Mercredi soir, les chances des Ducs d’Angers d’accéder à la finale semblaient quasi-nulles. Mais hier, elles sont réapparues. Pourtant, Herning a longtemps dominé son deuxième match contre le Torpedo Ust-Kamenogorsk, un adversaire qui ne parvenait pas à se sortir de son pressing pendant une moitié de match. Et puis, les Danois, malgré un compteur de tirs largement en leur faveur (43 à 23), ont été remontés de 2-1 à 2-6, peut-être rattrapés par la fatigue. Leur différence de buts est négative et les voilà hors course pour la première place. Les vice-champions du Kazakhstan, pourtant pas réputés pour leur efficacité aux tirs dans leur championnat, ont été précis et réalistes. Ils sont maintenant en excellente position.
Si l’enjeu de ce dernier match de poule est total, la tâche d’Angers est en effet très compliquée. Il faut gagner de 4 buts pour terminer premier et aller en finale. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle de Rouen qui devait gagner de 3 buts contre le Donbass Donetsk pour remporter la première Coupe Continentale d’un club français en 2012. Le problème est que les Ducs ont plutôt une identité d’équipe tactique, conservatrice, que d’une équipe capable de se transcender dans un grand évènement.
L’adversaire n’a rien d’aisé. Le Torpedo Ust-Kamenogorsk était la cinquième meilleure école de hockey de l’ex-URSS (voir notre classement des clubs formateurs soviétiques). Mais l’école de hockey y est souvent décrite comme mourante (surtout par la presse russe). Les investissements du Kazakhstan indépendant se sont concentrés dans d’autres zones – comme la nouvelle capitale Astana – et non dans cette région russophone du nord-est. Pourtant, le mois dernier, le gouverneur régional Nurymbet Saktaganov a annoncé un plan quinquennal incluant la construction d’un stade de glace de 10000 spectateurs pour le hockey sur glace à Ust-Kamenogorsk, plus une deuxième patinoire de 500 places, sans compter une salle multi-sports de 5000 places et un stade de football couvert de 5000 places aux normes UEFA. Cela fait beaucoup. Tellement même que les supporters attendent de voir ces promesses politiques se concrétiser. En tout cas, le Torpedo Öskemen (le nom de la ville en kazakh) vit encore, et il le prouve ici à Nottingham.

Angers démarre par une pénalité idiote : son capitaine Robin Gaborit va faire trébucher Pelevin qui repart de derrière la cage adverse. Les lancers du Torpedo ne trouvent pas la cible mais superbe jeu à trois met Manning dans le vent au retour à 5 contre 5 : passe transversale de Maksim Musorov puis superbe remise au centre en une touche du capitaine Dmitry Grents pour Andrei Yakovlev, qui échoue à bout portant sur Jacob Smith. La réponse vient de la quatrième ligne d’Angers, quand le gardien Pestov laisse le palet retomber derrière lui sur un lancer excentré du jeune Ethan Gourbil (qui remplace un Kerbashian pas au mieux de sa forme). Erik Aldabargenov plonge pour dégager la rondelle qui traîne devant la cage vide.
Angers semble plus actif et gagne la possession mais, pendant qu’il effectue une séquence de dribbles dans la défense adverse, Olivier Archambault ne fait pas attention à sa crosse haute qui touche un casque adverse : cette deuxième pénalité en zone offensive en dix minutes est encore sans conséquence. Le Torpedo, qui avait converti ses deux premières supériorités numériques contre Herning, n’arrive pas à installer son jeu face aux hommes de Jonathan Paredes. Ceux-ci concèdent toutefois un breakaway sur une passe en cloche de Nikita Kolobov pour Aldabargenov qui perd son un contre un avec Smith en se laissant emporter dans sa feinte sans pouvoir tirer.
Les Ducs se remettent à pousser et mettent beaucoup de palets à la cage. Leur pression provoque la première faute, contre Borovkov, mais Angers n’arrive pas non plus à installer durablement son jeu de puissance. L’impression générale de cette première période aurait été favorable aux vainqueurs de la Coupe de France… si on n’était pas dans un scénario où il faut gagner de quatre buts !

La lumière de but s’allume après seulement 20 secondes au deuxième tiers-temps… mais malheureusement le juge de but est le seul à avoir vu le palet entrer. Lancé en solo par une magnifique longue passe de Matt Prapavessis, Olivier Archambault a en fait tiré sur le poteau droit en arrivant devant le but. Il s’en faut toujours de quelques centimètres pour qu’Angers marque, tel ce revers d’Orrin Centazzo détourné de justesse par Pestov. De l’autre côté, Yakovlev échoue pour la seconde fois en recevant un centre idéal trois mètres devant la cage : son tir est trop centré sur Smith.
Angers continue de dominer cette deuxième période. Nicolas Ritz gagne un engagement en zone neutre de façon avec tant de dynamisme qu’il fonce à la cage et se procure un bon tir. Mais un palet contré en jeu installé provoque un 2 contre 1 de Musorov et Artur Glukikh. Ce dernier dribble Smith mais voit son revers échouer dans une botte gauche solidement campée par le gardien italo-canadien. Cody Donaghey a pris une pénalité sur l’action. Dès le début de l’infériorité numérique, Philippe Halley prend un premier lancer en contre-attaque puis son tir en pivot sur le rebond heurte… le poteau gauche ! Ensuite, Angers souffre plus que pendant les pénalités précédentes mais sort quand même sans dommage des deux minutes. L’horloge tourne néanmoins en faveur du Kazakhstan. Le score est toujours vierge après deux tiers, en dépit de deux poteaux et d’une pression angevine qui continue jusqu’à la sirène.

La persévérance paie enfin au troisième tiers-temps. Après un engagement gagné par Nicolas Ritz en zone offensive, Olivier Archambault va intercepter la passe de Runov derrière la cage et donne en retrait à Ritz qui ouvre le score côté plaque (1-0). Dans la minute qui suit, Orrin Centazzo s’échappe seul devant Pestov qui est totalement pris par son dribble mais l’attaquant n’arrive pas à ramener le palet fuyant vers la cage ouverte. Les Ducs se sentent pousser des ailes mais se découvrent un peu. Heureusement, un superbe Lucien Onno bloque, crosse au sol, la passe de Musorov pour faire avorter un 2 contre 1.
La fatigue peut-elle atteindre à son tour le Torpedo pour son second match en deux jours ? Angers essaie d’en profiter et joue avec intensité. Après une bonne circulation angevine en zone offensive, la défense est aux fraises et Philippe Halley est complètement seul à gauche du but pour convertir le rebond d’un tir d’Onno (2-0). Il reste alors plus de treize minutes pour ajouter encore deux buts, un temps suffisant compte tenu de la dynamique du match. La confiance est en train de changer de camp.
C’est une pénalité pour surnombre à neuf minutes de la fin qui brise cet élan angevin. Pire encore, un rebond qui ricoche sur le patin de Prapavessis offre un but en cage ouverte à Aleksandr Panchenko (2-1). Rude.
Panchenko donne une charge avec la crosse dans le dos de Halley, une pénalité également superflue. La première unité de powerplay menée par Rouhiainen à la bleue met une forte pression avec un gros lancer de Jonathan Charbonneau dans le cercle gauche, repoussé. La seconde unité conduite par Prapavessis enchaîne et la tentative légitime de Gaborit sur un palet libre près de la botte du gardien lui vaut un châtiment des défenseurs, mais pas de but.

Jonathan Paredes prend tous les risques et sort son gardien sur l’engagement qui suit en zone offensive. Cela aboutit trente secondes plus tard à un but fatal en cage vide (2-2). Panchenko met sa main à l’oreille dans un geste provocateur destiné à Charbonneau, qui passe à côté de lui sans répondre. Juste derrière, Jordan Hervé donne un cross-check gratuit au joueur du Kazakhstan qui ne regarde plus. La pénalité de 5’+20′ contre le jeune attaquant est parfaitement justifiée… tout comme celle de Neil Manning dont la crosse remonte vers les parties intimes de Musorov sur la mise au jeu. Trois minutes à 5 contre 3 sont annoncées pour Ust-Kamenogorsk, car la pénalité de Hervé a été raccourcie par deux minutes de pénalité contre Gavrilenko.
Ces deux gestes de frustration lamentables ont gâché la fin de match. Les Ducs résistent courageusement à trois et la barre transversale vient à leur aide sur un tir de Panchenko. La prolongation débute à 4 contre 3 pour le Torpedo qui n’en profite pas. Quand on revient à 3 contre 3, Archambault se positionne à la ligne bleue pour recevoir une longue relance de Charbonneau et conclut son face-à-face entre les jambes de Pestov (2-3). Un but purement pour l’honneur.
Angers s’offre ainsi une Marseillaise un peu triste, puisque les Ducs ne joueront que le match pour la cinquième place contre les Lettons de Mogo, leur adversaire du tour précédent. C’est le Torpedo Ust-Kamenogorsk qui jouera la finale de Coupe Continentale contre le vainqueur de Nottingham-Katowice.
Désignés joueurs du match : Aleksandr Panchenko pour Ust-Kamenogorsk et Jacob Smith pour Angers.
Torpedo Ust-Kamenogorsk – Angers 2-3 après prolongation (0-0, 0-0, 2-2, 0-1)
Vendredi 16 janvier 2026 à 14h30 à la Nottingham Arena. 3500 spectateurs.
Arbitres : Federico Giacomozzi (ITA) et Mikhaïl Stupak (KAZ) assistés de Knut Braten (NOR) et Petr Šimánek (TCH).
Pénalités : Ust-Kamenogorsk 10′ (2′, 2′, 6′, 0′) ; Angers 62′ (4′, 4′, 4’+5’+20’+5’+20′, 0′).
Tirs : Ust-Kamenogorsk 35 (14, 9, 9, 3) ; Angers 42 (8, 15, 18, 1).
Évolution du score :
0-1 à 42’24” : Ritz assisté de Donaghey
0-2 à 46’14” : Halley assisté d’Onno et Centazzo
1-2 à 52’45” : Panchenko assisté de Runov et Khoroshev (sup. num.)
2-2 à 56’30” : Aldabergenov assisté de Panchenko et Ryzhy (cage vide)
2-3 à 63’46” : Archambault assisté de Charbonneau
Torpedo Ust-Kamenogorsk
Attaquants :
Nikita Kolobov (-1) – Ilya Klyauzov (-1) – Andrei Runov (-2)
Maksim Musorov – Artur Glukhikh (-1) – Mikhaïl Rakhmanov
Aleksandr Panchenko (+1, 2’) – Dmitry Grents (A, -1) – Erik Aldabergenov (+1)
Vladimir Borovkov (-1, 2’) – Andrei Yakovlev (-1) – Stepan Rifel (2’)
Défenseurs :
Fyodor Khoroshev (C, -1) – Stanislav Borovikov (-2)
Aleksandr Pelevin (2’) – Stepan Aleksandrov (A)
Ilya Ryzhiy (+1) – Ivan Gavrilenko (2’)
Dmitri Bykov
Gardien :
Vladislav Pestov
Remplaçants : Andrei Yankov (G), Dias Rysbekov.
Angers (2’ pour surnombre)
Attaquants :
Jonathan Charbonneau (+1) – Nicolas Ritz – Olivier Archambault (+1, 2’)
Orrin Centazzo (2’) – Philippe Halley (A) – Robin Gaborit (C, 4’)
Téo Sarliève (-1) – Romain Gutierrez – Jordan Hervé (5’+20’)
Ethan Gourbil – Cédric Di Dio Balsamo (+1) – Noa Besson
Défenseurs :
Cody Donaghey (+2, 2’) – Matt Prapavessis (+1)
Neil Manning (5’+20’) – Vincent Llorca
Jere Rouhiainen (-1) – Lucien Onno (+1)
Gardien :
Jacob Smith [sorti de 55’54” à 56’30”]
Remplaçants : Elliot Lévêque (G), Fiorenzo Villard (D). Absents : Matthew O’Connor (protocole commotion), Daniel Viksten (épaule), Marius Serer (genou), Sami Tavernier (genou), Ethan Cap (blessure récente), Kale Kerbashian.









































