Leçons de la première compétition post-Covid

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La « bulle » de la NHL, nécessitant de très gros moyens et mise en place uniquement pour les play-offs, ne peut pas être considérée comme un modèle universel du hockey sur glace post-Covid. Son principe devrait être dupliqué en décembre pour le Mondial junior (ce qui ne sera pas simple au niveau des dates de mise à disposition des joueurs), mais il paraît compliqué à transposer sur un championnat complet sur une année entière. Même si la NHL l’envisage pour sa prochaine saison régulière, les autres ligues n’en ont pas les moyens.

Le vrai test était donc la première compétition officielle de hockey sur glace en Europe. Cette compétition, c’est la Coupe tchèque, qui avait disparu il y a dix ans mais que les clubs ont décidé de réinstituer pour pouvoir jouer en août en l’absence de contact avec les clubs étrangers. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience est riche d’enseignements pour tout le monde du hockey européen à tout point de vue : reprise des entraînements, accueil des spectateurs, tenue d’un calendrier, équité, etc.

Un rappel de contexte est utile sur la situation du Covid-19 en République Tchèque. Le pays s’était distingué comme le premier pays occidental à avoir imposé le masque dans l’espace public – y compris en extérieur – dès le 19 mars, et ce sans que l’État n’ait de stocks suffisants : la population étant incitée à en fabriquer, des milliers de Tchèques ont cousu des masques en tissu et les ont accrochés dans la rue dans des « arbres à masques » pour que les gens puissent en avoir à disposition. Un élan de solidarité qui a donné un grand sentiment de fierté nationale. En juillet, la République Tchèque a levé l’obligation de port du masque (sauf dans le métro), mais face à la recrudescence de l’épidémie, elle a annoncé le 17 août qu’elle réintroduirait l’obligation pour la rentrée de septembre dans les magasins, bâtiments et transports publics.

Litvinov LogoLa Coupe tchèque de hockey a, disons-le, très mal débuté. Trois des seize équipes se sont retrouvées en quarantaine dès la première semaine avec un report de rencontres (České Budějovice, Kladno et Litvínov) parce qu’un des joueurs avait été positif dès la reprise de l’entraînement. Hradec Králové avait alors été cité en exemple : le club avait eu l’intelligence de pratiquer des tests séparés avant que les joueurs n’aient de contact entre eux, en repoussant le début de l’entraînement de quatre jours, ce qui avait permis d’isoler 3 cas positifs sans influence sur le reste de l’équipe.

Après une telle première semaine, on pouvait craindre le pire. Et pourtant, en reportant les matches, la phase de poules de la coupe a bien eu lieu : entre le 4 et le 20 voire 21 août, soit en deux semaines et demie, les six journées prévues ont eu lieu. Mais les trois équipes en quarantaine, elles, n’ont pu rejouer qu’une semaine plus tard. Elles ont donc joué 6 fois en 11 jours (12 pour Kladno), et cela n’a pas empêché Litvínov – pourtant pas un favori – de finir la tête en sa poule après une séquence de trois matches en trois jours !

À quoi cela ressemblait-il, un match en République Tchèque pendant cette compétition estivale ? Les spectateurs pouvaient occuper un siège sur deux sur une même rangée, sachant qu’une rangée sur deux était totalement vide. Pour se conformer à l’abaissement de la limite décidée fin juillet pour les rassemblements publics (de 1000 à 500 personnes), l’entrée ne pouvait se faire que par des secteurs strictement séparés de maximum 500 personnes chacun, les écrans géants rappelant l’interdiction de passer d’un secteur à l’autre. Le port du masque est théoriquement obligatoire pendant tout le match. Il était strictement respecté dans les couloirs et pour accéder à sa place. Mais en pratique, une fois les gens assis, à distanciation sociale des autres, la majorité d’entre eux ont enlevé leur masque. L’ambiance générale du match n’était pas anormale pour un mois d’août dédié à la pré-saison, les supporters manifestant normalement leur enthousiasme.

PlzenLes quarts de finale se sont déroulés normalement les 24 et 26 août, et les demi-finales Plzeň-Třinec et Liberec-Pardubice devaient débuter ce mardi 1er septembre, avec match retour la semaine prochaine. Et puis, patatras. Lundi, les clubs-hôtes Plzeň et Liberec ont annoncé à quelques heures d’intervalle l’annulation de leur match pour cause de cas positifs. Il y en avait 3 à Liberec, qui sont finalement 6 après une nouvelle batterie de tests le lendemain. À Plzeň, la contamination des joueurs et employés du club est générale : 28 cas positifs.

Le Slovan Ústí nad Labem, club de deuxième division, a lui aussi suspendu sa préparation lundi et annulé son match amical prévu mardi. Avec 7 joueurs positifs, le club est en quarantaine pour 10 jours et l’équipe ne pourra se regrouper que le 11 septembre… soit la veille de son premier match de championnat ! En attendant, c’est préparation physique individuelle et entraînement vidéo pour tout le monde.

Cet exemple prouve – si besoin – qu’il ne saurait y avoir de saison normale. Il montre surtout – comme la KHL le prouve aussi – qu’il sera quasi-impossible d’éviter toute contamination, et donc des périodes de quarantaine. Les hockeyeurs ne vivront pas dans une bulle pendant plusieurs mois, ils font partie de la société. Et les championnats qui ont reporté le début de saison en attendant que les limites de spectateurs soient levées – on parle ici de l’Allemagne – n’ont certainement pas fait le bon choix. Leur calendrier resserré à 3 matches par semaine se révèlera vite une contrainte encore plus grande lorsqu’il faudra – inévitablement – reporter des rencontres…

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