Trois tiers pour un quart
Il était dit que Spinaliens et Strasbourgeois iraient au bout de cette série. Que ces deux-là s’affronteraient une dernière fois pour sceller l’issue de ce derby. Qu’un parfum de finale entourerait ces retrouvailles passionnantes (et passionnées) à Poissompré. Là où tout a débuté mardi dernier…

Ce dénouement, assurément frustrant côté vosgien, l’est d’autant plus au vu des pertes essuyées durant ce week-end alsacien (l’ICE ayant subi le jeu rugueux des « noir et jaune »). Si Peter Slovák (commotionné vendredi), est présent en tant que remplaçant, Nicolas Leonelli (sorti samedi après un choc subi à la tête) n’est lui pas de la partie. Anže Kuralt, jugé insuffisamment prêt à repartir au combat, fait également défaut aux Gamyo pour cet ultime duel. Un dernier bras de fer entre adversaires ne se connaissant que trop bien. Un match couperet, qui peut être sans lendemain… puisqu’il ne peut en rester qu’un !
S’il est une bataille à ne pas perdre, c’est donc bien celle-là… surtout qu’elle est susceptible de vous faire passer de vie à trépas ! C’est dire la pression pesant sur les épaules des hommes de Daniel Bourdages et de Philippe Bozon, qu’une seule victoire suffirait à envoyer au septième ciel. Ou plutôt en quarts de finale…

Mais pour amener le danger, il faut plutôt miser sur des éléments plus chevronnés. Pardavý voyant sa frappe croisée détournée (1e) par un Hočevar bloquant parfaitement le slap de Peroff (01’30 ») dans les instants précédant la toute première pénalité de la soirée.
Une crosse haute de Matthieu Le Blond (1’43 ») permet au powerplay alsacien de dresser un premier siège… sans arriver à ses fins. Ján Pardavý voit sa passe transversale arriver dans les patins de Sébastien Trudeau, pourtant bien décalé au second poteau (01’56 ») avant qu’un débordement de Ben Danford ne manque de profiter à Preston Shupe. Mais c’était sans compter sur la réactivité d’un Hočevar sortant tout un arrêt à bout portant (02’38 »). Le discret (mais non moins précieux) Maxime Moisand vient ensuite à la rescousse de son gardien en bloquant la passe de Julien Burgert au premier poteau (03’10 »).
Après avoir tué cette pénalité, les Spinaliens reprennent aussitôt le contrôle du palet. Aussi se font-ils plus menaçants mais Ouimet, pourtant bien décalé à l’opposé, hésite un poil trop avant de lancer. Ce qui permet à Hiadlovský de verrouiller son angle droit (04’06 ») avant de se rattraper d’un rebond concédé sur une nouvelle tentative d’Ouimet (qu’Ograjenšek aura tenté de dévier, 04’28 »).

Les Gamyo sortent donc renforcés de ce temps faible, au grand soulagement d’un public ne s’étant pas fait prier pour remplir les gradins spinaliens. Plus de mille cinq cents spectateurs sont présents à Poissompré, amassés dans un bouillant « chaudron » qu’une seule petite étincelle suffirait à enflammer.
Et ce déclic vient d’un tir raté de Peroff, revenu sur Petrák. Le Tchèque, très décevant depuis quelques temps, retrouve un peu de sa superbe en répondant à l’appel de Ján Plch. Une longue ouverture, loin devant, parfaitement réceptionnée par le vétéran, qui file entre Peroff et Danford et parvient ainsi à s’échapper. Plch, lancé à pleine vitesse dans la profondeur, dribble le portier avec une grande habileté, embarquant Hiadlovský sur la gauche pour mieux le prendre à contre-pied. Redressant juste à temps pour glisser son revers entre la botte et le montant droit (1-0 à 08’17 »)…

Une avance qu’Hordelalay aurait pu rapidement creuser en reprenant, comme il est venu, le rebond d’un lointain dégagement contre la bande (09’18 »). Hiadlovský (qui a, sur ce coup, parfaitement fermé son angle droit) se montre tout aussi décisif en se déplaçant rapidement sur cette accélération d’un Beron transperçant la défense pour mieux décaler Hordelalay (13’01 »).
Les Gamyo ont donc pris l’ascendant, mais il suffira d’un contre rondement mené pour rétablir la parité. La riposte, cinglante, vient d’une accélération plein axe de Sébastien Trudeau, qui lance Ján Cibuľa sur le flanc gauche. Le vétéran slovaque distille un centré dévié de près (et au premier poteau) par Trudeau, qui voit la rondelle rebondir et filer par-dessus le bouclier d’un Hočevar totalement décontenancé (1-1 à 15’11 »)…
Tout est donc à refaire pour l’ICE, toujours menaçante sous l’impulsion d’un duo Ograjenšek-Plch semblant bien se compléter, mais manquant d’automatismes pour donner la pleine de mesure de ses possibilités. Plusieurs passes mal ajustées ont raison de quelques bonnes situations dans la zone de vérité.
Le ca
Une lutte sans merci
Mais ce premier tiers s’achève sur une ultime pénalité. Valentin Michel, après avoir été secoué par Gašper Sušanj contre la bande, laissant traîner sa crosse pour faire trébucher l’arrière originaire de Jesenice (19’59 »).
Ce mauvais réflexe permet aux Spinaliens de débuter l’acte médian en supériorité, sans parvenir à prendre la mesure d’un box-play seulement menacé par deux frappes croisées d’Hordelalay (22e). Cette pénalité est d’ailleurs à peine tuée lorsqu’Aziz Baazzi se fait accrocher par Anthony Gonçalves (22’04 »), une petite « peste » n’ayant décidément pas son pareil pour tourmenter le porteur du palet…

Comme prévu, le moindre accrochage, la moindre friction, est source de tension dans cette partie, véritable guerre des nerfs entre adversaires se rendant coups pour coups. Maxime Ouimet et Julien Burgert, bien près d’en venir aux mains, écopent de deux minutes chacun (24’10 »), sans que cela ne change fondamentalement la donne. Hočevar doit toujours s’employer (une reprise de Trudeau, 24’25 ») tout comme Hiadlovský, parvenu à se rattraper d’une sortie à la crosse mal négociée en se replaçant rapidement pour boucher son angle droit (25’15 »). Le tir de Petrák, repoussé, est récupéré par Kloz, qui va presqu’aussitôt resservir son compatriote. Un caviar échappant inexplicablement au centre tchèque, pourtant très bien placé (25’26 »), ce dont profite Peter Bourgaut, qui réussit à s’échapper… sans parvenir à cadrer (25’34 »).
Les attaquants peinent à s’exprimer dans cette rencontre très serrée, où les défenseurs sont souvent les premiers sur les palets. Ben Danford, qui assure une solide couverture, manque pourtant, en glissant malencontreusement, d’offrir un palet de but à Ján Plch mais sa tentative est bien bloquée par l’homme masqué (27’05 »). Un Hiadlovský voyant le danger s’éloigner avec cette pénalité infligée à un Petrák toujours aussi peu inspiré (28’33 »). Mais si Marcos manque d’exploiter une passe déviée de Pardavý (28’50 »), une relance mal assurée de Goldberg va permettre à Ograjenšek de s’échapper. Une menace poussant Hiadlovský à sortir de sa cage, au devant de l’attaquant, pour réduire son angle de tir. Un pari osé… mais gagnant (29’12 ») !

La cage spinalienne est donc très bien gardée, ce qui est aussi le cas côté strasbourgeois, où l’on ne manque pas de durcir le jeu. Un défi physique permanent, un engagement de tous les instants que subissent des locaux manquant parfois de répondant physiquement. L’ICE tient pourtant, en Vojtěch Kloz, un véritable colosse. Mais le solide arrière tchèque, impressionnant défensivement, use toujours de son gabarit à bon escient, l’exploitant pleinement dès qu’il s’agit de protéger le palet dans un petit périmètre.
Les grands joueurs répondant toujours présent dans les moments importants, il n’y a rien d’étonnant à voir Ján Plch se montrer rayonnant, comme au temps de sa splendeur. Le vétéran en vient même à mettre la défense sans dessus-dessous, contraignant Vlad’ à intervenir personnellement. L’accrocher, effectué au moment d’amorcer un tour de cage, paraît flagrant… mais les référés en décident autrement (30’59 ») !

Sept minutes qui changent tout
Arrive ensuite « l’événement » de la soirée. Le tournant de cette série. Le fait de match qui fera tout basculer. Pas cette collision envoyant Anthony Gonçalves retomber sur Savice Fabre aux abords de la cage (38’48 »), mais plutôt cette incursion de Matthieu Le Blond, sur laquelle Julien Burgert se rend coupable d’une obstruction (39’39 »). Le Strasbourgeois en perd sa crosse mais reste en jeu… et ne trouve rien de mieux qu’aller laisser traîner son genou pour faucher Maxime Ouimet (qui arrivait lancé) !
Cet
L’histoire a pourtant bien failli se répéter, avec un powerplay spinalien semblant n’arriver à rien de concret. À l’incursion d’Ograjenšek (stoppée par Bruneteau, 41’16 ») succède ce one-timer puissant de Moisand (41’31 »). L’ICE frise même la correctionnelle sur une passe transversale interceptée par Élie Marcos, qui ne pourra mener son échappée à bien (42’52 »). Mais finalement, les Spinaliens arrivent à leurs fins. Hiadlovský retarde l’échéance, se démultipliant jusqu’à se retrouver totalement couché. Position dans laquelle il repousse le slap d’Aziz Baazzi… et voit Vojtěch Kloz, en embuscade au premier poteau, faire fi d’un angle très fermé pour répercuter le rebond dans le haut du filet (2-1 à 43’44 ») ! C’est le début de la fin pour les Alsaciens…
Les boys du Boz’ ont donc réussi là où ils auront échoué samedi. Et si la pénalité majeure s’est terminée sans autre but marqué, il leur reste encore deux minutes à exploiter. Plus de temps qu’il n’en faudra, à Goulet, pour nettoyer la lucarne gauche, d’un one timer aussi précis que puissant (3-1 à 45’13 »).

Il n’en fallait pas davantage pour énerver 
Cette fois c’est plié. Les portes des quarts de finale, grandes ouvertes, ne pourront plus se refermer. Qu’elles auront coûté cher ces pénalités de Julien Burgert, qui auront précipité la chute de ses coéquipiers. Et comme cela ne suffisait pas, Peter Valier plante un dernier clou dans le cercueil strasbourgeois en s’allant marquer dans une cage désertée (6-2 à 58’26 »). Matthieu Le Blond, bien servi par Yannick Offret, rate lui l’occasion d’y aller de sa réalisation en enlevant trop son lancer (59’21 »)…
Pas de quoi, en tout cas, gâcher les festivités à Poissompré, lancées sitôt les traditionnelles poignées de mains échangées. Mais la même question revient sur toutes les lèvres : qui des Rapaces de Gap ou des Dragons de Rouen les Gamyo vint-ils affronter au tour suivant ? La réponse, conditionnée par le résultat d’un Briançon-Brest étant allé jusqu’en prolongation, tombe sitôt la victoire des Diables rouges entérinée. C’est donc à Rouen qu’Épinal se déplacera, six ans après l’élimination des Dauphins (alors dirigés par Shawn Allard) à ce même stade de la compétition… face aux Dragons !

Cette cinquième manche fut le parfait condensé d’une série qui promettait d’être très serrée, comme il fallait s’y attendre entre le huitième et le neuvième du classement (séparés d’un point seulement). Cette farouche bataille aura donc tenu toutes ses promesses. Vivement la suite !
Épinal – Strasbourg 6-2 (1-1, 0-0, 5-1)
Mardi 24 février à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 500 spectateurs.
Arbitrage de Geoffrey Barcelo et Savice Fabre, assistés de Thomas Caillot et Yann Furet.
Pénalités : Épinal 12′ (4, 8′, 0′) ; Strasbourg 60′ (4′, 6′ + 5′ +20′ ; 5′ + 20′)
Tirs : Épinal 31 (12, 9, 10) ; Strasbourg 8, 10, 9).
Évolution du score :
1-0 à 08’17 » : Plch assisté de Petrák
1-1 à 15’11 » : Trudeau assisté de Cibuľa
2-1 à 43’44 » : Kloz assisté de Baazzi et Plch (sup. num.)
3-1 à 45’13 » : Goulet assisté de Baazzi et Valier (sup. num.)
4-1 à 49’15 » : Hordelalay assisté de Beron et Moisand
4-2 à 50’57 » : Bougé assisté de Marcos et Pardavý
5-2 à 55’02 » : Ograjenšek
6-2 à 58’26 » : Valier assisté de Kara et Ouimet (cage vide)
Épinal
Attaquants :
Vincent Kara – Matthieu Le Blond – Peter Valier
Ken Ograjenšek – Michal Petrák – Ján Plch (A)
Pierre-Charles Hordelalay – Grégory Beron – Aziz Baazzi
Anthony Rapenne – [Petrák ou Le Blond] – Yannick Offret (A)
Défenseurs :
Vojtěch Kloz – Maxime Moisand
Maxime Ouimet (C) – Martin Charpentier
Gašper Sušanj – Alain Goulet
Gardien :
Andrej Hočevar
Remplaçants : Pierre Mauffrey (G), Maxime Martin, Peter Slovák. Absents : Anže Kuralt (reprise), Nicolas Leonelli (reprise), Nathan Ganz (choix de l’entraîneur).
Strasbourg
Attaquants :
Ján Cibuľa (A) – Preston Shupe – Sébastien Trudeau [puis Michel à 46′]
Ján Pardavý (A) – Élie Marcos (C) – Julien Burgert [puis Trudeau à 46′]
Thomas Mathieu – Anthony Gonçalves – Valentin Michel [puis Bourgaut à 46′]
Jordy Anglés – Julien Baeumlin – Peter Bourgaut
Défenseurs :
Matt Bruneteau – Ben Danford
David Stříž – Ken Peroff
Pierre Bougé – Jake Goldberg
Pierrick Hoehé [en toute fin de match]
Gardien :
Vladimír Hiadlovský (sorti de sa cage de 57’30 » à 58’26 »)
Remplaçant : Gilles Beck (G). Absent : Tarik Chipaux (suspendu).








































