L’autre série du siècle en 1974

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La série du siècle de 1972 reconnue dans la légende a ensuite engendré un nouveau défi en 1974 qui derrière une conquête du marché des ligues professionnelles de hockey a permis d’ouvrir le champ de vision du hockey nord-américain. Cette série basée sur la création de la ligue concurrente de la NHL, la WHA, est un maillon à la création de la Coupe Canada en 1976.

1972, une révolution du Hockey mondial

Le hockey international a vécu, en 1972, une confrontation historique entre deux nations majeures du Hockey sur glace. Deux sociétés radicalement différentes se sont fait face entre la nation porte-drapeau historique du hockey mondial et autodéclarée fondatrice de ce sport (le Canada) et la nouvelle école du hockey sur glace, détentrice de la plus grande partie des titres mondiaux et olympiques depuis 1954 (l’URSS). Le Canada a affronté l’URSS dans un défi de huit matchs à un niveau d’intensité inconnu jusqu’alors.

Le Canada a été dominateur du hockey mondial depuis les premières compétitions internationales en 1920. Les sélections canadiennes ont remporté 13 titres mondiaux et 6 médailles d’or Olympiques. Mais depuis 1954, l’arrivée de l’URSS a rebattu les cartes.

Le Canada était décidé à retrouver sa gloire et sa suprématie mondiale perdue depuis 1963. Les équipes d’amateurs canadiens n’étaient plus capable de rivaliser avec le hockey soviétique. Même la création d’un Team Canada par le Père Bauer n’y a rien changé. L’interdiction par les instances internationales d’intégrer des joueurs NHL dans les sélections canadiennes a fait déborder le vase. Hockey Canada a tout simplement décidé de boycotter toutes les compétitions internationales.

Ce sont donc les dirigeants du Canada qui ont lancé, aux Soviétiques, un défi à la hauteur des enjeux. La nation créatrice du hockey voulait balayer les doutes et démontrer sa suprématie en constituant une sélection des meilleurs joueurs et composer l’effectif le plus puissant de l’histoire du hockey.

Cet affrontement s’est joué en 8 rencontres (4 au Canada et 4 en URSS) pour faire valoir la supériorité du hockey canadien. Et pour cela, Hockey Canada y met toutes ses forces avec une sélection intégralement composée des meilleurs joueurs évoluant en NHL.

Les forces en présence sont titanesques avec deux équipes présentant les joueurs les plus talentueux de l’époque. Mais, du côté canadien, le défi semblait largement abordable sans aucune défaite prévue pour les stars NHL. Mais le résultat final était bien loin des objectifs initiaux. C’est à « l’arrachée » que le Canada s’est imposé par 4 victoires à 3 tant les Soviétiques ont démontré un talent individuel et collectif de très haut niveau. Les dirigeants canadiens ont été obligés de reconnaître la qualité du hockey soviétique et le niveau de ses joueurs digne des leaders NHL, comme Kharlamov, Yakushev, Tretiak…

Le Canada n’était donc plus seul sur la planète.

Les amateurs de hockey, les experts et les campagnes publicitaires contemporaines considèrent régulièrement la Série du siècle ‘72 comme le moment déterminant de l’histoire du sport canadien ; un récit portant sur l’héroïsme et la bravoure des joueurs de hockey canadiens.

Même sur le terrain politique, le premier ministre Trudeau avait compris que cela allait dans le sens de l’amélioration des relations bilatérales avec Moscou.

Cependant, la série a accouché d’une image désastreuse des stars canadiennes avec une violence, une brutalité et une conduite antisportive diffusées sur les chaines de télévision. Tous ces évènements hors glace n’ont pas contribué à améliorer la perception, à l’étranger, des joueurs de hockey canadiens. Pire encore, les attitudes du manager Alan Eagleson ont été totalement scandaleuses.

Deux ans plus tard, un nouveau projet de « Summit Series » est proposé mais dans un contexte totalement nouveau. Le hockey sur glace voit naître un deuxième intervenant dans le hockey professionnel nord-américain. Une nouvelle ligue professionnelle a vu le jour avec la WHA (World Hockey Association).

Création de la WHA et attaque sur le monopole de la NHL

Dennys Murphy et Gary Davidson, anciens fondateurs de la ligue ABA, concurrente de la NBA au basket, reproduisent le phénomène dans le monde du hockey. Ils déposent des statuts constitutifs de la WHA, dans l’état américain du Delaware. Ils décident de se positionner comme une ligue concurrente du monopole de la NHL, qu’ils considèrent comme vulnérable par sa structure féodale. La présence de l’association de joueurs NHLPA et la réticence de la ligue à s’étendre au-delà de l’expansion de 1967 leur semble un terreau favorable pour leur projet. Murphy et Davidson y voit donc encore de la place pour s’installer.

Avec leurs nombreux contacts dans le hockey, ils peuvent convaincre Ben Hatskin, propriétaire des Winnipeg Jets junior, et Bob Brownridge, millionnaire de Calgary, d’investir dans la ligue.

Gary Davidson : « Nous ne voulions pas affronter la NHL dans ses bastions canadiens… mais il y avait d’autres villes au Canada qui, selon nous, pouvaient soutenir des équipes. Nous voulions aussi des équipes ailleurs dans le monde où le hockey était populaire – les pays scandinaves par exemple. Une division européenne pouvait être développée… Nous nous attendions à avoir beaucoup de joueurs étrangers… et si leurs joueurs n’étaient pas vraiment amateurs, ils n’étaient, pour autant, pas payés au niveau de la NHL et de la WHA et pourraient vraisemblablement être tentés d’émigrer ».

Murphy et Davidson sont des opportunistes entrepreneuriaux. Ils connaissent peu de choses sur le hockey, cependant, ils s’appuient sur leur démarche dans le basket, où ils ont sollicité les conseils d’experts dans le capital social, culturel et économique pour créer leur ligue ABA.

Le 1er novembre 1971, la WHA annonce la création de ses franchises à Edmonton, Calgary, New York, Winnipeg, Chicago, St. Paul, Miami, Dayton, Los Angeles et San Francisco. Des franchises WHA seront constituées, plus tard, dans la région de la Nouvelle-Angleterre (éventuellement à Boston) et à Ottawa.

Sans surprise, la NHL voit le danger se profiler face à ce rival potentiel et engage donc une expansion (Vancouver et Buffalo pour la saison 1970-71 ; Atlanta, pour contrer la WHA à Miami ; Long Island pour sécuriser le marché de New York pour la saison 1972-73 ; Washington et Kansas City en 1974). Bien que ces expansions apportent aux propriétaires de la Ligue Nationale un capital considérable, chaque ajout de franchise nécessite un repêchage d’expansion et accélère la dilution des talents dans ce vaste conglomérat.

La WHA va même encore plus loin. Elle commence à recruter dès l’âge de 18 ans et Mark Napier est le premier joueur inscrit dans cette catégorie. Ce qui s’avère utile pour attaquer la position monopolistique de la NHL. Des joueurs de moins de 20 ans comme Wayne Gretzky, Mark Messier et Ken Linesman suivront le précédent de Napier. La signature de Bobby Hull par les Jets de Winnipeg ouvre les vannes des joueurs de la NHLe.

De plus, la signature de Bobby Hull crée un précédent qui encourage Gordie Howe, Frank Mahovlich et Gerry Cheevers, entre autres, qui n’ont pas hésité à franchir le pas pour basculer, eux aussi, dans cette nouvelle ligue.

Pour pouvoir constituer une base solide de joueurs talentueux, elle ne lésine pas sur l’augmentation importante des rémunérations et ainsi libère ce marché du travail. Ce défi de la WHA modifie, au moins temporairement, le vassalisme structurel restrictif du hockey professionnel nord-américain. Mais la course aux salaires n’est pas la seule arme des propriétaires. La clause de réserve qui permet aux directeurs de franchises de prolonger les contrats de joueurs pendant deux ans automatiquement est remise en question.

La WHA recrute même des joueurs européens, les Suédois Anders Hedberg et Ulf Nilsson, les Finlandais Pekka Rautakallio et Juhanni Tamminen, qui avaient tous été largement négligés par la NHL. Les Tchèques Vaclav Nedomansky et Richard Farda ont également joué après leur défection en Tchécoslovaquie.

Mais trois saisons plus tard, alors que les factures montent, la WHA a du mal à convaincre les fans, les chaînes de télévision et les commanditaires que sa marque de hockey est à égalité avec la NHL. Les officiels de la Ligue ont rapidement accepté un plan conçu par l’Association canadienne de hockey amateur au printemps pour une revanche de haut niveau – une deuxième série de huit matchs de stars canadiennes contre les meilleurs Soviétiques.

La série du siècle 1974 :

Match 1 à Québec : « la paix et l’amitié » prônées par l’entraîneur Billy Harris

Match 2 à Toronto : Gordie Howe blessé parce que son fils l’a enlacé ?

Match 3 à Winnipeg : Billy Harris fait tourner pour faire jouer tout le monde

Match 4 à Vancouver : La victoire s’échappe

Match 5 à Moscou : « Ce sympathique fils de p… »

Match 6 à Moscou : Menaces d’appeler la police

Match 7 à Moscou : Polémiques sur un dixième de seconde

Match 8 à Moscou : Place au jeu après la menace de boycott

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