Présentation Magnus 2019/2020 (II): Rouen

Une récession et des solutions

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Une récession et des solutions.

Très vite après le dernier match sur l’île Lacroix, le 13 avril 2019, les équipements et joueurs de hockey ont définitivement laissé la place dans la patinoire rouennaise aux EPI et aux ouvriers. Une intersaison en chantier afin de réaménager 600m² de vestiaires, donner un coup de neuf à la piste de loisir, aux gradins et aux loges existantes, procéder à des mises aux normes et enfin à débuter les 700m² d’extension proprement dits, dont 329 places assisses qui viendront, en février 2020, s’ajouter aux 2747 existantes, le tout pour un coût de 9,2 millions d’euros financé par les collectivités.

Pour le RHE76, ces aménagements ont aussi un prix, celui d’aller se préparer ailleurs, à Caen, à Cergy, en Suisse et à Dunkerque,  pendant plus d’un mois. Des voyages financés au détriment de la masse salariale.  L’autre effet collatéral des travaux d’aménagements de la patinoire de l’île Lacroix, c’est la neutralisation de places et de loges existantes par les travaux en cours, engendrant des recettes aux guichets et de sponsoring en baisse durant le championnat à venir.

Au printemps, tout l’enjeu de Thierry Chaix et de Guy Fournier aura été de constituer une équipe restant compétitive pour Fabrice Lhenry, conforté, à 47 ans, dans son rôle de coach, pour une cinquième saison (un record sous l’ère de Thierry Chaix président), afin de rester un des rivaux du champion de France, Grenoble, mais avec un budget amputé de dépenses supplémentaires décrites ci-avant et de produits financiers amoindris.

Le bilan sportif de la saison écoulée est atypique car blanc sans titre, mais exceptionnel sur le plan statistique et historique. Ligue Magnus : En finale, pour la 4è fois de suite, Rouen a obligé l’OVNI Grenoblois à un septième match, le RHE a obtenu une fiche incroyable de 41 victoires en 44 matches, et de 121 points sur les 132 possibles en saison régulière. En Europe : les Dragons se sont qualifiés pour les huitièmes de finale de CHL, ce qu’aucun club français n’avait réalisé auparavant. Les Rouennais ont éliminé les Allemands de Nuremberg (Ice Tigers) et les Tchèques de Hradec Kralove (Mountfield), deux équipes demi-finalistes de leurs championnats nationaux en 2018, aux niveaux relevés et homogènes, sans comparaison possible avec notre ligue Magnus. Au final, Rouen aura raté un seul match à Dunkerque en coupe de France synonyme d’élimination brutale.  Au tableau humain, l’évaluation est excellente. Fabrice Lhenry a loué son effectif 2018/2019 au-delà de ses qualités techniques et de ses performances sportives, pour ses qualités de sérieux, de travail, et de plaisir à entraîner. Dès lors et compte tenu des conditions difficiles de préparation, la reconduction d’une majorité du groupe était prévisible.

Les cas du gardien Matija Pintaric (photo), du capitaine Mathieu Roy, des accélérateurs de jeu Nicolas Deschamps et Chad Langlais, ont très vite été réglés car ils avaient tous les quatre des options de reconduction dans leurs contrats et ils avaient la volonté de rester en Seine-Maritime.  Ensuite, la priorité a été portée sur les « JFL » pour répondre au nouveau règlement plus contraignant et qualitatif de la ligue. Le but a été de constituer le meilleur contingent possible, de la ligue, de jeunes formés localement. Ainsi les arrières Kevin Dusseau et Florian Chakiachvili ont été reconduits au même titre que les attaquants Nicolas Ritz, Anthony Guttig, lui pour un contrat long de 3 ans que le natif de Dijon souhaitait, et Joris Bedin.

Le cas du deuxième gardien a été réglé par un prêt de Quentin Papillon à Mulhouse, laissant la place de doublure à Gaétan Richard (20 ans). Le junior U18, Valentin Duquenne, sera le numéro 3. Des détails ont dû être réglés pour parapher Loïc Lampérier (2 ans) et Vincent Nesa, mais le gros de la section JFL était modelé début juin. En moins de deux mois, aussi parce que les Gapençais de 24 ans, venus à Rouen pour progresser, Pierre Crinon (formé à Reims) et Maurin Bouvet (formé à Amiens), puis l’Amiénois Bastien Maïa (formé à Rouen), le fils de l’ancien capitaine des Dragons, Pierrick Maïa, de 1991 à 1998 (JO de 1994), rejoignent le RHE76.

Ces trois recrues ont toutes les trois tenté une expérience à l’étranger plus ou moins longue après leur pré-formation française. En effet Pierre Crinon (photo ci-dessus), qui a participé pour la première fois aux championnats du monde avec l’équipe de France comme septième arrière, a été formé à Reims, et a joué une saison en ligue junior américaine, avant d’obtenir un rôle à Gap en 2015. Une équipe avec laquelle il a été champion de France en 2017, à Rouen, titre dont une partie des festivités déplacées avaient provoqué un réel émoi sur les bords de Seine. Bien sûr, ses qualités défensives et sa puissance physique seront d’abord exploitées, mais les absences de défenseurs lors des matches amicaux lui ont déjà permis de montrer d’autres qualités, notamment de relances correctes et à la pointe d’attaques à cinq. Décomplexé, l’arrière de 1,95m et 100kg a semblé la recrue la mieux intégrée au système des Dragons.

Maurin Bouvet (photo ci-dessus) lui aussi faisait partie de ces Rapaces déconnants soulevant la coupe Magnus à Rouen. L’Amiénois a fait son cursus mineur en Picardie avant d’aller se tester en ligue junior de l’autre côté de l’océan pendant deux années, puis d’obtenir un poste à Gap. Malgré les absences de nombreux internationaux blessés, ce joueur de centre a perdu sa place en équipe de France cette année. Il a signé à Rouen pour la retrouver. Fabrice Lhenry a fait tourner ses lignes durant les matches de préparations et nous l’avons parfois vu au centre entre Thinel et Lampérier et sur tous les jeux spéciaux.

Bastien Maïa (photo ci-dessus), natif de Rouen, est parti de la capitale aux cent clochers à l’âge de 15 ans pour se former en Finlande à Helsinki et à l’est d’Espoo. À 19 ans, l’ailier tente l’aventure d’une année outre-Atlantique en ligue junior puis revient dans le nord de l’Europe à Lappeenranta. Là, avec SaiPa, il joue 19 rencontres de Liiga, le plus haut niveau finlandais. Il inscrira son seul but en Liiga durant cette période. L’année d’après, Bastien Maïa ne s’impose pas en équipe senior. Après 11 matches et une assistance avec les pros finlandais, il s’entend avec Amiens où il a obtenu une fiche totale de 23 pts en 35 matches la saison passée et a remporté la coupe de France. En amical, Bastien Maïa a été aligné à l’aile droite et en infériorité numérique. Sa formation nordique devrait l’aider à s’intégrer au système rouennais.

Avec ces 11 JFL acquis (sans compter sur les licences bleues d’Enzo Cantagallo (photo ci-dessus), Thomas Carminati, Mathieu Mony et Joran Reynaud, prêtés à Caen en division 1), le staff a travaillé sur ses meilleures opportunités pour améliorer sa nouvelle équipe. Étant entendu que le vétéran Marc-André Thinel rempilerait pour une quinzième saison en noir et jaune et que l’ailier droit Joël Caron de 23 ans a été réembauché, les places dans les 18 titulaires devant le gardien n’étaient plus très nombreuses. On attendait encore un arrière (plutôt complémentaire à Crinon) et deux attaquants (plutôt ailiers). À ce stade, on savait que Miklik (retour en Slovaquie) et Colotti (en recherche à Gap de responsabilités offensives) ne seraient pas de la nouvelle aventure des Dragons. Le cas qui était le plus au cœur des débats, parmi ceux de Brodeur, Koivisto et Mäkinen, était celui du joueur le plus charismatique de la ligue, peut-être le meilleur aussi : Alex Aleardi. En récession budgétaire cette saison, le RHE ne pouvait pas s’offrir à nouveau ce talent individuel d’autant plus gourmand sous l’influence des €uros grenoblois que l’Américain a acceptés. Dès lors, Guy Fournier a choisi de reconduire sa confiance à ses Finlandais de l’an passé, Juha Koivisto (35 ans) et Atte Mäkinen (24 ans) et au natif de Nantes, Julien Msumbu, qui, à 22 ans, accèdera à un poste de titulaire en attaque.

Avec 16 re-signatures, dont celle de Fabrice Lhenry, et un seul départ marquant, Aleardi, Rouen n’a pas mis fin à un cycle comme les aime pourtant Thierry Chaix. Toutefois cela pourrait confirmer un tournant dans la méthode de fonctionnement du club. Convaincu que l’ambition des Dragons de rester la place forte du hockey français, soumise à de plus en plus de concurrence (financière) des autres agglomérations (Amiens, Lyon, Bordeaux, Grenoble, Nice et Angers et plus tard Marseille, Cergy…), passe par la formation des meilleurs JFL, là où personne, en Magnus, n’est vraiment en avance sur ses adversaires. Faire converger les ambitions rouennaises et l’intérêt de joueurs cherchant à progresser individuellement à l’instar de Kevin Dusseau revenu aux portes de l’équipe de France, semble être le nouveau crédo rouennais.

Rouen a conservé son ossature. Les cadres sont là. Pintaric, Roy, Chakiachvili, Langlais, Thinel, Deschamps, Guttig et Nicolas Ritz (photo ci-dessus). Le départ d’Aleardi ? Rouen a ajouté de la taille et de la polyvalence avec Maïa, Bouvet et Crinon. La cohésion sera un des points forts de l’équipe. Les trois recrues, et un Joël Caron moins en apprentissage, semblent capables d’apporter des solutions alternatives surtout en power-play, là où le RHE avait pêché en finale. Crinon, Bouvet et Maïa peuvent jouer en supériorité là où Colotti et Miklik étaient moins porteurs de solutions et un Aleardi presque muet en finale.

Rouen ne se refusera rien. La coupe de France et la Magnus. Ce sera compliqué car Grenoble, Amiens et Angers se sont renforcés. Mais Rouen est armé pour faire douter ses adversaires et offrir un beau suspense. Alors, après avoir fait toute la préparation avec les Dragons, si Valentin Claireaux (photo ci-dessous) venait à rester dans l’effectif de Fabrice Lhenry, comme le club le souhaiterait, l’équipe du président Thierry Chaix et du manager Guy Fournier aura un atout supplémentaire à faire valoir.

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