Skellefteå – Grenoble (CHL, groupe E, 2e journée)

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Après leur très belle résistance à Oulu, les champions de France poursuivent leur circuit le long du cercle polaire à Skellefteå. Ils y sont accueillis par un public « suédois de CHL », comprenez des tribunes vides. Les supporters fidèles sont presque tous retranchés dans une même tribune. Aux Brûleurs de Loups de démontrer au spectateur lambda (ou spectateur Larsson si vous préférez) qu’il a eu tort de négliger ces visiteurs inconnus, censés servir de fétu de paille sans intérêt au puissant cador du hockey scandinave, qui a battu Berne en prolongation à son premier match.

Une difficulté supplémentaire vient de l’effectif amoindri par les blessures. Christophe Tartari, qui avait déjà manqué des matches de pré-saison, a rejoint McEachen à l’infirmerie et les Brûleurs de Loups ne tournent plus qu’à cinq défenseurs. L’attaquant canadien Maxime Legault a pris un coup sur le genou et est également absent.

Les Grenoblois attendent à leur ligne bleue et semblent disposés à subir le jeu, mais ils sont prêts à partir de l’avant sur les transitions pour prendre leur chance à l’instar du jeune Adel Koudri. C’est ainsi qu’à la dixième minute, Sacha Treille laisse le palet en zone neutre à Damien Fleury en plein élan qui, dans une position a priori sans danger depuis le cercle gauche, envoie un tir du revers bien vicieux comme savent le décocher les grands buteurs. Le palet passe sous le bras du gardien, et le défenseur Broberg arrive en catastrophe trop tard pour le rattraper, comme le démontrera le ralenti (0-1). C’est un mauvais but pour le gardien Oskar Östlund qui dispute aujourd’hui son premier match officiel pour un club suédois après des années d’exil en deuxième division autrichienne puis en Norvège ; il a été recruté parce que le numéro 1 de Skellefteå, Mantas Armalis, est en convalescence après une opération de la hanche en mai.

Skellefteå, évidemment vexé, accélère nettement le rythme, exactement comme les percussions de ses supporters. Grenoble subit une longue séquence usante en zone défensive jusqu’à ce que Kyle Hardy finisse par récupérer et dégager le palet. Les ennuis ne sont pas finis car Sacha Treille fait trébucher Fröberg qui lui a fait un petit pont : Lukáš Horák effectue une mitaine tranquille devant un lancer d’Oscar Möller, et la boîte grenobloise, s’appuyant notamment sur la bonne mobilité de Julien Baylacq, fait ensuite un travail remarquable pour éviter les tirs. Horák semble vif et dans un bon jour. Même une pénalité concédée dans le coin par Damien Fleury n’empêche pas les Grenoblois de rejoindre les vestiaires avec un avantage inattendu.

La volonté de Skellefteå de mettre la pression dès le début du deuxième tiers est gâchée par une obstruction sifflée contre Oscar Möller dans l’enclave grenobloise. Les Brûleurs de Loups doivent alors s’adaptent à un box-play très agressif, comme ils en affrontent rarement en Ligue Magnus. Dès sa sortie de prison, Möller reprend la même pénalité en zone offensive (!) mais Peter Valier aussi, en faisant trébucher Granberg d’un réflexe malheureux après avoir perdu le palet. Pendant la phase de 4 contre 4, après un festival technique d’Aleardi pour remonter le palet, c’est Grenoble qui s’installe dans le camp adverse ! Il n’y a donc pas de péril imminent pour les champions de France, et on se demande même si les « Brûleurs » ne s’enflamment pas un peu. Mais faire le jeu est un avantage : contrairement à la première période, les pénalités sont suédoises. Les prisons s’enchaînent à quelques minutes d’intervalle contre Adam Wilsby, puis contre Andreas Wingerli devancé par Manavian derrière la cage grenobloise.

Cette indiscipline retarde les espoirs de retour suédois, mais elles n’apportent rien aux joueurs grenoblois. Il faut dire que les efforts intenses d’un Adam Pettersson en infériorité numérique méritent bien les applaudissements du public. Les Isérois s’adaptent toutefois à l’adversité car chaque powerplay paraît meilleur que le précédent. Grenoble domine ainsi nettement ce deuxième tiers-temps… sauf à l’orée des cinq dernières minutes. Skellefteå s’installe à ce moment-là et Teddy Trabichet est sanctionné pour un coup de crosse dans les patins. Baylacq rend alors un service précieux en venant contrer le palet de Philip Broberg à la ligne bleue. Le jeu de puissance suédois ne peut plus se ré-installer que brièvement, pour un lancer de Fröden bien bloqué par Horák.

Le réalisateur de la CHL peut montrer et montrer encore l’unique famille de supporters isérois en tribune : les champions de France ont toujours l’avantage à la marque après 40 minutes ! Et ils auraient parfaitement pu mener 2-0 si Peter Valier avait pu reprendre au poteau opposé le service parfait de Danny Kearney, ou si Kyle Hardy n’avait pas « simplement » tiré sur le poteau en conclusion d’une nouvelle séquence de dribbles d’Alex Aleardi dans les dernières secondes. Le compteur de tirs en deuxième période affiche 16 à 8 pour Grenoble !

Les Grenoblois sont toujours présents sur chaque palet au troisième tiers, à l’instar de Damien Fleury qui en vole un à Broberg dans la zone offensive. Le gardien Oscar Östlund doit dévier de justesse un lancer lointain de Sacha Treille. Une obstruction de Fleury réduit les champions de France à quatre, mais Yann Sauvé coupe parfaitement un centre dangereux en le détournant dans les filets de protection. Un tir de Möller touche l’extérieur du poteau. Les Suédois ont repris leur domination, mais les Grenoblois bloquent de plus en plus de lancers.

À huit minutes de la fin, les Grenoblois obtiennent une dernière supériorité numérique pour une obstruction de Burström. Ils mettent beaucoup de temps à construire depuis leur camp, mais quand ils mettent en place une offensive, Kyle Hardy centre pour Alex Aleardi qui se présente seul devant la cage mais est imprécis dans son tir du revers. Un échange de coups entre Lindström et Hardy laisse ensuite les équipes à 4 contre 4, mais les Brûleurs de Loups tiennent toujours. C’est quand les Suédois sortent leur gardien en fin de match que l’alerte rouge se déclenche. La défense n’arrive pas à dégager un rebond axial de Horák et, pire, une charge avec la crosse de Manavian est sanctionnée. Skellefteå finit donc le match à 6 contre 4. À quelque chose, malheur est bon : cela signifie qu’on peut dégager depuis son camp sans risquer le dégagement interdit. Joël Champagne intercepte un palet et l’envoie du bout de la crosse : la rondelle glisse lentement mais sûrement vers les filets déserts (0-2). Ironie de l’histoire, le SAIK finit par marquer quand Jesper Frödén reprend au second poteau le centre de Filip Berglund, mais il est trop tard à quatre secondes seulement de la fin (1-2).

Les Brûleurs de Loups viennent tout bonnement de réussir la plus grande performance de leur histoire européenne en s’offrant le scalp d’un grand nom de la CHL. Ce qui apparaissait un exploit au premier tiers est presque devenu une évidence par la suite. Grenoble s’est de plus en plus décomplexé en se découvrant capable de rivaliser. Lukáš Horák a réalisé un match tout à fait solide, mais pour autant l’attaque de Skellefteå n’a pas croulé sous les occasions majeures. Les champions de France ont toujours tenu le choc, et leur défense emmenée par l’indispensable Kyle Hardy a été digne de louanges avec un temps de jeu accru à seulement cinq éléments.

Des experts argumentaient récemment que les bons résultats en CHL étaient trompeurs sur l’état de la ligue suédoise, affaiblie par l’exil de plus en plus massif de ses meilleurs joueurs. Le masque est peut-être tombé ce soir alors que même l’ogre Frölunda a perdu au même moment à domicile, contre Ceské Budejovice, après s’être déjà incliné en prolongation contre… Graz.

Grenoble a pour l’instant fait mieux que Rouen l’an passé en remportant une victoire lors de ses deux premiers déplacements, les plus difficiles. La qualification est-elle à portée pour autant dans ce « groupe de la mort » ? Le plus important pour cela sera de confirmer dès jeudi prochain face à ce même adversaire. Skellefteå, défait chez lui, montrera-t-il un tout autre visage pour venger cette humiliation ?

Commentaires d’après-match

Edo Terglav (entraîneur de Grenoble) : « Nous avons eu une grosse discussion hier soir avec les joueurs. Je n’étais pas très satisfait de notre match à Oulu contre Kärpät, nous étions juste bien, alors qu’il faut être excellent. Nous étions bien préparés pour ce match, c’est une grosse victoire d’équipe. Ils avaient plus de momentum au troisième tiers, ils patinaient plus et ont eu des occasions, mais Horak a été très bon. Nous savons que nous pouvons jouer avec tout le monde, nous l’avons prouvé ce soir, et nous serons compétiteurs jusqu’à la fin. »

Skellefteå AIK – Grenoble 1-2 (0-1, 0-0, 1-1)
Dimanche 1er septembre 2019 à 16h00 la Skellefteå Kraft Arena. 1887 spectateurs.
Arbitrage de Joonas Kova (FIN) et Tobias Björk (SUE) assistés de Johannes Käck et Emil Yletyienen (SUE).
Pénalités : Skellefteå 14′ (0′, 10′, 4′), Grenoble 16′ (4′, 6′, 6′).
Tirs : Skellefteå 39 (10, 8, 21) ; Grenoble 24 (5, 16, 3).
Engagements : Skellefteå 34 ; Grenoble 36.

Évolution du score :
0-1 à 09’12 : Fleury assisté de S. Treille
0-2 à 58’57 : Champagne assisté de Manavian (cage vide)
1-2 à 59’56 : Frödén assisté de Berglund (sup. num.)

Skellefteå AIK

Attaquants :
Adam Pettersson (-1) – Andreas Wingerli (-1, 2′) – Albin Eriksson (-1, 2′)
Robin Alvarez (-1) – Tom Pyatt (-1) – Joakim Lindström (A, -1)
Oscar Möller (C, -1, 4′) – Jacon Olofsson – Jesper Fröden
Edwin Hedberg – Linus Lindström (2′) – Jonatan Berggren
Rickard Hugg

Défenseurs :
Arvid Lundberg – Jonathan Pudas (A, -1)
Philip Broberg (-2) – Filip Berglund (-1)
Niclas Burström (2′) – Petter Granberg
Adam Wilsby (2′)

Gardien :
Oscar Östlund [sorti de 57’47 à 58’57 et de 59’10 à 59’56]

Remplaçant : Gustaf Lindvall (G). Absent : Mantas Armalis (G, hanche).

Grenoble

Attaquants :
Denny Kearney (4′) – Joël Champagne (C, +1) – Alex Aleardi
Sacha Treille (+1, 2′) – Damien Fleury (A, +1, 4′) – Peter Valier (+1, 2′)
Dylan Fabre – Sébastien Rohat (+1) – Vincent Kara
Adel Koudri – Julien Baylacq – Aurélien Dair

Défenseurs :
Kyle Hardy (2′) – Sébastien Bisaillon
Teddy Trabichet (+1, 2′) – Yann Sauvé (+2)
Antonin Manavian (+1)

Gardien :
Lukáš Horák

Remplaçant : Sébastien Raibon (G). Absents : Patrick McEachen (blessé), Maxime Legault (coup au genou), Christophe Tartari.

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