Bilan KHL (I) : une seule victime de la pandémie ?

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Un seul club de la KHL a annoncé son retrait de la pandémie. Un autre remet en cause le développement du hockey dans un nouveau pays, tandis que de nombreuses questions se posent sur les deux co-organisateurs du prochain Mondial 2021…

 

HK Sotchi (19e) : un licenciement qui n’a rien apporté

Bien qu’elle soit une mer intérieure, la Mer Noire n’a rien d’une mer calme. Elle peut être tourmentée avec des vagues hautes. Le calme qui régnait dans le club de hockey de sa station balnéaire russe la plus célèbre – Sotchi – était donc un peu trompeur. Jamais il n’avait licencié un entraîneur en cours de saison ! Une anomalie dans la KHL… À sa sixième saison dans la ligue, le HK Sotchi a viré Sergei Zubov dès le 12 octobre après une mauvaise série de six défaites en sept rencontres, presque toujours des défaites d’un but. Le directeur général Sergei Voropaïev justifiait alors que « si Zubov avait un plan pour rectifier la situation, les résultats auraient été différents. Une défaite d’un but ne rapporte pas de point. Les raisons du licenciement sont purement sportives. »

Ancien défenseur renommé pour son sang-froid dans la relance, Zubov a pu alors préparer tranquillement son discours d’intronisation au Temple de la Renommée de la NHL qui devait avoir lieu un mois plus tard. Les Stars de Dallas, qui ont annoncé le prochain retrait du numéro 56 de leur ancienne star, l’ont embauché fin décembre comme conseiller.

C’est pour Sotchi que la séparation a été plus douloureuse. Le retard n’était alors que d’un point sur la qualification en play-offs. Voropaïev expliquait alors ne chercher personne d’autre et faire pleinement confiance à l’adjoint letton Leonids Beresnevs, nommé entraîneur en chef à la place de Zubov. Deux semaines pour tard, il était démis à son tour pour recruter le Biélorusse Aleksandr Andrievsky. Malgré de bons passages, l’équipe restait extrêmement irrégulière. Le club ne perdait pas espoir et, même avec 10 points de retard à la clôture des transferts, il se faisait envoyer du SKA le défenseur David Rundblad qui renforçait encore la précieuse colonie suédoise (Malte Strömwall a été le meilleur joueur du club dans toutes les statistiques). Jamais les panthères n’ont réussi à raccrocher le bon wagon. En conclusion de la saison, Andrievsky a été prolongé, mais c’est le directeur sportif Sergei Gomolyako qui a été renvoyé.

 

Severstal Cherepovets (20e) : rajeuni et pérennisé

SeverstalLe Severstal Cherepovets est à peu près à sa place normale et n’a pas à en avoir honte. Le principal est que sa place en KHL ne semble plus être remise en question, même dans des temps économiques plus difficiles ; il est peut-être plus solide que d’autres projets artificiels avec une école de hockey qui reste une référence. Il a toutefois annoncé ce qui peut s’apparenter à une mesure d’économie : le départ du directeur général Mikhaïl Shchedrin et son non-remplacement, ses missions étant réparties dans le reste de l’organisation.

Arrivé en novembre 2018, Shchedrin était un ex-agent et la rumeur disait qu’il n’avait rompu avec ses anciennes affinités en recommandant à des joueurs de changer d’agent… Les mêmes mauvaises langues lui reprochaient des recrutements au rapport qualité/prix peu intéressants, comme ceux du gardien Vladislav Podyapolsky ou du défenseur Vladislav Provolnev. On remarquera tout de même qu’il s’agit de jeunes joueurs, qui ont un peu renouvelé un effectif vieillissant. N’est-il pas excessif d’attendre monts et merveilles de la part d’un joueur étranger de 20 ans comme l’international slovaque Adam Liška ?

N’ayant pas vraiment de quoi attirer un grand leader, l’équipe de Cherepovets n’a eu aucun joueur qui ait atteint la barre des 10 buts, ce qui limite son potentiel. Mais en 15 mois dans la région de Vologda, l’ancien international junior Bogdan Yakimov, qui n’avait jamais éclos, a assez progressé pour être testé en équipe nationale et pour être recruté par le puissant SKA Saint-Pétersbourg…

 

Traktor Chelyabinsk (21e) : psychologiquement démoralisés

397px-Traktor Chelyabinsk Logo.svgLes exigences de l’entraîneur letton Peteris Skudra, qui se définit comme un coach de système, ne fonctionnaient clairement plus au Traktor Chelyabinsk, dernier de KHL à l’automne. Sa communication nerveuse et intimidante a fait perdre leurs moyens aux joueurs. L’entraîneur recruté à sa place le 2 novembre, Vladimir Yurzinov Jr (au chômage depuis plus d’un an après la série record de défaites du Sibir), s’est retrouvé dans une situation difficile. Un psychologue a été appelé à la rescousse de l’équipe, sans grand effet. Les supporters ont même boycotté l’équipe en quittant la tribune de manière démonstrative, une action organisée par le responsable désigné par le club pour le travail auprès des supporters (il a évidemment été aussitôt démis de cette fonction).

Fin décembre, le Traktor n’avait pas décollé et a donc fait partir ses décevantes recrues estivales Fyodor Malykhin ou Aleksei Kruchinin. Ne parlons même pas de Vitali Kravtsov, que l’on présentait comme le plus grand espoir formé à Chelyabinsk depuis Evgeni Kuznetsov : rentré d’Amérique au bout de quelques semaines après avoir été rétrogradé en AHL par les New York Rangers, il y est retourné deux mois plus tard… après avoir été rétrogradé dans l’équipe-ferme de VHL, le Chelmet Chelyabinsk, et dans un état d’esprit encore plus démoralisé.

En revanche, le recrutement du célèbre entraîneur de gardiens finlandais Ari Moisanen, quelques jours après Yurzinov, n’a pas été vain. Il n’a pas pu aider le gardien local Vasili Demchenko, dont les nombreuses bourdes ont beaucoup compliqué le début de saison et qui a été échangé à Magnitogorsk (il a signé avec les Canadiens de Montréal la saison prochaine après cette année pleine de doutes), ni Stanislav Galimov qui avait fait le chemin inverse depuis le Metallurg. En revanche, le gardien de 23 ans Ivan Fedotov a beaucoup progressé au point de finir meilleur gardien de KHL du mois de février, permettant au Traktor de finir au moins sur une bonne note.

 

Admiral Vladivostok (22e) : touché et coulé en un seul coup

L’Admiral a fini dernier de la Conférence Est, coiffé au poteau par le Traktor. L’équipe entraînée par Sergei Svetlov avait pourtant longtemps paru en mesure de créer la surprise. Avec 18 victoires sur ses 30 premières rencontres, elle était très bien placée à mi-championnat. La position finale est donc décevante, même si seulement huit points la séparaient des play-offs. L’organisation du club était plus critiquée, y compris pour avoir essayé de cacher la raison pour laquelle le défenseur Kirill Dyakov a disparu de l’équipe en décembre. Il était en fait suspendu 15 mois pour contrôle positif à la cocaïne, ce que l’IIHF a fini par révéler.

Rien n’avait préparé cependant au coup de massue du 1er avril 2020. Six jours seulement après l’annonce du recrutement de nouvel entraîneur (Leonids Tambijevs), le kraï du Primorié – 1,9 million d’habitants dont un tiers dans la ville même de Vladivostok – annonçait la suspension du financement des équipes sportives professionnelles pour 2020/21 afin de réaffecter ce financement à la crise sanitaire du Covid-19. L’Admiral est ainsi la première « victime » au monde parmi les clubs pros, et peut-être pas la dernière. La deuxième, fin avril, a été le Humo Tachkent, le tout récent club créé en Ouzbékistan (avec des joueurs russes) qui s’est retiré à la fois de la VHL et du championnat du Kazakhstan. Le retour du hockey sur glace dans ce pays après 13 ans d’absence avait pourtant été un succès populaire avec des records d’affluence.

Pour ce qui est de l’Admiral, il ne s’agit officiellement que d’une fermeture d’un an, et non définitive, même si le club était déjà dernier au classement « multi-critères » de la KHL. L’équipe junior de MHL (Taifun) continuera son activité et une reprise est donc possible. Mais l’Admiral était déjà un des plus petits budgets de la ligue, avec des problèmes financiers et une logistique difficile à cause de l’éloignement (prendre des vols réguliers Aeroflot l’a parfois conduit à arriver juste à l’heure pour l’échauffement). Le redémarrage sera difficile dans une ville qui vit essentiellement de l’activité portuaire et des échanges avec l’Asie, une économie très affectée par la pandémie actuelle.

 

Dinamo Riga (23e) : le projet ? Vous n’avez pas à en connaître

Dinamo RigaAprès le retrait de l’Admiral, le nouveau directeur de la KHL Aleksei Morozov a explicitement rappelé l’intérêt de sa ligue pour conserver les deux « Dinamo » qui ont occupé les deux dernières places, nettement distancés. Riga et Minsk représentent des lieux stratégiques ; il s’agit de plus des deux villes co-organisatrices du Mondial 2021, que l’IIHF a demandé à décaler de deux semaines (21 mai – 6 juin) pour anticiper la probable reprise tardive des championnats en raison du coronavirus.

Le Dinamo Riga reste un projet politico-stratégique. Son président Juris Savickis, également PDG de la filiale lettone du groupe gazier russe Itera, a toujours été réélu au Conseil d’administration de la KHL depuis 2010 (élection à distance cette année du fait de la pandémie). Même si le passé de Savickis comme colonel du KGB lui vaut le qualificatif de « tchékiste » et en fait une personne infréquentable pour une partie de la classe politique lettone, ses liens forts avec la Russie sont aussi la meilleure garantie de pérennité du club. Mais celui-ci a perdu en visibilité, y compris parce qu’il ne bénéficie plus de l’exposition télévisuelle depuis que ses matches sont passés de la chaîne gratuite LTV7 à la chaîne satellite Viasat.

Après avoir connu sa pire saison en KHL (41 points), le Dinamo a annoncé qu’il se séparait de Girts Aņķipāns, seul homme en KHL à cumuler les fonctions de manager et de coach – certainement par mesure d’économie. Savickis annonce qu’il attendra que la pandémie de coronavirus reflue pour annoncer le futur entraîneur. Même si le président espère que le plafond salarial contribuera à resserrer la compétition en KHL, la majorité des fans et des observateurs pensent que le Dinamo manque cruellement d’une vision, d’un projet, que ce soit l’atteinte des play-offs ou le développement du hockey letton à moyen terme.

 

Dinamo Minsk (24e) : il reste les naturalisés et Gretsky

La situation du Dinamo Minsk semble encore plus floue. Il s’agit d’un des deux clubs de KHL à encore avoir des arriérés de paiement à ses joueurs. Déjà avant-dernier, il a laissé partir son buteur Teemu Pulkkinen à la clôture des transferts fin décembre et a vu Riga lui passer devant. Le gardien suédois Jhonas Enroth, viré à la même époque, a jeté une certaine opprobre sur le fonctionnement du club en expliquant que le coach Craig Woodcroft n’était même pas au courant de cette décision. Selon lui, elle a été prise pour favoriser les gardiens « locaux », en l’occurrence la naturalisation biélorusse de Danny Taylor.

Après les deux ans de rigueur dans un pays pour avoir le droit d’y représenter l’équipe nationale, quatre joueurs nord-américains – Taylor mais aussi Joe Morrow, Francis Paré et Shane Prince – seraient ainsi « volontaires » pour porter le maillot du Bélarus au Mondial 2021. Un argument que le club utilisera sans doute pour continuer à bénéficier du soutien d’État, au moment même où il son principal sponsor depuis douze ans, Belaruskali, l’entreprise biélorusse la plus profitable depuis qu’elle est sortie d’un cartel russe pour exporter de plus en plus de potasse sur les marchés mondiaux (en épuisant les gisements de Soligorsk…), n’a pas renouvelé son soutien. Le destin du Dinamo se décidera forcément au plus haut niveau de l’État, mais on imagine mal qu’il puisse se faire couper les vivres à un an d’un championnat du monde prestigieux. Son président Dmitri Baskov rappelle qu’il a 16 joueurs sous contrat en mai alors qu’il en avait 3 l’an passé et 1 il y a deux ans. Une manière de rassurer après les départs du capitaine Kirill Gotovets et du meilleur marqueur Andrei Kostitsyn.

Si la présidence biélorusse reste silencieuse, la KHL manifeste son soutien de diverses manières. Son habituel séminaire sur le marketing et la communication n’a pu se tenir normalement en mai, mais des trophées ont quand même été décernés. Le Dinamo Minsk a reçu comme l’an passé le trophée de la « meilleure activation de partenariat » pour la promotion de paquets de corn flakes avec des cartes de joueurs. Il a aussi reçu le trophée similaire pour un jour de match pour avoir offert l’accès libre aux supporters avec tapis afin de faire la promotion d’un style de décoration du jeu vidéo World of Tanks.

Dynamominsk Tapis

Enfin, le club a reçu un prix spécial pour sa promotion bien au-delà des frontières du club de Vyacheslav Gretsky, le numéro 99 du club qui a été élu au All Star Game de la KHL grâce à son homonymie (qui n’est pas un hasard puisque le grand-père de Wayne Gretzky est effectivement originaire du Bélarus). Un mois après le All Star Game, ce « nouveau Gretsky » a même enfin inscrit son premier but pour le club. Il se le devait après avoir expliqué : « Au début de ma carrière, nous n’avions pas de gardien dans notre équipe de jeunes. L’entraîneur a demandé qui voudrait y aller et je me suis porté candidat. Quand je suis rentré à la maison et que je l’ai dit à min père, il m’a répondu : comment ça, gardien ? Ton nom est Gretzky, tu dois marquer ! »

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