent Meunier.

La Finlande doit se passer d’Eeto Luostarinen – coéquipier d’Alexandre Texier à KalPa – que l’on a aperçu se déplacer à l’aide de béquilles, et dont le tournoi semble terminé. Juho Lammiko est lui aussi en tribunes.

Charles Bertrand – photo Michel Bourdier

Trop d’indiscipline

Le match débute dans le camp français, avec une bonne charge de Thomas Thiry. Derrière, les Bleus n’arrivent pas à se dégager proprement et subissent quelques assauts intenses, tenus par Hardy. La France laisse passer l’orage et, après trois-quatre minutes, s’introduit timidement en zone offensive.

Malgré tout, le jeu quitte peu le camp tricolore, qui s’applique autant que possible. Après une déviation au-dessus d’Anttila, la Finlande pousse Texier à la faute avec une crosse haute.

La plus grosse occasion survient lorsqu’un tir sorti par Hardy est dévié… sur l’arbitre ! Le palet rebondit dans l’enclave, où Thiry défend sur sa ligne comme un beau diable devant Juha Jokiharju, monté aux avant-postes. Le disque est finalement gelé dans la confusion…

Le jeu en infériorité français s’en sort… presque. Texier n’a qu’un pied sur la ligne lorsque Kiviranta dévie une passe de Lindbohm entre les jambières de Hardy (0-1).

La France continue de subir et concède un accrochage de Thiry. Le jeu en infériorité se montre solide, même si Ritz manque de vitesse sur un contre – un défenseur en face avait cassé sa crosse. Dame-Malka commet alors un faire trébucher – au moment où un tir de la bleue percute la barre de Hardy – et contraint la France à un trois-contre-cinq pendant 48 secondes.

Hardy sauve devant Pesonen – Photo Michel Bourdier

Hardy multiplie les arrêts, notamment sur Pesonen, avant d’être une deuxième fois sauvé par le métal devant ce même joueur. Derrière, il arrête son dix-huitième tir en quinze minutes… La France revient au complet dans la souffrance.

Ces séquences combatives donnent un peu confiance. Texier et Rech d’abord, puis un tir de Manavian dévié par Claireaux, puis Bertrand en entrée de zone montrent enfin que la France a aussi un jeu offensif.

Le score reste à portée : 1-0 pour la Finlande, qui a largement dominé les débats, notamment le premier quart d’heure (20-5 au tir).

Tim Bozon – Photo Michel Bourdier

Les Bleus résistent

Le scénario ne change guère à la reprise. Toujours à la peine à la relance, les Bleus reculent. Texier bataille le long de la bande mais perd le palet. Rech avait anticipé dans la neutre et laisse donc le champ libre : Pesonen oriente vers Mikkola, seul au cercle gauche, qui s’avance et déjoue Hardy en lucarne (0-2).

Le compteur de tirs ne grimpe pas trop, mais la France se replace en difficulté sur une charge inutile de Valentin Claireaux qui lui coûte deux minutes. La défense est bien en place et lit bien le jeu : Di Dio Balsamo contre une passe et déboule en contre-attaque. Son échappée se termine par un tir croisé, repoussé de la botte par Lankinen. Les Bleus se sont créé la meilleure chance de la situation, et reviennent au complet.

Pierre Crinon – Photo Michel Bourdier

La France continue de défendre, plutôt bien, et Hardy contrôle les chances adverses, bloquant à mi-match Kaapo Kakko. La France cherche les contres et en obtient un lorsque Sacha Treille récupère et démarre en ligne droite. Il emporte tout sur son passage et son tir ne surprend pas Lankinen.

En ne concédant que sept tirs en douze minutes, les Bleus tiennent mieux la partie. Une obstruction de Sallinen leur donne une chance de venir titiller le gardien adverse. Cela combine bien : le duo Bertrand-Bozon crée un décalage au cercle gauche, et menace Lankinen de près. La péanlité est tuée, la Finlande repart à l’attaque et Hardy se jette sur un palet qui traîne dans son enclave.

L’indiscipline de Valier pèse encore sur la défense avec une infériorité. Hardy n’a pas un gros travail à effectuer, sa défense repoussant bien le jeu sur l’extérieur.

Un bon mouvement tricolore en attaque envoie Hakanpää en prison. La France cherche à se mettre en bonne position sur cet avantage, mais n’obtient qu’un tir à la dernière seconde.

Jordann Perret – Photo Michel Bourdier

Un dernier tiers fermé

À la reprise, la France ne profite pas de ses trente-quatre secondes de supériorité. Le jeu est cependant plus équilibré. Une interception de Valier offre ainsi une bonne chance à Bertrand en pivot, qui file juste à côté. Devant Hardy, la défense est toujours à la limite : la quatrième ligne française souffre énormément et est toute heureuse de voir un palet dévié trois fois filer juste hors cadre.

Si le troisième tiers se dispute dans un faux rythme, il n’est pas plus discipliné côté français : Guttig n’échappe pas au courroux des officiels pour un accrochage totalement inutile dans la neutre.

Berthon vole alors un palet, démarre à droite, attaque la cage… mais Lankinen le suit et, collé au poteau, sauve son équipe. Manninen est sanctionné sur l’action. À quatre-contre-quatre, ce sont plutôt les joueurs de Philippe Bozon qui font le jeu. Ils enchaînent avec une courte supériorité, mais leurs tirs sont bloqués.

Le match se ferme et les occasions se font rares. La Finlande tente souvent des tirs, mais ils viennent de la périphérie ou de loin, et l’accès à l’enclave leur est limité. Jusqu’à ce que Sallinen ne perfore la zone entre les cercles et ne fusille Hardy en hauteur d’un revers puissant (0-3).

Le portier angevin ferme en revanche la porte à Pesonen, servi par Kakko au deuxième poteau. Puis, Nicolas Ritz sauve un palet en hauteur : Manavian avait dévié un centre au dessus de l’épaule de Hardy.

Un contre permet à Bozon de percuter dans l’axe. Lankinen repousse son tir, mais Sallinen fait tomber l’ailier français. À 3’29 de la fin, c’est un jeu de puissance français. Le jeu est patient, avec Texier à la baguette. Il tente un tir avec Treille en écran et Fleury au rebond, sans réussite. La Finlande revient au complet sans dommage.

À 1’14 de la fin, la France concède un surnombre. La défense contre plusieurs tirs, avec le duo Perret-Ritz très haut. Plus rien ne sera marqué.

La France aura joué une partition défensive intéressante, et s’est peut-être rassurée dans les cages. La récupération sera courte : le prochain match, c’est dans moins de dix-huit heures, et il est critique pour l’histoire du hockey français.

Désignés joueurs du match : Florian Hardy (France) et Niko Mikkola (Finlande)

Philippe Bozon et le banc français – Photo Michel Bourdier

Commentaires d’après-match :

Cédric Di Dio Balsamo (attaquant de la France) : « C’est le sixième match d’affilée. La fatigue s’accumule, il y avait moins d’intensité, ça peut se comprendre. On a fait un bon match défensivement. C’est sur des petits détails que ça se joue. On répète à chaque match qu’il ne faut pas prendre de pénalités et on en prend encore. Ces moments de relâchement nous coûtent cher.
Ton sentiment sur ce premier Mondial ?
C’est pas compliqué, sauf sur les grosses nations ! Ça va vite, c’est intense, ça joue bien. Pour moi c’est une expérience incroyable. J’adore, je prends de l’expérience, j’apprends et je me donne à fond.
L’idée c’était d’en garder sous le pied pour demain ?
Pas du tout ! On prend chaque match les uns après les autres. On n’est pas là pour se retenir. On était là pour gagner. Tout le monde a travaillé sur la glace ce soir. »

Eliot Berthon (attaquant de la France) : « Dans l’ensemble, nous avons été plus solides défensivement que les matchs précédents. Mais nous ne gagnerons pas beaucoup de matchs en prenant autant de pénalités. Le match se joue là-dessus. On l’avait dit avant le match… Du coup, nous avons passé trop de temps à défendre. Nous avons tout de même montré notre caractère et travaillé fort, sans penser à demain.
Ton avis sur la Grande-Bretagne ?
Il faudra être forts mentalement, et ne pas se mettre trop de pression. Mettre du tempo, de l’intensité. On a prouvé par le passé que nous avions la force mentale sur ces matchs et nous devrons jouer en patron, dicter le rythme du match. Il faudra mettre du patinage, ils ont des faiblesses et à nous de les exploiter. Et ne pas manquer nos chances en supériorité, être aussi solides que ce soir en infériorité. Ce soir, nous avons eu des occasions en infériorité, c’est assez rare d’en avoir autant. Nous aurons besoin d’une grande performance défensive, de beaucoup de solidarité : nous devons gagner ensemble. »

Jonathan Janil (défenseur de la France) : « Oui, nous avions la Grande-Bretagne dans un coin de la tête, mais nous croyions vraiment à l’exploit ce soir et nous n’avons pas joué en pensant au match d’après. Faire un bon match ce soir était la meilleure façon de préparer celui de demain. La Finlande, on sait ce que c’est, mais nous avons tenté nos chances sans réussir à les convertir.
Les pénalités, c’est notre péché mignon contre les grosses nations malheureusement. On perd de l’énergie à les tuer, ce qu’on a bien fait ce soir, et cela n’aide pas ensuite à avoir l’énergie à cinq-contre-cinq. Maintenant, nous avons essayé ce soir et échoué, il faut tourner la page.
Ton avis sur la Grande-Bretagne ?
Cela fait quoi, dix, onze ans qu’on est en élite ? On a vécu pire que ça, je pense au match contre la Lettonie à Prague. À nous de leur montrer qui est le patron, et leur montrer qu’une place en élite se paie chèrement. Il ne faudra pas se précipiter, ne pas jouer avec la peur au ventre. Nous avons assez d’expérience et de talent. Maintenant, il faut penser à la récupération. »

Philippe Bozon (entraîneur de la France) : « On a essayé de jouer. Nous voulions rester compacts au début du match et bien organisés dans la neutre. Je pense qu’on l’a bien fait. Après, c’est le même scénario que contre la Slovaquie et les Etats-Unis. Les pénalités cassent notre momentum. Mais même à 1-0, 2-0 on a continué à travailler. C’est un match qui va nous aider pour demain.
Qu’est-ce qui a dicté votre choix d’aligner Hardy ?
Il a souvent sorti de gros matchs contre les grosses nations, il aime ça. Il avait déjà battu la Finlande par exemple. C’est une décision qui pouvait nous aider à voler le match et il a fait une grande partie.
Qui débutera demain du coup ?
Nous avions une idée avant le match, mais on va réfléchir ce soir.
Le jeu en infériorité a obtenu plusieurs chances ce soir…
Oui, nous avons des joueurs qui ont de la vitesse, c’est important dans cet exercice car il faut vite bouger dans de petits espaces. Parfois, cela donne des contres comme ce soir, les joueurs ont utilisé leur vitesse mais ça n’a pas payé.
Hugo Gallet sera là demain ?
Le staff médical fait tout pour, on va essayer.
Vous avez étudié la Grande-Bretagne, qu’est-ce qu’elle vous inspire ?
Ils ont une grosse éthique de travail, ils jouent fort sur soixante minutes. Ils ont une bonne discipline défensive en jouant très regroupé, parfois à cinq devant leur gardien et c’est compliqué de placer du monde devant. Offensivement, ils lancent des contres qui peuvent être dangereux et lancent à la cage dès que possible, un peu comme le jeu nord-américain. On sait tout ça, nous il nous faudra rester concentrés sur notre jeu. Mettre de la vitesse et de l’intensité. Le Danemark a fait sauter leur bille tout de suite et ils ont pu gérer derrière. Nous devrons nous en inspirer. Rentrer dans l’enclave avec de la vitesse, amener le palet à la cage. Et ne pas paniquer si le début de match ne correspond pas à nos attentes. »

Photo Michel Bourdier

France – Finlande 0-3 (0-1, 0-1, 0-1)
Dimanche 19 mai 2019 à 16h15. Steel Arena de Kosice, Slovaquie. 4682 spectateurs.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Gordin Schukies (ALL) assistés de Andrew Dalton (GBR) et Dmitri Shishlo (RUS)
Pénalités : France 14′ (6′, 4′, 4′), Finlande 8′ (0′, 4′, 4′)
Tirs : France 21 (5, 6, 10), Finlande 47 (20, 12, 15)

Récapitulatif du score
0-1 à 09’24 : Kiviranta assisté de Lindbohm et Tyrväinen
0-2 à 21’51 : Mikkola assisté de Pesonen et Kaski
0-3 à 52’31 : Sallinen assisté de Savinainen et Kuusela

Sacha Treille et Niko Mikkola – Photo Michel Bourdier

France

Attaquants :
Alexandre Texier (2′, -2) – Anthony Guttig (2′, -1) – Anthony Rech (-1)
Timothé Bozon – Valentin Claireaux (A, 2′) – Damien Fleury (C)
Sacha Treille (-1) – Peter Valier (2′, -2) – Charles Bertrand (-1)
Jordann Perret – Nicolas Ritz – Eliot Berthon
Cédric Di Dio Balsamo (-1)

Défenseurs :
Florian Chakiachvili (-1) – Thomas Thiry (2′, -3)
Olivier Dame-Malka (2′, -2) – Kévin Hecquefeuille (A)
Jonathan Janil – Antonin Manavian
Pierre Crinon

Gardien :
Florian Hardy

Remplaçant : Henri-Corentin Buysse (G). Réservistes : Sebastian Ylönen (G), Hugo Gallet (D, épaule), Guillaume Leclerc (A)

Finlande

Attaquants :
Toni Rajala – Arttu Ilomäki (+1) – Niko Ojamäki
Harri Pesonen (+1) – Sakari Manninen (2′) – Kaapo Kakko (+1)
Veli-Matti Savinainen (A, +1) – Jere Sallinen (4′, +1) – Kristian Kuusela (+1)
Joel Kiviranta (+1) – Juhani Tyrväinen (+1) – Marko Anttila (C, +1)

Défenseurs :
Mikko Lehtonen (A, +2) – Atte Ohtamaa (+1)
Petteri Lindbohm (+1) – Henri Jokiharju
Niko Mikkola (+1) – Oliwer Kaski (+1)
Miika Koivisto – Jani Hakanpää (2′)

Gardien :
Kevin Lankinen

Remplaçant : Veini Vehviläinen (G). Réservistes : Juho Olkinuora (G), Eetu Luostarinen (A, blessé), Juho Lammikko (A).

Photo Michel Bourdier

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