Bilan KHL (I) : l’expansion internationale bat de l’aile

474

Nous commençons notre premier volet de notre analyse de la KHL par le bas du tableau. Des clubs qui ont vécu toute l’année dans l’angoisse de perdre leur place et dans une situation financière souvent peu enviable. Une triste réalité qui a fini par rattraper les ambitions claironnées d’expansion internationale de la KHL.

 

Admiral Vladivostok (21e) : même la nourriture est rationnée

L’Admiral Vladivostok avait été ré-inscrit en KHL à la condition sine qua non de payer les 100 millions de roubles de dettes résiduelles à ses anciens joueurs et créanciers. Mais le directeur général Nikita Soshnikov a voulu jouer au plus fin : il a nié l’existence de l’accord conclu en sa présence, expliqué la bouche en cœur qu’il ne lui était légalement pas possible de payer les dettes contractées par l’entité légale précédente envers des gens avec lesquels il n’a aucun rapport.

La KHL, échaudée par le précédent du Dynamo Moscou, voulait justement éviter à tout prix que le redémarrage sous une nouvelle structure légale devienne la norme, ce qui aurait porté un coup fatal à son image : en octobre, elle a suspendu Soshnikov et son adjoint Aleksandr Selivanov. Des joueurs ont alors levé le voile sur leurs méthodes d’économie, qui concernaient l’habillement (une seule tenue en toute saison), les voyages (lignes régulières avec excédent de bagages à leurs frais) et surtout la nourriture puisqu’ils devaient signer lorsqu’ils prenaient une portion de céréales !

Les performances obtenues dans ces conditions ont plutôt convaincu que cette équipe était capable de mieux en commençant la saison normalement. Encore faut-il pouvoir conserver les joueurs qui avaient signé au salaire minimum mais qui se sont parfois révélés à l’instar du gardien Nikita Serebryakov, ancien numéro 2 devenu titulaire. Après avoir annoncé ne pas vouloir s’en séparer, l’Admiral n’a pas réussi à retenir le défenseur Stepan Zakharchuk, dont le passage à Vladivostok aura été marquant. Il a pris 15 matches de suspension dès sa première partie avec le club (!), moins pour la faute elle-même – une charge contre la bande sur un joueur qui se retournait à ce moment-là – que pour son lourd casier. C’est la cinquième fois qu’il blessait un adversaire en KHL. L’entraîneur de l’Admiral, Sergei Svetlov, veut croire que c’est juste un effet malheureux de la différence de taille.

 

Severstal Cherepovets (22e) : un licenciement qui fait un heureux

Parfois un avis extérieur, exprimé avec vigueur, permet de se faire une bonne idée de la situation d’un club. Voyez ce que Pavel Buchnevich, attaquant des New York Rangers qui rentre à Cherepovets chaque été, a déclaré à Sport Express au sujet de son club formateur : « Je suis très content que le directeur général Aleksei Koznev ait été renvoyé du club. Vraiment heureux. Regardez l’effectif qu’il a composé pour cette saison. C’est un cauchemar. Les trois étrangers sont faibles. Prenez Carter Ashton. Je me souviens de lui au Torpedo, un robocop de la quatrième ligne. Et au Severstal il est sur le premier trio. Ce n’est pas sérieux, comment gagner avec un tel premier trio ? Et il a viré l’entraîneur alors que c’est lui qui est à blâmer ? Très triste pour le club. »

À vrai dire, on s’attendait à ce que le Severstal vive une saison difficile après le départ à la capitale de la vedette locale Dmitri Kagarlitsky. Avec un budget identique, renouveler l’équipe à 40% était une gageure. Répéter la qualification en play-offs eût été un exploit encore plus considérable que l’an passé. L’entraîneur Aleksandr Gulyavtsev y a donc laissé son poste. Son successeur Andrei Razin a été choisi pour secouer les joueurs avec sa méthode forte, mais il n’y a pas eu de miracle.

Au moins le pire a-t-il été évité. Le peu médiatique Severstal était mal en point au classement multi-critères de la KHL et risquait de faire expulser de la ligue en fin de saison. Mais alors que son expansion internationale bat de l’aile de plus en plus, la KHL n’a finalement exclu aucun club russe.

 

Amur Khabarovsk (23e) : un assistant-coach très spécial…

Après son renvoi de Cherepovets, Aleksandr Gulyavtsev a connu deux mois de repos, puis a été embauché le 12 janvier par l’Amur Khabarovsk, l’autre club bien content que la KHL ait en fin de compte décidé de garder tout le monde. Gulyavtsev a remplacé Nikolaï Borshchevski, que l’on a accusé d’avoir épuisé son équipe déjà fatiguée par les longs voyages depuis l’Extrême-Orient. Entraîneur russe à l’ancienne, il n’accordait jamais de jour de repos de peur que les joueurs les passent à se soûler…

Gulyavtsev a choisi un adjoint (Pavel Torgayev), mais pas l’autre. Il se dit que c’est l’influent Vyacheslav Fetisov (qui a donné son nom à l’aréna locale) qui a soufflé le nom d’Aleksandr Yudin, l’ancien goon nommé assistant-coach chargé de la défense après quatre années de chômage. Yudin, qui écoute toujours Bon Jovi en boucle et sécrète naturellement de l’adrénaline en excès, a par exemple expliqué à l’entraînement à ses joueurs médusés qu’il faut mettre la crosse entre les jambes de l’attaquant puis la lever pour « faire passer l’envie de jouer ». Elle a bien changé, l’école russe de hockey…

Toujours encadré par des joueurs tchèques avec des succès variés (Tomas Zohorna meilleur marqueur, Filippi et le gardien Kasik vite virés), l’effectif de l’Amur a eu comme révélation de l’année Igor Rudenkov, qui s’est découvert un bon potentiel offensif pour sa troisième année au club et a aussi conduit la Russie à la médaille d’or des Universiades en tant que capitaine.

 

Dynamo Minsk (24e) : pas d’entraîneur, moins d’argent et moins d’étrangers

Si la KHL a gardé ses clubs russes, c’est que ce sont deux clubs étrangers qui ont fini aux deux dernières places de la ligue. Le Dynamo Minsk a connu une saison très médiocre, mais il a eu le mérite de conserver son équipe jusqu’au bout même si la qualification a vite paru impossible. Le club a démenti en décembre la rumeur du départ de son meilleur marqueur, l’ailier finlandais Teemu Pulkkinen, et il est effectivement resté jusqu’à la fin de la saison régulière. Mais si le club biélorusse n’a pas faussé le championnat par un « déstockage » comme d’autres avant lui, il n’a pas vraiment construit à long terme. C’est surtout la saison suivante qui inquiète.

Déjà, le club a attendu le 11 mai pour annoncer que l’entraîneur Andrei Sidorenko ne serait pas reconduit. La raison en est simple : il est aussi le sélectionneur de l’équipe nationale, et il fallait attendre qu’il remplisse la mission de faire remonter le Bélarus dans l’élite mondiale. Pire, alors qu’un accord avait été trouvé avec un potentiel successeur, Aleksandr Andrievsky, et que sa double nomination (club/sélection) avait été approuvée par le comité national olympique, la signature a capoté en raison de divergences de vue. En arrière-fond : il n’acceptait pas une réduction du nombre d’étrangers, voire de son salaire, conséquence d’une nouvelle diminution annoncée du budget…

Le Dynamo Minsk avait donc six joueurs sous contrat à fin mai, quand les autres clubs de KHL ont déjà des effectifs presque complets. Qui plus est, il n’a toujours pas d’entraîneur. La cause en est directement le Président de la République, Aleksandr Lukashenko. C’est encore lui qui a plaidé pour la réduction de 6 à 4 étrangers au sein de l’équipe, directement dans un communiqué du service de presse présidentiel. Il y expliquait que le Dynamo n’était pas meilleur que les clubs du championnat biélorusse qu’il a affronté dans une série de rencontres, que tout le monde a deux bras, deux jambes et une tête, et qu’on n’a pas besoin de mercenaires dont les absences (pour blessure ou maladie) traduiraient la faible motivation.

Amener des étrangers pour ne pas atteindre des play-offs ne sert à rien, dit en substance le président moustachu. À ce compte, il est vrai qu’une équipe plus locale ne pourrait pas faire bien pire. Et comme elle est financée par l’argent de l’État, on peut comprendre qu’il y ait d’autres priorités. Jamais le Dynamo n’a manqué les play-offs trois ans de suite : cela risque fort d’arriver dès l’an prochain dans ce contexte.

 

Slovan Bratislava (25e) : encore un club « européen » en moins

Le Slovan a fait de son mieux pour être compétitif, avec une belle série de 5 victoires en octobre, mais il ne s’est jamais vraiment remis des deux matches de gala organisés à Vienne face aux deux adversaires les plus forts (CSKA Moscou et SKA Saint-Pétersbourg). Humiliée par deux fois (0-9 et 0-7), l’équipe slovaque a ensuite totalement décroché. Cet « évènement » viennois n’aura pas vraiment eu le retentissement positif escompté. La star du SKA Nikita Gusev a dit que c’était un match comme un autre et a dit qu’il ne sentait pas que la KHL poussait vers l’Europe. Le président de la ligue Dmitri Chernyshenko s’est senti obligé de répliquer qu’il lui enverrait toutes les informations sur les efforts de promotion effectués par la KHL…

La réalité est que, efforts ou pas, l’expansion européenne de la KHL a sérieusement du plomb dans l’aile. Elle ne conquerra pas le marché autrichien, et au contraire, elle a perdu la Slovaquie. La décision annoncée de « garder tout le monde » s’est vite heurtée à la situation financière de plus en plus dégradée du Slovan Bratislava. En mai, la KHL a publié deux calendriers, un avec et un sans le Slovan. C’était le prélude à la décision inévitable d’ouvrir la procédure d’exclusion du club slovaque.

Comme les autres clubs étrangers, le Slovan avait intégré la KHL sous perfusion d’argent russe. Gazpromexport figurait sur les maillots cette saison. En avril, le club avait annoncé l’arrivée d’un investisseur, une entreprise russe de renom, qui serait prêt à financer la nouvelle saison… mais il a finalement renoncé devant les dettes cumulées. On évoque une ardoise de sept millions d’euros. Le Slovan Bratislava va retourner dans le championnat slovaque, mais il n’a pas encore rempli les conditions de sa licence, en particulier à cause de ses dettes envers les joueurs et envers la ville de Bratislava (pour le loyer de la patinoire). Et l’exemple du Medvescak – dont le retour dans la ligue autrichienne s’est transformé en débâcle – montre que le financement « post-KHL » n’a rien de simple. On peut se demander si le Slovan n’a pas trop tardé à entreprendre ce retour en laissant la dette gonfler au fil des ans.

Les commentaires sont fermés.

felis ipsum accumsan dolor. Lorem id Phasellus ipsum luctus Nullam Aliquam in