Le regard des Bleus : Thomas Thiry (2/5)

Photo Michel Bourdier
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Deuxième volet de nos cinq interviews de joueurs de l’équipe de France : le 13 mai dernier, Thomas Thiry répondait aux questions d’Hockey Archives, au lendemain des premiers matchs du Championnat du monde contre le Danemark et contre les États-Unis.

De ses débuts à Megève à sa saison à Zoug, retour sur la vie quotidienne d’un hockeyeur de haut niveau et sur son regard sur l’évolution du hockey français.

Les débuts
TT : J’ai découvert le hockey grâce à mon père, qui a pratiqué plusieurs sports dont le hockey. Il m’en a fait tester plusieurs et j’ai débuté le patin à Megève. Au départ, ça ne me plaisait pas vraiment mais il a insisté. Et un jour, lors d’un entraînement ou d’un match je ne sais plus, j’ai vu les joueurs avec les casques, les crosses, les plastrons… J’ai eu l’impression de voir des chevaliers et tous les enfants veulent être soit pompier soit chevalier !

Quel était ton modèle, de quel joueur tu t’inspires ?
Je n’ai pas vraiment de modèle. J’ai commencé en attaque, puis très vite en défense car c’était plus mon état d’esprit. Je dirai Antoine Roussel, par son parcours vers la NHL. C’est un exemple, pour sa combativité. Il ne lâche jamais rien. J’espère pouvoir le côtoyer en bleu, je n’ai pas encore eu cette chance.

Mon modèle sinon, ce serait mon capitaine en club, Raphael Diaz. Il est capitaine de Zoug et de l’équipe nationale suisse. C’est un modèle de travail, un modèle dans le sport et en dehors. Par son jeu offensif et défensif, il ne s’arrête jamais, il travaille dur pour améliorer des détails alors qu’il a quand même touché la NHL. C’est un leader, il inspire respect et confiance. On a envie de le suivre.

Tu as des superstitions, des routines ?
Plein ! Cela vient au fur et à mesure, quand quelque chose marche… Cela m’aide à me concentrer sur le jeu, tout le reste est déjà programmé dans ma tête – l’heure du réveil, les repas – et du coup je n’ai pas à m’en occuper. Cela commence par l’heure du lever, je mange la même chose les jours du match, au petit déjeuner, au déjeuner et à la collation. L’heure et le temps de sieste sont les mêmes. Je fais les mêmes exercices d’échauffement, de récupération, avec les mêmes durées. J’écoute la même musique, avec une musique pour chaque instant. La façon de s’habiller, dans le même ordre, en commençant par le côté gauche, chaque pièce de l’équipement à un temps précis… Chaque joueur a ses petits rituels. C’est surtout pour se rassurer en fait, quand quelque chose s’est bien passé…

On lit beaucoup d’articles sur la nutrition pour le sport de haut niveau. Qu’en penses-tu ?
Oui, l’équipe de France insiste beaucoup là-dessus. Le repos et la nutrition font partie de l’entrainement et de la compétition. Nous n’avons pas un régime spécifique à chaque joueur. Mais notre corps est notre outil de travail et il faut en prendre soin. Si on mange bien, les performances suivront. Sinon, nous aurons les jambes lourdes. Nous avons régulièrement des rappels du staff médical, pour l’équilibre – protéines, féculents, légumes.

Nous avons minimum quatre repas par jour : petit déjeuner, déjeuner, collation et soir. Certains clubs ont des nutritionnistes, mais ce n’est pas le cas à Zoug. J’avais été en contact avec un coach qui m’avait conseillé de prendre six repas par jour, mais c’est trop pour moi ! Chaque joueur gère de façon personnelle de toute façon. Même quand nous faisons les courses, nous faisons attention.

Quelle préparation à l’intersaison ?
Elle commence avec des contacts avec le préparateur physique, mais surtout lors du meeting d’équipe de fin de saison avec l’entraîneur. On y fait le bilan de la saison, avec les points forts et les points à travailler. On note tout cela, puis nous effectuons un travail général, plus des séances spécifiques pour se concentrer sur les lacunes repérées lors du meeting.

L’entraînement se fait deux fois par jour, une séance le matin et une l’après-midi. La routine est souvent la même : lundi musculation, mardi explosivité/vitesse… Nous avons des tests cardio réguliers pour voir les améliorations. on fait des calculs sur la vitesse, le rapport force/poids… Un peu de glace aussi, une fois par semaine, pour garder les sensations. Le travail du patinage et des tirs, simplement toucher la glace. Nous avons aussi accès à des stands de tirs afin de travailler la précision, optimiser son tir, travailler la force.

Le samedi, c’est kickboxing pour ceux qui le souhaitent… Nous travaillons avec un champion suisse. Le but est d’apprendre à se libérer, à prendre confiance en soi, mais aussi à recevoir et donner des coups. Cela aide à se découvrir soi-même et à avoir moins peur d’aller au contact avec plus d’agressivité devant la cage.

Photo Michel Bourdier

Parlons un peu de la vie quotidienne : qui est le DJ des Bleus ?
Nous ne l’avons pas encore trouvé ! Chacun gère un peu selon ses goûts, pour rester dans sa bulle. Chacun écoute selon ses préférences.

Et la vie moderne, les réseaux sociaux… ?
La première règle que nous apprennent les staffs, les équipes, les familles : ne pas y aller ! Car on peut y lire des critiques sévères, il y a de tout. Cela fait partie du jeu, c’est sûr. J’aime bien y aller un peu, voir les avis, souvent ça me fait rire. Pendant les compétitions, comme le Mondial ou les playoffs, il faut faire très attention avec le monde extérieur. Il y a des caméras partout, nous sommes au centre de l’attention et il vaut mieux fermer sa bulle.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui veut devenir joueur de haut niveau ?
Se dire que ce n’est pas facile, pas impossible mais pas facile. Le travail, c’est le plus important. Il y a le talent bien sûr, mais le travail avant tout. Il ne faut jamais abandonner. Il y aura des hauts et des bas, c’est ça qui fait l’intérêt du sport. Mais ne jamais abandonner. Celui qui abandonne un jour abandonne toute sa vie. Même si c’est dur, il faut avancer, ça paiera un jour et la balance penchera dans le bon sens. Il faut avoir des rêves, se faire plaisir aussi. On oublie que c’est un jeu, un sport et que quand on était gamins on le faisait pour s’amuser. Là, c’est pareil, il faut avoir du plaisir et ne pas se prendre la tête.

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