Interview de Sébastien Oprandi (manager de Gap)

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Alors que les équipes de Ligue Magnus sont en pleine préparation à un mois de la reprise du championnat, le manager général des Rapaces de Gap, Sébastien Oprandi, a accepté de répondre à nos questions.

Après plusieurs saisons de travail aux côtés de Luciano Basile, le club a décidé de changer de staff. Quelles sont les raisons de ce changement et comment s’est-il déroulé?

Sébastien Oprandi : Il s’agissait de faire un bilan du club. Tout cela a été motivé par des raisons budgétaires et de projet, en baissant fortement la voilure. On perd de l’argent chaque année. On le comprend mieux à cette époque de l’année car on constate que des clubs ne passent pas le « cut » chaque saison. Il ne faut pas penser que cela ne concerne que les autres. On a encore présenté un bilan négatif la saison dernière, qui se cumule avec le précédent, malgré l’accès en demi-finale. (…) Réellement, il faut se rendre compte qu’un budget de Ligue Magnus, c’est essentiellement en fonction de recettes et c’est très aléatoire. On est allé au bout du bout du projet Top 4, qui était un projet que personnifiait Luciano. Dans la billetterie, oui, il y a un attrait pour une équipe performante, mais il faut aussi tenir compte de la quantité de matchs et la structure du calendrier. Pour une ville comme Gap, le calendrier est très concentré et ce n’est pas une bonne chose au niveau billetterie. La fréquence des matchs n’optimise pas nos recettes.

On a pu voir que les clubs, en général, ont subi une baisse d’affluence sur les trois dernières saisons.

Oui, mais cela dépend de divers facteurs : si on va avoir plus de matchs le mardi, entre Noël et Jour de l’An, si les partenaires suivent, le niveau identique des subventions,… Tout cela est fluctuant et nous marchons sur des budgets et des périodes d’années civiles. Et à Gap, en quelque sorte, nous « forcions le trait », pour tenir ce projet ambitieux censé attirer du monde.

Comment se présente la situation budgétaire, cette saison, pour le club de Gap?

Il faut rattraper le passif des années précédentes. C’est ce qui fait que l’on a coupé avec Luciano. Ça aurait pu arriver également s’il avait pris la sélection. On voit ce qu’il s’est passé avec Philippe Bozon. Au bout d’une année, il prenait la totalité du poste. C’est pour cela qu’Éric Blais avait reçu une prolongation de contrat, en nous projetant sur le fait que cette année il serait entraîneur. On avait l’espoir, surtout pour lui, que Luciano devienne le sélectionneur de l’équipe de France.

Tout cela a été fait pour assurer une pérennité. Nous sommes passés devant la commission de contrôle et de gestion qui nous a validés, parce qu’il y a eu des efforts.

Sur les indicateurs, suite à la non-reconduction, j’avais une forte crainte de diminution des recettes partenaires, me posant la question de la billetterie avec ou sans Luciano. J’avais déjà réduit la voilure au niveau de l’effectif. Avec une équipe moins « sexy », si ça ne tourne pas en terme,s de résultat, forcément il va y avoir une chute dans l’année. La stratégie, c’était de monter l’équipe et rassurer assez rapidement, au regard de la campagne d’abonnement.

Au final au niveau partenaires, nous sommes mieux par rapport à la fin d’année dernière, et pour les abonnements on centralise un plus grand nombre d’achats que l’année précédente, à la même époque.

Gap, sur les cinq dernières saisons, a atteint quatre fois les demi-finales. Quels sont les objectifs sportifs en championnat et en coupe de France cette saison ?

Il faut que l’on se donne une identité, la réflexion c’est que l’on peut viser la pérennité du club mais avec quel projet ? Il faut avant tout que sur les trois années à venir, on parvienne à stabiliser économiquement le club. C’est déjà un challenge en soi. Donc il faut à côté un projet sportif qui suscite l’intérêt pour les gens. On a été un club formateur pendant des années, des efforts de rapprochement ont été faits avec l’association. Nous voulons nous donner une identité de développement, renforcer la formation. Tout le monde le dit mais il faut arriver à le mettre en place. On a besoin d’une équipe compétitive et rentrer dans les play-offs est notre objectif, tout en donnant les moyens aux jeunes de se développer. On ne s’est jamais donné d’objectif en coupe par contre, on se prépare à 100% à chaque match pour le gagner! Maintenant, on ne fera pas abstraction d’un match de championnat pour nous préserver pour la coupe.

Il y a des débats en ce moment, sur la diffusion du hockey. Doit-on chercher à diffuser plus ou à diffuser mieux? À savoir comment capter au mieux l’attention du public et des néophytes ?

Quand l’Équipe retransmettait les matchs, est ce que cela servait à réellement la cause, quand vous ne voyiez qu’un match par mois dans une patinoire ? Ne serait-il pas mieux de privilégier des formats d’une heure, avec le résumé de tous les matchs et un contenu un peu plus pêchu ?

Après entres autres Dijon et Épinal, c’est désormais Lyon qui est en difficulté. La Ligue Magnus perd des clubs en route. À Gap comment voyez-vous l’avenir et la pérennité de ce championnat ?

Je pense qu’elle [la Ligue Magnus] se cherche toujours. C’est extrêmement fragile et peu de clubs sont à l’abri de se retrouver dans la situation de Lyon, nous-mêmes nous ne nous considérons pas à l’abri. Je pense que l’on était dans les deux ou trois formations à avoir fourni le plus d’efforts. Pour moi la Ligue Magnus se cherche d’autant plus que les candidats pour monter ne sont pas légion. Mais le public voit des matchs intéressants et le niveau sportif est pertinent, avec des équipes de bas de classement qui peuvent désormais battre toutes les autres sur un match. Certes, il y a deux clubs qui font un peu office d’OVNI tant ils sont montés d’un cran.

Nous, c’est simple : s’il n’y avait pas eu les titres, il n’y aurait déjà plus de club! Il faut se le dire. Donc l’idée c’est désormais de ne pas jouer à la roulette russe. Dans la ligue actuelle, nous faisons partie de la bonne moitié des clubs pour qui c’est compliqué.

Que dire de l’influence des clubs dans la composition du calendrier ? Dans certains pays, les rencontres se déroulent les vendredis et les dimanches de façon systématique.

On interagit dans un cadre. Jouer uniquement le vendredi et le dimanche c’est compliqué. On n’a pas les mêmes moyens, équipements, et les heures de glace sont à composer avec les matchs de jeunes. Les infrastructures sont bloquantes. Le calendrier est discuté en management collaboratif.

Les jeunes talents cherchent à progresser en partant vers l’étranger (Suisse, Canada, Finlande essentiellement). Comment Gap voit le développement des jeunes en France pour construire le futur du hockey français ?

On manque d’un réservoir de joueurs. Les jeunes partent pour intégrer des structures pro. Les choses ont quand même évolué en France, mais on se crée aussi un besoin de joueurs pour intégrer dans les effectifs professionnels, afin de respecter les règlements et les contraintes de calendrier. Il faut faire attention à ne pas trop leur en donner.

Sur Gap on réfléchit à ce que l’on peut faire à côté du hockey. Il fallait résoudre cette problématique. Il commence à y avoir quelques options. On a, ici, des jeunes qui suivent leurs cours à Grenoble, pour lesquels on contribue à la formation. Car si tu pars tôt en Mestis pour toucher le SMIC, que tu reviens en France et que les clubs tombent un par un, quel est l’avenir pour ces joueurs qui atteignent les 26-27-28 ans? Tu n’as pas de perspectives donc il faut descendre dans les divisions inférieures, se former et trouver un boulot en parallèle. On a un hockey à deux vitesses entre la D1 et la Ligue Magnus avec un écart, structurel et au niveau de cahier des charges, qui devient conséquent. Il n’est pas improbable que l’on arrive à une ligue fermée au bout d’un moment, car pour y intégrer une formation, ça pourrait devenir à terme impossible.

Gap a développé ces dernières saisons une stratégie de jeu avec un gros volume de patinage à quatre blocs, de l’intensité, du pressing, Ce schéma est-il encore à l’ordre du jour ou bien des modifications sont-elles envisagées ?

Chaque saison a apporté une réalité différente. Les règlements ont changé. Si les blessures et pénalités deviennent fréquentes, alors l’effectif ne tourne plus à quatre blocs. C’est une gestion à la semaine, et pour les joueurs de bout d’alignement, ça peut être compliqué. Je pense qu’il faut réfléchir à d’autres options en matière de système. On a réduit le budget aussi sur les joueurs. On ne dispose pas de trente joueurs, donc avoir la garantie de quatre lignes intensives sur l’ensemble de la saison régulière, cela semble utopique. Mais c’est une réflexion qui est présente partout, peut-être juste un peu moins dans des clubs très étoffés, où la profondeur de banc permet de pallier les manques.

Ça ne va pas révolutionner la façon de jouer car la plupart des clubs fonctionne sur le même moule, d’ailleurs par moment ça en devient monotone. Il y a une très grosse intensité physique. Par contre, ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que l’on a une équipe plus en forme que l’année dernière. Sur les tests physiques, c’est assez flagrant! Eric Blais était l’assistant-entraîneur sur l’aspect tactique donc il y a des choses qui seront conservées. L’échange existait l’an dernier avec Luciano, mais cela ira encore plus loin en ce sens.

Gap a recruté Sebastian Ylönen, international français. Comment fait -on venir un gardien de ce niveau à Gap ? Est-ce l’image valorisante du club, des rapports humains… ?

Il est arrivé comme les autres. Avoir des responsabilités, être dans une structure bien organisée, c’est ce qui intéresse les joueurs ! Rares sont ceux qui viennent pour le seul attrait de la ville ! Je pense que ce qui a plu, au-delà du staff, c’est vraiment le fait de s’approprier le projet, de s’en sentir acteurs. Sebastian a vite senti les choses. Il y voit un bon challenge pour sa progression, la possibilité de gravir un échelon. Éric Blais a suscité l’intérêt de plusieurs joueurs car c’est quelqu’un qui techniquement, permet de progresser de manière conséquente. Il est exigeant et précis dans ses demandes. Il ne passe pas par quatre chemins, et ça fonctionne. On désire impliquer tous les joueurs, faire passer le message que c’est pour leur avenir, leur carrière et bien sur pour notre équipe.

Quels sont les personnalités et les apports du recrutement cette saison ? Un petit mot sur les nouveaux

Pour les gardiens, on voulait un duo de gardiens français, c’était même capital, pour le message de développement. Jimmy (Darier) a été très bien l’année dernière, il ne faut pas l’oublier. On a déjà eu de très bons gardiens français et on souhaite aider Seb pour sa carrière future et en équipe nationale.

Fabien Bourgeois : on a failli le faire venir en janvier dernier. Il était intéressé pour revenir dans les Alpes et se conforter sa place en sélection. De plus la Mestis n’est pas une ligue professionnelle, donc tu ne gagnes pas une fortune. Fabien, pour le développement c’est intéressant et il prend plaisir à avoir plus de responsabilités.

Étienne Boutet : on avait besoin d’un joueur mobile et défensif, solide. Mais il a aussi beaucoup d’habileté !

Arnaud Faure : c’est un défenseur solide, qui évoluait dans le top 6 à Angers.

Matthieu Gagnon : défenseur offensif, très mobile. Il avait un rôle de numéro 2 à Angers, et une très bonne production offensive. Mais c’est plus que cela, sur l’approche humaine et son sens du dialogue dans le vestiaire.

Jakub Melisko : comme tous les défenseurs, il arrive motivé pour travailler avec Éric Blais.

Charles Schmitt : il a fait une très bonne dernière saison à Briançon. Il sera septième défenseur et jouera toute la saison avec nous. Il est défenseur numéro 1 en sélection U18, il était très prisé par Grenoble et Rouen, mais il a confiance dans l’offre de Gap.

Romain Chapuis : Éric l’a connu en junior et c’est un joueur qui a beaucoup de qualités. À Strasbourg, il était un peu « planté » même si tout n’était pas mauvais, loin de là. Il se retrouve dans un projet positif. C’est un joueur de quatrième ligne qui va faire le job !

Fabien Colotti : autre joueur pour la 4e ligne, il était bien en vue à Rouen. C’est un joueur d’attaque, mais qui joue également sur le P.K. Il vient pour retrouver un rôle offensif et passer un cap.

Matthieu Guertin : joueur de caractère, et agressif avec des qualités pour produire. C’est un gros travailleur.

Jesse Juntheikki : on cherchait un centre offensif. Il est, avant tout, un play-maker avec une bonne vision et de bonnes qualités de passes. Il peut produire en power-play. Il arrive à un moment de sa carrière au top en Mestis, mais il ne pouvait intégrer la Liiga. Donc il a cherché un championnat plus pro. Il s’intègre déjà, avec son envie de s’exprimer en français.

Arturs Mickevics : joueur de qualité avec un bon shoot, qui s’impose aussi dans le vestiaire. Il est en plus bien ami avec Roberts (Jekimovs)

Victor Ranger : un bon jeune avec un bon coup de patin, qui est passé par les juniors en Finlande. Joueur de 4e bloc. C’est un bon espoir.

On verra ensuite la structure de l’équipe, car il faut découvrir les équilibres et les autres effectifs.

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