Gloria !

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Un dernier match. Un dernier vainqueur, qui soulèvera la coupe Stanley. Lorsque toute une saison se joue sur une ultime rencontre, la pression est immense. La fatigue, les blessures, sont évacuées et les joueurs serrent les dents.

À St. Louis, le match est retransmis sur écran géant dans la patinoire et les 18000 places sont parties en dix minutes. À Boston, l’effervescence est tout aussi forte : la ville est certes habituée des titres, mais elle espère succéder à Detroit (1938) avec trois champions des sports majeurs la même année (NFL, MLB).

Les deux entraîneurs se sont sans doute cassé la tête sur leurs alignements. Craig Berube a décidé de sortir Robert Bortuzzo, remplacé par Joel Edmundson, et Robert Thomas, retranché avec le retour d’Ivan Barbashev de suspension. En face, les Bruins conservent Karson Kuhlman aux dépens du vétéran David Backes.

Les Blues en mode hold-up

Dès les premières présences, St. Louis fait le jeu, porte le disque vers l’avant. Boston perd des palets dans son propre camp, se heurte à des crosses actives dès qu’ils attaquent, à l’image d’une intervention de Sundqvist sur Acciari au rebond près du but. Sur la mise au jeu, Krug expédie le premier tir dangereux sur Binnington.

Un revirement de Parayko permet à Johansson de lancer un tir croisé, sorti à nouveau par le gardien des Blues, alors que l’équipe locale commence à se montrer plus menaçante. Acciari, Kuraly insistent sur une action confuse où un arbitre dévie un dégagement de St. Louis plein axe…

Après huit minutes assez fermées et très disputées, Parayko dégage le palet au-dessus du plexiglas suite à une mise au jeu et place le jeu de puissance des Bruins en position. Avec presque 33% de réussite dans ces playoffs, la menace est d’importance. Binnington s’emploie et sauve de justesse un tir dans l’axe de Marchand juste sous son bras. Bergeron, dans l’enclave, échoue aussi face au rookie. Krejčí s’infiltre dans le dos d’un défenseur et vient lui aussi reprendre de près, et la jambière de Binnington ne cède pas.

Les Blues survivent grâce à leur gardien, et ne comptent toujours qu’un seul tir – celui lancé après 27 secondes – en dix minutes. La pression ne retombe pas. Un cafouillage dans la défense entre Sanford, Dunn et Edmundson permet à Johansson de percuter, et de se présenter seul contre Binnington, qui repousse encore.

St. Louis a fait le dos rond. À deux minutes de la pause, les visiteurs sortent de leur boîte. Blais inflige une sévère mise en échec et récupère le palet, qui finit par revenir à la bleue. Le vétéran Jay Bouwmeester envoie un tir flottant, et Ryan O’Reilly place sa crosse sur la route pour l’ouverture du score, sur le troisième tir des Blues seulement (0-1).

Boston rugit pour répondre et Binnington sauve le barrage. C’est alors que Jaden Schwarz intercepte et démarre en contre, fixe, trouve Alex Pietrangelo en retrait. Le capitaine a profité d’un changement de ligne hasardeux de Marchand, qui était en toute fin de présence, pour s’ouvrir la porte. Le capitaine des Blues s’infiltre et efface Rask du revers à huit secondes de la pause (0-2). Les Bruins ont dominé 12-4 au tir, mais les Blues se sont montrés diablement réalistes.

Binnington intraitable

Les locaux partent à l’abordage dès la reprise, avec un beau mouvement de Pastrňák entre ses jambes et un tir du revers. Le jeu est encore déséquilibré : Blais ne lance le premier tir de St. Louis qu’après cinq minutes.

Ceci dit, les joueurs de Craig Berube verrouillent mieux la neutre et les entrées dans leur zone, limitant les chances adverses. Si chaque palet est âprement disputé, les occasions se font rares sur les deux cages.

Un schéma qui favorise largement les Blues, à leur rythme. Un revirement ouvre un 2-contre-1 et un centre vers le but est dévié par Schenn devant Rask, qui repousse sur sa barre. La rondelle est dégagée dans la confusion par Chara sur sa ligne, mais cela lance un temps fort des Blues et augmente encore l’intensité du match : aucun coup de sifflet pendant de longues minutes, et un jeu qui file d’un but à l’autre.

Binnington tient toujours, et compte 21 arrêts à l’approche de la deuxième pause – Carlo, Coyle se heurtant encore au dernier rempart. Heinen, à quelques secondes de la pause, n’a pas plus de réussite : 22 tirs à 9, mais St. Louis mène dans la seule catégorie qui compte, les buts, et voit se profiler son premier titre.

Un froid réalisme

Boston a beau avoir le double de tirs et de tentatives, les chances les plus marquantes viennent des visiteurs. Un 3 contre 1 permet à Barbashev, en retrait, de tester Tuukka Rask, puis Tarasenko, lancé à gauche, menace la plaque du Finlandais suite à un changement de ligne adverse trop lent.

Le rythme du match ne fait qu’augmenter : duels, mises en échec, accélérations… St. Louis défend à la perfection, avec toujours une crosse, un tir bloqué (17 déjà dans le match), et surtout une zone neutre quadrillée au millimètre.

Les rares fois où la défense laisse passer un assaut, Jordan Binnington est là pour fermer la porte : grand écart spectaculaire sur Nordström à onze minutes de la fin, sans doute l’arrêt du match.

Car Boston se découvre et se fait punir en contre. Tarasenko chasse un palet dans le coin et parvient à trouver Schenn en retrait, plein axe : la volée au ras du poteau est trop rapide pour Rask (0-3).

Binnington, dans sa zone de confort, sauve encore un tir de Pastrňák comme à l’entraînement, puis la mitaine sur Krug de la bleue.

La confiance ne quitte pas les Blues, à l’efficacité léthale. David Perron gagne un duel le long de la bande, sort du coin tout en technique et offre un caviar au deuxième poteau pour Zach Sanford, pour son premier but en playoffs en carrière (0-4). Lancé dans les playoffs seulement au match 3 de la finale, Sanford aura eu un énorme impact dans cette série.

Quatre minutes à faire, et Rask laisse sa place à un attaquant. L’espoir a quitté le public et de nombreux spectateurs désertent la patinoire. Il reste deux minutes lorsque le blanchissage de Binnington s’envole sur un tir en lucarne précis de Grzelcyk, avec l’aide de la barre (1-4). Insuffisant, bien sûr…

Gloria peut résonner : St. Louis remporte la première coupe Stanley de son histoire, à l’extérieur. Une performance remarquable, grâce à son gardien rookie Jordan Binnington, qui entre dans le livre des records. Il compte 16 matchs gagnés en playoffs, un de plus que les rookies Hextall, Ward, Murray, Roy…

L’équipe était 31e au 3 janvier, et, sous la houlette de Craig Berube, entraîneur par intérim (!), les Blues sont revenus de l’enfer – en décembre, Bortuzzo et Sanford s’étaient même battus à l’entraînement. C’est la première fois qu’une équipe dernière au quart de la saison remporte le trophée suprême. Après 52 ans d’existence…

Jay Bouwmeester, après 17 saisons, soulève la coupe juste après son capitaine Alex Pietrangelo, et devient le 29e joueur du Triple Gold Club (or olympique, or aux Mondiaux, coupe Stanley), lui qui avait joué près de 800 matchs en carrière avant de découvrir les playoffs.

Il la donnera en troisième à… Chris Thorbun, 36 ans, qui n’aura joué cette saison que 3 présences (1’52 au total) le 13 octobre, avant de jouer en ligue mineure, lui qui est sans doute proche de la retraite.

Ryan O’Reilly voulait quitter Buffalo car il en avait assez de perdre : le voila nanti d’un trophée Conn Smythe de meilleur joueur des playoffs – meilleur marqueur de la finale et un but dans chacun des quatre derniers matchs – et d’une coupe Stanley. Il révèlera après la finale qu’il a joué les deux derniers tours avec une côte fêlée…

Gloria… cette vieille chanson de Laura Branigan en 1982 (reprise en anglais de la chanson d’Umberto Tozzi), passée en boucle dans un bar de Philadelphie le 6 janvier, et qui a servi de cri de ralliement à une équipe au fond du gouffre. La veille du premier match NHL de Jordan Binnington. Une légende est née !

De quoi fêter sur Market Street, en compagnie de la jeune Laila, leur jeune supportrice victime d’une maladie rare, que Parayko a pris sous son aile…

Boston Bruins – St. Louis Blues 1-4 (0-2, 0-0, 1-2)
St. Louis remporte la coupe Stanley 4-3.
Mercredi 12 juin 2019, 19h. TD Garden de Boston. 17565 spectateurs.
Arbitrage de Gord Dwyer et Chris Rooney assistés de Scott Cherrey et Derek Amell.
Pénalités : Boston 0′ (0′, 0′, 0′), St. Louis 2′ (2′, 0′, 0′)
Tirs : Boston 33 (12, 11, 10), St. Louis 20 (4, 6, 10)

Récapitulatif du score
0-1 à 16’47 : O’Reilly assisté de Bouwmeester et Pietrangelo
0-2 à 19’52 : Pietrangelo assisté de Schwartz
0-3 à 51’25 : Schenn assisté de Tarasenko et Schwartz
0-4 à 55’22 : Sanford assisté de Perron et O’Reilly
1-4 à 57’50 : Grzelcyk assisté de Krejčí

St. Louis Blues

Attaquants :
Jaden Schwartz (+2) – Brayden Schenn (+2) – Vladimir Tarasenko (A, +1)
Zach Sanford (+1) – Ryan O’Reilly (+2) – David Perron (+2)
Samuel Blais (+1) – Tyler Bozak – Patrick Maroon
Oskar Sundqvist (-1) – Ivan Barbashev (-1) – Alexander Steen (A)

Défenseurs :
Carl Gunnarsson – Alex Pietrangelo (C, +3)
Jay Bouwmeester (+2) – Colton Parayko (2′)
Joel Edmundson – Vince Dunn (+1)

Gardien : Jordan Binnington
Remplaçant : Jake Allen

Réservistes notables : Chris Thorburn (A), Michael Del Zotto (D), Chris Butler (D), Robby Fabbri (A), Robert Bortuzzo (D), Robert Thomas (A)

Boston Bruins

Attaquants :
Brad Marchand – Patrice Bergeron (A) – David Pastrňák (-2)
Jake DeBrusk – David Krejčí (A) – Karson Kuhlman (-1)
Marcus Johansson (-1) – Charlie Coyle – Danton Heinen
Joakim Nordström (-1) – Sean Kuraly (-2) – Noel Acciari (-1)

Défenseurs :
Zdeno Chara (C, -1) – Charlie McAvoy (-2)
Torey Krug (-1) – Brandon Carlo (-1)
John Moore – Matt Grzelcyk (-1)

Gardien : Tuukka Rask
Remplaçant : Jaroslav Halák

Blessés : Chris Wagner (A, bras), Kevin Miller D, bas du corps), Urho Vaakanainen (D, commotion). Réservistes notables : Connor Clifton (D), Lee Stempniak (A), Steven Kampfer (D), David Backes (A)

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