Projets de patinoires 2022 en France

Projet de patinoire de Sin-le-Noble (photo AER Studio - Chabanne Architecture)
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Nous n’avions pas fait notre « point patinoires » depuis la pandémie de Covid-19, bien conscients que la période était peu propice à se projeter dans l’avenir. Mais alors qu’il faut bien en sortir, et à un moment où la dernière vague (croisons les doigts) liée au variant omicron diminue le nombre de matches, c’est le bon moment.

Pendant l’année 2021, deux inaugurations ont eu lieu : l’ouverture de la patinoire neuve de Meudon et la réouverture de la patinoire de La Garde (Toulon) fermée depuis cinq ans et totalement rénovée.

Quid des nouvelles implantations ? Il n’y en a plus eu depuis le début de la pandémie, et plus précisément depuis l’ouverture de la patinoire de Beauvais il y a deux ans. Dans notre dernier point complet sur les patinoires, nous évoquions sa non-adaptation à la pratique du hockey en raison de l’absence de plexiglas. Nous confirmons qu’il n’y en a toujours pas… Les choses ont toutefois un peu évolué. Le Beauvais Hockey Club (BHC), créé dès 2018 pendant les travaux, s’est officiellement inscrit à la FFHG cet été. Il prévoit pour l’instant la pratique du hockey en loisirs et jusque dans la catégorie U13 (tant que les mises en échec sont interdites). Le directeur sportif du site Rudy Halmaert explique que l’investissement dans le plexiglas se fera quand il y aura de la demande, une fois la pratique du hockey développée chez les plus jeunes. Notre titre « l’œuf ou la poule » d’il y a deux ans reste donc adapté : il faut espérer que les jeunes hockeyeurs soient assez motivés pour se lancer et « obtenir » ces plexis afin de ne pas arrêter leur sport à 13 ans.

Au nord, c’était les glaçons…

C’est aussi dans les Hauts-de-France qu’ouvrira la prochaine patinoire dans une ville n’en ayant jamais connue, plus particulièrement dans l’agglomération de Douai, à Sin-le-Noble. L’agence d’architecture Chabanne vient d’être retenue, et son projet s’inspire de ses précédentes réalisations (Aren’Ice de Cergy, Dunkerque et Louviers) : il y aura une piste pour la pratique sportive et une piste ludique, permettant la coexistence des activités.

Le bâtiment s’inscrit dans la sobriété énergétique, avec une membrane réfléchissante pour éviter que le bâtiment ne chauffe et diminuer la consommation électrique (couverte en partie par des panneaux photovoltaïques) et la réinjection des calories dégagées par la production de froid vers la piscine voisine. Mais sa grande particularité sera sa façade démontable : si l’équipement comprendra 700 places en tribune, il sera conçu pour pouvoir réaliser une extension jusqu’à 1700 places. Cela permet d’éviter le sous-dimensionnement de l’équipement que l’on rencontre ailleurs si jamais – par exemple – le hockey sur glace y prend de l’ampleur.

Le département du Nord – qui est le plus peuplé du pays – pourrait donc bientôt connaître enfin une bonne couverture de la pratique des sports de glace pour tous ses bassins de population : une patinoire à Dunkerque, une dans la Métropole Européenne de Lille (où la seconde patinoire est toujours à l’état de la réflexion pour 2028 au plus tôt), une à Valenciennes, une dans le Douaisis. Ce sont les quatre grandes aires urbaines du département. La cinquième, l’agglomération de Maubeuge (125 000 habitants), pourrait peut-être plus les rejoindre…

Il s’agit d’une opportunité liée à une opération du programme national de rénovation urbaine (NPNRU) à Jeumont, commune située à la frontière belge. Les études du NPNRU comprennent bien depuis le début un projet de patinoire, avec récupération de chaleur pour chauffer les logements sociaux voisins. La patinoire représenterait le quart du budget total de rénovation du quartier (28 millions d’euros dont 11 millions de subventions de l’État), budget qui ne laisse que 2,4 millions de reste à charge pour la ville. Néanmoins, ce projet paraissant acté a été remis en balance avec la création d’un comité de pilotage dédié au sein de l’agglomération.

Quand on entend parler de ce genre de groupe de travail, on peut craindre que ce soit pour ne rien décider et que le projet finisse en enterrement de première classe. Dans le cas présent, il semble toutefois y avoir une volonté de chercher un consensus politique, comme cela se fait souvent dans les agglos. Benjamin Saint-Huile, le Maire PS de Jeumont qui est aussi président de la Communauté d’Agglomération de Maubeuge Val de Sambre, demande l’assentiment de l’opposition de droite, une volonté de diplomatie que l’on sent dans ses déclarations à l’Observateur : « C’est une interrogation légitime sur les projets d’investissements. Je ne suis pas choqué que les élus demandent une clarté absolue avant de pouvoir les voter. Il faut permettre à tous les élus de l’Agglo de connaître et comprendre le projet. C’est défendu dans le cadre du NPNRU avec une boucle énergétique qui chauffe les logements. Il y aura donc un comité de pilotage en place, présidé par un élu qui n’est pas le maire. Je ne suis pas inquiet, je veux que les élus travaillent. Le projet de Jeumont n’est pas celui du maire de Jeumont. Il faut tout reprendre tranquillement. »

La situation du Nord contraste grandement avec celle du Pas-de-Calais voisin, qui ne compte toujours aucune patinoire homologuée. On ne parle plus de patinoire à Liévin. Quant au Maire de Béthune, s’il a exprimé à la Voix du Nord son attachement à l’ancienne patinoire (« Elle était dans un quartier populaire. C’était un peu notre fierté. On s’est senti porté par cet équipement, symbolique, à l’époque. La fermeture a été mal vécue par les gens de ma génération, comme si on fermait les portes de ce qui faisait notre fierté. »), c’est surtout pour expliquer que le projet-phare de son programme – la construction d’une nouvelle patinoire – ne serait pas réalisé, victime du Covid-19. Il n’évoquait plus que des discussions avec des entreprises pour « le redimensionnement à sa plus simple expression » du projet.

L’alchimie transformera-t-elle Bourges en ville de glace ?

Transitons maintenant par la Région Centre Val de Loire, pour saluer au passage la réouverture récente de la patinoire de Bourges (56m x 26m), détruite en partie par un incendie dans le local de rangement des patins en août 2017. La bataille des assurances dure encore, mais la patinoire a rouvert, désormais en régie et avec une durée de fonctionnement réduite puisqu’elle sera fermée l’été. Il n’y avait pas eu de hockey sur glace avant l’incendie, mais cela pourrait changer. Le club de roller-hockey local des Alchimistes a décidé en octobre dernier d’ouvrir une section « hockey sur glace » et de proposer des créneaux d’entraînements dirigés par Enzo Leblanc, 19 ans, formé à Tours.

Le grand projet dans cette région, c’est la patinoire de Dreux. Le promoteur du centre de loisirs Otium a construit le bâtiment, et c’est la ville qui se chargera de l’aménagement de cette coque encore vide. Pour cela, les élus ont recruté un conseiller célèbre, l’ancien patineur Philippe Candeloro, qui a fait revoir le projet à la hausse en passant de 600 à 950 places en gradins. La taille de la glace sera la même, des dimensions dites finlandaises de 58 mètres sur 28. Les travaux doivent être lancés début 2022 pour une ouverture à la rentrée 2023.

Le tableau est moins reluisant en Nouvelle-Aquitaine, région où le Maire de Cognac a brutalement décidé en 2021 la fermeture de la patinoire (40 x 20, pas aux normes réglementaires). L’inquiétude vient de la décision officielle du conseil municipal de Limoges de détruire la patinoire olympique en 2026. L’équipement est jugé trop vétuste ; on remarquera qu’il date de 1982, donc à la fin de la vague de construction de patinoires en France (qui fait craindre pour nombre de bâtiments datant des années 1970). Si la décision de démolition est prise cinq ans avant, c’est bien pour laisser le temps d’en reconstruire une neuve. Encore faut-il passer la gestion entre la ville et la métropole – toutes deux de droite. Attendons, même si les élus font des déclarations positives… ou plutôt non négatives car Guillaume Guérin, président de Limoges métropole, semble amateur des doubles négations (« Ne pas refaire une patinoire serait une erreur. Je ne suis pas hostile à avoir une réflexion globale pour que cela devienne un équipement communautaire »).

Dans cette région assez déserte en patinoires, un investisseur serait intéressé par un projet à Périgueux sur les terrains en vente du parc des expositions.

Et les métropoles ?

Même les métropoles n’ont pas toutes une vraie patinoire. Est-ce que la vétuste Trimolet à Dijon mérite encore ce nom ? C’est très discutable. La nouvelle patinoire avait été promise dans la précédente mandature, puis repoussée d’un mandat… Dans les dernières élections municipales de 2020, la promesse numéro 80 de François Rebsamen – réélu – s’intitulait « Finaliser durant le mandat la rénovation et la modernisation de la patinoire. » Aucune nouvelle à ce jour.

À Nancy, c’est pire. La patinoire était vétuste et inadaptée, mais elle n’est même plus en fonctionnement. Le projet d’aménagement de la plaine Flageul à Tomblaine, en face du stade Marcel-Picot, a été relancé l’été dernier avec un appel à projets privés « à dominante commerciale, orienté sports et loisirs ». Beaucoup craignent un énième centre commercial, les élus réfutent et mettent en avant la dominante sportive. Mais on parle d’à peu près tout, comme due kart indoor. En matière de glisse, il est même question de surf indoor sur des vagues artificielles. Que sortira-il de cet appel à projets ? Difficile à dire.

Nancy risque de rester la seule métropole sans patinoire. Saint-Étienne avance sérieusement. Le concours de maîtrise d’œuvre est en cours, une consultation vient d’être passée pour la mise en place d’une stratégie BIM (modélisation numérique du bâtiment). Il est prévu une piste olympique et une piste ludique près de la gare de Châteaucreux. La capacité limitée de la tribune (600 places) pose question par rapport à la taille de la ville et au coût du projet.

Ne jamais désespérer

Terminons par une note d’espoir, qu’on ose à peine formuler tant il s’agit d’un des plus vieux serpents de mer du hockey français : la patinoire de Cherbourg. Une étude de faisabilité a bien été lancée et le projet serait sur les rails pour prendre une décision fin 2022. Peut-être, en 2025, le Cotentin retrouvera-t-il une patinoire, après quinze ans d’attente.

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