La KHL a – une fois de plus – copié le modèle NHL en devenant une ligue « pirate », en dehors de la juridiction de sa fédération (FHR), et donc de l’IIHF. Une décision dans l’intérêt à court terme d’un seul club, le CSKA Moscou, qui défie les sanctions de la fédération internationale en recrutant sans « transfer card ». Cette totale autonomie lui permet aussi de prolonger sa saison d’un mois, jusqu’en mai.
Cela fera surtout encore plus de problèmes à régler pour que la Russie retourne un jour dans le concert des nations… Pour le moment, la KHL semble se complaire dans le rôle de celle qui défie toute morale, comme le montre l’arrivée de 2 des « fameux » champions du monde junior canadiens en attente de leur procès pour viol.
On revient sur ces défis dans notre premier volet de la présentation KHL 2024/2025, consacré à la division Tarasov dans la Conférence ouest.
Dynamo Moscou : favori malgré deux baffes humiliantes

Autant dire que la resignature de Nikita Gusev ne pouvait pas échouer. Or, le meilleur marqueur de KHL avait gagné la « green card lottery » – ce tirage au sort pour visa d’immigration aux États-Unis – et craignait qu’un séjour trop long en Russie lui retire ce privilège administratif permettant d’installer sa famille outre-Atlantique après sa carrière. Encore une preuve que les hockeyeurs, jeunes ou vétérans, ne veulent pas faire de vieux os à Moscou dans le contexte actuel… Finalement, Gusev a bien paraphé un contrat d’un an. Le Dynamo a donc gardé ses neuf meilleurs attaquants et s’est même renforcé avec l’ex-international Artyom Shvets-Rogovoy (qui reste sur deux saisons blanches sur blessure) et surtout avec un quatrième Canadien, le champion du monde 2021 Maxime Comtois qui a perdu sa place en NHL l’an dernier.
Restait encore un problème-clé. L’échec des derniers play-offs a été attribué à la faiblesse des gardiens. Le Dynamo a donc cherché tout l’été un nouveau cerbère, notamment en proposant des ponts d’or dans un marché nord-américain bloqué. Il a dû se rabattre sur un second choix, Hunter Miska, arrivant d’une DEL méprisée en Russie comme tous les championnats d’Europe centrale. Ce n’était pas la star attendue pour la cinquième place d’étranger et ce poste capital reste donc perçu comme un talon d’Achille. Malgré tout, le Dynamo est considéré comme le favori de la KHL par les journalistes… moscovites.
Lokomotiv Yaroslavl : la hargne de Radulov comme ultime ingrédient ?
Un de ses principaux concurrents pourrait être le Lokomotiv Yaroslavl, vice-champion sortant. L’entraîneur Igor Nikitin n’a pas aimé que son équipe se fasse balayer dans une finale dont elle était favorite. Il en a tiré les conclusions : « Il a fallu du temps pour tout comprendre. Puis j’ai réalisé que lorsque les entraîneurs changent très souvent – neuf gars de l’équipe en ont connu 12 – le joueur cesse de se réajuster. »
Premier coach à durer au Lokomotiv depuis la catastrophe aérienne, Nikitin considère aujourd’hui qu’avec les modifications opérées depuis son arrivée (dix joueurs) il a un équipe psychologiquement prête au combat. Il faut dire qu’il a ajouté un leader plein de hargne, Aleksandr Radulov, qu’il avait connu au CSKA. Il aime cette forte personnalité qui laisse transparaître ses émotions et ses colères
Le Lokomotiv a aussi prolongé de deux ans son meilleur marqueur Maksim Shalunov (malheureusement blessé et absent en finale), et pour remplacer le centre défensif Sergei Andronov parti au SKA, il n’a pas hésité à engager son premier Canadien – qui arrive donc tout seul sans compatriote : Byron Froese (141 matches de NHL dont 16 la saison passée à Vegas). Mais il n’y a pas que des vétérans. Le premier tour de draft Egor Surin a épaté ses équipiers en présaison, à tout juste 18 ans, par son énergie et son enthousiasme irrépressibles.
CSKA Moscou : le club qui a fait changer la loi pour recruter

Pour avoir refusé d’appliquer les sanctions de l’IIHF dans l’affaire Fedotov, le CSKA a en effet écopé de sanctions plus fortes, une interdiction de recruter jusqu’en 2026. Or, il avait perdu Fedotov, comptait plusieurs joueurs en fin de contrat (Grigorenko, Dietz, Plotnikov, Svetlakov) et a même résilié les deux dernières années de contrat de Slepyshev. Les mains liées, le CSKA n’aurait pas pu les remplacer !
Le cas du club moscovite a donc incité la KHL de sortir du giron de la fédération russe (et donc internationale), ce qu’a justifié ainsi son président Aleksei Morozov : « L’un des principaux objectifs du développement du sport en Russie aujourd’hui est sa dépolitisation. En sortant de la sphère d’influence de l’IIHF, nous serons plus autonomes dans les décisions et la promotion de notre sport dans le pays et dans le monde. C’est une bonne chose pour nous que nous puissions résoudre nos problèmes en contact uniquement avec le ministère des Sports. » Commentaire de texte, niveau brevet des collèges : voyez-vous une contradiction entre la première et la dernière phrase de cette citation ?
Une loi spéciale sur les sports a été passée pour autoriser une ligue en dehors de tout cadre fédéral. Par conséquent, la KHL n’attribue plus le titre de champion de Russie ! Le CSKA s’en fiche, il attendait avec impatience les amendements législatifs pour pouvoir recruter des joueurs russes revenus d’AHL sans avoir besoin de transferts internationaux : un nouveau gardien (Ivan Prosvetov), deux défenseurs (Dmitry Samorukov et Nikita Okhotyuk) et trois attaquants.
Mais il est peu probable que le CSKA remporte quelque titre que ce soit de toute manière : ces renforts sont encore peu expérimentés même s’ils ont du talent, à l’instar du subtil technicien Ruslan Iskhakov qui a toujours su inscrire des buts spectaculaires. L’entraîneur Ilya Vorobyov, qui succède à Sergei Fedorov, doit d’abord reconstituer un collectif.
Dynamo Minsk : point de déshonneur

Le club espère que le bon lancer de Dubé pourra devenir une arme fatale du jeu de puissance avec un passeur de la trempe de Vadim Shipachyov. Sportivement, le plus retentissant transfert de l’intersaison est en effet le centre de 37 ans, un des derniers dinosaures d’une espèce en voie de disparition : ces hockeyeurs de la vieille école russe qui placent la créativité et la rapidité de circulation du palet au-dessus de l’intensité de patinage. Même si Kazan ne voulait plus de Shipachyov, il était encore leur meilleur marqueur. Son arrivée symbolise les nouvelles ambitions de Minsk, qui n’a encore jamais dépassé le premier tour de playoffs.
Même si leur avantage compétitif sur leurs concurrents russes s’est amenuisé maintenant que ceux-ci peuvent de nouveau aligner 5 étrangers et non plus 3, les Biélorusses ont constitué une grosse équipe. Rien qu’en défense, on compte 6 Nord-Américains, dont Xavier Ouellet (178 matches de NHL, fils de Bob et donc né au Pays basque), plus les internationaux biélorusses Dmitri Korobov et Kristian Khenkel (qui rentre du Barys), plus l’espoir Pavel Denisov !
Il n’y a pas toutefois la même profondeur au poste de gardien après le départ d’Aleksei Kolosov en NHL. Arrivé du Spartak, Andrei Kareyev tiendra-t-il le fort, un peu seul, avec pour doublure de 21 ans un autre Russe, Egor Velmakin ?
Severstal Cherepovets : le silencieux faiseur de miracles Kozyrev

La réussite de Kozyrev tient aussi à l’alchimie qui s’est produite immédiatement entre le buteur Kirill Pilipenko, devenu soudain un joueur à un point par match en doublant son rendement, et le jeune centre Danil Amurzin, aussi modeste en dehors de la glace que flamboyant crosse en main. Ce miracle durera-t-il une seconde saison ?
Non seulement le Severstal a gardé ses jeunes, mais il a gagné en expérience. Le principal partant, Nikita Sedov, a été échangé au CSKA contre Yaroslav Dyblenko, un défenseur à la carrière encore plus solide. L’attaquant Aleksei Kruchinin, viré du vestiaire du Torpedo car en froid avec Larionov, est même une recrue de premier choix. Il faut juste que ces trentenaires aient eux aussi le même état d’esprit enthousiaste qui a permis au petit club de Cherepovets de progresser continuellement depuis cinq ans sans se poser de questions.
Kunlun Red Star : toujours pas en Chine, mais peut-être en playoffs ?

Le fait que le club soit installé dans la banlieue de Moscou a un avantage : Nail Yakupov y est plus visible en banlieue que dans de lointains clubs provinciaux. Celui à qui on a souvent reproché une attitude négative semble plus souriant et ouvert à bientôt 31 ans. L’ancien numéro 1 de draft, convalescent depuis décembre, a déclaré « juste vouloir vivre une saison sans blessures ». Il fait mieux que ça en inscrivant 4 buts dans ses 3 premiers matches de championnat avec Kunlun.
Yakupov n’est qu’un exemple des renforts recrutés cet été par le club chinois. Adam Clendening apporte des qualités offensives supplémentaires à la défense. Après des commotions en AHL, Rourke Chartier est un modèle de résilience qui a joué 37 matches sur la quatrième ligne d’Ottawa la saison dernière, mais ce centre qui prend très peu de pénalités et en provoque beaucoup devrait surtout amener son sens du hockey, en plus d’une efficacité aux mises au jeu qui est très prisée en KHL. Le Red Star peut donc viser les play-offs, ce qui rendra la lutte enfin plus disputée dans la Conférence ouest.









































