Depuis son bref passage dans l’élite mondiale en 2018, l’équipe de France des moins de 18 ans est un peu devenu le parent pauvre des sélections nationales. La FFHG a pourtant organisé deux fois la division 1A, à Grenoble en 2019 et à Angers en 2022, pour des résultats décevants : un maintien d’extrême justesse puis une relégation. Les U18 végètent depuis deux ans en division 1B, contre des adversaires situés en dehors de l’élite mondiale senior. C’est la preuve que les carences du hockey français résident en bonne partie dans la formation de base.
Les résultats de la saison incitaient à l’optimisme puisque les Français avaient un bilan très positif (6 victoires et 1 défaite) en ayant affronté en majorité des équipes de la division supérieure. Néanmoins, le meilleur marqueur bleu des deux premiers tournois Noa Nsonsa-Kitala s’est fracturé le bras en playoffs avec Marseille.
Cette troisième rencontre de la compétition face à la Pologne semblait être cochée comme le match-clé de la semaine face à l’adversaire potentiellement le plus fort.
Et la Pologne aborde effectivement cette troisième journée en tête du classement avec deux victoires nettes et sans bavure face au Japon (4-1) et à l’Estonie (5-1). Pourtant, comme ils viennent de remonter à ce niveau, les promus partaient sans grandes espérances. La sélection avait même été critiquée en raison de l’absence d’Adam Kubat, né en 2008 et expatrié en Suède, et même du prodige de 13 ans (!) Gabriel Wsół, né en 2011 et meilleur marqueur du championnat suisse U15 avec Bâle. L’entraîneur biélorusse Andrei Gusov estime que leur temps viendra plus tard. Il a fait le choix de la maturité avec une équipe à 90% née en 2007, comptant seulement trois joueurs de la génération 2008.
Ce n’est pas du tout le même raisonnement que tient le sélectionneur français Éric Blais, qui a retenu sept joueurs de 2008 et même deux joueurs de 2009 avec Kilian Alves Pereira et Darcy Terglav. Des générations prometteuses qu’on aimerait bien voir se confronter l’an prochain au niveau plus sérieux de la D1A… mais pour ça il faut monter cette année.
Or, la semaine a débuté difficilement à Kaunas. L’équipe de France a d’abord un peu souffert pour retourner la situation en sa faveur face à la petite Lituanie (3-2). L’entraîneur québécois du pays-hôte Mario Durocher – un homme qui compte quand même deux médailles d’argent au Mondial junior avec le Canada – a tenu le bilan suivant : « C’était un match tenace. La première mi-temps a été très bonne, nous avions l’avantage, mais la deuxième mi-temps nous a punis. Nous n’avons eu que quatre tirs, ce n’est pas suffisant. J’ai changé l’échec-avant et c’était probablement une erreur – je voulais plus de pression mais ça n’a pas fonctionné. »

Après avoir évité ce premier piège, les Bleuets rencontraient le Japon qu’ils avaient dominé 6-2 en préparation. Quatre jours plus tard, ils ont perdu 2-3 ! Cette habitude de « préparer l’adversaire » au dernier match amical devient malheureusement récurrente, on se souvient du 2-11 de l’an dernier face à une Slovénie que la France avait battue une semaine auparavant…
Rien n’est perdu pour autant, l’équipe de France peut encore se placer idéalement pour la monter si elle bat les Polonais (comme elle l’avait fait en août dernier, 3-2). Elle a une maîtrise supérieure du palet en début de match mais peine quelque peu dans la construction du jeu en zone neutre. Un duel perdu dans la bande par Mathias Lemaire aboutit à la première occasion pour la Pologne, quand Olaf Zachariasz teste le gardien Guillaume Schoch du revers.
Les longues passes bleues fonctionnement rarement. Pourtant, après une présence compliquée de la paire défensive (Chabanet a perdu le palet dans sa zone et Gabard s’est fait déborder), Maurice Zwikel entre au changement de lignes et réussit aussitôt une diagonale parfaite qui envoie Darcy Terglav en échappée. Le fils cadet de l’assistant-coach slovène de Grenoble dribble le gardien et conclut du revers (0-1, 07’53”).
La possession est toujours bleue mais la Pologne reste menaçante sur ses contre-attaques. Schoch doit ainsi se déployer face à la puissante reprise d’Olaf Zachariasz, servi en retrait par Jakub Skzpryski. Peu après le quart d’heure de jeu, Robin Guidoux fait avorter une entrée de zone polonaise d’un bon poke-check. Noa Besson récupère alors le palet et se replie pour jouer avec Auxence Terras derrière sa cage. Ce dernier essaie de jouer lui aussi derrière son but avec son collègue Besson, mais l’attaquant polonais Adrian Ziober est allé presser : il intercepte la passe et donne aussitôt à Wiktor Zając dans le cercle gauche pour une reprise instantanée (1-1, 15’32”)
Sur l’engagement qui suit le but, Zachariasz fonce dans l’axe et Louison Gabard l’accroche. La Pologne enchaîne donc avec un avantage numérique, qui ne s’installe que tardivement. Entre-temps, Arthur Hostein est même parvenu à partir à deux contre un en infériorité et à prendre un bon lancer. Mais à deux minutes de la pause, Noa Besson part lui aussi en prison pour rudesse. De nouveau, le jeu de puissance polonais ne s’installe que dans les dernières secondes… mais cela suffit. Le lancer de la ligne bleue de Wiktor Zając traverse le trafic plein axe (2-1, 19’51”).

Noe Turlure est fait trébucher par Witold Staniszkis à la ligne bleue française au démarrage d’une contre-attaque. Cette première supériorité numérique des Bleuets est infructueuse, même si Arthur Hostein parvient à s’infiltrer près du but. Peu après, c’est au tour d’Aaron Stemper d’être fait trébucher par Radosław Kot en entrée de zone. Cette fois le jeu de puissance est installé plus vite et Noa Besson reprend à bout portant la passe de derrière la cage de Darcy Terglav (2-2, 25’59”).
La France doit se remettre vite au travail pour tuer des pénalités : une obstruction – légère mais soulignée d’un grand geste par son adversaire – sifflée contre Aaron Stemper et une charge avec la crosse de Daubeuf. Elle se fait aussi une frayeur quand une passe de Louison Gabard dans sa zone défensive est interceptée par l’intenable Olaf Zachariasz qui se présente alors face à Schoch, mais le revers est bloqué par le gardien niçois expatrié en Suède.
La France remet de la pression en fin de deuxième tiers avec un tour de cage de Noa Besson. Dix secondes avant la sirène, Zachariasz reste au sol après un choc violent avec Auxence Terras, les arbitres se concertent mais n’infligent – logiquement – que deux minutes pour obstruction au défenseur français qui a simplement repoussé son adversaire arrivé à pleine vitesse.
Les Bleuets semblent gérer cette infériorité au début du troisième tiers et se procurent même une séquence de trente secondes dans la zone offensive. Mais à une seconde de la fin de la pénalité (!), Jakub Janik coupe devant la cage le centre de Jakub Skrzypski (3-2, 41’49”). Arthur Hostein provoque une pénalité de Skrzypski à mi-période, mais la France n’en profite pas malgré les écrans posés devant le but par Gianny Gaillard.
Le chrono tourne, l’espoir s’amenuise. Mais à deux minutes de la fin, profitant d’une entrée de zone suivie d’un bon effort de conservation de palet de Noa Besson derrière la cage adverse, Éric Blais sort son gardien. À 6 contre 5, l’équipe de France densifie sa présence en milieu de zone et Aaron Stemper propulse le palet au fond des filets (3-3, 57’52”).
La prolongation à 3 contre 3 profite clairement aux Bleus, qui ont plus d’espaces pour utiliser leurs habiletés. Les occasions pleuvent. Un lancer puissant de Stemper finit par transpercer le gardien qui réagit à temps pour reprendre le palet dans son dos. Puis c’est un tir du poignet de Noa Besson qui frappe le coin de transversale et ricoche devant la cage. L’arbitre écarte les bras sur le moment, et appellera la vidéo qui confirme que le palet n’est pas rentré. Enfin, Darcy Terglav dribble dans la défense pendant que Besson fait écran devant la cage. Néanmoins, l’alerte s’allume à trente secondes de la fin quand Skrzyspki prend le palet devant Arthur Hostein et sert à 2 contre 1 le défenseur d’origine biélorusse Kashalevich.
Darcy Terglav arrive lentement sur le premier pénalty, le gardien ne se dévoile pas et il n’a pas assez de vitesse pour le dribbler. Matthew McGovern joue aussi la carte de la patience et Schoch le dépossède d’un beau poke-check. Kilian Alves Pereira fait plus simple, un tir puissant côté mitaine, tandis que le tir de Makula est bloqué par Schoch. La France mène.
Besson vise aussi le côté mitaine mais tire hors cadre. Déjà double buteur, Zając bat Schoch côté plaque et remet les équipes à égalité. Jaworski écarte les bottes jusqu’à ses poteaux pour bloquer la feinte de Stemper. Tymoteusz Petrazycki rate carrément le palet au moment de lancer. Le dénouement arrive. Le tir de Robin Guidoux est au-dessus, puis Mateusz Majkowski réussit à feinter Schoch pour donner la victoire aux Polonais.
Sauf scénario improbable, l’équipe de France devra donc passer encore un an de plus au purgatoire avant de remonter à un niveau plus digne. Elle a plutôt contrôlé le jeu dans l’ensemble, mais de petites imprécisions l’ont régulièrement empêché de prendre le dessus sur des Polonais tenaces. Les petits détails ont encore tourné en sa défaveur.
Désignés joueurs du match : Tobias Jaworski pour la Pologne et Maurice Zwikel pour la France.

Pologne – France 3-3 (2-1, 0-1, 1-0, 0-0) / 2-1 aux tirs au but
Mercredi 16 avril 2025 à 12h30 à Kaunas. 168 spectateurs.
Arbitres : Achim Moosberger (ALL) et Ludek Pilny (TCH) assistés de Mitchell Gibbs (CAN) et Stanislav Hnat (TCH)
Pénalités : Pologne 6’ (0’, 4’, 2’, 0’) ; France 10’ (4’, 6’, 0’, 0’)
Tirs : Pologne 25 (7, 12, 5, 1) ; France 31 (8, 11, 10, 2)
Évolution du score :
0-1 à 07’53” : D. Terglav assisté de Zwikel et P. Hostein
1-1 à 15’32” : Zając assisté de Ziober
2-1 à 19’51” : Zając assisté de Ziober et MLakula (sup. num.)
2-2 à 25’59” : Besson assisté de D. Terglav et A. Hostein (sup. num.)
3-2 à 41’49” : Zając assisté de Skrzypski et Petrażycki (sup. num.)
3-3 à 57’52” : Stemper assisté de D. Terglav et Terras
Tirs au but :
France : D. Terglav (arrêté), Alves Pereira (réussi), Besson (à côté), Stemper (arrêté), Guidoux (à côté).
Pologne : McGovern (arrêté), Makula (arrêté), Zając (réussi), Petrażycki (palet perdu), Majkowski (réussi).
Pologne
Attaquants :
Wiktor Zając (+1) – Szymon Gumiński (+1) – Adrian Ziober
Jakub Janik (A) – Jakub Skrzypski (2’) – Olaf Zachariasz
Tymoteusz Petrażycki (-2) – Mikołaj Osiadły (-1) – Matthew McGovern (C, -2)
Leon Stryczek – Radosław Kot (2’) – Wiktor Makuła
Défenseurs :
Filip Wojciechowski (+1) – Ihnat Kashalevich
Mateusz Majkowski – Wojciech Wilczok (-1)
Oskar Magner (-1) – Witold Staniszkis (-1, 2’)
Wiktor Tańczyk – Maksymilian Mościcki
Gardien :
Tobiasz Jaworski
Remplaçant : Juliusz Cegliński (G). En réserve : Kacper Michalski (G).
France
Attaquants :
Noa Besson (A, 2’) – Arthur Hostein – Mathias Lemaire (-1)
Darcy Terglav (+2) – Nolan Terglav (+1) – Kilian Alves Pereira (+1)
Goanny Gaillard – Noah Spencer – Gaspard Alric
Ylhan Leprieult – Aaron Stemper (+1, 2’) – Loé Turlure
Défenseurs :
Maurice Zwikel (+1) – Paulin Hostein (A, +1)
Robin Guidoux – Auxence Terras (2’)
Arthur Daubeuf (2’) – Louison Gabard (2’)
Alban Chabanet
Gardien :
Guillaume Schoch [sorti de à 57’40” à 57’52”]
Remplaçants : Baptiste Boudet (G), Jules Albert Oscaby-Ploquin (A).










































